Fiche de révision : Documenter ou augmenter le réel en art

Plan du Cours

  1. Documenter ou augmenter le réel
  2. Vernet et la glorification royale
  3. Gursky et l’hyper-réalisme numérique
  4. Fabrique de la réalité plastique
  5. Figuration, narration et temps
  6. Présentation, réception et monumentalité
  7. Concept, trace et fiction
  8. Démarches de création et reconstruction
  9. Cinéma, synthèse et post-production
  10. Arts, sciences et hybridation

1. Documenter ou augmenter le réel

Notions clés & Définitions

  • Documenter le réel : Démarche de l’image qui vise à se rapprocher du visible pour en donner des informations et une référence identifiable.
  • Augmenter le réel : Transformation volontaire du réel par des choix formels ou techniques qui accentuent, idéalisent ou déforment sa signification.
  • Vraisemblance : Propriété d’une image qui paraît vraie ou crédible, même si elle ne correspond pas à un lieu ou à une situation unique.
  • Hyper-réalité numérique : Réalité visuelle produite par retouches et assemblages numériques, qui intensifie un réel documentaire tout en restant artificielle.

Points essentiels

  • L’approche classique associe documentation et glorification dans une commande royale : précision topographique et représentation d’activités humaines, avec une sélection « sous leur meilleur jour ».
  • Les tableaux de Vernet servent à informer visuellement le souverain sur les infrastructures et les particularités stratégiques, tout en rendant la scène plus majestueuse par des licences artistiques.
  • Chez Vernet, la mimesis passe par une maîtrise de la peinture (lumière, couleurs, perspective) pour obtenir une image à la fois crédible et idéalisée.
  • L’approche moderne traite le document comme matériau à conceptualiser : Gursky part d’un sujet réel mais le reconstruit pour produire une hyper-réalité vraisemblable.
  • Dans 99 Cent (1999), l’image résulte d’un montage numérique à partir de plusieurs photographies de la même chaîne, si bien qu’elle « semble vraie » sans être un lieu continu unique.
  • La critique chez Gursky naît surtout de la forme et de l’organisation du réel, pas d’un jugement moral explicite dans l’image.

Astuce mémo

Documenter = prouver/indiquer ; augmenter = amplifier/transformer. Vernet tend vers la gloire, Gursky vers la conceptualisation.

2. Vernet et la glorification royale

Notions clés & Définitions

  • Commande royale : La commande royale est un dispositif où un souverain finance une production artistique pour servir ses besoins politiques et de représentation.
  • Vraisemblance peinte : La vraisemblance peinte désigne une image considérée comme crédible grâce à la maîtrise des choix picturaux (lumière, couleur, perspective) et une composition maîtrisée.
  • Propagande royale : La propagande royale correspond à l’usage d’images comme outil politique pour présenter le pouvoir français comme puissant et légitime.
  • Ports de France : La série Ports de France regroupe des tableaux commandés pour représenter et magnifier les ports du royaume à l’époque de Vernet.

Points essentiels

  • La commande royale des Ports de France impose à Vernet une double mission mêlant information topographique et amplification idéalisée de la puissance nationale.
  • Pour répondre à l’exigence de “ressemblance” et de “précision topographique”, Vernet attache une attention aux infrastructures et aux formes d’activité liées aux lieux.
  • La série des ports reste sélective et inachevée, avec 15 toiles sur 24 (ou 25) prévues initialement.
  • Vernet choisit des ports “sous leur meilleur jour” en combinant fidélité et licences de composition pour transformer le relevé en récit de gloire nationale.
  • Dans La Ville et la rade de Toulon (1756), l’activité humaine (dockers, marins, pêcheurs) sert de preuves visuelles d’un port dynamique et organisé.
  • La composition monumentale et l’orchestration du regard placent l’activité et les personnages dans une mise en ordre noble, proche des traditions du relief antique.

