📋 Plan du Cours
- Définition rhétorique
- Histoire grecque
- Sophistique et logos
- Rhétorique athénienne
- Théorie aristotélicienne
- Rhétorique platonicienne
- Diffusion romaine
- Argumentation et persuasion
- Charge de la preuve
- Énonciation et argumentation
- Rôle de l’auditoire
- Éthos discursif
📖 1. Définition rhétorique
🔑 Notions clés & Définitions
- Origine étymologique : La rhétorique vient du grec rhêtoriké, signifiant « art de la parole », soulignant ses racines dans la pratique oratoire et la maîtrise du discours (source implicite).
- Pouvoir de persuader : Selon Quintilien (Ier siècle av. J.-C.), la rhétorique est le « pouvoir de persuader », c’est-à-dire la capacité de l’orateur à emporter l’assentiment de l’auditoire.
- Art (tekhnê) et science (bene dicendi scientia) : La rhétorique est à la fois un art, une technique visant l’efficacité dans la production du discours persuasif, et une science, une réflexion systématique sur ses méthodes (source implicite).
- Technique et méthode : La rhétorique se définit comme une technique, une méthode structurée pour produire des discours efficaces, fondée sur un savoir-faire précis et réfléchi.
📝 Points essentiels
- La racine rhêtoriké souligne l’origine grecque de la discipline, centrée sur la parole et la capacité à convaincre.
- Quintilien (Ier siècle av. J.-C.) insiste sur la double nature de la rhétorique : comme art (tekhnê) et comme science (bene dicendi scientia), ce qui implique une réflexion approfondie et une maîtrise technique.
- La rhétorique vise l’efficacité dans la persuasion, en utilisant des techniques structurées, des méthodes éprouvées, et un savoir systématisé.
- Elle se présente comme une technique visant la production de discours persuasifs, intégrant à la fois la pratique (art) et la réflexion (science).
- La distinction entre art et science permet de souligner que la rhétorique ne se limite pas à l’instinct ou à l’improvisation, mais repose sur des principes et des méthodes.
💡 À retenir
La rhétorique, issue du grec rhêtoriké, est à la fois un art et une science visant à produire des discours persuasifs, fondée sur une technique structurée et une réflexion systématique pour convaincre efficacement.
📖 2. Histoire grecque
🔑 Notions clés & Définitions
-
Homère (VIIIe s av JC) : poète légendaire dont l’Iliade, texte fondateur de la poésie épique grecque, attribue à la parole une importance capitale, avec 45 % de paroles dans ses œuvres. La parole y est institutionnalisée à travers monologues, dialogues, défis, promesses, illustrant la dimension mythologique et symbolique de la persuasion. La parole chez Homère personnifie une puissance à la fois humaine et divine, mêlant séduction, tromperie, et recherche de bon ordre social.
-
Institutionnalisation des paroles : processus par lequel la parole devient un acte codifié et structuré dans la société grecque antique, notamment via les monologues, dialogues, défis, et autres formes oratoires, permettant la mise en scène de la persuasion et la construction de la légitimité dans l’espace public.
-
Persuasion personnifiée : conception selon laquelle la persuasion est une puissance qui peut être attribuée à des acteurs humains ou divins, incarnant une force active, capable d’influencer, séduire ou tromper, en lien avec la dimension mythologique et symbolique de la parole dans la culture grecque.
-
Dimension mythologique et symbolique de la persuasion : la persuasion chez Homère et dans la Grèce antique n’est pas seulement un acte rationnel, mais aussi un phénomène mythologique, incarnant des forces divines ou héroïques, et symbolisant la capacité de la parole à modeler le destin, à séduire ou à tromper selon des enjeux mythiques et sociaux.
📝 Points essentiels
-
Homère, poète du VIIIe siècle av. JC, occupe une place centrale dans la conception grecque de la parole, avec une répartition de 45 % de paroles dans l’Iliade, où la parole est omniprésente sous forme de monologues, dialogues, défis, et autres formes institutionnalisées. La parole y devient un outil de persuasion, de séduction, et de pouvoir, incarnant à la fois une puissance humaine et divine, inscrite dans un cadre mythologique.
-
La parole chez Homère n’est pas seulement un moyen de communication, mais aussi un symbole de la puissance, de la tromperie, ou de la recherche de l’ordre social, selon la dimension mythologique qui lui est attachée. La personnification de la persuasion comme force à la fois humaine et divine souligne la dimension symbolique de la parole dans la culture grecque antique.
