Fiche de révision : Les inégalités à travers l'histoire

Plan du Cours

  1. Inégalités sociétés préindustrielles
  2. Inégalité mondiale 19ème siècle
  3. Inégalité longue période
  4. Inégalité intra/inter-pays
  5. Inégalités top-income mondiales
  6. Inégalités régionales et sectorielles
  7. Inégalités dans pays développés
  8. Inégalités dans pays en développement
  9. Inégalité développement humain
  10. Courbe de l’éléphant

1. Inégalités sociétés préindustrielles

Notions clés & Définitions

  • Inégalité de revenu dans les sociétés préindustrielles : Disparités de revenus observées dans des sociétés avant la révolution industrielle, pour lesquelles peu de données directes existent. La mesure s’appuie sur des méthodes alternatives, notamment l’utilisation de tables sociales et d’indicateurs non monétaires (ex : taille des individus, mortalité). La variation de l’indice de Gini dans ces sociétés est très large, allant de 24,5 en Chine (1880) à 63,5 en Nouvelle-Espagne (1784-1799) et au Chili (1861).

  • Méthodes alternatives de mesure de l'inégalité : Approches utilisant des indicateurs non monétaires ou des données originales partielles, telles que la taille des individus ou la mortalité, pour estimer la distribution des revenus. La démarche adoptée par Milanovic et al. (2010) consiste à exploiter des « tables sociales » regroupant des informations sur différents groupes sociaux ou classes, permettant de calculer une inégalité inter-groupes et d’hypothétiser une inégalité intra-groupes.

  • Utilisation de tables sociales pour l'estimation de l'inégalité : Recueil de données sur la part dans la population et le revenu moyen de chaque groupe social ou classe. Ces tables permettent de calculer une mesure d’inégalité entre groupes sociaux, puis d’estimer celle à l’intérieur de chaque groupe en formulant des hypothèses.

  • Indice de Gini dans les sociétés préindustrielles : Mesure de l’inégalité de revenu, dont le niveau est extrêmement disparate selon les sociétés. Par exemple, la Chine de 1880 présente un Gini de 24,5, tandis que la Nouvelle-Espagne de 1784-1799 atteint 63,5. En moyenne, le Gini dans ces sociétés est d’environ 45,7, ce qui est proche de celui des sociétés modernes (41,1), mais avec une dispersion beaucoup plus grande.

  • Disparités d'inégalité selon les pays et périodes : Les niveaux d’inégalité varient fortement d’un pays à l’autre et selon les périodes, avec des indices de Gini très élevés dans certains pays latino-américains ou coloniaux, et des valeurs plus faibles dans d’autres sociétés. La disparité est notable, mais l’écart entre sociétés préindustrielles et modernes en termes d’inégalité est plutôt limité (environ 45,7 vs 41,1).

  • Écart d'inégalité entre sociétés préindustrielles et modernes : La différence en termes d’indice de Gini entre ces deux types de sociétés est relativement faible, suggérant que l’inégalité de revenu existait déjà de manière significative dans les sociétés préindustrielles, avec des niveaux comparables à ceux des sociétés contemporaines.

Points essentiels

  • La majorité des données directes sur la distribution des revenus dans les sociétés préindustrielles font défaut, d’où l’usage de méthodes indirectes.
  • L’approche par tables sociales permet d’estimer l’inégalité en utilisant la part de la population et le revenu moyen par groupe social.
  • La variation du Gini dans ces sociétés est très large, témoignant d’inégalités extrêmes dans certains cas.
  • La différence d’inégalité entre sociétés préindustrielles et modernes est limitée, avec un indice moyen de Gini de 45,7 pour ces sociétés contre 41,1 pour les sociétés modernes.
  • La disparité d’inégalité selon les pays et périodes est importante, mais ne traduit pas une rupture radicale entre sociétés anciennes et contemporaines.

À retenir

L’inégalité de revenu dans les sociétés préindustrielles, bien que difficile à mesurer directement, présente des niveaux très variables et comparables à ceux des sociétés modernes, révélant que de fortes disparités existaient déjà avant la révolution industrielle.

2. Inégalité mondiale 19ème siècle

Notions clés & Définitions

Évolution de l’inégalité mondiale de revenu à long terme
Définition : Variations de l’inégalité entre tous les pays du monde sur une période longue, analysée par des études empiriques combinant des données historiques et contemporaines (ex. Bourguignon et Morrisson, 2002).
Point essentiel : La croissance de l’indice de Gini mondial de 0,50 à 0,65 entre le 19ème et le 20ème siècle, principalement due à l’accroissement des disparités inter-pays.

