Fiche de révision : Naissance et évolution de la mise en scène

Plan du Cours

  1. Naissance de la mise en scène
  2. Rôle du metteur en scène
  3. Théâtre naturaliste
  4. Théâtre symboliste
  5. Théâtre de l’art et politique
  6. Théorie de Diderot
  7. Théâtre naturaliste et modernité
  8. Théâtre d’avant-garde
  9. Stanislavski et le réalisme psychologique
  10. Wagner et Gesamtkunstwerk
  11. Appia et la hiérarchie des éléments
  12. Meyerhold et la révolution théâtrale

1. Naissance de la mise en scène

Notions clés & Définitions

  • Naissance de la mise en scène (fin XIXe) : Émergence en tant qu’art autonome, avec la figure du metteur en scène qui interprète et donne un sens au texte dramatique, passant d’une simple fonction technique à une fonction artistique.
  • Émergence du metteur en scène comme artiste : Transition d’un rôle technique à une fonction créative, où le metteur en scène devient un auteur à part entière, responsable de l’interprétation, de la conception et de la direction artistique de la représentation.
  • Création du théâtre libre par André Antoine (1887) : Fondation d’un théâtre indépendant qui rompt avec les pratiques commerciales, privilégiant la liberté artistique, la fidélité au réel et une approche naturaliste du théâtre.
  • Rupture avec les pratiques commerciales : Abandon des conventions du théâtre de divertissement pour privilégier une démarche artistique sincère, critique et souvent naturaliste, avec une mise en scène qui sert la vérité du texte et du contexte social.
  • Nouveau lexique et techniques de la mise en scène : Introduction de termes spécifiques pour désigner les mouvements, la disposition des acteurs et du matériel scénique, ainsi que de nouvelles techniques pour organiser la représentation, comme la régie, la scénographie réaliste, et la direction des acteurs.

Points essentiels

  • La mise en scène naît vers la fin du XIXe siècle, notamment avec la création du Théâtre Libre par André Antoine en 1887, qui marque une rupture avec la tradition théâtrale commerciale.
  • La figure du metteur en scène évolue : d’un simple régisseur technique à un artiste qui interprète et donne un sens à la pièce, en s’appuyant sur un nouveau lexique et des techniques innovantes.
  • La mise en scène devient un passage crucial du texte à la représentation scénique, impliquant la coordination des mouvements, la disposition du décor, et la direction des acteurs pour créer une cohérence artistique et une fidélité au réalisme ou à d’autres esthétiques.
  • La réflexion sur l’identité culturelle et la critique du théâtre commercial alimentent cette évolution, avec une volonté de faire du théâtre un art critique et engagé.
  • La légitimation de la mise en scène s’affirme, avec la reconnaissance de ses techniques et de sa fonction artistique, en rupture avec la simple technique de régie.

À retenir

La naissance de la mise en scène au XIXe siècle marque l’émergence d’un art autonome, où le metteur en scène devient un artiste créateur, transformant le théâtre en un espace de réflexion artistique et critique, notamment à travers la création du Théâtre Libre par André Antoine en 1887.

2. Rôle du metteur en scène

Notions clés & Définitions

  • Fonction et rôle du metteur en scène : Il s’agit d’une nouvelle fonction apparue vers 1830, initialement limitée à la technique, qui consiste à organiser et régler tous les mouvements, positions et évolutions des personnages ainsi que la disposition du matériel scénique (décors, accessoires). Selon Diderot (1713-1784), le metteur en scène est un régisseur chargé de coordonner ces éléments pour donner un sens à la représentation.

  • Organisation des mouvements scéniques et des entrées/sorties : La mise en scène implique la planification précise des déplacements, entrées, sorties, passades et évolutions de tous les acteurs et éléments de la scène pour assurer la fluidité et la cohérence de l’action scénique, en accord avec la conception artistique.

  • Gestion matérielle de la représentation : Elle concerne la disposition et le réglage des décors, accessoires, mobilier, ainsi que la coordination des éléments techniques (lumière, bruitages). La mise en scène doit assurer une harmonie entre ces éléments pour renforcer la narration et l’impact dramatique.

