Au programme du bac de français 2027

Cahier de Douai

Arthur Rimbaud (1870)

Parcours : « Émancipations créatrices » · 22 poèmes écrits à quinze et seize ans

L’auteur et le contexte

Arthur Rimbaud (1854-1891) naît à Charleville, dans les Ardennes. Son père, militaire, quitte tôt le foyer : l’enfant grandit sous l’autorité d’une mère sévère et pieuse. Élève brillant, il collectionne les prix au collège. En janvier 1870 arrive un jeune professeur de rhétorique, Georges Izambard, qui lui prête des livres et encourage ses premiers vers. En mai, Rimbaud écrit au poète Théodore de Banville pour lui envoyer des poèmes, dont « Sensation » et « Ophélie » : il veut déjà être publié.

L’année 1870 est aussi celle de la guerre franco-prussienne. La France de Napoléon III déclare la guerre en juillet, l’armée est battue à Sedan début septembre, l’Empire s’effondre et la République est proclamée. Sedan est à une vingtaine de kilomètres de Charleville. Fin août, Rimbaud fugue vers Paris : arrêté à sa descente du train, il est emprisonné à Mazas. Izambard le fait libérer et l’envoie à Douai, chez ses tantes. En octobre, seconde fugue, à pied et en train, par la Belgique (Charleroi, Bruxelles), qui le ramène à Douai.

C’est là qu’il recopie ses poèmes et les remet à Paul Demeny, poète et ami d’Izambard. Quelques mois plus tard, en juin 1871, il lui demande de tout brûler : entre-temps, il a formulé dans les lettres dites « du Voyant » (mai 1871) une poétique bien plus radicale. Demeny conserve les feuillets. Rimbaud écrira encore Une saison en enfer (1873) et les Illuminations, puis abandonnera la littérature vers vingt ans. Il meurt à Marseille en 1891.

Structure et parcours du recueil

Un recueil sans titre d’auteur. Rimbaud n’a jamais publié cet ensemble ni choisi son titre. Il s’agit de vingt-deux poèmes recopiés au propre, en deux séries de feuillets. Ce n’est donc pas un livre construit comme Les Fleurs du Mal : c’est le dossier d’un très jeune poète qui veut montrer tout ce qu’il sait faire. D’où la variété des tons et des formes, qu’il faut savoir expliquer à l’examen.

Le premier ensemble (15 poèmes). Il mêle tout. Des poèmes de l’éveil amoureux et sensuel : « Première soirée », « Sensation », « Les Reparties de Nina », « Roman ». Des poèmes d’inspiration parnassienne ou savante  : « Soleil et chair », hymne païen à la nature et à l’amour, « Ophélie », inspiré de Hamlet, « Bal des pendus », qui se souvient de Villon. Des satires : « À la musique » contre les bourgeois de Charleville, « Le Châtiment de Tartufe » contre l’hypocrisie religieuse, « Vénus anadyomène » contre la beauté académique. Des poèmes politiques, dans le sillage du Hugo des Châtiments : « Le Forgeron », le plus long poème du recueil, où un homme du peuple tient tête à Louis XVI pendant la Révolution, le sonnet « Morts de Quatre-vingt-douze… », « Le Mal », « Rages de Césars  ». Et un poème de compassion sociale, « Les Effarés », où des enfants pauvres regardent un boulanger cuire son pain.

Le second ensemble (7 sonnets). Plus unifié, il est lié à la fugue d’octobre 1870 : « Rêvé pour l’hiver », « Le Dormeur du val », « Au Cabaret-Vert », « La Maline », « L’Éclatante Victoire de Sarrebrück », « Le Buffet », « Ma Bohème ». On y trouve le bonheur simple des auberges belges, la rêverie amoureuse dans un wagon, la caricature d’une image de propagande impériale, et les deux sonnets les plus célèbres du recueil. Le tout s’achève sur l’autoportrait du poète vagabond : une fin en forme de programme.