Décomposition intra/inter-pays de l’inégalité
Définition : Analyse séparée de la contribution de l’inégalité à l’intérieur des pays (intra-pays) et entre les pays (inter-pays) à l’évolution de l’inégalité mondiale, à l’aide d’indicateurs comme l’indice de Theil ou GE(1).
Point essentiel : La croissance de l’inégalité mondiale est majoritairement portée par l’augmentation de l’inégalité entre pays jusqu’aux années 1980, puis une réduction partielle à partir des années 1980-1990.

Convergence des niveaux de revenu entre pays
Définition : Processus par lequel les pays en retard de développement rattrapent les pays avancés, entraînant une réduction des disparités économiques mondiales (voir travaux de Bourguignon et Morrisson, 2002).
Point essentiel : La période 1980-1992 voit une tendance à la convergence, avec une diminution de l’inégalité inter-pays.

Rôle de l’inégalité entre classes sociales et zones géographiques
Définition : La répartition inégale des revenus selon des critères sociaux ou géographiques, analysée par la décomposition de Milanovic (2012).
Point essentiel : En 1870, l’inégalité mondiale est principalement due à une inégalité entre classes sociales (schéma marxien), alors qu’en 2000, elle est surtout portée par une inégalité entre pays.

Inégalité intra-pays vs inter-pays dans l’évolution récente
Définition : Comparaison de l’inégalité à l’intérieur des pays (intra) et entre les pays (inter), à partir d’indicateurs comme le Gini ou le ratio de Palma.
Point essentiel : La croissance de l’inégalité mondiale dans le passé est surtout due à l’accroissement des disparités inter-pays, tandis que depuis les années 1990, la baisse de cette inégalité est liée à la convergence des revenus entre pays émergents.

Impact des pays émergents sur la réduction de l’inégalité inter-pays
Définition : Rôle des pays en développement, notamment la Chine et l’Inde, dans la diminution de l’écart de revenu mondial, par leur forte croissance et rattrapage économique (voir travaux de Bourguignon, 2012).
Point essentiel : La croissance rapide des pays émergents depuis les années 1980-1990 a contribué à réduire l’inégalité inter-pays, en accélérant la convergence.

Points essentiels

  • La croissance de l’indice de Gini mondial de 0,50 à 0,65 reflète une augmentation globale de l’inégalité, principalement due à l’accroissement des disparités entre pays jusqu’aux années 1980.
  • La décomposition intra/inter-pays montre que l’inégalité inter-pays est le principal moteur de cette croissance, avec une tendance à la convergence depuis les années 1980.
  • En 1870, l’inégalité mondiale était surtout portée par une inégalité entre classes sociales, notamment dans le contexte de l’industrialisation du Nord.
  • La période 1980-1992 marque une étape où la convergence entre pays en développement et pays développés commence à réduire l’inégalité inter-pays.
  • La croissance rapide des pays émergents depuis les années 1980-1990 a joué un rôle clé dans la réduction de l’inégalité mondiale, en particulier entre 1980 et 2000.

À retenir

L’inégalité mondiale de revenu au 19ème siècle a été principalement alimentée par l’accroissement des disparités entre pays, mais la tendance à la convergence depuis les années 1980, notamment grâce à la croissance des pays émergents, a permis une réduction partielle de cette inégalité.

3. Inégalité longue période

Notions clés & Définitions

Travaux de Piketty et al. sur les top-income
Piketty, Saez, Alvaredo, Zucman (2018) : utilisation de données fiscales pour analyser la distribution des revenus parmi les plus riches, notamment via la construction de bases de données sur les revenus et patrimoines des individus très riches, permettant de suivre l’évolution des top-income sur le long terme.

Données fiscales et leur construction
Données fiscales : informations issues des déclarations de revenus des contribuables, utilisées pour mesurer la concentration des revenus. La construction de ces bases repose sur la compilation de déclarations fiscales, souvent issues de pays industrialisés, permettant d’établir des indicateurs précis de la répartition des revenus du haut de la distribution.