  • Légitimation de la mise en scène comme art : La reconnaissance de la mise en scène comme une discipline artistique à part entière, notamment avec l’émergence de figures comme André Antoine (1887) et la rupture avec le théâtre commercial, a permis de légitimer cette fonction en tant qu’art autonome, distinct du simple régisseur ou technicien.

  • Metteur en scène comme guide et accompagnateur de l’acteur : Selon Stanislavski (1924, 1936), le metteur en scène doit guider l’acteur dans son jeu, en étant un « guide » qui aide à révéler la vérité du personnage, en utilisant des méthodes telles que la mémoire affective et le super-objectif, pour atteindre une interprétation authentique.

Points essentiels

  • La fonction du metteur en scène a évolué à partir d’un rôle technique vers une fonction artistique, avec la reconnaissance de la mise en scène comme un art en soi, notamment à partir de la fin du XIXe siècle (création du théâtre libre par André Antoine en 1887).
  • La mise en scène implique une organisation rigoureuse des mouvements et des entrées/sorties pour assurer la cohérence dramatique et visuelle de la représentation.
  • La gestion matérielle (décors, accessoires) n’est pas seulement esthétique, mais sert aussi la narration, en particulier dans le naturalisme où le décor devient un espace scientifique et réaliste (voir Zola).
  • La légitimation de la mise en scène comme art a permis d’affirmer la dignité du metteur en scène, qui doit orchestrer l’ensemble des éléments scéniques pour donner un sens global à la pièce.
  • Le rôle de guide de l’acteur, développé notamment par Stanislavski, fait du metteur en scène un accompagnateur essentiel dans la recherche d’authenticité et d’émotion dans le jeu.

À retenir

Le metteur en scène moderne est à la fois un organisateur technique, un artiste et un guide moral, chargé de coordonner mouvements, matériel et acteurs pour donner vie à une vision artistique cohérente et authentique.

3. Théâtre naturaliste

Notions clés & Définitions

  • Émile Zola (fin XIXe) : théoricien du naturalisme, il affirme que l’art doit représenter la nature et la société tel qu’ils sont, sans idéalisation ni embellissement, en insistant sur la fidélité scientifique à la réalité.

  • André Antoine (fin XIX – début XXe) : praticien et théoricien du naturalisme, il a créé le Théâtre Libre en 1887, prônant une mise en scène fidèle au milieu social et une représentation réaliste du quotidien.

  • Représentation fidèle et scientifique du réel : principe central du naturalisme, visant à dépeindre la vie avec précision, en utilisant des décors réalistes et en s’appuyant sur une observation rigoureuse des milieux sociaux et naturels.

  • Décors réalistes et fonction scientifique du décor : les décors ne sont plus seulement esthétiques mais ont une fonction documentaire, reproduisant fidèlement les milieux sociaux et naturels pour renforcer la crédibilité de la représentation.

  • Critique du théâtre classique et commercial : rejet des conventions esthétiques et des formes artificielles du théâtre traditionnel, considéré comme déconnecté de la réalité sociale et au service du divertissement commercial.

  • Théâtre comme reflet du drame social contemporain : conception selon laquelle le théâtre doit représenter les enjeux sociaux et les conditions de vie des classes populaires, en étant un miroir critique de la société moderne.

Points essentiels

Le naturalisme, né à la fin du XIXe siècle, s’inscrit dans une démarche de rupture avec le théâtre classique. Émile Zola (fin XIXe) insiste sur la nécessité d’une représentation fidèle du réel, en utilisant la science comme outil d’observation et d’analyse. André Antoine, en créant le Théâtre Libre en 1887, met en pratique ces principes en proposant des mises en scène authentiques, avec des décors réalistes et une attention particulière à la vie quotidienne. Les décors naturalistes ont une fonction scientifique : ils doivent reproduire fidèlement les milieux sociaux et naturels, comme le montre l’exemple de Vraies poules sur scène ou Le Canard Sauvage d’Antoine (1906). La mise en scène naturaliste rejette le théâtre de divertissement et les conventions du théâtre classique, qu’il considère comme déconnectés de la société réelle. La représentation doit être un miroir du drame social contemporain, révélant les conditions de vie, les luttes et les déterminismes sociaux des personnages, souvent issus des milieux populaires ou marginalisés. La démarche naturaliste vise ainsi à sensibiliser le spectateur aux enjeux sociaux et à promouvoir une forme d’engagement critique à travers la scène.