Ce qu’il faut en retenir. Trois veines se croisent dans tout le recueil : la veine sensuelle et vagabonde (la nature, le corps, la marche), la veine satirique (bourgeois, prêtres, empereur) et la veine politique (la guerre, le peuple, la Révolution). Rimbaud imite encore ses aînés, mais il les détourne déjà : c’est exactement ce que le parcours appelle une émancipation.

Le parcours : « Émancipations créatrices »

Le pluriel compte : il y a plusieurs émancipations, et elles sont créatrices, c’est-à-dire qu’elles produisent de la poésie. La première est personnelle : un adolescent s’arrache à sa mère, à sa ville de province, à la morale religieuse. Les fugues, les auberges, les premiers désirs deviennent des sujets de poèmes. La deuxième est politique et sociale : Rimbaud prend le parti du peuple contre l’empereur, des soldats morts contre ceux qui les envoient mourir, des enfants affamés contre les ventres pleins.

La troisième est poétique, et c’est la plus importante pour l’examen. Rimbaud connaît parfaitement les règles : il écrit en alexandrins, compose des sonnets, admire Hugo et Banville. Mais il fait jouer ces formes contre elles-mêmes. Il multiplie les rejets et les enjambements qui cassent le rythme attendu, fait entrer dans le sonnet la bière, le jambon et les bottines trouées, mêle les mots familiers au vocabulaire noble, invente des verbes (« robinsonne » dans « Roman »). Il parodie les grands sujets (Vénus) et réserve la forme noble du sonnet à une halte dans une auberge.

Pour la dissertation, pense le parcours comme un mouvement et non comme un état. En 1870, Rimbaud n’a pas encore rompu avec la tradition : il s’en libère de l’intérieur. Garde aussi la question critique : peut-on parler de liberté quand on imite autant ? Oui, si l’on montre que l’imitation est déjà un détournement. Et tu peux prolonger : les lettres du Voyant (1871), puis la prose d’Une saison en enfer, iront beaucoup plus loin dans la même direction.

Les thèmes majeurs pour la dissertation

La révolte contre l’ordre établi

Bourgeois ridicules de « À la musique », dévot hypocrite du « Châtiment de Tartufe », empereur vaincu de « Rages de Césars » : Rimbaud s’attaque à toutes les autorités de son temps. La satire est son arme, la caricature son procédé favori (corps épais, objets grotesques, noms moqueurs).

La guerre et l’engagement

Écrits en pleine guerre de 1870, « Le Mal » et « Le Dormeur du val » dénoncent le massacre des jeunes soldats, l’un par l’accusation directe, l’autre par le silence et la chute. « Le Forgeron » et « Morts de Quatre-vingt-douze… » opposent à l’Empire la mémoire de la Révolution.

La nature, le corps, la liberté

Dans « Sensation » ou « Ma Bohème », marcher dans la campagne suffit au bonheur. La nature est une compagne, parfois une mère (elle berce le dormeur du val). Elle s’oppose à la ville étriquée et offre au poète un espace sans maîtres.

L’adolescence et l’éveil amoureux

« Première soirée », « Roman », « Rêvé pour l’hiver », « Les Reparties de Nina » : le désir est partout, joyeux, maladroit, souvent moqué. Rimbaud écrit l’amour adolescent avec tendresse et ironie, loin du lyrisme grave des romantiques.

Le renouvellement de la langue poétique

Rejets, enjambements, sonnets aux règles assouplies, mots familiers, sujets bas (une baignoire, un buffet, une auberge) : la poésie s’ouvre au quotidien et au laid. C’est le cœur du parcours : s’émanciper, pour un poète, c’est d’abord changer la langue.

Citations et passages clés à retenir

« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers » (« Sensation »)

Le futur dit le projet : partir. En deux quatrains, tout le programme du recueil est posé, la marche, les sensations du corps, la nature comme compagne. Les deux derniers vers comparent le marcheur à un bohémien : la liberté est d’abord un départ.

« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. » (« Roman »)

Vers d’ouverture, repris à la fin du poème. Le pronom « on » généralise, le ton est celui d’une maxime amusée. Rimbaud regarde l’adolescence avec distance alors qu’il y est encore : l’ironie est une première forme d’émancipation.