Indicateurs de concentration des revenus (QS, top 1%)
Quantile Share (QS) : indicateur représentant la part du revenu ou de la richesse détenue par un certain quantile supérieur (ex : top 10%, 1%, 0,1%) de la population.
Top 1% : segment de la population détenant la plus grande part des revenus, souvent analysé pour mesurer l’inégalité au sommet de la distribution.

Limites des données fiscales (évasion, non déclaration)
Les données fiscales sont limitées par la sous-déclaration des revenus, l’évasion fiscale, et l’omission de certains revenus non soumis à l’impôt (avantages en nature, revenus non déclarés). Ces limites peuvent conduire à une sous-estimation de la concentration des revenus du haut de la distribution.

Évolution historique des inégalités de top-income
Les travaux montrent une forte croissance des revenus du top 1% au début du 20ème siècle, une baisse durant la période de l’entre-deux-guerres et après la Seconde Guerre mondiale, puis une forte remontée à partir des années 1970-1980, notamment dans les pays industrialisés, avec une concentration accrue des revenus dans cette frange.

Différences entre revenus du travail et du capital
Les revenus du travail proviennent des salaires et traitements, tandis que ceux du capital incluent intérêts, dividendes, loyers, plus-values financières et immobilières. Les travaux de Piketty soulignent que la part des revenus du capital dans les top-income a tendance à augmenter, renforçant la concentration et l’inégalité à long terme.

Points essentiels

  • Les travaux de Piketty et al. exploitent des données fiscales pour analyser la distribution des revenus parmi les plus riches, permettant une mesure précise de la concentration des top-income sur le long terme.
  • La construction de ces bases de données repose sur la compilation de déclarations fiscales, principalement dans les pays développés, avec des limites liées à l’évasion fiscale et à la non déclaration.
  • Les indicateurs QS et top 1% permettent d’observer l’évolution de la part des très riches dans le revenu total, révélant une augmentation significative depuis la fin des années 1970.
  • La limite majeure des données fiscales réside dans la sous-estimation des revenus du haut de la distribution, en raison de l’évasion et de l’optimisation fiscale.
  • La distinction entre revenus du travail et du capital est essentielle pour comprendre l’évolution des inégalités dans le temps, avec une tendance à la hausse des revenus du capital dans les top-income.

À retenir

Les travaux de Piketty et al. montrent que la concentration des revenus au sommet a fortement augmenté depuis les années 1970, en grande partie à cause de la montée des revenus du capital, mais ces analyses sont limitées par la fiabilité des données fiscales en raison de l’évasion et de la non déclaration.

4. Inégalité intra/inter-pays

Notions clés & Définitions

  • Inégalité de richesse : Disparités dans la répartition de la richesse totale entre individus ou groupes, souvent plus élevée que l'inégalité de revenu. (Source : "L’inégalité de richesse est nettement plus élevée que l’inégalité de revenu" ; exemple : en 2010, la part du top-10% dans la richesse totale se situe entre 60% et 70%)

  • Inégalité de revenu : Disparités dans la distribution des revenus perçus par les individus ou groupes. Elle peut varier selon les pays et les périodes, et est mesurée par des indicateurs comme l’indice de Gini ou la part du top-1%. (Source : "L’indice de Gini varie en effet de 24,5 dans la Chine de 1880 à 63,5 en Nouvelle-Espagne de 1784-1799")

  • Part du top 10% dans la richesse totale : Proportion de la richesse détenue par les 10% les plus riches d’une population. Elle est souvent très concentrée dans les pays développés, atteignant 60-70% en 2010. (Source : "En 2010, la part du top-10% dans la richesse totale se situe entre 60% et 70%")

  • Concentration de la richesse dans les pays développés : Phénomène où une part importante de la richesse mondiale est détenue par un petit nombre de pays industrialisés, notamment en Europe et aux États-Unis. (Source : "La concentration des richesse a été plus importante en Europe qu’aux États-Unis…")

  • Évolution historique de l'inégalité de richesse : Fluctuations de la concentration de richesse au fil du temps, avec un pic au début du 20ème siècle, puis une baisse jusqu’aux années 1970, suivie d’une augmentation depuis. (Source : "Le pic de l’inégalité de richesse est atteint au début du 20ème siècle (vers 1910). Depuis, elle s’accroît.")

  • Impact de la concentration de richesse sur la société : La forte concentration peut accentuer les inégalités sociales, limiter la mobilité sociale, et alimenter des tensions sociales ou politiques. (Source : "L’impact de la concentration de richesse sur la société...")