-
L’institutionnalisation des paroles (monologues, dialogues, défis) permet de structurer la parole dans l’espace social et politique grec, en faisant un acte codifié et stratégique, essentiel dans la construction du pouvoir et de la légitimité.
-
La persuasion personnifiée, mêlant puissance humaine et divinité, illustre la croyance grecque en la parole comme force active capable d’influencer le destin, de séduire ou de tromper, dans une perspective mythologique et symbolique.
💡 À retenir
Chez Homère, la parole est une force mythologique et symbolique, incarnant à la fois puissance divine et humaine, institutionnalisée par des formes structurées, et jouant un rôle central dans la construction de l’ordre social et politique grec.
📖 3. Sophistique et logos
🔑 Notions clés & Définitions
-
Révolution sophistique (Ve s av. JC) : mouvement intellectuel qui remet en question la notion de vérité et de justice fixes, en affirmant que ces concepts se construisent dans l’instant à travers le discours, selon Aristote (date). Les sophistes enseignent la rhétorique comme art de persuader, indépendamment de la recherche de la vérité absolue.
-
Empédocle (Ve s av. JC) : inventeur de la rhétorique, il pose les bases d’un discours basé sur la vraisemblance (Eikos), insistant sur la capacité à persuader par la vraisemblance plutôt que par la vérité objective.
-
Corax et Tisias : premiers rédacteurs de la rhétorique, ils ont systématisé l’art de la réfutation et de la persuasion, en insistant sur la vraisemblance (Eikos) comme principe central dans la construction du discours.
-
Concept de vraisemblance (Eikos) : notion fondamentale chez les sophistes, désignant ce qui paraît probable ou crédible, permettant de persuader sans référence à une vérité absolue, mais à ce qui est acceptable dans l’instant.
-
Absence de vérité et justice fixes chez les sophistes : selon Platon et Aristote, les sophistes considèrent que la vérité et la justice ne sont pas des valeurs absolues, mais relatives au contexte, au moment (KAIROS), et à la construction discursive.
-
Justice construite par discours (KAIROS) : chez les sophistes, la justice n’est pas une valeur fixe, mais une construction contextuelle, dépendant du moment opportun (KAIROS) pour persuader et faire accepter une position.
📝 Points essentiels
-
La révolution sophistique au Ve siècle av. JC marque un tournant en philosophie et en rhétorique, en affirmant que la vérité et la justice ne sont pas universelles mais relatives au contexte et à l’instant (KAIROS).
-
Empédocle est considéré comme l’inventeur de la rhétorique, en introduisant la notion de vraisemblance (Eikos), qui devient le principe central de persuasion chez les sophistes.
-
Corax et Tisias ont été les premiers à rédiger des traités de rhétorique, en systématisant l’art de la réfutation et de la persuasion, insistant sur la vraisemblance plutôt que sur la vérité.
-
La rhétorique sophistique se fonde sur l’idée que la justice et la vérité sont construites dans l’instant, par le discours, et que la persuasion dépend du contexte (KAIROS), rendant la justice flexible et dépendante du moment.
-
La conception sophistique remet en cause la notion de vérité fixe et universelle, privilégiant la capacité à convaincre par la vraisemblance et la maîtrise du discours.
💡 À retenir
La révolution sophistique du Ve siècle av. JC introduit l’idée que la vérité et la justice sont relatives au contexte et au moment (KAIROS), en faisant de la persuasion un art basé sur la vraisemblance (Eikos) plutôt que sur des valeurs fixes.
📖 4. Rhétorique athénienne
🔑 Notions clés & Définitions
- Réformes athéniennes (Dracan, Solon, Clisthène) : série de réformes politiques, juridiques et institutionnelles menées à Athènes entre le VIe et le Ve siècle av. JC, visant à instaurer plus d’égalité et à renforcer la participation citoyenne, notamment par la mise en place de l’assemblée du peuple (Ekklesia).
- Assemblée du peuple (Ekklesia) : institution démocratique athénienne où se réunissaient au moins 6000 citoyens pour débattre et voter sur les lois, les politiques et les affaires publiques, incarnant la souveraineté populaire.
- Pratiques judiciaires (synégore, logographe, oraison funèbre) :
- Synégore : partage de la parole lors des débats judiciaires ou politiques.
- Logographe : personne qui rédige ou écrit les discours oratoires, souvent pour des procès ou des discours publics.
- Epitaphios logos : discours funèbre prononcé lors des funérailles civiques, visant à glorifier le défunt et à renforcer l’unité civique.
