📋 Plan du Cours
- Distinction entre réel insaisissable et réalité cinématographique
- Le mensonge vrai au cinéma selon Abbas Kiarostami
- Effet de saisissement et révélation du quotidien selon Siegfried Kracauer
- Production d'affects par l'image cinématographique selon Jean-Louis Schefer
- Notion de fiction au cinéma et distinction documentaire/fiction selon François Niney
- Critique de la fausse objectivité et influence du cadre et de la caméra
- Paradoxe du documentaire reconstitué illustré par Nanook of the North
- Le cinéma comme art autonome et nature indicielle de l'image cinématographique
- Débat Canudo vs Malraux sur la nature du cinéma et rôle du gros plan
- Perception et construction de la réalité par le spectateur selon Edgar Morin
📖 1. Distinction entre réel insaisissable et réalité cinématographique
🔑 Notions clés & Définitions
- Réel : Une dimension insaisissable et subjective, perçue différemment par chacun, qui ne peut être saisie ni définie complètement.
- Réalité cinématographique : Une version du réel produite par le cinéma, résultant d'une transformation artistique et technique qui crée une représentation interprétée et partagée, distincte du réel brut.
- Cinéma produit toujours une réalité : Le cinéma crée systématiquement une réalité transformée, une interprétation collective du réel, plutôt que de capturer directement le réel brut.
📝 Points essentiels
- Le réel est insaisissable, subjectif et perçu différemment par chacun, rendant impossible sa saisie ou sa définition complète.
- Le cinéma ne capture jamais le réel brut mais produit toujours une réalité cinématographique transformée, qui peut atteindre une vérité plus profonde.
- Le réel est insaisissable, le cinéma produit toujours une réalité transformée C'est le socle de tout.
- La distinction fondatrice Le réel → insaisissable, subjectif, perçu différemment par chacun.
💡 À retenir
Le réel est insaisissable, subjectif et perçu différemment par chacun, rendant impossible sa saisie ou sa définition complète.
📖 2. Le mensonge vrai au cinéma selon Abbas Kiarostami
🔑 Notions clés & Définitions
- Mensonge vrai : Une transformation du réel par le cinéma, qui, par des choix comme le cadre, l'angle et la durée, modifie la captation brute pour atteindre une vérité plus profonde.
- Reconstruction cinématographique : Le processus par lequel le cinéma choisit un angle, un cadre et une durée pour transformer le réel brut en une représentation qui peut révéler une vérité plus profonde.
- Choix du cadre : La décision de sélectionner une portion spécifique de la réalité à filmer, ce qui transforme le réel brut en une image construite.
- Mensonge peut : Le mensonge cinématographique, par ses transformations du réel, peut atteindre une vérité plus profonde que la simple captation brute.
📝 Points essentiels
- Le cinéma, documentaire ou fiction, reconstruit toujours le réel par des choix de cadre, durée et angle, constituant un mensonge par rapport au réel brut.
- Ce choix est un "mensonge" par rapport au réel brut — mais ce mensonge peut atteindre une vérité plus profonde que la simple captation.
- Et c'est cette transformation qui peut produire une vérité plus profonde que la captation brute.
💡 À retenir
Le mensonge cinématographique, par sa reconstruction du réel, peut révéler une vérité plus profonde que la réalité brute.
📖 3. Effet de saisissement et révélation du quotidien selon Siegfried Kracauer
🔑 Notions clés & Définitions
- Film : Une œuvre cinématographique qui peut représenter des scènes ordinaires comme une rue banale, un enfant ou un chien, servant à révéler des détails du quotidien et des textures matérielles invisibles à l'œil ordinaire.
- Exemple : Forrest Gump (1994) — un personnage fictif "rencontre" JFK grâce aux effets numériques.
- Effet de saisissement : On est "pris" par quelque chose qu'on n'avait pas vu venir.
- Textures du monde matériel : Siegfried Kracauer → le saisissement
- Image peut : L'image peut n'avoir aucun référent réel.
📝 Points essentiels
- Une image banale, comme une flaque d'eau avec ses reflets, peut marquer durablement le spectateur en révélant une dimension cachée du réel.
- Le cinéma révèle des détails du quotidien et des textures matérielles que l'œil ordinaire ignore, produisant un effet de saisissement inattendu.
💡 À retenir
Une image banale, comme une flaque d'eau avec ses reflets, peut marquer durablement le spectateur en révélant une dimension cachée du réel.
📖 4. Production d'affects par l'image cinématographique selon Jean-Louis Schefer
🔑 Notions clés & Définitions
- Profondeur de champ : Une technique cinématographique qui maintient la netteté simultanée de plusieurs plans, du premier au dernier, permettant au spectateur d'explorer librement un espace étendu dans l'image.
📝 Points essentiels
- La caméra ne rapproche pas directement du réel mais fait ressentir une inaccessibilité profonde en lui.