  • Relation entre richesse et inégalité de revenu : La concentration de richesse influence l’inégalité de revenu, notamment par la transmission patrimoniale, et peut renforcer les écarts de revenus entre classes sociales. (Source : "Relation entre richesse et inégalité de revenu")

Points essentiels

  • La richesse est plus concentrée que le revenu, avec une part significative détenue par le top 10% ou le top 1% dans les pays développés.
  • La concentration de richesse a connu un pic au début du 20ème siècle, puis une baisse jusqu’aux années 1970, avant de repartir à la hausse.
  • La concentration de la richesse est particulièrement marquée dans les pays développés, notamment en Europe et aux États-Unis.
  • La part du top-10% dans la richesse totale est un indicateur clé pour mesurer cette concentration.
  • La relation entre richesse et inégalité de revenu est étroite : une forte concentration de richesse tend à renforcer l’inégalité de revenu.
  • La concentration de richesse dans certains pays ou régions peut avoir des impacts sociaux et politiques importants, notamment en termes de mobilité sociale et de tensions sociales.

À retenir

L’inégalité de richesse, plus élevée que celle du revenu, a connu une évolution en dents de scie, fortement concentrée dans les pays développés, et joue un rôle central dans la dynamique globale des inégalités sociales.

5. Inégalités top-income mondiales

Notions clés & Définitions

  • Inégalité mondiale du 19ème siècle à nos jours : Disparités dans la répartition des revenus ou richesses entre tous les pays du monde, analysées sur une longue période, intégrant l’évolution des inégalités intra- et inter-pays (voir section 2).

  • Inégalité intra-pays : Disparités de revenus ou de richesse au sein d’un même pays, notamment entre différentes classes sociales ou régions (voir section 4).

  • Inégalité inter-pays : Disparités de revenus ou de richesse entre différents pays, souvent mesurées par l’écart de PIB par habitant ou par la concentration de richesses (voir section 2).

  • Inégalité de revenu dans les pays développés : Disparités économiques observées dans les sociétés industrialisées, notamment à travers l’étude des top-income (voir section 3).

  • Inégalité dans les pays en développement : Disparités économiques et sociales dans les pays en voie de développement, souvent caractérisées par de fortes inégalités régionales et sociales (voir section 4).

Points essentiels

  • La littérature empirique sur les top-income, notamment celle de Piketty et al., utilise des données fiscales pour analyser la concentration des revenus parmi les plus riches, principalement dans les pays industrialisés, avec une analyse sur le long terme (20ème siècle et fin 19ème siècle).

  • Les indicateurs de top-income, tels que la part du top 10%, 1%, ou 0,1%, révèlent que la part des plus riches dans le revenu total mondial a peu évolué pour le top 10%, mais a fluctué pour le top 1%, avec une baisse au début du 20ème siècle puis une augmentation depuis les années 1970-1980.

  • La répartition des revenus parmi les plus riches montre une augmentation de la concentration, notamment dans le contexte de la mondialisation, avec une croissance notable des revenus du 1% le plus riche.

  • La mécanique inégalitaire repose sur la « loi fondamentale du capitalisme » de Piketty, selon laquelle le rendement du capital (r) dépasse généralement la croissance économique (g), ce qui tend à accroître la concentration des richesses et des revenus du capital chez les plus riches.

  • La dynamique récente montre une baisse de l’inégalité inter-pays, notamment grâce à la croissance rapide des pays émergents, tandis que l’inégalité intra-pays, surtout dans les pays développés, a tendance à augmenter.

À retenir

L’analyse des top-income révèle que, malgré une relative stabilité de la part des plus riches dans le revenu mondial, la concentration des richesses et des revenus du capital s’est accentuée, alimentant les inégalités à l’échelle globale, avec des dynamiques contrastées entre pays et régions.

6. Inégalités régionales et sectorielles

Notions clés & Définitions

  • Courbe de l’éléphant : Représentation graphique analysant la croissance du revenu moyen de plusieurs fractiles des revenus mondiaux (des 5% les plus pauvres aux 1% les plus riches) sur une période donnée, permettant d’identifier les « gagnants » et « perdants » de la mondialisation (Milanovic, 2016).

  • Inégalité de développement humain : Disparités dans le niveau de développement humain entre différentes régions ou groupes, ajustées par l’IDHI qui prend en compte la répartition des dimensions du développement (voir section 9).

