Fiche de révision : La nature du temps et de la mort

Plan du Cours

  1. Nécessité et irréversibilité du temps
  2. Le devenir
  3. Mort et mortalité
  4. La mort comme événement absurde
  5. Existence et non-sens
  6. Résignation et suicide
  7. Divertissement et croyance
  8. Épicure et la mort
  9. Angoisse et authenticité

1. Nécessité et irréversibilité du temps

Notions clés & Définitions

  • Temps : Le temps est une donnée indépassable de l’expérience, dans laquelle événements et changements se succèdent et se déroulent.
  • Irreversibilité du temps : L’irréversibilité du temps signifie que l’écoulement ne peut se parcourir que dans un sens, rendant le retour en arrière impossible.
  • Devenir : Le devenir désigne le changement continu dû à l’écoulement du temps, visible dans le vivant, l’histoire et la vie psychique.
  • Mémoire affective : La mémoire affective est l’idée que certains souvenirs peuvent restituer avec une forte charge émotionnelle des instants passés et altérer notre rapport au temps.

Points essentiels

  • Le vœu d’arrêter ou de prolonger un instant de bonheur reste irréalisable parce que le temps ne cesse pas de s’écouler.
  • Le temps est irréversible : on ne peut pas revenir revivre le jour précédent, car on ne fait que s’en éloigner.
  • La formule d’Héraclite, « on ne peut descendre deux fois dans le même fleuve », illustre l’écoulement permanent et non répétable du temps.
  • La mémoire peut lutter contre l’irréversibilité en replongeant l’expérience dans le passé, comme dans le souvenir d’instants privilégiés chez Proust.
  • Proust admet aussi une limite : retrouver des personnes transformées montre que le temps laisse des traces ineffaçables.
  • Le devenir est observable comme suite de changements : naître, grandir puis décliner et mourir, et aussi dans l’histoire et la transformation psychologique.

Astuce mémo

Irréversibilité = pas de retour : fleuve unique, eaux toujours nouvelles.

2. Le devenir

Notions clés & Définitions

  • Réalité fluente : La réalité fluente et changeante est le sens le plus général du devenir, par opposition à la permanence et à l’identité.
  • Série des changements : Le devenir peut aussi désigner l’enchaînement des changements à venir d’une chose ou d’une personne, impliquant un état initial puis un nouvel état.

Points essentiels

  • Le devenir se constate dans le vivant (naître, grandir, décliner, mourir), dans l’histoire (essor, apogée, décadence, disparition) et dans la vie psychologique (on n’est plus le même qu’avant).
  • Au sens général, le devenir correspond au changement réel et continu, non à une identité stable ou à une permanence.
  • Au sens strict, le devenir suppose un enchaînement : changement d’abord, puis apparition d’un nouvel état, notamment envisagé pour l’avenir.
  • L’expérience ne rencontre pas directement le temps comme une chose à part : elle donne d’abord les choses en devenir, et c’est sous cet aspect que le temps apparaît.

Astuce mémo

Devenir = Temps “dans” les choses : on voit d’abord le changement (état → nouvel état), puis on comprend le temps par ce flux.

3. Mort et mortalité

Notions clés & Définitions

  • Mort biologique : La mort biologique est la cessation de la vie, marquée par l’arrêt lent ou brutal des fonctions vitales.
  • Vie résistante à la mort : La vie, comprise par Bichat, désigne l’ensemble des fonctions qui parviennent à résister à la mort.
  • Mortalité humaine : La mortalité humaine correspond au fait d’être mortel et de le savoir clairement, avec la conscience de sa propre fin.
  • Conscience de la mort : La conscience de la mort est la capacité humaine à percevoir sa mortalité comme un état réel, distinct de la simple perception d’un cadavre.

Points essentiels

  • Toute chose devenue fait l’expérience de sa fin, ce qui conduit à définir la mort comme terme de ce qui devient.
  • Selon Bichat, définir la vie revient à décrire des fonctions qui tiennent contre la mort, ce qui éclaire le sens biologique de la résistance.
  • Bergson soutient que les animaux ne savent pas qu’ils doivent mourir, car ils n’ont pas la représentation de leur destin de mort naturelle.
  • Bergson affirme que l’homme est le seul vivant qui sait qu’il mourra, ce savoir distinguant sa conduite de celle des animaux.
  • La certitude humaine de la mort se reconnaît aux rites funéraires et au culte des ancêtres, présents chez l’homme bien avant l’absence chez les sociétés animales évoluées.

Astuce mémo

Bergson : animaux ignorent, hommes savent—rites funéraires = preuve de la conscience de la mort.