« C’est un trou de verdure où chante une rivière » (« Le Dormeur du val »)

Le premier vers installe un tableau lumineux et paisible. Mais le mot « trou » annonce déjà le dernier vers. Relis tout le sonnet en repérant les indices qui préparent la chute (la pâleur, le froid, l’immobilité).

« Il a deux trous rouges au côté droit. » (« Le Dormeur du val »)

L’une des chutes les plus célèbres de la poésie française. Une phrase courte, un constat, aucun commentaire : le lecteur comprend seul que le dormeur est un soldat mort. La dénonciation de la guerre gagne en force parce qu’elle se tait.

« Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées » (« Ma Bohème »)

L’imparfait raconte une errance devenue légende personnelle. Les vêtements troués disent la pauvreté, mais le ton est joyeux : le poète est libre, et il fait rimer la misère avec la fantaisie.

« Mon auberge était à la Grande-Ourse. » (« Ma Bohème »)

Dormir dehors devient un privilège : le ciel est une auberge, les étoiles une enseigne. Le vers résume la manière de Rimbaud, qui transforme le dénuement en richesse poétique par une image familière.

« Tandis que les crachats rouges de la mitraille / Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu » (« Le Mal »)

Ouverture violente : la métaphore des crachats rabaisse la guerre, le contraste des couleurs (rouge du sang, bleu du ciel) oppose le massacre à l’indifférence de la nature. La suite du sonnet accuse le roi qui raille les soldats et un Dieu qui s’endort.

« Belle hideusement d’un ulcère à l’anus. » (« Vénus anadyomène »)

Dernier vers d’un sonnet qui parodie la naissance de Vénus. L’alliance de mots « belle hideusement » est un manifeste : la poésie n’est plus tenue de chanter le beau. Passage idéal pour illustrer l’émancipation par la provocation.

Réussir l’oral et l’écrit

Pour l’oral (lecture linéaire et entretien)

  • • Les poèmes les plus étudiés : « Le Dormeur du val », « Ma Bohème », « Sensation  », « Roman », « Vénus anadyomène », « Le Mal », « À la musique », « Au Cabaret-Vert ».
  • • Sur chaque poème, commente la versification : rejets, enjambements, coupes, rimes. Chez Rimbaud, le sens passe par le rythme.
  • • Soigne ta lecture à voix haute : respecte les diérèses et les e muets, marque les rejets sans les exagérer.
  • • Pour l’entretien, prépare un avis sur la question : pourquoi Rimbaud a-t-il voulu faire brûler ces poèmes, et a-t-on raison de les lire quand même ?

Pour l’écrit (dissertation)

  • • Ton stock d’exemples : un poème par veine au minimum (sensuelle, satirique, politique), avec deux ou trois vers sus par cœur pour chacun.
  • • Notions à maîtriser : sonnet, alexandrin, rejet et enjambement, satire, parodie, lyrisme, Parnasse, registre familier.
  • • Sujets types : « Écrire de la poésie, est-ce se libérer ? », « Le Cahier de Douai est-il l’œuvre d’un poète révolté ? », « Peut-on créer sans imiter ? ».
  • • Ouvertures prêtes : les lettres du Voyant (1871) et « Je est un autre », Hugo et Les Châtiments, ou Verlaine, qui fera connaître Rimbaud.

Quiz : 10 questions pour te tester

1.En quelle année les poèmes du Cahier de Douai sont-ils écrits, et quel âge a Rimbaud ?

En 1870. Né le 20 octobre 1854, Rimbaud a quinze ans, puis seize à l’automne. Il est alors élève au collège de Charleville.

2.À qui Rimbaud confie-t-il ses manuscrits à Douai ?

À Paul Demeny, un jeune poète ami de son professeur Georges Izambard. Rimbaud espère qu’il l’aidera à se faire publier.

3.Comment les vingt-deux poèmes sont-ils répartis ?

En deux ensembles : quinze poèmes de formes variées (de « Première soirée » à « Rages de Césars »), puis sept sonnets (de « Rêvé pour l’hiver » à « Ma Bohème »).

4.Que demande Rimbaud à Demeny en juin 1871 ?