  • Inégalité mondiale du 19ème siècle à nos jours : Évolution de la répartition des revenus et des richesses à l’échelle mondiale, caractérisée par une forte croissance de l’inégalité inter-pays jusqu’aux années 1980, puis une tendance à la convergence (voir section 2).

  • Inégalités régionales : Disparités économiques et sociales entre différentes zones géographiques, telles que villes et campagnes ou entre provinces, notamment en Chine, où la croissance urbaine est plus forte que rurale, ou entre pays (ex : Amérique latine vs autres régions).

  • Inégalités sectorielles : Disparités économiques entre secteurs d’activité, notamment entre emplois qualifiés et non qualifiés, ou entre industries et services, influençant la répartition des revenus au sein d’un même territoire.

Points essentiels

  • La courbe de l’éléphant montre que, durant la période 1988-2008, les classes moyennes des pays émergents ont connu une croissance significative de leur revenu, tandis que les plus pauvres et les plus riches ont évolué à des rythmes différents, avec une stagnation ou une baisse relative pour certains.

  • La hiérarchie des niveaux d’inégalité est nette : les pays industrialisés, notamment en Europe de l’Est et en Asie Centrale, présentent des inégalités faibles, tandis que l’Amérique Latine et l’Afrique Subsaharienne affichent des inégalités très élevées.

  • La réduction des inégalités régionales en Chine depuis la fin des années 2000 résulte d’une politique de diffusion de la croissance, de la levée des restrictions à la mobilité et du développement rural.

  • La forte inégalité de richesse, notamment dans les pays occidentaux, dépasse souvent l’inégalité de revenu, avec une concentration importante dans les classes supérieures (ex : part du top 1% dans la richesse).

  • La dynamique des inégalités régionales et sectorielles est influencée par des facteurs historiques, politiques, économiques et sociaux, tels que la colonisation, la fiscalité ou la politique de redistribution.

À retenir

Les inégalités régionales et sectorielles varient fortement selon les zones géographiques et les secteurs d’activité, mais la tendance générale montre une réduction des disparités dans certains pays grâce à des politiques de redistribution et de développement équilibré, tout en conservant ou accentuant d’autres inégalités structurelles.

7. Inégalités dans pays développés

Notions clés & Définitions

  • Inégalité de revenu dans les sociétés préindustrielles
    (voir section 1) : La distribution des revenus dans ces sociétés est difficile à mesurer directement en raison de l'absence de données d’enquêtes ménages. Des méthodes alternatives utilisent des indicateurs non monétaires ou des tables sociales pour estimer cette inégalité. Les niveaux d’inégalité varient fortement selon les pays et périodes, avec un indice de Gini allant de 24,5 à 63,7, mais restent comparables à ceux des sociétés modernes (45,7 vs 41,1).

  • Inégalité mondiale du 19ème siècle à nos jours
    (voir section 2) : La croissance de l’inégalité mondiale de revenu a été marquée par une forte hausse, principalement due à l’accroissement des disparités inter-pays jusqu’aux années 1980, puis une tendance à la convergence depuis. La décomposition intra/inter-pays montre que c’est la croissance des inégalités entre pays qui a majoritairement tiré cette augmentation, avec une évolution différente selon les périodes.

  • Inégalité de développement humain
    (voir section 9) : L’IDHI ajuste l’IDH en tenant compte des inégalités dans chaque dimension. Plus la différence entre l’IDH et l’IDHI est grande, plus le niveau d’inégalité est élevé. L’IDHI mesure le « niveau réel » de développement humain, intégrant les inégalités, contrairement à l’IDH qui reflète le potentiel.

  • Inégalité de revenu dans les sociétés préindustrielles
    (voir section 1) : La mesure repose sur des données originales ou indirectes, comme les tables sociales, pour estimer la part de revenus de différents groupes sociaux. Le niveau d’inégalité varie considérablement, avec un indice de Gini allant de 24,5 à 63,7, mais reste proche de celui des sociétés modernes.

  • Inégalité mondiale du 19ème siècle à nos jours
    (voir section 2) : La croissance de l’inégalité mondiale a été principalement alimentée par l’accroissement des disparités inter-pays, avec une décomposition intra/inter-pays permettant de mesurer leur contribution respective. La tendance récente montre une baisse de cette inégalité, notamment grâce à la convergence des niveaux de revenu.