- Figures majeures (Isocrate, Démosthène) : orateurs et pédagogues athéniens du Ve siècle av. JC, symboles de la pratique rhétorique :
- Isocrate (436-338) : maître de l’écriture de discours, considéré comme un éducateur de la cité.
- Démosthène (384-322) : orateur exceptionnel, défenseur de la démocratie et de la liberté contre la menace macédonienne.
📝 Points essentiels
- La rhétorique athénienne se développe dans un contexte de réformes démocratiques, notamment sous Clisthène, qui instaurent un cadre où chaque citoyen peut prendre la parole lors de l’Ekklesia ou dans les tribunaux.
- La pratique judiciaire et politique s’appuie sur des discours élaborés par des logographes, avec une importance particulière donnée à la capacité de persuader par la parole.
- La pratique de l’éloge funèbre (epitaphios logos) joue un rôle civique en renforçant la cohésion et la mémoire collective.
- Isocrate et Démosthène incarnent deux modèles d’orateurs : l’un éducatif et idéologique, l’autre pratique et engagé politiquement.
- La rhétorique est perçue comme un outil d’action politique, d’éducation et de participation citoyenne, permettant à chaque citoyen de contribuer à la vie publique.
💡 À retenir
La rhétorique athénienne, façonnée par des réformes démocratiques, est avant tout un art de la parole destiné à persuader, à défendre la cité et à renforcer la cohésion civique, illustrée par des figures majeures comme Isocrate et Démosthène.
📖 5. Théorie aristotélicienne
🔑 Notions clés & Définitions
- Rhétorique (Aristote) : Art de persuader visant à faire triompher la vérité et la justice dans les jugements, articulée en trois genres oratoires (délibératif, judiciaire, épidictique) et fondée sur des preuves subjectives et morales, notamment l’ethos (caractère et morale de l’orateur) (voir section 3).
- Genres oratoires : Catégories de discours selon leur objectif : délibératif (futur, politique), judiciaire (passé, justice), épidictique (présent, louange ou blâme) (voir section 3).
- Preuves subjectives et morales : Arguments fondés sur la crédibilité, la moralité et le caractère de l’orateur, notamment l’ethos, qui contribue à la persuasion en renforçant la confiance de l’auditoire (voir section 12).
- Ethos (Aristote) : Caractère et qualités morales de l’orateur, comprenant le bon sens, la vertu, la bienveillance, la renommée, le statut social, et la personnalité propre, qui influencent la crédibilité et l’efficacité du discours (voir section 12).
- Utilité de la rhétorique : Permet de faire triompher la vérité et la justice dans les jugements, en utilisant des moyens oratoires adaptés pour convaincre et légitimer les propositions (voir section 3).
📝 Points essentiels
- La rhétorique selon Aristote est un art pratique destiné à persuader, en particulier dans les contextes judiciaires, politiques et cérémoniels, en utilisant des preuves subjectives et morales, notamment l’ethos.
- Elle se divise en trois genres oratoires : délibératif (futur, conseils politiques), judiciaire (passé, accusations ou défenses), épidictique (présent, louanges ou blâmes).
- La justification de la persuasion repose sur la capacité à construire un ethos crédible, sincère et moral, qui rassure l’auditoire et renforce la légitimité du discours.
- La rhétorique aristotélicienne vise à faire triompher la vérité et la justice dans le cadre des jugements, en articulant discours, preuves et caractère de l’orateur.
- La distinction entre rhétorique vulgaire et vraie rhétorique, cette dernière étant une science et un enseignement visant à améliorer la parole, est soulignée par Platon, mais Aristote insiste sur son rôle pratique et éthique.
💡 À retenir
La théorie aristotélicienne de la rhétorique définit cet art comme un moyen de persuader en utilisant des preuves morales et subjectives, notamment l’ethos, pour faire triompher la vérité et la justice dans les discours oratoires.
📖 6. Rhétorique platonicienne
🔑 Notions clés & Définitions
- Vraie rhétorique : Selon Platon, il s'agit d'une science et d'un discours philosophique visant à améliorer les âmes des citoyens, en s'appuyant sur la connaissance et la sagesse, plutôt que sur la persuasion vulgaire. Elle se distingue de la rhétorique vulgaire par sa finalité morale et sa recherche de vérité (voir section 3).
- Rhétorique vulgaire : La version dégradée de la rhétorique, orientée uniquement vers la persuasion sans souci de vérité, souvent associée à la sophistique et à la tromperie, selon Platon.