À retenir

Le théâtre naturaliste cherche à représenter la société et la vie quotidienne avec fidélité scientifique, en utilisant des décors réalistes et en rejetant les conventions esthétiques du théâtre classique pour faire du théâtre un miroir critique du drame social contemporain.

4. Théâtre symboliste

Notions clés & Définitions

  • Caractéristiques du théâtre symboliste : Un théâtre qui privilégie la poésie, la musicalité et la suggestion plutôt que la représentation fidèle du réel, mettant en avant l’imaginaire et le rêve. Il cherche à évoquer des idées et des émotions par des symboles et des images évocatrices, souvent en rupture avec le réalisme et le naturalisme.

  • Opposition au naturalisme et rejet de l’illusion réaliste : Le symbolisme refuse la quête de la reproduction fidèle de la réalité, considérant l’illusion réaliste comme une entrave à l’expression poétique et à l’imaginaire. Il privilégie la suggestion et la dimension subjective de l’art, en opposition avec la recherche d’une représentation scientifique ou documentaire.

  • Théâtre comme lieu de rêverie et d’imaginaire : Un espace où l’on privilégie l’évocation, la poésie et la suggestion plutôt que la représentation concrète. Le théâtre symboliste devient un lieu de rêve, d’évasion, où l’imagination du spectateur est sollicitée pour accéder à des mondes invisibles et mystérieux.

Points essentiels

Le théâtre symboliste se caractérise par une rupture avec le naturalisme, notamment par le rejet de l’illusion réaliste et scientifique. Il privilégie la poésie, la musicalité et l’évocation plutôt que la représentation fidèle du réel. La scène devient un espace de rêverie, où les images poétiques, les symboles et les jeux de lumière créent une atmosphère mystérieuse et suggestive. Ce mouvement insiste sur la dimension non sociale et non politique de l’art, se concentrant sur la recherche du sens au-delà des apparences sensorielles. La mise en scène symboliste privilégie la suggestion, l’atmosphère et l’émotion, en utilisant des décors épurés, des jeux d’ombres et de lumières, et des symboles pour évoquer des idées abstraites ou mystérieuses. La poésie de Baudelaire, Mallarmé, Verlaine, ou encore le théâtre de Maurice Maeterlinck illustrent cette recherche d’un théâtre qui transcende le réel pour toucher à l’univers de l’âme et du rêve.

À retenir

Le théâtre symboliste cherche à dépasser l’illusion réaliste pour créer un espace de rêve et d’imaginaire, privilégiant la poésie et la suggestion comme moyens d’accéder à des sens profonds et abstraits, en opposition avec le naturalisme et ses préoccupations sociales ou scientifiques.

5. Théâtre de l’art et politique

Notions clés & Définitions

  • Diderot (1713-1784) : pense que le théâtre doit avoir une dimension morale, visant à éduquer et à promouvoir la vertu, en utilisant le spectacle comme un moyen de reformer la société et de diffuser des valeurs éthiques. Il considère le théâtre comme un art moral et philosophique, capable d’influencer la morale publique.

  • Théâtre comme langage corporel et représentation picturale : conception selon laquelle le théâtre doit privilégier l’expression corporelle et visuelle plutôt que le seul discours verbal, afin de susciter des émotions et transmettre des idées par des tableaux vivants, renforçant ainsi la dimension morale et esthétique de la scène.

  • Quête de vraisemblance, vertu, bien et beau : notion centrale chez Diderot, où le théâtre doit représenter la nature humaine avec vraisemblance pour promouvoir la vertu, le bien et la beauté, en accord avec une fonction morale et politique visant à édifier le spectateur et à encourager la moralité publique.

Points essentiels

  • La naissance de la mise en scène au XIXe siècle marque une rupture avec le théâtre commercial, avec l’émergence d’une figure du metteur en scène comme artiste, donnant un sens et une interprétation au texte, en rupture avec la simple technique. La création du théâtre libre par André Antoine en 1887 symbolise cette volonté de renouvellement.

  • La théorie de Diderot, notamment avec l’invention du 4e mur, insiste sur une représentation qui doit rapprocher le spectateur des personnages, en utilisant le langage corporel et la représentation picturale pour susciter l’émotion, plutôt que la parole verbale seule. Il prône une mise en scène qui privilégie l’émotion et la morale.

