📋 Plan du Cours
- Définition du langage
- Signe linguistique Saussure
- Langue, parole, langage
- Systèmes de signes
- Sens et dénotation Frege
- Langage humain vs animal
- Origine du langage
- Relativisme linguistique
- Fonctions du langage Jakobson
- Actes de langage Austin
- Langage et vérité
- Langage et société
📖 1. Définition du langage
🔑 Notions clés & Définitions
- Capacité à communiquer par des signes : Le langage désigne toute faculté humaine permettant d'exprimer et d’échanger des significations à travers des signes, qu’ils soient verbaux ou non verbaux.
- Langage verbal : Forme de communication utilisant la parole ou l’écriture, articulée selon un système de signes linguistiques.
- Nature symbolique du langage humain : Selon Cassirer (1923-1929), l’homme est un "animal symbolicum", c’est-à-dire un être qui accède au monde principalement par la médiation de symboles, dont le langage est la forme la plus fondamentale.
- Signe naturel vs symbole linguistique : Un signe naturel, comme la fumée signalant le feu, est une relation causale ou de ressemblance, tandis qu’un symbole linguistique est une création humaine conventionnelle, reposant sur une relation arbitraire et sociale.
📝 Points essentiels
- Le langage englobe toutes les formes de communication signifiée, qu’elles soient verbales (oral ou écrit) ou non verbales (gestuelle, iconique, musicale).
- La distinction entre langage verbal et non verbal permet de comprendre la diversité des moyens de communication, tout en soulignant la spécificité du langage articulé humain.
- La nature symbolique du langage humain, soulignée par Cassirer, le présente comme une médiation essentielle pour accéder au monde, dépassant la simple relation de signe naturel.
- La différence entre signe naturel (relation causale ou mimétique) et symbole linguistique (création conventionnelle) est fondamentale pour saisir la spécificité du langage humain, qui repose sur des conventions sociales et culturelles.
💡 À retenir
Le langage humain est une capacité symbolique unique, permettant de communiquer des significations par des signes conventionnels, qu’ils soient verbaux ou non verbaux, et constitue une médiation essentielle pour accéder au monde et à la culture.
📖 2. Signe linguistique Saussure
🔑 Notions clés & Définitions
- Signe linguistique (Saussure, 1916) : union indissociable du signifiant et du signifié, formant une unité qui permet la communication dans une langue donnée.
- Signifiant (Saussure, 1916) : l'image acoustique ou la suite de sons (ou de lettres) qui constitue la partie matérielle du signe, comme "arbre".
- Signifié (Saussure, 1916) : le concept ou la représentation mentale associé au signifiant, ici l'idée d'"arbre".
- Principe d'arbitraire (Saussure, 1916) : principe selon lequel il n'existe aucun lien naturel ou nécessaire entre le signifiant et le signifié, ce qui rend la relation conventionnelle.
- Caractère linéaire du signifiant (Saussure, 1916) : le fait que le signifiant se déploie dans le temps, dans une succession de sons ou de lettres, un après l'autre.
- Distinction entre signe, indice, icône et symbole (Saussure, 1916) : différenciation des types de signes selon leur mode de relation avec ce qu'ils désignent :
- Signe : union du signifiant et du signifié.
- Indice : relation causale ou naturelle (ex : fumée indique feu).
- Icône : ressemblance ou analogie (ex : photographie).
- Symbole : relation conventionnelle non arbitraire (ex : balance).
📖 3. Langue, parole, langage
🔑 Notions clés & Définitions
- Langage (Saussure, 1916) : faculté universelle de l’être humain à communiquer par des signes, qui constitue une capacité innée et générale propre à tous les humains, indépendamment des systèmes spécifiques.
- Langue (Saussure, 1916) : système social de signes partagé par une communauté, institution préexistante aux individus, qui permet la communication et la cohésion sociale. C’est une réalité collective, un trésor commun.
- Parole (Saussure, 1916) : usage individuel et concret de la langue, manifestation personnelle dans des actes d’énonciation, qui actualise la langue dans des situations particulières.
📝 Points essentiels
- La distinction tripartite de Saussure (1916) sépare le langage comme faculté universelle, la langue comme système social, et la parole comme acte individuel. La langue est une institution sociale, elle précède et dépasse l’individu, qui ne fait que l’actualiser par sa parole.