Astuce mémo

Commande royale = Documenter (topographie) + Glorifier (mise en ordre noble).

3. Gursky et l’hyper-réalisme numérique

Notions clés & Définitions

  • Effacement de l’auteur : L’effacement de l’auteur est une posture esthétique où cadrage frontal, lumière uniforme et distance extrême donnent une impression d’objectivité.
  • Montage d’après plusieurs images : Le montage d’après plusieurs images est une reconstitution où Gursky assemble des fragments capturés ailleurs pour produire un espace vraisemblable mais non existant.
  • Format monumental : Le format monumental est l’usage d’échelles très grandes pour forcer une expérience immersive et donner une gravité de fresque à un sujet banal.

Points essentiels

  • Dans 99 Cent, la scène résulte d’une reconstitution numérique en assemblant des fragments provenant de plusieurs magasins de la même chaîne.
  • La netteté est recherchée sur toute la profondeur de l’image, avec peu ou pas de flou, ce qui supprime la hiérarchie visuelle classique.
  • Le traitement vise une omniprésence des motifs par surcharge et répétition, notamment via un cadrage frontal rigide et l’absence de point focal.
  • Le proche et le lointain sont simultanément lisibles, créant une tension entre lecture abstraite (quadrillage/motif) et lecture documentaire (détails des emballages).
  • Gursky reprend à l’école de Düsseldorf (Becher) l’exigence d’un rendu uniforme et d’une impression descriptive, mais appliquée à la consommation de masse.
  • La critique sociale est présentée comme inhérente à la forme : le spectateur doit voir lui-même la critique à partir du document augmenté.

Astuce mémo

Montage (non-existant) + format géant + netteté totale = un “document” qui force la critique à émerger chez le spectateur.

4. Fabrique de la réalité plastique

Notions clés & Définitions

  • Réalité augmentée : La réalité augmentée est une représentation qui conserve un référent réel tout en y ajoutant une mise en forme idéalisée pour produire un effet plus noble ou plus signifiant.
  • Composition monumentale : La composition monumentale est une organisation hiérarchisée et structurée (frise, mise en scène) qui donne aux scènes ordinaires une dignité historique ou héroïque.
  • Montage numérique : Le montage numérique est une construction par assemblage et retouche d’images distinctes, qui rend l’ensemble vraisemblable tout en créant un espace reconstitué.
  • Hyper-netteté : L’hyper-netteté est une recherche de netteté quasi uniforme qui supprime la profondeur perceptive et renverse les hiérarchies visuelles classiques.
  • Diasec : Le Diasec est un procédé de protection et de présentation des tirages photographiques, associant chimie et plaque acrylique/Plexiglas pour stabiliser et intensifier l’image.

Points essentiels

  • Chez Vernet, le paysage peut correspondre à un lieu réel tandis que des éléments du premier plan relèvent clairement de l’invention de l’artiste.
  • Vernet organise le regard par des points focaux pour guider la lecture, contrairement à une simple image descriptive qui s’effacerait derrière le sujet.
  • Dans 99 Cent, Gursky construit un lieu conceptuel en réunissant des fragments provenant de différents magasins de la même chaîne.
  • L’hyper-netteté de Gursky élimine le flou optique et rend l’arrière-plan aussi lisible que le premier plan, ce qui dissout la hiérarchie classique.
  • Dans les images de supermarchés, Gursky combine perspective frontale et ajout numérique (réflexion du plafond) pour créer une planéité structurelle.
  • Le Diasec, inventé en 1969 par Heinz Sovilla-Brulhart, peut être associé à des tirages couleur (Cibachrome/Ilfochrome) pour protéger les épreuves.

Astuce mémo

Vernet = réel + scène idéalisée ; Gursky = vrai qui semble vrai parce que c’est fabriqué par montage + netteté totale.