  • La dimension morale du théâtre au XVIIIe siècle est primordiale, avec une visée éducative et éthique. Diderot critique la superficialité du théâtre de son temps, dominé par les vedettes et un jeu codifié, et souhaite un théâtre qui serve la vertu, le bien et la beauté, en opposition à la frivolité et au théâtre commercial.

  • La quête de vraisemblance, de vertu, de bien et de beau, constitue un enjeu politique et moral, visant à réformer la société par l’art dramatique, en faisant du théâtre un vecteur de moralité et de progrès social.

À retenir

Le théâtre au XVIIIe siècle, selon Diderot, doit être un art moral et politique, utilisant le langage corporel et la représentation picturale pour promouvoir la vertu, le bien et la beauté, en s’opposant au théâtre commercial et en visant à éduquer et à édifier la société.

6. Théorie de Diderot

Notions clés & Définitions

  • Invention du 4e mur : Concept introduit par Diderot selon lequel il existe un mur invisible séparant la scène du public, permettant une immersion totale du spectateur dans l’action sans intrusion visible. Diderot considère que cette barrière favorise l’émotion et l’identification du spectateur aux personnages. Diderot (paradoxe sur le comédien, 1830)

  • Théâtre comme art moral et philosophique : Idée selon laquelle le théâtre doit transmettre des valeurs morales et philosophiques, en utilisant la scène comme un espace d’éveil des consciences et de réflexion sur la société, plutôt que de se limiter au divertissement. Diderot

  • Critique du jeu codifié des acteurs : Diderot dénonce la manière mécanique et artificielle dont les acteurs jouent, prônant un jeu plus naturel, sincère, et en accord avec les émotions véritables, pour mieux toucher le public. Diderot

  • Concept de tableau vivant : Technique théâtrale où l’absence d’action ou de mouvement dramatique est utilisée pour créer des scènes picturales, suscitant l’émotion par la composition visuelle plutôt que par la narration. Diderot

Points essentiels

  • Diderot, précurseur de la mise en scène moderne, insiste sur la nécessité d’une séparation symbolique entre la scène et le public via l’invention du 4e mur, permettant une immersion émotionnelle plus profonde. paradoxe sur le comédien (1830)

  • Il voit le théâtre comme un moyen de moraliser et d’éduquer, en utilisant la scène pour transmettre des valeurs morales et philosophiques, en opposition à un théâtre purement divertissant ou commercial.

  • La critique du jeu codifié des acteurs reflète sa volonté de favoriser une interprétation plus naturelle, sincère, et expressive, pour renforcer l’impact moral et émotionnel de la représentation.

  • Le concept de tableau vivant repose sur l’idée que l’absence d’action dramatique permet de concentrer l’attention sur la composition visuelle, créant ainsi une scène qui évoque une image ou une peinture, renforçant l’émotion sans recourir à la parole.

À retenir

Diderot révolutionne la scène en introduisant le concept du 4e mur, prônant un théâtre moral et philosophique basé sur la sincérité du jeu et la puissance de l’image, afin de renforcer l’émotion et la réflexion du spectateur.

7. Théâtre naturaliste et modernité

Notions clés & Définitions

  • André Antoine (1858-1943) : acteur et metteur en scène français, fondateur du Théâtre Libre en 1887, qui prône une mise en scène réaliste et fidèle au milieu contemporain, en rupture avec le théâtre commercial et académique.
  • Le drame vrai de la société moderne : concept introduit par André Antoine, visant à représenter la vie quotidienne et les problèmes sociaux actuels pour révéler la réalité sociale à travers le théâtre.
  • Décors naturalistes : décors réalistes conçus comme des milieux scientifiques, évoquant fidèlement les environnements contemporains, avec une fonction pédagogique et scientifique, selon Zola et Antoine.
  • Mise en scène moderne centrée sur le milieu contemporain : approche qui consiste à représenter des personnages dans leur environnement réel, pour révéler les enjeux sociaux et psychologiques du moment, en opposition avec le théâtre symboliste ou classique.
  • Dimension sociale et esthétique du théâtre naturaliste : conception qui voit le théâtre comme un miroir critique de la société, avec une esthétique réaliste, visant à l’authenticité et à la dénonciation des injustices sociales.
  • Évolution du drame entre 1880-1920 : période marquée par la disparition du drame traditionnel, l’émergence du théâtre naturaliste, puis de l’avant-garde, traduisant une quête de vérité, de modernité et de rupture avec les conventions anciennes.