  • Inégalités dans pays développés
    (voir section 3) : Les travaux sur les top-income, notamment ceux de Piketty et al., analysent la concentration des revenus parmi les plus riches en utilisant des données fiscales. L’évolution montre une baisse de la part du top-10% jusqu’aux années 1970, puis une hausse à partir des années 1980, avec une concentration accrue de la richesse, notamment dans le top-1%. La dynamique est influencée par la loi fondamentale du capitalisme r > g, favorisant à long terme la concentration des patrimoines.

Points essentiels

  • La mesure de l’inégalité dans les sociétés préindustrielles repose sur des méthodes indirectes, avec des indices de Gini variant fortement selon les pays et périodes, mais restant proches de ceux des sociétés modernes.
  • La croissance de l’inégalité mondiale depuis le 19ème siècle est principalement due à l’accroissement des disparités inter-pays, avec une tendance récente à la convergence grâce à la croissance rapide des pays émergents.
  • L’IDHI permet d’évaluer le niveau « réel » de développement humain en intégrant les inégalités, révélant que celles-ci peuvent réduire significativement le potentiel de développement.
  • Les travaux sur les top-income dans les pays développés montrent une évolution cyclique : diminution jusqu’aux années 1970, puis augmentation, avec une concentration croissante des richesses dans le haut de la distribution.
  • La dynamique des inégalités dans ces pays est fortement influencée par la fiscalité, la croissance économique, et la redistribution, mais reste sensible aux évolutions politiques et économiques.

À retenir

Les inégalités dans les pays développés ont connu des phases de diminution puis de reprise, notamment dans la concentration des revenus et patrimoines, sous l’effet de facteurs économiques, fiscaux et politiques, avec une tendance à la concentration accrue des richesses dans le haut de la distribution.

8. Inégalités dans pays en développement

Notions clés & Définitions

  • Inégalités dans pays en développement : Disparités économiques, sociales ou régionales observées dans ces pays, résultant de processus historiques, politiques et économiques spécifiques, notamment la transition vers la croissance et le développement. (Source : Chapitre 3, Économie des inégalités)

  • Inégalité de développement humain : Différence dans la répartition des dimensions du développement humain (éducation, santé, niveau de vie) au sein d’un pays ou entre pays, ajustée par l’indice IDHI qui prend en compte ces inégalités. (Source : Chapitre 3)

  • Inégalité mondiale du 19ème siècle à nos jours : Évolution des disparités économiques et sociales à l’échelle planétaire, caractérisée par une hausse significative de l’inégalité inter-pays jusqu’aux années 1980, puis une tendance à la baisse récente due à la convergence des revenus des pays émergents. (Source : Chapitre 3)

  • Inégalités régionales et sectorielles : Disparités de revenus et de développement entre différentes régions (urbaines vs rurales, provinces, zones géographiques) et secteurs économiques, notamment illustrées par la croissance inégale entre villes et campagnes en Chine ou entre pays riches et pauvres. (Source : Chapitre 3)

Points essentiels

  • La croissance économique dans les pays en développement, comme la Chine ou le Brésil, a permis une réduction notable de la pauvreté, mais a aussi accentué les inégalités, notamment via l’émergence de classes moyennes urbaines et l’accroissement des inégalités régionales (ex : villes vs campagnes en Chine, régions côtières vs intérieures). (Source : Études de cas Chine et Brésil)

  • La transition vers une économie de marché en Chine a entraîné une explosion des inégalités, avec une hausse du Gini de 0,29 en 1981 à 0,42 en 2005, et une augmentation de la part des 10% les plus riches dans le revenu total. (Source : Étude de cas Chine)

  • La réduction des inégalités dans certains pays d’Amérique Latine, comme le Brésil, a été favorisée par la croissance économique, la hausse des salaires, la baisse de l’emploi informel, et la mise en œuvre de politiques sociales (ex : Bolsa Familia). Cependant, ces inégalités restent élevées et peuvent repartir à la hausse en période de crise. (Source : Étude de cas Brésil)

  • La dynamique de convergence des revenus entre pays émergents et pays développés a contribué à une baisse récente de l’inégalité mondiale inter-pays, notamment depuis 1992, avec une diminution de l’indice de Gini mondial. (Source : Inégalité mondiale, Bourguignon et Morrisson)

À retenir

Les pays en développement ont connu une réduction de la pauvreté et une croissance rapide, mais cette dynamique a souvent été accompagnée d’une augmentation des inégalités régionales, sectorielles et sociales, qui peuvent freiner le progrès vers un développement humain plus équitable.