- Les images cinématographiques produisent des affects (émotions, sensations) qui émergent de la relation entre l'image et le spectateur, non des choses elles-mêmes.
- Jean-Louis Schefer → les affects = La caméra ne rapproche pas du réel — elle fait sentir qu'il y a quelque chose d'inaccessible en lui.
💡 À retenir
Le cinéma agit sur le spectateur par des affects issus de la relation entre image et regard, au-delà de la simple représentation du réel.
📖 5. Notion de fiction au cinéma et distinction documentaire/fiction selon François Niney
🔑 Notions clés & Définitions
- Documentaire : Une forme cinématographique qui repose sur la continuité temporelle et la vérification du réel, exigeant que ce qui est montré existe effectivement.
- Crin Blanc : Un film utilisé pour illustrer la distinction entre montage et plan-séquence, notamment par la manière dont il maintient ou rompt la continuité du temps réel.
- Dans le même : Une notion qui souligne l'importance de représenter simultanément deux éléments dans un même espace pour préserver l'authenticité d'une scène, ce que le montage peut compromettre.
- Est-ce réel : ?" mais "à quoi sert ce que je vois ?" C'est ce que Niney dit sur doc vs fiction.
📝 Points essentiels
- La fiction englobe toute mise en forme (cadre, montage, durée) qui modèle la réalité, ce qui inclut même le documentaire.
- Le documentaire s'appuie sur la continuité et la vérification du réel, tandis que la fiction repose sur l'étanchéité et la crédibilité humaine.
- Documentaire vs Fiction (selon François Niney) Documentaire Fiction Rapport au réel Continuité — ce qui est montré doit exister Étanchéité — peu importe si ça existe Logique Connaissance — on vérifie, on doute Crédibilité — est-ce que ça sonne juste ?
- Décrire ne suffit pas, c'est même une forme de passivité.
💡 À retenir
La fiction englobe toute mise en forme (cadre, montage, durée) qui modèle la réalité, ce qui inclut même le documentaire.
📖 6. Critique de la fausse objectivité et influence du cadre et de la caméra
🔑 Notions clés & Définitions
- Bazin dit : Quand deux éléments doivent coexister simultanément dans le réel pour que la scène ait du sens, les séparer en deux plans puis les raccorder au montage c'est mentir.
- Fausse objectivité : L'idée erronée que la caméra montre les faits de manière objective, alors que filmer implique toujours un choix de cadre qui exclut une partie du réel et modifie ce qui est filmé.
- Bazin préfère le second parce : La relation existe devant la caméra, pas seulement dans le montage.
- Universelle — tout le monde comprend : La capacité du cinéma à être compris par tous grâce à son langage basé sur des images concrètes, sans recours à des signes abstraits.
📝 Points essentiels
- Filmer implique toujours un choix de cadre qui exclut une partie du réel, ce qui rend la prétendue objectivité fausse.
- La présence de la caméra modifie le comportement des sujets filmés, et il n'existe pas de fait brut, seulement des découpages opérés dans la réalité.
💡 À retenir
Filmer implique toujours un choix de cadre qui exclut une partie du réel, ce qui rend la prétendue objectivité fausse.
📖 7. Paradoxe du documentaire reconstitué illustré par Nanook of the North
🔑 Notions clés & Définitions
- Le paradoxe : Plus le cinéma construit et transforme, plus il peut être révélateur.
📝 Points essentiels
- Nanook of the North est un documentaire entièrement reconstitué, avec des scènes rejouées et des décors reconstruits, ce qui questionne sa vérité factuelle.
- Ce paradoxe illustre que le cinéma part du réel mais le transforme en une autre réalité chargée d'affect et de sens, pouvant produire une vérité plus profonde.
- → Le cinéma part du réel comme matière première, mais dès qu'il passe par la caméra, le cadre, le montage = il devient une autre réalité, chargée d'affect et de sens.
- Le film clé — Nanook of the North (Flaherty, 1922) Premier grand "documentaire" de l'histoire, mais entièrement reconstitué.
💡 À retenir
La reconstruction dans le documentaire ne diminue pas sa vérité factuelle, mais révèle la complexité et la profondeur de la vérité cinématographique.
📖 8. Le cinéma comme art autonome et nature indicielle de l'image cinématographique
🔑 Notions clés & Définitions
- Nature indicielle : Propriété de l'image cinématographique qui consiste à laisser une trace physique directe du réel par le contact entre la lumière réelle et la pellicule, établissant une relation de cause à effet avec ce qu'elle représente.
- Empreinte physique : Trace tangible laissée sur la pellicule par la lumière réelle lors de la captation d'une image cinématographique, comparable à une empreinte de pas qui témoigne d'un contact direct avec le réel.
- Nature fixe et universelle : Désessentialiser
📝 Points essentiels
- Le cinéma est un art autonome doté d'outils propres, distincts des autres arts, notamment grâce à sa nature indicielle qui lui permet de laisser une empreinte physique du réel.