8. Théâtre d’avant-garde

Notions clés & Définitions

  • Théâtre d’avant-garde : Mouvement théâtral caractérisé par une démarche artistique nouvelle et révolutionnaire, visant à rompre avec les conventions traditionnelles et à explorer de nouvelles formes d’expression. Il privilégie l’expérimentation, la recherche esthétique et la remise en question des codes du théâtre classique.
  • Mouvements symboliste, futuriste, expressionniste, cubiste, dadaïsme, surréalisme : Courants artistiques utilisés par le théâtre d’avant-garde pour renouveler la scène en intégrant des esthétiques innovantes, souvent en opposition aux formes traditionnelles et à l’illusion réaliste.
  • Opposition au théâtre commercial et de loisirs : Refus de la production théâtrale à but uniquement lucratif ou divertissant, privilégiant un théâtre engagé, expérimental, et souvent politique ou philosophique, en rupture avec le spectacle de masse.

Points essentiels

  • Le théâtre d’avant-garde apparaît comme une réponse aux limites du théâtre traditionnel, notamment face à la montée du théâtre commercial et de loisirs, qu’il critique pour son conformisme et son absence d’engagement artistique.
  • Il s’inscrit dans une volonté de révolution artistique, en intégrant des mouvements comme le symbolisme, le futurisme, l’expressionnisme, le cubisme, le dadaïsme et le surréalisme, qui proposent des esthétiques radicales et souvent opposées à l’illusion réaliste.
  • La mise en scène y devient un outil d’expérimentation, avec une rupture avec le vraisemblable scénique, notamment par la création de décors non réalistes, l’utilisation de techniques innovantes et une recherche du sens au-delà des apparences sensorielles (voir notamment le symbolisme).
  • La figure du metteur en scène s’affirme comme un artiste à part entière, responsable de l’interprétation et de la conception scénique, en rupture avec la simple fonction technique du passé (voir section 1).
  • La démarche de ces théâtres privilégie la suggestion, la suggestion d’émotions et d’idées, plutôt que la reproduction fidèle de la réalité, en s’appuyant sur des formes artistiques nouvelles et souvent provocantes.

À retenir

Le théâtre d’avant-garde se distingue par sa volonté de rupture et d’innovation, en intégrant des mouvements artistiques révolutionnaires pour proposer un théâtre engagé, expérimental et en opposition avec le spectacle commercial et de masse.

9. Stanislavski et le réalisme psychologique

Notions clés & Définitions

  • Approche réaliste psychologique | Stanislavski : méthode centrée sur la recherche de vérité dans le jeu d’acteur, en insistant sur l’authenticité des émotions et des sentiments pour représenter la réalité intérieure du personnage.
  • Fondation du théâtre d’art de Moscou | Stanislavski (1898) : création d’un lieu dédié à l’art théâtral, visant à promouvoir un théâtre d’art authentique, en rupture avec le théâtre de divertissement, avec une ligne naturaliste et une dimension sociale, esthétique et éthique.
  • Concepts de mémoire affective | Stanislavski : technique où l’acteur se remémore une expérience personnelle pour raviver une émotion authentique, afin de rendre son jeu plus sincère et crédible.
  • Super-objectif | Stanislavski : objectif ultime que l’acteur doit poursuivre dans toute la pièce ou scène, permettant de donner une cohérence et une profondeur à son personnage, en évitant l’influence de l’apparence extérieure.
  • « Si » magique | Stanislavski : technique où l’acteur imagine une situation hypothétique pour entrer dans la peau du personnage, en se demandant « si » il était à sa place, afin de susciter des émotions vraies et spontanées.
  • Metteur en scène comme guide | Stanislavski : conception selon laquelle le metteur en scène doit accompagner et soutenir l’acteur dans sa recherche de vérité, en étant un guide plutôt qu’un simple régisseur technique, pour favoriser l’authenticité dans le jeu.