5. Figuration, narration et temps

Notions clés & Définitions

  • Storyteller accompli : Notion désignant un artiste-conteur qui transforme un site réel en récit organisé grâce à la mise en scène des éléments plastiques.
  • Dramaturgie : Principe de mise en scène de l’image qui structure personnages, décors et lumière pour produire une tension narrative et une émotion.
  • Temps vivant : Rapport au temps où la peinture vise la durée ressentie, grâce au mouvement, à la lumière changeante et à l’éphémère saisi.
  • Temps figé : Rapport au temps où l’image supprime la durée par immobilisation et netteté totale, donnant un présent artificiel sans évolution.

Points essentiels

  • Chez Vernet, la figuration construit un espace narratif illusionniste par perspective conique et perspective atmosphérique avec un premier plan sombre et net guidant l’œil.
  • La précision de la lumière chez Vernet peut permettre d’inférer le moment de la journée grâce à la rigueur des ombres et reflets, donnant une valeur documentaire de l’instant.
  • Les ports chez Vernet fonctionnent comme des scènes à parcourir, où les personnages enchaînent des micro-actions pour créer une narration d’ensemble cohérente.
  • Monet peint la série des Cathédrales de Rouen entre 1892 et 1894, plusieurs fois sous des heures et météos différentes, pour faire varier la lumière plutôt que figer l’architecture.
  • Chez Gursky, la géométrie dé-narrativise l’espace : perspective frontale de face + vue en plongée, quadrillage et plafond ajouté numériquement renforçant la planéité.
  • Le temps chez Gursky ressemble à un inventaire : netteté totale et absence de mouvement produisent un « éternel présent » de la consommation et une archéologie du quotidien.

Astuce mémo

Vernet = raconter par la lumière mouvante ; Gursky = figer l’inventaire par la grille et la netteté totale.

6. Présentation, réception et monumentalité

Notions clés & Définitions

  • Glorification royale : La glorification royale désigne l’usage de l’image pour magnifier la puissance et l’ordre d’un État, au service d’un récit politique.
  • Réception critique : La réception critique correspond à la manière dont les commentateurs évaluent la vraisemblance d’une œuvre et orientent sa légitimation publique.
  • Monumentalité : La monumentalité est l’élévation de l’échelle de l’œuvre pour sacraliser un sujet et transformer la perception du spectateur par un effet de fresque.
  • Marché de l’art : Le marché de l’art est l’écosystème de vente et de reconnaissance qui peut transformer une critique sociale en objet de luxe recherché.

Points essentiels

  • La commande des Ports de France par Louis XV (via le marquis de Marigny) sert aussi de propagande pendant la guerre de Sept Ans, pour afficher une puissance maritime retrouvée.
  • Les tableaux de Vernet sont diffusés au Salon, puis relayés par des gravures, notamment celles de Cochin et Le Bas, qui étendent l’image de la grandeur française en Europe.
  • Diderot présente Vernet comme une réussite de l’illusion au point d’effacer l’idée de peinture au profit de la « nature » et d’une vérité jugée parfaite.
  • Dans 99 Cent, le monumental est renforcé par un très grand format (206,5 x 337 cm) et une présentation Diasec qui rigidifie et brille l’image comme une surface glacée.
  • Dans 99 Cent, le décalage « double mouvement » impose d’abord une lecture de l’ensemble puis un déplacement du regard pour capter les détails à netteté totale.
  • 99 Cent a été vendue pour plus de 3 millions de dollars, transformant une critique implicite de la marchandise à bas prix en objet de luxe exclusif.

Astuce mémo

Vernet = Salon + gravures pour rallier, Gursky = Diasec + grand format pour faire monter le prix (et le regard) en même temps.