- La langue est un système de signes, constitué par l’union indissociable du signifiant (image acoustique) et du signifié (concept), selon Saussure. La parole est l’acte d’énonciation qui met en œuvre ce système, mais elle reste singulière et variable.
- La langue comme institution sociale est stable, partagée, et constitue un patrimoine commun. La parole, en revanche, est variable, personnelle, et concrète, elle permet l’expression individuelle dans le cadre de la langue.
- La distinction permet d’étudier séparément la capacité humaine à communiquer (langage), le système partagé qui organise cette communication (langue), et l’usage individuel qui actualise ce système (parole).
💡 À retenir
La tripartition de Saussure distingue le langage comme capacité universelle, la langue comme système social préexistant, et la parole comme usage individuel, soulignant que la langue est une institution collective que chaque individu actualise dans ses actes d’énonciation.
📖 4. Systèmes de signes
🔑 Notions clés & Définitions
- Indice : Signe qui entretient une relation causale ou naturelle avec ce qu'il désigne. Par exemple, la fumée comme indice de feu, selon la relation causale ou naturelle.
- Icône : Signe qui ressemble à ce qu'il désigne, en reproduisant une analogie ou une ressemblance. Par exemple, une photographie ou une carte géographique.
- Symbole : Signe qui repose sur une convention ou un accord social, portant une relation non totalement arbitraire avec ce qu'il désigne. Par exemple, la balance symbolise la justice, selon une relation conventionnelle.
- Trichotomie sémiotique de Peirce : Classification des signes en trois types : icônes, indices et symboles, selon leur mode de relation avec leur objet.
📝 Points essentiels
- La distinction entre indice, icône et symbole est fondamentale pour comprendre la diversité des signes. **Peirce (1894) formalise cette trichotomie, permettant d'analyser la nature et la fonction des signes dans la communication.
- L'indice repose sur une relation causale ou naturelle, comme la fumée pour le feu ou la douleur pour la maladie.
- L'icône reproduit une ressemblance ou analogie avec l'objet, comme une photographie ou un diagramme.
- Le symbole repose sur une convention sociale ou un accord arbitraire, comme les mots ou les signes religieux.
- La compréhension de ces types de signes permet d'analyser la manière dont le sens est transmis et perçu dans différents systèmes sémiotiques.
💡 À retenir
Les signes se différencient par leur mode de relation à leur objet : causale pour l’indice, mimétique pour l’icône, conventionnelle pour le symbole, selon la trichotomie de Peirce, ce qui permet d’analyser leur rôle dans la communication et la représentation.
📖 5. Sens et dénotation Frege
🔑 Notions clés & Définitions
- Frege (1892) : distinction entre sens et dénotation ; le sens correspond au mode de présentation d’un objet, tandis que la dénotation désigne l’objet réel auquel l’expression réfère.
- Sens (mode de présentation) : la manière dont un objet est désigné ou présenté, c’est-à-dire la façon dont l’esprit conçoit ou perçoit l’objet. Par exemple, "l'Étoile du matin" et "l'Étoile du soir" ont des sens différents car ils présentent l’objet de manière différente.
- Dénotation (objet réel) : l’objet ou la réalité auquel une expression linguistique renvoie dans le monde. Dans l’exemple, la dénotation commune à "l'Étoile du matin" et "l'Étoile du soir" est la planète Vénus.
- Exemple illustratif : "L'Étoile du matin" et "L'Étoile du soir" ont la même dénotation (Vénus) mais des sens différents, ce qui montre que le sens ne se confond pas avec la dénotation.
📝 Points essentiels
- La distinction fregeenne permet d’expliquer que deux expressions peuvent désigner le même objet (même dénotation) tout en ayant des significations différentes (sens).
- Le sens est la "façon de présenter" l’objet, c’est-à-dire la manière dont l’esprit conceptualise ou perçoit cet objet.
- La dénotation est l’objet concret ou la réalité référencée par l’expression linguistique, indépendamment de la manière dont il est présenté.
- Cette distinction est fondamentale pour comprendre des phénomènes comme l’identité logique ou la synonymie, où deux expressions peuvent partager la même dénotation mais différer dans leur sens.
- La distinction permet aussi d’éviter que l’identité "l'Étoile du matin = l'Étoile du soir" soit considérée comme une tautologie, puisqu’elles ont des sens différents malgré la même dénotation.