4. La mort comme événement absurde

Notions clés & Définitions

  • Mort absurde : La mort absurde est, pour un être conscient, un fait injustifiable rationnellement et dépourvu de sens au regard de l’existence.
  • Indétermination de la mort : L’indétermination de la mort désigne le fait qu’on ignore le moment et la manière de mourir même si la mort est certaine.
  • Retour au néant : Le retour au néant est l’idée selon laquelle mourir revient à repasser par le non-être, ce qui rend l’enchaînement naissance→disparition incompréhensible.
  • Condamné parmi les condamnés : La figure du condamné illustre une mort certaine mais datée par avance de façon imprévisible, avec une exécution qui ne se dévoile jamais à l’instant.

Points essentiels

  • Pour un être conscient, la mort n’est pas seulement la cessation biologique : elle apparaît comme un événement sans justification rationnelle et sans sens.
  • L’absurde vient notamment du contraste naissance→être puis retour au non-être, qui paraît incompréhensible pour l’homme.
  • Même quand la mort est inéluctable, elle demeure indéterminée : on ne sait jamais ni quand ni comment mourir.
  • La mort est aussi imprévisible : connaître la mort ne suffit pas à la rendre prévisible.
  • Attendre la mort est lui-même une attente condamnée à l’absurde, car elle ne peut pas être véritablement programmée.
  • Sartre compare la situation à celle d’un condamné ignorant le jour d’exécution tout en voyant mourir chaque jour ses compagnons, et aussi à celle d’un condamné préparant le supplice sans être maître de l’échéance.

Astuce mémo

Mort = certaine mais jamais datée : condamnés voient mourir les autres, puis la leur arrive sans contrôle.

5. Existence et non-sens

Notions clés & Définitions

  • Absurdite de la mort : L’absurdité de la mort désigne le décalage entre l’effort de vivre et l’indétermination de la fin qui prive l’existence de sens.
  • Lutte contre la mort : La lutte contre la mort est l’activité par laquelle on repousse l’échéance, tout en sachant qu’elle n’aboutit pas à échapper à la fin.
  • Château de cartes : Le château de cartes est une image de l’existence construite avec temps et patience mais vouée à s’effondrer brutalement.
  • Postérité : La postérité est l’idée de survivre à travers des œuvres ou des souvenirs, qui ne redonne pourtant pas le sens à ma propre vie.

Points essentiels

  • Repousser continuellement l’instant de la mort ne change pas le résultat : la lutte ne fait que rapprocher l’échéance.
  • Chercher la signification dans des projets et des fins devient fragile car ces objectifs sont destinés à disparaître avec le vivant.
  • L’existence est comparée à un château de cartes : l’édifice s’écroule au moindre souffle imprévu.
  • La survie via la postérité ne peut consoler, puisque l’heureux témoin de cette survivance serait absent de mon expérience.

Astuce mémo

Sisyphe : tu pousses sans fin, mais ce que tu construis retombe — la mort annule l’ultime gain.

6. Résignation et suicide

Notions clés & Définitions

  • Résignation : La résignation désigne l’attitude de quelqu’un qui continue d’exister sans véritable projet, alors que l’existence perd son sens et devient absurde.
  • Suicide : Le suicide est le fait de se donner volontairement la mort pour échapper à l’absurde, mais il ne fait que le confirmer au lieu de le résoudre.
  • Absurde : L’absurde désigne l’absence de raison ou de sens satisfaisant qui rend l’existence invivable et pousse à chercher une sortie.

Points essentiels

  • La résignation fait perdre à l’existence son sens d’action et de projet, si bien que continuer à vivre devient absurde.
  • Le suicidé applique une logique complète : puisque la mort est absurde, l’existence aussi, donc il faudrait se supprimer pour éviter l’absurde.
  • Le suicide ne résout pas l’absurde : il met fin à l’existence tout en l’acceptant, comme un consentement à l’ennemi considéré comme insurmontable.
  • Camus conclut que l’expérience absurde s’éloigne du suicide, car celui-ci n’en est pas l’aboutissement logique mais son contraire, l’acceptation à sa limite.
  • Camus affirme que le seul vrai problème philosophique est le suicide, c’est-à-dire le jugement sur la valeur de la vie.

Astuce mémo

Résignation : « je continue sans projet » → l’existence devient absurde. Suicide : « je réponds à l’absurde par sa reconnaissance » → pas de résolution, seulement acceptation.