7. Concept, trace et fiction

Notions clés & Définitions

  • One and Three Chairs : Œuvre fondatrice de Joseph Kosuth qui met en parallèle un objet réel, sa représentation photographique et son concept défini par un langage.
  • Poubelle des Halles : Œuvre d’Arman fondée sur l’accumulation de déchets prélevés puis figés en boîte pour en faire une trace brute du quotidien.
  • Pearblossom Highway 11-18th April 1986 : Photocollage de David Hockney construit à partir de centaines de photographies prises sur plusieurs jours pour documenter le temps vécu.
  • Untitled (Hotel Beau-Séjour ou Cockatoo and Corks) : Boîte-assemblage de Joseph Cornell qui conserve des fragments d’objets et d’images afin de faire émerger un monde intérieur et mémoriel.
  • Sans titre #475 : Série de Cindy Sherman où des autoportraits mis en scène utilisent le maquillage et le déguisement pour fabriquer une fiction identitaire.

Points essentiels

  • Kosuth confronte un même sujet sous trois formes — objet, image indicielle et définition — et montre que documenter le réel n’est jamais neutre car chaque forme en tradu it le réel.
  • Arman construit une archive archéologique contemporaine en sortant des déchets de leur contexte trivial puis en les exposant comme une nature morte du quotidien.
  • Chez Hockney, le joiner brise l’unité de l’espace : le spectateur doit reconstruire mentalement la scène grâce à des coutures visibles et à une temporalité intégrée.
  • Cornell traite la documentation comme trace de l’intime : il ne vise pas la fidélité d’un lieu mais la construction d’un micro-univers chargé d’obsessions et de souvenirs.
  • Sherman subvertit la valeur de preuve de la photographie en remplaçant l’identité personnelle par un rôle social incarné, qui transforme l’image en fiction.
  • Jeff Wall utilise un format monumental et une mise en scène numérique pour faire exister une scène dialoguée et surnaturelle qui n’a pas d’équivalent direct dans le réel.

Astuce mémo

3 chaises de Kosuth : objet + photo + mot = documenter n’est jamais neutre.

8. Démarches de création et reconstruction

Notions clés & Définitions

  • Image synthétique : Une image synthétique est une recomposition en atelier qui transforme des observations en une scène idéale, sans viser un instant précis comme une “photo”.
  • Série typologique : Une série typologique est un protocole répétitif qui consiste à photographier des sujets similaires avec une méthode formelle stable pour comparer.
  • Post-production numérique : La post-production numérique est l’étape de finalisation après prises de vues où l’image est assemblée et retouchée par ordinateur.
  • École de Düsseldorf : L’École de Düsseldorf désigne un courant de photographie où l’on pratique une rigueur documentaire, notamment via la démarche des Becher.

Points essentiels

  • Vernet crée en deux temps : études sur le motif réalisées lors du séjour sur place, puis recomposition en atelier en fusionnant lumières, vues et événements.
  • Vernet ne peint pas directement la toile sur le site et cherche une “image idéale” qui peut déplacer des éléments topographiques ou ajouter des personnages pour l’équilibre de composition.
  • Gursky passe d’une intention à l’œuvre par collecte de fragments (plusieurs prises de vue numérisées) puis reconstruction numérique par assemblage et fusion.
  • Gursky cherche une image “intemporelle” en éliminant l’éphémère et en fabriquant une hyper-réalité à partir de plusieurs fragments, ce qui peut produire un référent multiple.
  • Dans 99 Cent, deux ajouts numériques clés sont la profondeur de champ illimitée pour rendre la netteté totale et un reflet au plafond ajouté pour renforcer l’artificialité.
  • Cécile Bicler reconstruit une scène de fiction en monumentalité en assemblant 380 dessins, ce qui revient à documenter un simulacre plutôt qu’un réel observé.

Astuce mémo

Vernet = Terrain puis Atelier (synthèse idéale) ; Gursky = Scan puis Montage (post-production) : l’un reconstruit par sélection, l’autre par assemblage numérique.

9. Cinéma, synthèse et post-production

Notions clés & Définitions

  • Image intemporelle : Résultat visuel cherchant à supprimer les imperfections et les traces d’éphémère, pour obtenir une image stable et “hors du temps”.
  • Profondeur de champ illimitée : Propriété recherchée par reconstruction numérique où la netteté reste totale du premier plan jusqu’au fond.