9. Inégalité développement humain

Notions clés & Définitions

Inégalité de développement humain : Disparités dans la répartition du développement humain entre différentes populations ou régions, mesurées par l’indice de développement humain ajusté pour les inégalités (IDHI). Elle reflète le niveau « réel » de DH en tenant compte des inégalités dans chaque dimension (santé, éducation, revenu).

Inégalités régionales et sectorielles : Disparités dans le développement humain selon les régions géographiques ou secteurs économiques, contribuant à une répartition inégale du DH au sein d’un pays ou d’un secteur.

Inégalités dans pays en développement : Disparités de développement humain observées dans les pays en développement, souvent marquées par des écarts importants entre zones rurales et urbaines, ou entre classes sociales.

Inégalité mondiale du 19ème siècle à nos jours : Variations dans la répartition du développement humain à l’échelle mondiale sur une longue période, avec une évolution des inégalités entre pays et régions.

Inégalités dans pays développés : Disparités de développement humain au sein des pays industrialisés, souvent analysées via l’indice de développement humain ajusté pour les inégalités (IDHI), montrant les différences entre groupes sociaux ou régions.

Points essentiels

  • L’IDHI ajuste l’IDH en tenant compte des inégalités dans chaque dimension, en réduisant la valeur moyenne selon le niveau d’inégalité. Plus la différence entre IDH et IDHI est grande, plus l’inégalité est élevée.
  • L’IDHI permet de mesurer le « niveau réel » de DH, en intégrant la répartition des ressources et des opportunités.
  • La « courbe de l’éléphant » de Milanovic illustre la croissance du revenu moyen selon les fractiles, mettant en évidence que les classes moyennes des pays émergents ont connu une forte progression, tandis que les plus pauvres ont peu évolué.
  • La réduction des inégalités de développement humain dans certains pays ou régions peut être liée à des politiques sociales, à la croissance économique, ou à la diffusion de la croissance dans les zones rurales et moins favorisées.
  • La persistance ou l’aggravation des inégalités de DH peut menacer la cohésion sociale et la stabilité politique, notamment si les écarts entre groupes sociaux ou régions se creusent.

À retenir

L’inégalité de développement humain, mesurée par l’IDHI, révèle que le niveau « réel » de DH dans une société dépend autant de la moyenne que de la répartition des ressources, et son évolution est un indicateur clé des progrès ou des retards dans la justice sociale.

10. Courbe de l’éléphant

Notions clés & Définitions

  • Courbe de l’éléphant (Milanovic, 2016) : représentation graphique de la croissance du revenu moyen de plusieurs fractiles des revenus mondiaux (des 5% les plus pauvres aux 1% les plus riches) sur une période donnée, permettant d’identifier les « gagnants » et les « perdants » de la mondialisation.

  • Inégalité mondiale du 19ème siècle à nos jours : variation de la distribution des revenus ou richesses à l’échelle planétaire, analysée à travers des indicateurs comme l’indice de Gini ou la décomposition intra/inter-pays (voir section 2).

  • Inégalités régionales et sectorielles : disparités de revenus ou de développement entre différentes régions ou secteurs économiques, contribuant à la forme de la courbe (voir section 6).

  • Inégalité dans pays en développement : différences de distribution des revenus ou du développement humain dans les pays en phase de développement, souvent marquées par des inégalités régionales et sociales (voir section 8).

  • Inégalité dans pays développés : disparités économiques et sociales au sein des pays industrialisés, notamment illustrées par l’évolution des top-income et la concentration de richesse (voir section 7).

Points essentiels

  • La courbe de l’éléphant analyse la croissance relative des revenus des fractiles (des plus pauvres aux plus riches) à l’échelle mondiale entre 1988 et 2008, en compilant des enquêtes nationales (120 pays).

  • Les « perdants » : les 5% les plus pauvres et ceux entre le 80ème et 95ème percentile, dont le revenu a peu ou pas augmenté, voire s’est appauvri en relatif.

  • Les « gagnants » : ceux autour de la médiane, principalement issus des classes moyennes des pays émergents, dont le revenu a augmenté d’environ 80%, et l’élite des 1% les plus riches, dont le revenu a crû de 65%.