💡 À retenir
La distinction fregeenne entre sens et dénotation montre que l’identité d’objet ne garantit pas l’identité de signification, permettant une compréhension plus fine des énoncés et de leur référence dans le langage.
📖 6. Langage humain vs animal
🔑 Notions clés & Définitions
- Langage humain doté de productivité infinie (Chomsky, 1957) : capacité du langage humain à générer un nombre illimité de phrases à partir d’un nombre fini d’éléments et de règles, grâce à la créativité syntaxique.
- Différences fondamentales entre langages animaux et langage humain : distinction essentielle reposant sur la capacité de déplacement (parler du passé, de l’avenir, de l’absent) et la double articulation (monèmes et phonèmes), qui ne sont pas présentes dans la communication animale.
- Exemples de communication animale : danse des abeilles (Karl von Frisch), cris d’alarme (exemples variés), qui illustrent des systèmes de signaux précis mais limités, sans créativité ni déplacement.
- Limites de la communication animale : absence de dialogue, de possibilité d’évoquer l’absent ou le fictif, et incapacité à inventer de nouvelles phrases ou à produire une créativité syntaxique infinie.
📝 Points essentiels
- Le langage humain, selon Chomsky (1957), possède une productivité infinie grâce à la créativité syntaxique, ce qui lui permet de produire un nombre illimité de phrases nouvelles à partir d’un ensemble fini de règles et d’éléments.
- Contrairement aux langages animaux, qui se limitent à des signaux déterminés par des stimuli immédiats, le langage humain permet le déplacement dans le temps et l’espace, ainsi que la double articulation, séparant les unités de sens (monèmes) des unités sonores (phonèmes).
- La communication animale, comme la danse des abeilles ou les cris d’alarme, est rigidement déterminée, non créative, et sans dialogue ni évocation de l’absent, ce qui limite leur capacité à transmettre des informations complexes ou abstraites.
- La différence essentielle réside dans la capacité du langage humain à évoquer des concepts absents, à inventer de nouvelles phrases, et à utiliser la syntaxe pour produire une infinité d’énoncés, ce qui n’est pas le cas chez les animaux.
💡 À retenir
Le langage humain se distingue fondamentalement des systèmes de communication animale par sa capacité à générer une infinité de phrases grâce à la créativité syntaxique, permettant déplacement, abstraction et innovation, ce qui reste inaccessible à la communication animale limitée à des signaux déterminés.
📖 7. Origine du langage
🔑 Notions clés & Définitions
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Origine naturelle du langage (Rousseau, posth. 1781) : Selon Rousseau, les premières langues humaines seraient issues de cris instinctifs, exprimant des émotions ou des besoins fondamentaux, avant d’évoluer vers des formes plus élaborées et conventionnelles. Ces cris seraient spontanés, liés à la nature humaine et à ses réactions physiologiques.
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Origine conventionnelle du langage (Rousseau, posth. 1781) : Rousseau soutient que le langage humain s’est développé par l’adoption de mots et de signes arbitraires, créés par convention sociale, permettant une communication plus précise et durable que les simples cris naturels. La langue devient ainsi un système de symboles établis par accord social.
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Hypothèses paléoanthropologiques sur l’évolution du langage : La paléoanthropologie linguistique tente de relier l’émergence du langage à l’évolution de Homo sapiens, en considérant que le langage aurait progressé avec le développement du cerveau, la posture bipède, et la capacité à produire des sons articulés. Cependant, aucune certitude absolue ne subsiste sur le moment précis de cette évolution.
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Interdiction de la Société de linguistique de Paris (1866) : La Société a interdit toute communication ou recherche sur l’origine des langues, considérant ce sujet comme purement spéculatif et inaccessible à une étude scientifique rigoureuse, afin d’éviter les débats non fondés et les hypothèses non vérifiables.