7. Divertissement et croyance

Notions clés & Définitions

  • Divertissement : Le divertissement est l’activité qui détourne la conscience de la pensée de la mort pour éviter de voir sa condition de mortel.
  • Foi : La foi est un acte intérieur mêlant croyance et confiance, porté par le cœur plutôt que par la démonstration rationnelle.
  • Âme immortelle : L’âme immortelle est le principe supposé survivre à la mort, permettant d’envisager une vie après la mort.
  • Mortalité de l’âme : La mortalité de l’âme est la thèse selon laquelle l’âme est matérielle, dépendante du corps et donc corruptible et mortelle.

Points essentiels

  • Le divertissement est présenté comme une « misère » majeure car il masque la condition d’être fini et mortel, même au moment où la mort approche.
  • Pascal rattache l’effet du divertissement à l’absence de pensée de la mort et au risque de perdre le privilège de l’existence consciente.
  • La croyance en une vie après la mort repose sur la croyance préalable en l’immatérialité et l’immortalité de l’âme.
  • Chez les matérialistes comme Lucrèce, l’âme est matérielle (faite d’éléments du monde) et dépend du corps, donc elle est corruptible et mortelle.
  • La foi n’est pas de l’ordre de la preuve et ne garantit aucune certitude objective, car elle vient d’une connaissance intérieure plutôt que discursive.
  • La croyance religieuse est critiquée comme une modalité du divertissement : elle rassure en écartant l’absurde, mais peut aussi fuir l’affrontement de la réalité de la mort.

Astuce mémo

Divertissement = fuite de la mort ; Croyance = réponse : âme immortelle (foi) ou âme mortelle (matérialisme).

8. Épicure et la mort

Notions clés & Définitions

  • Lettre à Ménécée : Textes d’Épicure adressé à Ménécée, présenté comme une aide pour soigner les hommes et rechercher le bonheur.
  • Mort n’est rien pour nous : Thèse épicurienne selon laquelle la mort ne nous concerne en rien physiquement, donc elle ne doit pas être redoutée.
  • Privation de sensation : Définition épicurienne de la mort comme perte de toute sensation, donc comme impossibilité de faire l’expérience de sa propre mort.
  • Attente de la mort : Représentation psychologique de la mort qui paraît effrayante, mais que la réflexion épicurienne juge sans fondement objectif.

Points essentiels

  • Épicure (Lettre à Ménécée §§124-125) soutient que la mort est « privation de sensation », donc elle ne peut être expérimentée par nous en tant que vivants.
  • Comme la sensation conditionne l’expérience et fixe ce qui est réel pour nous, la mort ne peut ni être jugée bonne ni mauvaise pour un vivant.
  • La crainte de la mort est dite absurde : si la mort n’est rien pour nous, alors elle n’a aucun caractère redoutable pour notre vie.
  • Face à l’objection portant sur l’attente, Épicure répond que l’idée de la mort n’a pas d’assise objective, et que seule sa représentation pourrait exister.
  • Quand nous sommes, la mort n’est pas présente ; et quand la mort est présente, nous ne sommes plus, ce qui exclut toute inquiétude fondée sur la mort elle-même.
  • Le sage épicurien profite davantage de la vie et n’a pas de désir d’immortalité, puisqu’il sait qu’il ne doit rien craindre de la mort.

Astuce mémo

Privation de sensation → pas d’expérience → pas de jugement de valeur → donc pas de peur.

9. Angoisse et authenticité

Notions clés & Définitions

  • Mort comme possibilité : La mort est une possibilité propre au Dasein, radicalement différente des autres possibilités parce qu’elle ne peut pas être assumée par quelqu’un d’autre et qu’elle marque notre être au monde dès l’existence.
  • Angoisse heideggérienne : L’angoisse est l’expérience qui révèle, sans peur précise, l’être-au-monde comme livré à sa fin, en faisant apparaître l’immanence de la mort.
  • Dasein impropre : Le Dasein se tient improprement lorsqu’il pense sa mort de façon vague et impersonnelle, comme un futur jamais véritablement vécu par lui.
  • Dasein propre authentique : Le Dasein est propre lorsqu’il vit son rapport à la mort comme immanente et indépassable, en acceptant d’éprouver l’angoisse plutôt que de l’esquiver.

Points essentiels

  • La mort est inexpérimentable au sens fort : je ne peux pas éprouver ma propre fin, seulement la perte d’autrui dans le deuil.
  • Nul ne peut décharger l’autre de son trépas : même si quelqu’un se sacrifie pour moi, il ne peut mourir à ma place.
  • La mort est immanente : dès l’entrée dans la vie, l’homme est déjà assez vieux pour mourir.
  • L’angoisse devant la mort ne se confond pas avec la peur du décès, car elle vise l’être-au-monde lui-même et le fait d’être déjà livré à sa fin.
  • Le divertissement se manifeste dans le quotidien du « on » en rendant la mort vague et impersonnelle, puis en voilant son sens.
  • Seule l’angoisse peut arracher l’existant au tourbillon de l’existence inauthentique en le ramenant vers une conscience lucide de sa fin.