  • La forme de la courbe évoque un éléphant, avec une « tête » (les riches) en forte croissance, une « bosse » (classes moyennes) en progression, et une « queue » (les pauvres) stagnante ou en déclin relatif.

  • La dynamique montre un déplacement de la domination économique vers les classes moyennes des pays émergents, ce qui pourrait remettre en question la domination économique occidentale.

  • La croissance des revenus dans les classes moyennes des pays émergents et la montée de l’élite mondiale sont perçues comme des indicateurs d’un changement potentiel dans la hiérarchie économique mondiale.

À retenir

La « courbe de l’éléphant » illustre la divergence croissante entre les gagnants et les perdants de la mondialisation, avec une élite mondiale en forte croissance et une majorité de classes moyennes et pauvres stagnantes ou en déclin relatif, soulignant les tensions et transformations économiques globales.

Tableaux de Synthèse

Critère / ConceptSociété préindustrielle19ème siècle / MondialInégalité longue période
Méthodes de mesureTables sociales, indicateurs non monétairesIndice de Gini, décomposition intra/inter-paysDonnées fiscales, top-income (Piketty et al.)
Niveau moyen d'inégalité (Gini)Environ 45,7 (large dispersion)0,50 à 0,65 (augmentation jusqu’aux années 1980)Variable selon période, forte concentration dans le haut
Disparités principalesVariabilité selon pays et périodesDisparités inter-pays dominantes, convergence récenteConcentration des revenus dans le top 1% ou 0,1%
ÉvolutionDisparités extrêmes, mais niveau comparable à moderneCroissance de l’inégalité, puis convergenceAugmentation puis réduction selon période
Facteurs clésDisparités sociales et géographiquesCroissance des pays émergents, mondialisationRécupération des données fiscales, fiscalité, patrimoine

Pièges & Confusions Fréquentes

  1. Confondre l’indice de Gini avec d’autres mesures d’inégalité (ex : ratio de Palma) sans distinction claire.
  2. Surestimer la différence d’inégalité entre sociétés préindustrielles et modernes — la différence moyenne est limitée.
  3. Ignorer la contribution relative des inégalités intra- versus inter-pays dans l’évolution globale.
  4. Confondre l’inégalité de revenu dans sociétés anciennes avec celle des sociétés contemporaines sans nuance.
  5. Négliger le rôle des pays émergents dans la réduction de l’inégalité mondiale depuis les années 1980.
  6. Confondre la mesure indirecte dans sociétés préindustrielles avec des données directes.
  7. Oublier que la décomposition de Milanovic distingue clairement classes sociales et zones géographiques.

Checklist Examen

  1. Connaître la définition de l’inégalité dans les sociétés préindustrielles et les méthodes alternatives de mesure (tables sociales, indicateurs non monétaires).
  2. Savoir interpréter la variation du Gini dans ces sociétés et ses limites.
  3. Expliquer la différence entre inégalité intra- et inter-pays, et leur contribution à l’évolution de l’inégalité mondiale.
  4. Maîtriser la décomposition intra/inter-pays selon Milanovic (2012).
  5. Comprendre la tendance à la convergence entre pays depuis les années 1980-1990.
  6. Identifier le rôle des pays émergents dans la réduction de l’inégalité inter-pays.
  7. Connaître l’évolution de l’indice de Gini mondial entre le 19ème et le 20ème siècle.
  8. Savoir décrire l’impact de la croissance des top-income sur la longue période, selon Piketty et al.
  9. Assimiler la différence entre inégalité de revenu dans sociétés anciennes et modernes.
  10. Connaître les auteurs clés : Milanovic, Bourguignon, Piketty, Saez, Zucman.
  11. Comprendre la notion de « courbe de l’éléphant » si abordée dans le contenu.
  12. Vérifier la maîtrise des concepts de croissance, convergence, disparités régionales et sectorielles.

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1. Quelle est la caractéristique principale de l'inégalité de revenu dans les sociétés préindustrielles selon les méthodes de mesure disponibles ?

2. Quel est le principal défi pour mesurer l'inégalité de revenu dans les sociétés préindustrielles ?

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Inégalités sociétés préindustrielles

Disparités de revenus estimées par méthodes indirectes, niveaux très variables.

Inégalités sociétés préindustrielles — méthodes de mesure?

Utilisation de tables sociales et indicateurs non monétaires

Inégalité mondiale 19ème siècle

Croissance des disparités inter-pays, tendance à la convergence depuis 1980.

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