- L'image cinématographique est indicielle car elle résulte d'un contact physique direct entre la lumière réelle et la pellicule, ce qui la différencie fondamentalement des autres formes artistiques.
- André Bazin — le cinéma embaume le temps L'image photographique/cinématographique est produite par contact physique entre la lumière réelle et la pellicule.
- Une empreinte indicielle du réel — comme un moulage (Bazin) Est-il objectif ?
💡 À retenir
Le cinéma est un art autonome doté d'outils propres, distincts des autres arts, notamment grâce à sa nature indicielle qui lui permet de laisser une empreinte physique du réel.
📖 9. Débat Canudo vs Malraux sur la nature du cinéma et rôle du gros plan
🔑 Notions clés & Définitions
- Pocket film : Forme de cinéma utilisant le téléphone comme outil de mémoire intime, caractérisée par le plan-séquence et une approche libérée des dispositifs techniques traditionnels, valorisant une pratique cinématographique simple et directe.
- Renoue avec la radicalité : Retour à une pratique cinématographique originelle, marquée par la simplicité, l'authenticité et la spontanéité, en opposition aux techniques sophistiquées et aux productions industrielles.
📝 Points essentiels
- Canudo considère le cinéma comme la synthèse de tous les arts (peinture, danse, musique, théâtre, architecture).
- Les auteurs et leurs idées Canudo — le 7ème art Le cinéma comme synthèse de tous les arts : images (peinture), mouvement (danse), son (musique), décors (architecture), acteurs (théâtre).
- Malraux — le cinéma vole, il ne synthétise pas Il conteste Canudo.
💡 À retenir
Le débat oppose la vision du cinéma comme synthèse des arts à celle d'un art autonome, soulignant le rôle fondamental du gros plan, tandis que le pocket film renouvelle la radicalité originelle du cinéma en valorisant une pratique simple et intime.
📖 10. Perception et construction de la réalité par le spectateur selon Edgar Morin
🔑 Notions clés & Définitions
- Impression de réalité : Perception selon laquelle le spectateur croit voir la réalité dans une image, même si celle-ci présente des limites techniques, car le cerveau reconstruit automatiquement ce qui manque.
- Spectateur qui comble : Manques (Morin) Quelle est sa nature profonde ?
📝 Points essentiels
- Les premiers spectateurs de 1895 ont cru voir la réalité parce que leur cerveau comble les manques de l'image, ce qui explique la crédulité face aux images en noir et blanc sans son ni relief.
- Ce n'est pas l'image qui est intrinsèquement réaliste, mais la perception du spectateur qui la rend telle, en reconstruisant mentalement ce qui manque.
- → Réponse : c'est le spectateur qui comble les manques.
- → Conséquence : la 3D, le son spatialisé, le 4DX sont des tentatives de renforcer une impression qui existait déjà en 1895 sans aucune technologie.
💡 À retenir
Les premiers spectateurs de 1895 ont cru voir la réalité parce que leur cerveau comble les manques de l'image, ce qui explique la crédulité face aux images en noir et blanc sans son ni relief.
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| 1994 | Production d'affects par l'image cinématographique |
| 1922 | Paradoxe du documentaire reconstitué |
| 1895 | Perception et construction de la réalité par le spectateur |
📊 Tableaux de Synthèse
Distinction entre réel insaisissable et réalité cinématographique et notions associées
| Aspect | Réel insaisissable | Réalité cinématographique |
|---|
| Nature | Insaisissable, subjectif | Transformée |
| Production | Impossible à saisir complètement | Créée par le cinéma, interprétée |
| Objectivité | Inaccessible | Transformée, toujours une réalité produite |
⚠️ Pièges & Confusions Fréquentes
- Confondre le réel brut avec la réalité cinématographique transformée.
- Supposer que le cinéma montre toujours la vérité brute du réel.
- Confondre fiction et documentaire en oubliant leur distinction fondamentale.
- Croire que la caméra montre une objectivité totale sans choix de cadre.
- Ignorer le rôle du montage dans la construction de la réalité cinématographique.
- Confondre reconstruction et falsification dans le documentaire reconstitué.
- Supposer que la photographie ou le cinéma laissent une empreinte purement objective.
✅ Checklist Examen
- Comprendre la différence entre réel insaisissable et réalité cinématographique.
- Savoir ce qu'est le mensonge vrai selon Kiarostami.
- Identifier l'effet de saisissement selon Kracauer.
- Expliquer la production d'affects par Schefer.
- Distinguer documentaire et fiction selon Niney.
- Connaître la critique de la fausse objectivité de Bazin.
- Analyser le paradoxe du documentaire reconstitué.
- Comprendre la nature indicielle de l'image cinématographique.
- Savoir le débat Canudo vs Malraux sur la nature du cinéma.
- Expliquer la perception et la construction de la réalité selon Morin.
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