- Critique de la sophistique : Platon critique la sophistique en la considérant comme une pratique qui se limite à l'art de persuader sans souci de justice ou de vérité, et qui s'appuie sur la flatterie et la manipulation plutôt que sur la connaissance véritable. La sophistique est vue comme une menace pour la moralité civique.
- Distinction entre science et discours philosophique : Platon distingue la vraie rhétorique, qui est une science, du discours vulgaire. La science de la rhétorique vise à connaître le vrai et à améliorer l'âme, contrairement à la simple technique de persuasion sans fondement moral.
- Rhétorique orientée vers les dieux : La vraie rhétorique, dans sa perfection, doit s'orienter vers les dieux, c'est-à-dire qu'elle doit aspirer à la connaissance divine et à la sagesse suprême, en étant moins faite pour les hommes que pour atteindre la vérité ultime (voir concepts exclusifs).
📝 Points essentiels
- Platon critique la rhétorique sophistique, qu'il considère comme une pratique dénuée de fondement moral et philosophique, axée uniquement sur la persuasion. Il oppose cette dernière à la vraie rhétorique, qui doit être une science, une discipline rationnelle visant à améliorer l'âme des citoyens.
- La vraie rhétorique est une science et un discours philosophique, qui repose sur la connaissance du bien, de la justice et de la vérité. Elle doit permettre à l’orateur d’élever l’âme plutôt que de la manipuler.
- La différence fondamentale réside dans l’intention : la rhétorique vulgaire cherche à séduire et à convaincre à tout prix, souvent par des moyens fallacieux, alors que la vraie rhétorique cherche à éclairer et à guider vers la sagesse, en particulier en s’orientant vers les dieux, qui incarnent la connaissance ultime.
- Platon distingue la rhétorique comme art et science, la considérant comme un savoir qui doit s’appuyer sur la philosophie et la connaissance du vrai, plutôt que sur la flatterie ou la tromperie.
- La perfection de la vraie rhétorique implique qu’elle doit être moins faite pour les hommes que pour les dieux, c’est-à-dire qu’elle doit tendre vers la sagesse divine, une orientation qui dépasse la simple pratique oratoire.
💡 À retenir
La rhétorique platonicienne oppose la rhétorique sophistique, dénuée de fondement moral, à une vraie rhétorique qui est une science philosophique visant à améliorer l’âme et à approcher la sagesse divine.
📖 7. Diffusion romaine
🔑 Notions clés & Définitions
-
Théophraste (370 – 285 av. J.C) : philosophe grec dont la réflexion porte sur le style oratoire, notamment sur ses vertus telles que correction, clarté, convenance et ornementation, qui seront reprises par Cicéron et Quintilien pour élaborer une théorie du style.
-
Trois niveaux de style (grand, moyen, simple) : classification des registres stylistiques selon leur élévation et leur ornementation, permettant d’adapter le discours à l’auditoire et à la situation, selon la sophistication du langage et des figures employées.
-
Hermogoras : orateur et théoricien grec, auteur d’un système d’argumentation visant à analyser la persuasion, en structurant les moyens et les stratégies pour convaincre dans le discours.
-
Cicéron : orateur romain (106 – 43 av. J.C), auteur de plusieurs traités fondamentaux (De inventione, De oratore) qui développent la théorie de l’invention, de la disposition, de la mémoire, de l’éloquence et de l’action, ainsi que la théorie des trois tâches de l’orateur : prouver la vérité, concilier l’auditoire, éveiller les émotions.
📝 Points essentiels
La diffusion de la technique rhétorique grecque dans le monde romain marque une étape majeure dans la systématisation de l’art oratoire. Théophraste a posé les bases du style en insistant sur ses vertus essentielles : correction, clarté, convenance et ornementation, qui seront intégrées dans la pratique romaine et dans l’enseignement de la rhétorique. La classification en trois niveaux de style — grand, moyen, simple — permet d’adapter la langue à la situation et à l’auditoire, en modulant la sophistication et l’ornementation du discours.
Hermogoras a contribué à structurer l’argumentation en proposant un système logique et pratique pour analyser et élaborer des stratégies de persuasion efficaces. La réflexion sur l’argumentation se concentre sur la mise en place de moyens rationnels pour convaincre, en utilisant notamment la logique et la psychologie de l’auditoire.
Cicéron a synthétisé ces apports dans ses œuvres majeures, en insistant sur l’importance de l’invention (trouver les arguments), de la disposition (organiser le discours), de la mémoire, de l’éloquence (la manière de parler) et de l’action (la mise en scène). Sa théorie des trois tâches de l’orateur — prouver la vérité, séduire l’auditoire, éveiller les émotions — reste un fondement de la pratique rhétorique romaine. La réflexion sur le style et la manière de convaincre s’inscrit dans une volonté de perfectionner l’art oratoire pour répondre aux exigences politiques, judiciaires et sociales de Rome.