📖 8. Relativisme linguistique
🔑 Notions clés & Définitions
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Hypothèse du relativisme linguistique de Sapir-Whorf : théorie selon laquelle la langue que l'on parle influence ou détermine la perception et la pensée du monde, suggérant que notre vision du réel est modelée par notre système linguistique. (Sapir, 1929 ; Whorf, 1956)
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Différence entre déterminisme linguistique fort et relativisme linguistique faible :
- Déterminisme linguistique fort : idée que la langue détermine totalement la pensée, limitant la capacité cognitive à ce que la langue permet. (version rejetée aujourd'hui)
- Relativisme linguistique faible : conception selon laquelle la langue influence la perception et la cognition, mais sans en limiter totalement la liberté. (version acceptée par une majorité)
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Exemple de la langue hopi et conception du temps : étude de Whorf montrant que la langue hopi, dépourvue de temps grammaticaux comme en indo-européen, pourrait engendrer une vision du temps radicalement différente, illustrant l'influence de la langue sur la conception du monde.
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Citation de Wittgenstein sur les limites du langage et du monde : "Les limites de mon langage sont les limites de mon monde" (Tractatus, 1921), soulignant que la langue délimite la portée de notre compréhension du réel, mais que cette vision peut être modifiée par les "jeux de langage" et les formes de vie.
📖 9. Fonctions du langage Jakobson
🔑 Notions clés & Définitions
- Fonction référentielle : centrée sur le contexte, elle vise à transmettre des informations sur la réalité extérieure. Selon Jakobson, cette fonction est prédominante dans la langue scientifique ou journalistique, où le message sert à décrire ou à informer (voir "Portée et fonctions du langage").
- Fonction expressive (ou émotive) : orientée vers l’émetteur, elle exprime ses émotions, attitudes ou états d’âme. Jakobson précise que cette fonction met en avant la subjectivité du locuteur, souvent identifiable par l’usage de modalités exclamatives ou interjections.
- Fonction conative : focalisée sur le destinataire, elle cherche à influencer ou à agir sur lui, par exemple par des ordres ou des injonctions. Jakobson relie cette fonction à l’usage du mode impératif ou des formules d’appel, visant à susciter une réaction.
- Fonction phatique : centrée sur le canal de communication, elle sert à établir ou à maintenir le contact, par exemple par des formules de politesse ou des questions de vérification ("Allô ?", "Vous m’entendez ?"). Jakobson insiste sur son rôle dans la continuité de l’échange.
- Fonction métalinguistique : orientée sur le code, elle porte sur la langue elle-même, permettant d’expliciter ou de clarifier le sens d’un terme ou d’un message ("Que signifie ce mot ?"). Jakobson la voit essentielle pour assurer la compréhension mutuelle.
- Fonction poétique : centrée sur le message lui-même, elle privilégie la forme, la sonorité, la structure du langage, notamment dans la poésie ou les jeux de mots. Jakobson souligne que cette fonction met en valeur la dimension esthétique et artistique du langage.
📝 Points essentiels
- Roman Jakobson (1959) identifie ces six fonctions en analysant la communication comme un processus où chaque message peut privilégier une fonction spécifique, en fonction de l’élément central de la communication.
- La fonction référentielle est prédominante dans les contextes où l’objectif est d’informer ou de décrire la réalité extérieure, tandis que la fonction expressive met en avant la subjectivité de l’émetteur.
- La fonction conative est souvent utilisée dans la publicité ou la persuasion, où l’objectif est d’inciter à une action.
- La fonction phatique est essentielle pour assurer la continuité de l’échange, notamment dans les échanges quotidiens ou lors de vérifications de communication.
- La fonction métalinguistique intervient pour expliciter ou préciser le code linguistique, évitant ainsi les malentendus.
- La fonction poétique est centrale dans la littérature et la poésie, où la forme du message est primordiale pour produire un effet esthétique.
💡 À retenir
Les six fonctions du langage selon Jakobson illustrent que le langage ne sert pas uniquement à transmettre des informations, mais aussi à exprimer, influencer, maintenir le contact, clarifier ou créer une œuvre esthétique, chaque fonction étant associée à une composante spécifique de la communication.
📖 10. Actes de langage Austin
🔑 Notions clés & Définitions
- Acte locutoire : L'acte de dire quelque chose, c'est-à-dire produire un énoncé avec un sens et une référence précis. Selon Austin (1962), c'est la simple production d'un énoncé linguistique qui a une valeur de déclaration ou d'affirmation.
- Acte illocutoire : Ce que l'on fait en disant quelque chose, c'est-à-dire l'intention ou la fonction de l'énoncé (promettre, ordonner, déclarer). Austin (1962) insiste sur le fait que c'est l'acte réalisé par l'énoncé dans sa fonction sociale ou performative.