Points essentiels

  • Chez Vernet, l’espace est organisé comme un décor scénique découpé en plans, ce qui prépare une lecture proche du plan-séquence par densité informative et profondeur de champ étendue.
  • Le “montage intérieur” chez Vernet correspond à la présence simultanée, dans une même image fixe, d’un enchaînement de détails que l’œil lit comme une succession.
  • Chez Gursky, la post-production devient le lieu principal de création : il numérise plusieurs prises, les scanne, les assemble, les fusionne et retouche comme un peintre.
  • Dans 99 Cent, le référent est multiple : l’artiste monte plusieurs photographies de la même scène/chaîne (en éliminant traces et imperfections) pour construire une image intemporelle.
  • Deux ajouts numériques décisifs dans 99 Cent sont la profondeur de champ illimitée et l’ajout du reflet au plafond, renforçant l’artificialité structurelle par effet kaléidoscope.
  • Le tirage Diasec sous Plexiglas accentue l’idée d’une image-écran lisse et brillante, proche d’un rendu d’environnement virtuel (type CGI).

Astuce mémo

Vernet = “montage dans l’œil” sur image fixe ; Gursky = post-production = “montage dans l’ordi” pour une netteté totale partout.

10. Arts, sciences et hybridation

Notions clés & Définitions

  • Dialogue science : Le dialogue science désigne une situation où la science sert d’appui extérieur pour documenter et rendre l’œuvre factuellement crédible.
  • Hybridation totale : L’hybridation totale décrit le moment où la technologie devient un médium interne qui reconstruit le réel et fabrique une réalité propre à l’œuvre.
  • Camera obscura : La camera obscura est un instrument optique qui projette l’image du paysage pour aider à tracer des contours et une perspective avec une précision mathématique.

Points essentiels

  • Chez Vernet, les sciences de la navigation et la cartographie encadrent la fidélité des ports représentés aux logiques spatiales et techniques de l’époque.
  • Vernet utilise l’optique, notamment la camera obscura, pour garantir des proportions et une perspective mathématiquement fiables.
  • L’optique chez Vernet est présentée comme une préfiguration de la photographie, dont l’arrivée vers 1850 a été perçue comme disruptive pour l’art documentaire.
  • Chez Gursky, l’ordinateur joue le rôle d’atelier créatif via la post-production, permettant une netteté totale et une profondeur de champ présentées comme impossibles dans la réalité.
  • La technologie choisie n’est pas neutre chez Gursky : elle sert un projet conceptuel visant à rendre l’échelle et la complexité du monde contemporain.
  • Jeff Wall prolonge l’hybridation en recomposant un événement en rassemblant des fragments pris sur plusieurs mois pour obtenir une scène crédible mais artificielle.

Astuce mémo

Dialogue = science extérieure pour documenter ; Hybridation = technologie intérieure pour reconstruire.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1756Claude-Joseph Vernet, La Ville et la rade de Toulon (tableau)
1757Claude-Joseph Vernet, Le Port vieux de Toulon (vue du côté des magasins aux vivres)
1892Monet commence la série des Cathédrales de Rouen (heures/météos différentes)
1894Fin de la série des Cathédrales de Rouen de Monet (toutes vues sous des conditions variées)
1936Dorothea Lange, Migrant Mother (Mère migrante)
1969Invention du Diasec par Heinz Sovilla-Brulhart
1986Hockney, Pearblossom Highway 11-18th April 1986
1992Jeff Wall, Dead Troops Talk
1999Gursky, 99 Cent (date de l’œuvre)
2008Cindy Sherman, Sans titre #475 (date de l’œuvre)