💡 À retenir
La diffusion romaine de la rhétorique grecque a permis de systématiser l’art oratoire en insistant sur le style, la structure argumentaire et la psychologie de l’auditoire, avec Cicéron comme figure emblématique de cette synthèse. Cette transmission a profondément marqué la pratique et la théorie de la persuasion dans le monde occidental.
📖 8. Argumentation et persuasion
🔑 Notions clés & Définitions
- Argumentation (d’après Marianne Doury) : Pratique discursive et champ de recherche qui consiste à donner des raisons pour soutenir une conclusion ou pour gérer un désaccord, en utilisant diverses stratégies et formes selon les circonstances.
- Persuasion (approche fonctionnelle) : Processus visant à faire adhérer l’auditoire à une conclusion par la présentation de bonnes raisons, sans nécessairement viser la vérité, mais plutôt l’adhésion ou le changement d’opinion.
- Gestion discursive du désaccord (d’après Marianne Doury) : Mode de construction du discours qui intègre et répond aux oppositions ou contestations, rendant le discours plus résistant à la contestation.
- Nouvelle rhétorique (de Chaïm Perelman et Lucie Olberchts-Tyteca) : Approche qui considère l’argumentation comme un processus de justification rationnelle adaptée à l’auditoire, insistant sur la subjectivité et la relativité des arguments dans la persuasion.
- Pragmadialectique (de Van Eemeren et Houtlosser) : Approche qui étudie la structure argumentative dans le cadre d’un dialogue rationnel, en analysant la cohérence, la pertinence et la validité des échanges argumentatifs.
- Absence de visée persuasive (d’après la conception non persuasive) : Situation où l’argumentation n’a pas pour but de convaincre, mais plutôt d’échanger ou de gérer un désaccord sans chercher à modifier l’opinion de l’interlocuteur.
📝 Points essentiels
- La fonction principale de l’argumentation est de persuader par des raisons, mais elle peut aussi servir à gérer un désaccord ou à clarifier une position sans visée persuasive (voir la conception non persuasive).
- La diversité des circonstances d’argumentation implique que les stratégies, formes et objectifs varient selon le contexte : politique, judiciaire, scientifique, etc.
- La nouvelle rhétorique insiste sur la relativité des arguments, leur adaptation à l’auditoire, et leur rôle dans la construction d’un consensus ou d’un accord, plutôt que dans la recherche de la vérité objective (Perelman, 1958).
- La pragmadialectique analyse la cohérence et la pertinence des échanges argumentatifs dans un dialogue rationnel, en insistant sur la dimension interactionnelle.
- La gestion discursive du désaccord consiste à rendre le discours plus résistant à la contestation en intégrant et en répondant aux objections ou oppositions.
💡 À retenir
L’argumentation est un processus complexe, qui peut viser la persuasion ou simplement la gestion du désaccord, en s’appuyant sur des stratégies variées et adaptées aux circonstances, selon des approches savantes comme la nouvelle rhétorique ou la pragmadialectique.
📖 9. Charge de la preuve
🔑 Notions clés & Définitions
- Charge de la preuve : obligation d’avancer des arguments pour soutenir ou contester une position. Elle revient à celui qui soutient un point de vue de fournir des éléments justificatifs.
- Principe d’attribution de la charge : règle selon laquelle la responsabilité de prouver une assertion incombe généralement à celui qui la soutient, mais cette attribution peut être négociée dans l’interaction (voir aussi "relation entre charge de la preuve et auditoire").
- Négociation de la charge de la preuve : processus au cours duquel les interlocuteurs peuvent redistribuer ou modifier la responsabilité de fournir des arguments, en fonction du contexte ou de la stratégie argumentative (voir aussi "relation entre charge de la preuve et auditoire").
- Relation entre charge de la preuve et auditoire : la charge de la preuve est relative à l’auditoire, car l’objectif est d’obtenir son adhésion ; la manière dont la charge est répartie influence la persuasion et l’efficacité du discours.
- Obligation d’avancer des arguments : principe selon lequel celui qui soutient une position doit produire des raisons ou preuves pour la défendre, conformément à la définition de la charge de la preuve.
📝 Points essentiels
- La charge de la preuve consiste en une obligation d’argumenter en faveur ou contre une position, principe fondamental en argumentation (voir aussi "charge de la preuve").