- Acte perlocutoire : L'effet produit sur l'interlocuteur par l'acte illocutoire, comme convaincre, effrayer, persuader. Il concerne la conséquence psychologique ou pratique de l'énoncé, indépendamment de l'intention du locuteur.
- Performativité : Type d'énoncé qui, en étant prononcé dans un contexte approprié, réalise une action. Austin (1962) montre que certains énoncés ne se contentent pas de décrire ou de rapporter, mais accomplissent une action concrète (ex : "Je vous déclare mari et femme").
- Distinction entre dire quelque chose et faire quelque chose : La différence fondamentale selon Austin réside dans le fait que certains énoncés, appelés performatifs, ne se limitent pas à exprimer une vérité mais réalisent une action par leur simple énonciation, ce qui remet en question la conception traditionnelle du langage comme simple description.
📝 Points essentiels
- Austin (1962) introduit la théorie des actes de langage pour montrer que le langage ne se limite pas à la description du réel, mais peut aussi agir dans le monde par la parole.
- La distinction entre acte locutoire, illocutoire et perlocutoire permet d'analyser la complexité de l'acte de communication : dire quelque chose (locutoire), faire quelque chose en disant (illocutoire), et produire un effet sur l'interlocuteur (perlocutoire).
- Les actes performatifs, comme "Je promets" ou "Je vous déclare mari et femme", réalisent une action en étant prononcés dans un contexte social et institutionnel approprié. Leur succès dépend de conditions de félicité, telles que la compétence du locuteur, la situation et la procédure.
- Austin généralise cette approche en affirmant que parler, c'est toujours agir, ce qui supprime la distinction classique entre parole et action. La théorie a été systématisée par Searle (1969), qui approfondit la classification des actes de langage.
💡 À retenir
Les actes de langage d'Austin révèlent que le langage ne se limite pas à la description du monde, mais peut aussi réaliser des actions concrètes, notamment à travers les énoncés performatifs, en fonction du contexte et des conditions de leur succès.
📖 11. Langage et vérité
🔑 Notions clés & Définitions
-
Vérité comme métaphore usée (Nietzsche, 1873) : Selon Nietzsche, les vérités ne sont que des métaphores devenues clichés, des illusions oubliées comme telles, ce qui remet en question leur caractère objectif et leur lien avec la réalité.
-
Dialogue socratique (Socrate) : Méthode d’accès à la vérité par la maïeutique, consistant à faire accoucher l’interlocuteur de ses propres idées par une série de questions, afin de révéler la vérité qui sommeille en lui.
-
Citation : "La vérité est fille de la discussion, non pas fille de la sympathie" : Affirmation selon laquelle la recherche de la vérité nécessite un examen critique et argumenté, plutôt qu’un consensus affectif ou une approbation basée sur la sympathie.
-
Critique nietzschéenne des vérités : La conception que les vérités sont des métaphores usées, des constructions linguistiques qui perdent leur sens originel, remettant en cause leur prétendue objectivité et leur lien avec le réel.
-
Possibilité du discours vrai et faux : La question philosophique centrale de savoir si le langage peut véritablement rendre compte de la réalité, ou s’il est intrinsèquement limité, susceptible de produire des discours vrais ou faux selon leur conformité ou non à la réalité.
📝 Points essentiels
-
La critique nietzschéenne (Nietzsche, 1873) remet en question la nature même des vérités, qu’il considère comme des métaphores usées, des illusions sociales et linguistiques qui ont perdu leur sens originel. Cela soulève la problématique de la possibilité d’un discours véritable, car si les vérités sont des métaphores, leur valeur de référence à la réalité est douteuse.
-
La méthode socratique, par la maïeutique, vise à faire émerger la vérité en questionnant l’interlocuteur, plutôt qu’en lui imposant une vérité extérieure. La citation "La vérité est fille de la discussion, non pas fille de la sympathie" insiste sur la nécessité d’un dialogue critique pour approcher la vérité, plutôt que sur l’accord émotionnel ou la sympathie.
-
La problématique du langage comme outil de vérité ou de faux concerne la capacité du discours à représenter la réalité de manière fidèle. La philosophie s’interroge sur la nature du vrai, la relation entre langage et réalité, et sur la possibilité de dépasser les illusions linguistiques pour atteindre une connaissance authentique.