Astuce mémo

Angoisse = révélation (mort immanente), Divertissement = fuite (mort vague). Authentique = accepter l’angoisse.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1790-1869Alphonse de Lamartine (Le lac)
576-480 avant J.-C.Héraclite d’Ephèse
1927Marcel Proust (Le Temps retrouvé)
1771-1802Xavier Bichat
1932Bergson (Les deux sources de la morale et de la religion)
1859-1941Henri Bergson
1932Bergson (Les deux sources de la morale et de la religion)
1903-1985Vladimir Jankélévitch
1966Jankélévitch (La mort)
1943Sartre (L’Être et le Néant)

Tableaux de synthèse

Épicure vs Heidegger sur la mort

AuteurStatut de la mortRapport à la peur/sens
Épicure« Privation de sensation » ; la mort ne nous concerne en rienLa crainte est absurde ; le sage profite de la vie sans désir d’immortalité
HeideggerMort comme possibilité propre, immanente et inexpérimentableL’angoisse (non la peur) révèle l’être-au-monde livré à sa fin et rend possible l’authenticité

Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre temps et infini : le cours oppose « milieu indéfini » (temps) et « infini » (sans limite).
  2. Penser que la mémoire annule l’irréversibilité : elle restitue des instants, mais le temps laisse des traces ineffaçables.
  3. Croire que devenir = identité stable : le devenir est « réalité fluente » et implique changement (état → nouvel état).
  4. Assimiler la mort biologique à la mort « absurde » : pour un être conscient, l’absurde tient au retour au néant et à l’indétermination (quand/comment).
  5. Prendre la résignation pour une solution : elle fait perdre le sens d’action et rend continuer à vivre absurde.
  6. Lire le suicide comme « résolution logique » : Camus insiste qu’il n’aboutit pas, il consacre/assume l’absurde jusqu’au bout.
  7. Confondre angoisse et peur : l’angoisse vise l’être-au-monde livré à sa fin, tandis que la peur vise un décès déterminé.

Checklist Examen

  1. Expliquer ce qu’est le temps comme milieu indéfini et homogène, et relier ces traits aux idées d’ordre (succession) et de mouvement (changement).
  2. Justifier en quoi l’irréversibilité interdit de « remonter en arrière », avec l’image du fleuve d’Héraclite et l’argument du vœu d’éterniser un bonheur.
  3. Présenter la thèse de la mémoire affective (Proust) : restitution d’instants privilégiés, mais reconnaissance de l’irréversibilité tragique (gens transformés).
  4. Définir le devenir : réalité fluente changeante (opposition à permanence/identité) et, au sens strict, série/enchaînement de changements (changement → nouvel état).
  5. Définir mort (biologique) et vie résistante à la mort (Bichat), puis formuler la thèse bergsonienne : animaux sans conscience de devoir mourir, homme conscient de sa mortalité.
  6. Expliquer pourquoi, pour un être conscient, la mort est un événement absurde : retour au néant, indétermination (quand/comment), et analogie du condamné de Sartre.
  7. Montrer comment l’existence peut perdre son sens malgré la lutte : lutte qui rapproche l’échéance, image du château de cartes, puis l’idée que la postérité ne consolide pas (absence du témoin).
  8. Comparer résignation et suicide : logique de la résignation (inaction/absence de sens) et logique du suicidé (accepter l’absurde) selon le cours et Camus.
  9. Expliquer le divertissement (Pascal) comme fuite de la pensée de la mort et sa fonction de « plus grande de nos misères », puis relier croyance religieuse à une modalité du divertissement.
  10. Résumer l’argument épicurien « la mort n’est rien pour nous » : mort = privation de sensation, absence d’expérience donc pas de jugement, et objection sur l’attente (crainte sans fondement).
  11. Expliquer l’angoisse heideggérienne : mort possibilité propre, inexpérimentable et immanente ; distinction angoisse vs peur ; contraste Dasein impropre (mort vague) / propre (acceptation de l’angoisse).

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1. Quelle formule exprime le mieux l’irréversibilité du temps ?

2. Quelle image illustre le mieux l’écoulement permanent et non répétable du temps ?

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Révisez avec les flashcards

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Temps — définition ?

Donnée indépassable de l’expérience, succession d’événements.

Irreversibilité du temps — rôle ?

Empêche de revenir en arrière, seul le flux avance.

Devenir — concept clé ?

Changement continu, enchaînement d’états.

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