- Elle est généralement attribuée à celui qui soutient une assertion, mais cette attribution n’est pas fixe : elle peut être négociée au cours de l’interaction argumentative, ce qui implique une dimension stratégique.
- La négociation de cette charge dépend du contexte, de l’auditoire, et des enjeux de l’échange, car l’objectif est d’obtenir l’adhésion de l’auditoire en lui fournissant des arguments convaincants.
- La relation entre charge de la preuve et auditoire est centrale : l’orateur doit adapter ses arguments pour influencer l’auditoire, en tenant compte de ses attentes, de ses stéréotypes, et de sa capacité à accepter ou rejeter les arguments.
- La charge de la preuve n’est pas une simple règle formelle, mais un enjeu dynamique dans l’interaction argumentative, qui peut être négocié pour maximiser l’impact persuasif (voir aussi "relation entre charge de la preuve et auditoire").
💡 À retenir
La charge de la preuve, en tant qu’obligation d’argumenter, est un enjeu stratégique qui se négocie dans l’interaction pour influencer l’auditoire, en tenant compte de ses attentes et de la dynamique du discours.
📖 10. Énonciation et argumentation
🔑 Notions clés & Définitions
- Distinction locuteur / énonciateur : Le locuteur est celui qui prend la parole ou produit un énoncé, tandis que l’énonciateur désigne celui qui adopte un point de vue ou une position dans l’énoncé. En argumentation, cette distinction permet d’analyser si l’énoncé reflète la position personnelle du locuteur ou s’il rapporte une position extérieure (voir section 2).
- Marques d’adhésion ou de distanciation du locuteur : Signaux linguistiques ou discursifs indiquant si le locuteur s’engage personnellement dans son propos ou s’en dissocie. Parmi ces marques, on trouve les guillemets, les verbes introducteurs (« prétendre », « montrer »), et les modalisateurs (« certainement », « probablement ») (voir section 2).
- Indices de contestation : Moyens discursifs utilisés pour remettre en question ou contester une position ou un argument. Cela inclut la négation polémique (« ce n’est pas un procédé démocratique »), la concession (« certes, mais »), et la stratégie de rétorsion (« tu ne sortiras pas ce soir »), qui cherchent à déstabiliser ou à relativiser une assertion (voir section 2).
- Procédés argumentatifs : Techniques utilisées pour renforcer ou déformer une argumentation. Parmi eux, le redimensionnement par l’absurde, qui consiste à pousser une position à l’extrême pour en révéler l’absurdité, et l’homme de paille, qui consiste à déformer ou caricaturer l’argument adverse pour le rendre plus facile à attaquer (voir section 2).
- Polyphonie : La coexistence de plusieurs voix ou points de vue dans un discours, permettant d’identifier si une énonciation est personnelle ou rapportée, et d’analyser la position de l’énonciateur par rapport à ces voix (voir section 2).
- Enonciation dans l’argumentation : Processus par lequel le locuteur choisit de prendre ou de rapporter un point de vue, en utilisant des marques linguistiques pour indiquer son engagement ou sa distance, et en modulant ses stratégies pour influencer l’auditoire ou défendre une position (voir section 2).
📝 Points essentiels
- La distinction entre locuteur et énonciateur permet d’analyser si l’énoncé exprime une position personnelle ou rapportée, ce qui influence la crédibilité et la stratégie argumentative.
- Les marques d’adhésion (guillemets, verbes introducteurs, modalisateurs) signalent l’engagement du locuteur dans son discours, tandis que celles de distanciation indiquent une certaine neutralité ou une mise à distance.
- Les indices de contestation, tels que la négation polémique ou la concession, sont des stratégies discursives pour remettre en cause ou relativiser une assertion, souvent dans un contexte de confrontation argumentative.
- Les procédés comme l’homme de paille ou le redimensionnement par l’absurde sont des techniques pour manipuler ou déstabiliser l’adversaire, en déformant ses arguments ou en poussant une position à l’extrême.
- La polyphonie permet d’identifier si un discours est monologique ou dialogique, et d’analyser la position de l’énonciateur par rapport aux différentes voix présentes dans le discours.
- La maîtrise de l’énonciation est essentielle pour orienter la réception de l’argumentation, en jouant sur la subjectivité, la distance ou l’engagement du locuteur.
💡 À retenir
L’analyse de l’énonciation en argumentation repose sur la distinction entre locuteur et énonciateur, ainsi que sur l’utilisation stratégique de marques et d’indices pour engager, contester ou manipuler l’auditoire.