-
La critique des vérités comme métaphores usées implique que le langage, en tant qu’instrument de la connaissance, pourrait être incapable de rendre compte de la réalité de façon objective, ce qui remet en question la possibilité même d’un discours totalement vrai.
💡 À retenir
La recherche de la vérité à travers le langage repose sur un dialogue critique, comme le montre la méthode socratique, mais la critique nietzschéenne souligne que nos vérités sont souvent des métaphores usées, remettant en question leur prétendue objectivité et leur capacité à refléter la réalité.
📖 12. Langage et société
🔑 Notions clés & Définitions
- Langage comme phénomène social : Le langage est une institution collective qui structure et reflète la vie en société, permettant la transmission des normes, des valeurs et des représentations culturelles (voir aussi "Transmission des normes sociales et culturelles par le langage").
- Transmission des normes sociales et culturelles par le langage : Le langage sert à transmettre et à maintenir les règles, les valeurs et les modèles de comportement au sein d'une communauté, assurant la cohésion sociale et la continuité culturelle.
- Dimension collective et culturelle du langage : Le langage n’est pas seulement individuel mais appartient à un ensemble social et culturel, il constitue un patrimoine commun qui façonne la vision du monde et l’identité collective.
- Acquisition du langage dans un contexte social : Selon Saussure (1916), l’apprentissage du langage dépend du milieu social ; l’enfant, comme "enfant-loup", ne peut parler sans l’interaction avec son environnement, illustrant le rôle crucial du contexte social dans la formation linguistique.
- Rôle du milieu dans l’acquisition : La socialisation, par l’intermédiaire du langage, permet à l’individu d’intégrer les normes, les codes et la culture d’une société, ce qui montre que le langage est un vecteur de socialisation et d’intégration.
📊 Tableaux de Synthèse
| Thème | Notions clés | Auteur | Remarques |
|---|
| Signe linguistique | Signe = signifiant + signifié, principe d'arbitraire | Saussure (1916) | La relation entre signifiant et signifié est conventionnelle |
| Langage, langue, parole | Langage = capacité universelle, langue = système social, parole = usage individuel | Saussure (1916) | La langue est une institution collective, la parole une manifestation concrète |
| Systèmes de signes | Indice = relation causale, Icône = ressemblance, Symbole = convention | Peirce (1894) | Classification fondamentale pour analyser la communication |
| Sens et dénotation | Sens = mode de présentation, dénotation = objet réel | Frege (1892) | La distinction permet de comprendre la référence et la conception |
⚠️ Pièges & Confusions Fréquentes
- Confondre signe naturel et symbole linguistique : un signe naturel (ex : fumée) n’est pas arbitraire, contrairement à un symbole linguistique.
- Confusion entre langue et parole : la langue est un système social, la parole une manifestation individuelle.
- Mal interpréter le principe d’arbitraire de Saussure : le lien entre signifiant et signifié est conventionnel, pas naturel.
- Oublier la distinction entre signe, indice, icône et symbole : chaque type a un mode de relation différent avec son référent.
- Confondre sens et dénotation : le sens est la manière dont l’objet est présenté, la dénotation l’objet lui-même.
- Assimiler le langage humain au langage animal : seul le langage humain possède une capacité symbolique complexe.
- Négliger la différence entre système de signes (Peirce) et système linguistique (Saussure).
- Confondre la fonction de la langue (système social) avec celle de la parole (usage individuel).
✅ Checklist Examen
- Connaître la définition du langage selon Cassirer et la distinction entre signe naturel et symbole linguistique.
- Maîtriser la conception de Saussure sur le signe linguistique, incluant le signifiant, le signifié, et le principe d’arbitraire.
- Savoir différencier la langue, la parole et le langage selon Saussure.
- Comprendre la classification des signes selon Peirce : icône, indice, symbole.
- Expliquer la distinction entre sens et dénotation selon Frege, avec des exemples.
- Connaître la notion de système de signes et ses types selon Peirce.
- Être capable d’identifier le mode de relation d’un signe (causale, mimétique, conventionnelle).
- Savoir comment le langage humain dépasse le langage animal par sa dimension symbolique.
- Revoir la définition du langage verbal et non verbal.
- Connaître les fonctions principales du langage selon Jakobson.
- Maîtriser les actes de langage selon Austin.
- Comprendre la relation entre langage et société.
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