De brûler tous les vers qu’il lui a donnés à Douai. Il a changé de poétique (les lettres du Voyant datent de mai 1871) et renie ses poèmes de 1870. Demeny ne les brûle pas : c’est grâce à lui que nous les lisons.

5.Quel événement historique traverse le recueil ?

La guerre franco-prussienne, déclarée en juillet 1870, la défaite de Sedan début septembre et la chute du Second Empire. Plusieurs poèmes y répondent : « Le Mal », « Le Dormeur du val », « Rages de Césars », « L’Éclatante Victoire de Sarrebrück ».

6.Sur quel effet repose « Le Dormeur du val » ?

Sur un retardement. Le sonnet décrit un jeune soldat qui semble dormir dans un vallon lumineux, puis révèle au dernier vers qu’il est mort : « Il a deux trous rouges au côté droit. » La dénonciation de la guerre passe par la chute, sans aucun discours.

7.Quel poème parodie le thème de la naissance de Vénus ?

« Vénus anadyomène ». À la déesse sortant des flots, Rimbaud substitue une femme laide émergeant d’une vieille baignoire. Le sonnet retourne un idéal de beauté et affirme que la poésie peut tout dire, y compris le laid.

8.Quel est le vers d’ouverture de « Roman » et pourquoi est-il ironique ?

« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. » Le poète se moque tendrement des amours adolescentes, et de lui-même : il n’a pas encore seize ans quand il écrit le poème.

9.Quelle est la forme de « Ma Bohème » et que raconte le poème ?

C’est un sonnet en alexandrins, sous-titré « Fantaisie ». Il raconte l’errance heureuse d’un jeune poète pauvre qui marche sous les étoiles et fait des vers en chemin : misère matérielle, liberté totale.

10.Qui est Georges Izambard ?

Le jeune professeur de rhétorique arrivé au collège de Charleville en janvier 1870. Il encourage Rimbaud, lui prête des livres, le fait sortir de prison après sa première fugue et l’accueille à Douai chez ses tantes.

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Questions fréquentes

Pourquoi le recueil s’appelle-t-il Cahier de Douai ?

Le titre n’est pas de Rimbaud. À l’automne 1870, lors de ses deux séjours à Douai chez les tantes de son professeur Georges Izambard, il recopie au propre vingt-deux poèmes et les confie au poète Paul Demeny, dans l’espoir d’être publié. Les éditeurs ont ensuite donné à cet ensemble le nom de Cahier de Douai (on trouve aussi Cahiers de Douai, au pluriel, ou Recueil Demeny).

Combien de poèmes contient le Cahier de Douai ?

Vingt-deux poèmes, répartis en deux ensembles. Le premier en compte quinze, de « Première soirée » à « Rages de Césars », avec des formes variées (quatrains, longs poèmes en alexandrins, sonnets). Le second réunit sept sonnets, de « Rêvé pour l’hiver » à « Ma Bohème », nourris par la fugue d’octobre 1870 à travers la Belgique.

Quel est le parcours associé au Cahier de Douai au bac 2027 ?

Le parcours s’intitule « Émancipations créatrices ». Il invite à lire le recueil comme une double libération : celle d’un adolescent qui s’affranchit de sa mère, de sa ville, de la religion et de l’ordre bourgeois, et celle d’un poète qui s’affranchit de ses modèles (Hugo, les parnassiens) en bousculant le vers, le sonnet et le vocabulaire poétique.

Quel âge a Rimbaud quand il écrit ces poèmes ?

Il est né le 20 octobre 1854 : il a donc quinze ans pendant presque toute l’année 1870 et fête ses seize ans au moment de sa seconde fugue. Quand il écrit « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans », il se vieillit : le poème joue déjà avec la figure de l’adolescent.

« Je est un autre » se trouve-t-il dans le Cahier de Douai ?

Non, et c’est une confusion fréquente. La formule vient des lettres dites « du Voyant », écrites en mai 1871 à Georges Izambard puis à Paul Demeny, donc après le recueil. Tu peux la citer en ouverture ou pour montrer vers quoi tend l’émancipation commencée en 1870, mais sans jamais l’attribuer à un poème du Cahier.