Points essentiels

  • Stanislavski, fondateur du théâtre d’art de Moscou en 1898 avec N. Dantchenko, s’oppose au théâtre de divertissement pour défendre un théâtre d’art accessible, esthétique et éthique, visant à représenter la vraie vie avec authenticité.
  • Son approche repose sur la recherche de la vérité psychologique, en insistant sur la mémoire affective, qui permet à l’acteur de raviver ses propres émotions pour incarner celles du personnage.
  • La technique du « si » magique permet à l’acteur d’imaginer des situations hypothétiques pour susciter des sentiments sincères, favorisant une interprétation crédible et profonde.
  • Le concept de super-objectif donne à l’acteur une direction globale dans son jeu, lui permettant de maintenir une cohérence dans ses actions et ses motivations tout au long de la pièce.
  • Stanislavski voit le metteur en scène comme un guide, un « accoucheur » qui aide l’acteur à mettre au monde une création nouvelle, en privilégiant la collaboration et la recherche d’authenticité.
  • La fondation du théâtre d’art de Moscou et la collaboration avec Tchékhov illustrent cette volonté de représenter la vie quotidienne avec profondeur psychologique, en intégrant la dimension sociale et existentielle dans le jeu d’acteur.

À retenir

L’approche réaliste psychologique de Stanislavski repose sur la recherche de sincérité et d’authenticité dans le jeu d’acteur, en utilisant des techniques telles que la mémoire affective et le « si » magique, avec un rôle central du metteur en scène comme guide dans cette quête de vérité.

10. Wagner et Gesamtkunstwerk

Notions clés & Définitions

  • Gesamtkunstwerk (Wagner, 1849) : concept d’un art total où la musique, la peinture, la poésie et la danse sont intégrés pour créer une œuvre unifiée, visant à recréer l’art du théâtre dans sa globalité. Wagner rêve d’une œuvre d’art qui dépasse la somme de ses parties, favorisant la communion des spectateurs.

  • Unité des arts : principe selon lequel toutes les formes artistiques doivent converger dans une œuvre pour produire une expérience immersive et harmonieuse, éliminant les frontières entre disciplines artistiques.

  • Projet utopique de réforme du théâtre : vision de Wagner visant à transformer le théâtre en un espace où l’union des arts permettrait une immersion totale du spectateur, abolissant la séparation traditionnelle entre scène et spectateur, et créant une expérience artistique intégrée.

  • Leitmotiv : forme musicale répétée dans une œuvre, associée à un personnage, une idée ou un sentiment, permettant de relier musicalement et thématiquement différentes parties du drame, renforçant la cohérence et la continuité de l’œuvre.

  • Festspielhaus de Bayreuth (1876) : salle de spectacle conçue par Wagner pour réaliser ses idées de Gesamtkunstwerk, avec une acoustique exceptionnelle, une scène intégrée, une salle sombre, et une immersion du spectateur dans l’œuvre, supprimant la distraction des décors et de l’orchestre visible.

  • Opposition à l’opéra traditionnel : Wagner critique l’opéra classique, qu’il considère comme une accumulation d’éléments séparés et artificiels, et prône une œuvre où la musique, le théâtre et les autres arts fusionnent pour une expérience plus authentique et immersive.

Points essentiels

  • Wagner (1849) souhaite une révolution dans l’art dramatique en abolissant la séparation entre les disciplines artistiques, pour créer un art total ou Gesamtkunstwerk.
  • La conception de Wagner repose sur l’unité des arts, où chaque discipline doit participer à une œuvre cohérente, visant à provoquer une communion profonde entre l’art et le spectateur.
  • Le Leitmotiv est une technique musicale essentielle, permettant de relier différents moments du drame par la répétition de motifs thématiques, renforçant la continuité narrative et émotionnelle.
  • Le Festspielhaus de Bayreuth, conçu pour réaliser cette vision, élimine l’orchestre visible, crée une salle sombre et immersive, et privilégie l’illusion totale, cherchant à gommer le réel pour atteindre l’idéal artistique.
  • Wagner s’oppose à l’opéra traditionnel, qu’il considère comme une juxtaposition d’éléments séparés, et prône une œuvre où tous les arts se fondent dans une unité organique, pour une expérience sensorielle et spirituelle totale.
  • Appia (1921) critique le Gesamtkunstwerk, estimant que ses éléments ne peuvent pas être hiérarchisés au même niveau, et propose une hiérarchie où l’acteur, l’espace et la lumière jouent un rôle central, pour préserver l’autonomie de chaque art.