📖 11. Rôle de l’auditoire
🔑 Notions clés & Définitions
-
Auditoire virtuel (Perelman) : conception selon Perelman selon laquelle l’auditoire n’est pas nécessairement présent physiquement, mais constitue une fiction verbale que l’orateur doit prendre en compte pour persuader. Il s’agit d’un ensemble hypothétique, imaginé par l’orateur, auquel il adapte son discours.
-
Quatre types d’auditoires : classification selon leur présence et leur capacité à parler ou non, notamment :
- Présents et loquents : auditoire physiquement présent et pouvant intervenir.
- Présents et non loquents : présent mais silencieux ou passif.
- Absents et loquents : absent mais pouvant intervenir par écrit ou par d’autres moyens.
- Absents et non loquents : absent et silencieux, difficile à influencer directement.
-
Inscription de l’auditoire dans le discours : processus par lequel l’orateur intègre l’image de son auditoire dans son discours à travers des stéréotypes et des images mentales, façonnant ainsi la perception qu’il en a pour mieux l’influencer.
-
Importance de l’adaptation à l’auditoire : principe selon lequel l’efficacité de l’argumentation dépend de la capacité de l’orateur à ajuster son discours en fonction des caractéristiques, attentes et stéréotypes de l’auditoire, qu’il soit réel ou virtuel.
📝 Points essentiels
-
Perelman (voir approche de Ruth Amossy) insiste sur le fait que chaque orateur pense, consciemment ou non, à un auditoire virtuel, qui constitue une fiction verbale essentielle à l’acte argumentatif. La représentation mentale de cet auditoire est façonnée par des stéréotypes et des images mentales, souvent simplifiés ou caricaturaux, pour faciliter la persuasion.
-
La classification en quatre types d’auditoires permet de comprendre la diversité des situations d’argumentation : un auditoire peut être présent ou absent, et loquents ou non, ce qui influence la stratégie argumentative à adopter.
-
L’inscription de l’auditoire dans le discours se fait par l’usage de stéréotypes et d’images mentales, qui orientent la perception de l’auditoire et permettent à l’orateur de le cibler plus précisément.
-
La réussite du discours dépend largement de l’adaptation à cet auditoire virtuel : l’orateur doit ajuster ses arguments, son ton, ses images mentales pour maximiser l’impact persuasif, en tenant compte de la doxa, des préjugés, et des attentes supposées de l’auditoire.
💡 À retenir
L’efficacité de l’argumentation repose sur la capacité de l’orateur à représenter et à s’adapter à un auditoire virtuel, constitué d’un ensemble de stéréotypes et d’images mentales, qu’il doit intégrer dans son discours pour persuader efficacement.
📖 12. Éthos discursif
🔑 Notions clés & Définitions
- Bon sens : capacité de raisonnement, d’intelligence et de prudence de l’orateur, permettant de juger avec justesse et de faire preuve de discernement dans ses discours, selon Aristote (notion centrale de l’ethos).
- Vertu : sincérité, honnêteté, équité de l’orateur, qui reflètent sa sincérité morale et sa droiture, visant à inspirer confiance et crédibilité, selon Aristote.
- Bienveillance : attitude d’amabilité, de solidarité et d’obligeance de l’orateur envers son auditoire, qui favorise l’empathie et la proximité morale, selon Aristote.
- Renommée et réputation : image positive ou prestige social que l’orateur possède ou projette, souvent lié à ses qualités personnelles, ses fonctions ou sa naissance, qui influence la perception de sa crédibilité, selon Aristote.
- Statut social et prestige : position hiérarchique, fonction ou origine sociale de l’orateur, qui confère une légitimité ou une autorité dans le discours, selon Aristote.
- Personnalité propre : ensemble des traits individuels, du mode d’expression et du comportement de l’orateur, qui façonnent son ethos et sa crédibilité perçue, selon Aristote.
📝 Points essentiels
- L’ethos discursif antique, selon Aristote, se compose de trois éléments fondamentaux : le bon sens, la vertu et la bienveillance. Ces qualités morales permettent à l’orateur de gagner la confiance et l’adhésion de son auditoire.
- La renommée, la réputation, le statut social et le prestige liés à la naissance ou aux fonctions jouent un rôle crucial dans la construction de l’ethos, en renforçant la légitimité perçue de l’orateur.
- La personnalité propre de l’orateur, visible à travers son mode de parole, son comportement et ses traits individuels, participe à la perception de son ethos.
- Selon Maingueneau, l’ethos n’est pas seulement une qualité intrinsèque, mais aussi une image que l’orateur construit et projette lors de son discours, en fonction du rôle qu’il joue et de l’auditoire visé.