À retenir

Le Gesamtkunstwerk de Wagner représente une utopie artistique visant à fusionner toutes les formes d’art dans une œuvre unifiée, pour créer une expérience immersive et spirituelle, tout en étant critiqué par Appia pour son irréalisme et sa hiérarchisation inégale des éléments artistiques.

11. Appia et la hiérarchie des éléments

Notions clés & Définitions

  • Hiérarchie des éléments (Appia, 1895) : Organisation structurée des composants de la mise en scène selon leur importance relative, avec l’acteur en tête, suivi de l’espace, de la lumière, etc.
  • Primauté de l’acteur (Appia, 1895) : La scène doit mettre en valeur le corps vivant de l’acteur, considéré comme le principal vecteur d’expression dramatique.
  • Rôle de l’espace (Appia, 1895) : L’espace scénique doit être considéré comme un personnage à part entière, capable d’interagir avec l’acteur et de contribuer à la narration.
  • Importance de la lumière (Appia, 1895) : La lumière doit servir à souligner l’acteur et l’espace, évitant l’illusion en 2D et favorisant une mise en scène dynamique et expressive.
  • Critique des décors illusionnistes en 2D (Appia, 1895) : Refus des décors peints en perspective qui créent une illusion de profondeur artificielle, jugés contraires à l’art vivant et à la vérité scénique.

Points essentiels

  • Appia établit une hiérarchie claire où l’acteur, en tant que corps vivant, doit être au centre de la mise en scène, car c’est lui qui incarne la vie et l’émotion.
  • La scène doit privilégier l’espace comme un acteur à part entière, permettant une interaction directe avec l’acteur et évitant la séparation artificielle entre décor et action.
  • La lumière doit être utilisée pour valoriser la présence de l’acteur, créer des ambiances, et renforcer la hiérarchie, en évitant la simple illumination uniformisée ou illusionniste en 2D.
  • Appia critique la pratique des décors illusionnistes en 2D, qu’il considère comme une négation de l’art vivant, car ils détournent l’attention de l’acteur et fragmentent la scène.
  • La réflexion d’Appia s’inscrit dans une volonté de rendre le théâtre plus authentique, expressif et en harmonie avec la mobilité de l’acteur et la dynamique de la scène.

À retenir

Appia propose une hiérarchie où l’acteur, le corps vivant, est au sommet, la scène doit valoriser l’espace comme un personnage, et la lumière doit servir à renforcer cette relation, en rejetant les décors illusionnistes en 2D pour retrouver l’art vivant et authentique.

12. Meyerhold et la révolution théâtrale

Notions clés & Définitions

  • Révolution théâtrale de Meyerhold : Ensemble de pratiques et de concepts innovants visant à transformer le théâtre en un art dynamique, synthétique et engagé politiquement, en rupture avec l’académisme et le naturalisme, notamment par l’utilisation de formes stylisées et la condamnation de l’illusion réaliste.

  • Opposition au naturalisme et au théâtre de Tchékhov : Refus de représenter la vie quotidienne de façon fidèle et scientifique, Meyerhold critique la reproduction réaliste et privilégie des formes stylisées, symboliques et expressives pour évoquer la société et l’émotion, en rupture avec le naturalisme de Tchékhov.

  • Recherche d’un nouveau drame symboliste : Quête artistique pour créer un théâtre qui privilégie le sens, la suggestion et l’imaginaire, en s’éloignant de la simple reproduction du réel, en s’inspirant du symbolisme fin XIXe, pour toucher des dimensions plus profondes et métaphysiques.

  • Collaboration et rupture avec Stanislavski : Initialement alliés, ils se séparent vers 1905, Meyerhold s’orientant vers des formes plus expérimentales et symbolistes, tandis que Stanislavski revient au réalisme psychologique. Leur divergence porte notamment sur la nature du jeu d’acteur et la conception de la mise en scène.

  • Expérimentations avec les avant-gardes européennes : Adoption et adaptation de mouvements artistiques tels que le symbolisme, le futurisme, l’expressionnisme, le cubisme, le dadaïsme et le surréalisme pour renouveler la scène, en intégrant des formes non conventionnelles et une esthétique de rupture.

  • Systèmes de jeu d’acteur alternatifs : Approches innovantes du jeu, mêlant grotesque, cabotinage, biomécanique et techniques expressives, visant à déstabiliser le spectateur et à renforcer la dimension expressive et politique du théâtre, en rupture avec le naturalisme et le réalisme stanislavskien.

Tableaux de Synthèse

ThèmeConcepts ClésAuteurs/RéférencesParticularités
Naissance de la mise en scèneÉmergence en tant qu’art autonome, rôle du metteur en scène comme artiste, création du Théâtre Libre (1887)André AntoineRupture avec le théâtre commercial, techniques innovantes, nouveau lexique
Rôle du metteur en scèneOrganisation des mouvements, gestion matérielle, guide de l’acteurDiderot (régisseur), Stanislavski (guidance acteur)Transition du rôle technique à artistique, coordination cohérente
Théâtre naturalisteReprésentation fidèle, décors réalistes, critique du théâtre classiqueÉmile Zola, André AntoineFonction scientifique du décor, reflet du drame social contemporain

Pièges & Confusions Fréquentes

  1. Confondre la naissance de la mise en scène avec la simple régie technique, alors qu’elle devient un art autonome à partir de 1887 avec André Antoine.
  2. Assimiler le rôle du metteur en scène uniquement à la gestion technique, alors qu’il inclut aussi la conception artistique et la direction des acteurs.
  3. Confondre naturalisme et réalisme : le naturalisme insiste sur la fidélité scientifique et sociale, pas seulement sur la représentation fidèle.
  4. Omettre la distinction entre la fonction de Diderot (régisseur) et celle du metteur en scène moderne, qui inclut une dimension artistique.
  5. Confusion entre le théâtre symboliste et le théâtre naturaliste, qui ont des esthétiques opposées.
  6. Négliger l’impact de la création du Théâtre Libre en 1887 comme moment clé de la mise en scène moderne.
  7. Confondre la fonction de Wagner (Gesamtkunstwerk) avec celle de Meyerhold (révolution théâtrale), qui ont des objectifs très différents.

Checklist Examen

  1. Connaître la définition de la naissance de la mise en scène selon André Antoine et sa rupture avec le théâtre commercial.
  2. Identifier le rôle et les responsabilités du metteur en scène, notamment selon Diderot et Stanislavski.
  3. Expliquer l’évolution du rôle du metteur en scène depuis le XIXe siècle, en insistant sur sa fonction artistique.
  4. Définir le théâtre naturaliste et ses principes fondamentaux, en citant Émile Zola et André Antoine.
  5. Connaître la fonction scientifique et réaliste des décors dans le théâtre naturaliste.
  6. Savoir en quoi le naturalisme s’oppose au théâtre classique et commercial.
  7. Comprendre la contribution d’André Antoine à la mise en scène et au théâtre naturaliste.
  8. Identifier les techniques innovantes introduites dans la mise en scène à la fin du XIXe siècle.
  9. Maîtriser la distinction entre le théâtre symboliste, naturaliste, et le théâtre d’avant-garde.
  10. Connaître la contribution de Wagner avec le concept de Gesamtkunstwerk.
  11. Comprendre la hiérarchie des éléments selon Appia et leur importance dans la mise en scène.
  12. Connaître la révolution théâtrale menée par Meyerhold et ses innovations.
  13. Maîtriser la théorie de Diderot sur la régie et la mise en scène.
  14. Identifier les enjeux politiques et artistiques liés au théâtre de l’art et à ses esthétiques.
  15. Savoir comment Stanislavski a introduit le réalisme psychologique dans la pratique théâtrale.

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Naissance et évolution de la mise en scène avec 12 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quelle a été la cause principale de l’émergence de la mise en scène comme art autonome au XIXe siècle ?

2. En quoi le Théâtre de l’art et la politique diffèrent-ils ou se ressemblent-ils ?

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Mémorisez les concepts clés de Naissance et évolution de la mise en scène avec 24 flashcards interactives.

Naissance de la mise en scène — quand ?

Fin XIXe siècle, comme art autonome.

Rôle du metteur en scène — définition ?

Organise, interprète, donne un sens à la pièce.

Théâtre naturaliste — principe ?

Représenter la société fidèle et scientifique.

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