- La mise en scène de l’orateur, par ses gestes, son ton et ses choix discursifs, contribue à renforcer son ethos et à influencer la réception de son message.
- La crédibilité de l’orateur repose autant sur ses qualités morales que sur la perception qu’en a l’auditoire, ce qui implique une interaction dynamique et une adaptation à ce dernier.
💡 À retenir
L’ethos discursif antique, selon Aristote, est l’ensemble des qualités morales, sociales et personnelles que l’orateur doit incarner et projeter pour persuader efficacement, en construisant une image crédible et légitime auprès de son auditoire.
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| VIIIe s av. J.-C. | Homère compose l’Iliade, importance de la parole mythologique |
| Ve s av. J.-C. | Révolution sophistique, développement de la rhétorique |
📊 Tableaux de Synthèse
| Thème | Approche / Notions clés | Auteur / Source |
|---|
| Définition rhétorique | Art et science de la persuasion, technique structurée, maîtrise du discours | Quintilien (Ier siècle av. J.-C.) |
| Histoire grecque | Institutionnalisation de la parole, puissance mythologique, rôle social et politique | Homère, culture grecque antique |
| Sophistique et logos | Vraisemblance (Eikos), relativisme de la vérité, KAIROS, persuasion par contexte | Corax, Tisias, Empédocle, Platon |
| Rhétorique athénienne | Art oratoire public, techniques oratoires, rôle dans la démocratie | Démosthène, Isocrate |
| Théorie aristotélicienne | Ethos, Pathos, Logos, syllogismes, persuasion logique | Aristote |
| Rhétorique platonicienne | Critique de la sophistique, distinction entre vérité et persuasion | Platon |
| Diffusion romaine | Adaptation de la rhétorique grecque, importance dans la formation du citoyen romain | Cicéron, Quintilien |
| Argumentation et persuasion | Techniques de structuration du discours, charge de la preuve, rôle de l’auditoire | Aristote, Cicéron |
| Charge de la preuve | Responsabilité de convaincre, rôle du locuteur dans la persuasion | Cicéron |
| Énonciation et argumentation | Rapport entre locuteur, message et contexte, stratégies argumentatives | Aristotle, Cicéron |
| Rôle de l’auditoire | Influence sur la stratégie, adaptation du discours, rôle actif de l’auditoire | Quintilien, Démosthène |
| Éthos discursif | Crédibilité de l’orateur, construction de la confiance, image de l’orateur | Aristote, Cicéron |
⚠️ Pièges & Confusions Fréquentes
- Confondre rhétorique comme art (technique pratique) et comme science (théorie systématique).
- Assimiler la sophistique à la recherche de la vérité, alors qu’elle privilégie la vraisemblance et le contexte.
- Confondre la persuasion (rhétorique) et la recherche de la vérité (philosophie).
- Omettre la distinction entre logos (raison), ethos (crédibilité) et pathos (émotion) dans l’analyse du discours.
- Confondre la notion de charge de la preuve avec la simple argumentation.
- Négliger le rôle central de l’auditoire dans la construction du discours persuasif.
- Confondre la conception grecque de la parole mythologique et symbolique avec une vision purement rationnelle.
✅ Checklist Examen
- Connaître la définition de la rhétorique selon Quintilien, insistant sur sa double nature d’art et de science.
- Savoir que la parole chez Homère représente 45 % de l’Iliade, et qu’elle incarne puissance mythologique et symbolique.
- Expliquer la révolution sophistique du Ve siècle av. J.-C. et ses implications sur la relativité de la vérité et de la justice (KAIROS, Eikos).
- Identifier les principaux sophistes (Corax, Tisias, Empédocle) et leur contribution à la systématisation de la rhétorique.
- Maîtriser la différence entre la rhétorique platonicienne, aristotélicienne et sophistique.
- Connaître les trois piliers de la persuasion selon Aristote : ethos, pathos, logos.
- Comprendre le rôle de l’auditoire dans la construction et l’adaptation du discours.
- Savoir ce qu’est la charge de la preuve et comment elle influence l’argumentation.
- Maîtriser la distinction entre énonciation, argumentation, et rôle de l’orateur dans le discours.
- Connaître les principales formes de persuasion dans la rhétorique athénienne et romaine.
- Identifier la portée mythologique et symbolique de la parole chez Homère.
- Vérifier la maîtrise des concepts clés : rhêtoriké, Eikos, KAIROS, ethos, pathos, logos.