Tableaux de synthèse

Vernet vs Gursky : documenter ou augmenter

ArtisteProcédé principalEffet sur le réel
VernetMaîtrise picturale (lumière, couleur, perspective) + composition ordonnéeImage vraisemblable et idéalisée : information topographique + glorification royale
GurskyPost-production numérique (montage de fragments) + hyper-netteté/format monumentalHyper-réalité vraisemblable mais reconstituée : critique naissant de la forme et de l’organisation

Deux rapports au temps

ArtisteTempsMécanisme
VernetTemps vivantDramaturgie, lumière mobile, mouvement et micro-actions lisibles dans l’image fixe
GurskyTemps figéNetteté totale, absence de mouvement, “archéologie du quotidien” et éternel présent

Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre documenter et augmenter : Vernet documente pour glorifier, tandis que Gursky documente en reconstruisant pour conceptualiser.
  2. Croire que l’image de Vernet est strictement “sur le motif” : il observe, puis recombine en atelier et ajoute des éléments inventés (ex. premier plan).
  3. Penser que la vraisemblance implique un lieu unique : dans 99 Cent, le “lieu” semble réel mais n’existe pas comme continuité observée.
  4. Inverser les temporalités : Monet/temps vivant (lumière changeante) n’est pas le même régime temporel que l’“éternel présent” de Gursky.
  5. Réduire la critique de Gursky à un message moral explicite : elle est surtout produite par la forme (surcharge, répétition, organisation).
  6. Confondre effacement de l’auteur et absence d’intervention : chez Gursky, l’auteur s’efface en apparence, mais la reconstruction numérique est décisive.
  7. Mélanger dialogue et hybridation : chez Vernet, la science/optique aide à documenter l’idéal ; chez Gursky, la technologie devient médium interne qui fabrique la réalité de l’œuvre.

Checklist Examen

  1. Savoir définir “documenter” et “augmenter” et expliquer en quoi Vernet et Gursky illustrent deux finalités opposées.
  2. Expliquer la commande royale des Ports de France (Louis XV, mission double) et justifier le lien entre ressemblance/précision topographique et glorification.
  3. Lister les moyens picturaux de Vernet pour obtenir la vraisemblance (lumière, couleur, perspective) et l’écart par composition ordonnée (licences, premier plan inventé).
  4. Décrire comment Vernet construit la narration et le temps vivant : espace illusionniste, “storyteller”, micro-actions et rôle des ombres/reflets.
  5. Expliquer comment Gursky produit l’hyper-réalité : montage de fragments, post-production, vraisemblance sans lieu unique continu.
  6. Maîtriser le rôle du format monumental et de la netteté totale chez Gursky : absence de hiérarchie, tensions micro/macro et sollicitation du regard.
  7. Justifier la relation temps figé/archéologie du quotidien chez Gursky (inventaire, éternel présent) et la comparer au temps vivant de Vernet/Monet.
  8. Expliquer la réception et la diffusion chez Vernet : exposition au Salon, gravures (Cochin, Le Bas) et la réception de Diderot sur la “nature/vérité”.
  9. Savoir présenter les enjeux de l’élargissement du champ : Kosuth (objet/image/définition), Arman (trace brute par accumulation), Hockney (fragmentation du temps vécu), Cornell (mémoire/intime), Sherman (fiction identitaire).
  10. Expliquer les démarches de création : Vernet (observation puis recomposition en atelier) vs Gursky (collecte/reconstruction numérique) et l’idée d’image intemporelle.
  11. Maîtriser le lien arts plastiques/cinéma : Vernet préfigure le plan-séquence par densité et profondeur de champ, tandis que Gursky mobilise la post-production (outils du cinéma/CGI) pour créer une image-écran vraisemblable mais artificielle.
  12. Savoir distinguer “dialogue science” (Vernet, navigation/cartographie, camera obscura, préfiguration de la photographie) et “hybridation totale” (Gursky : ordinateur comme médium interne, saturation et artificiel).

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Documenter ou augmenter le réel en art avec 20 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quelle formulation décrit le mieux l’idée de documenter le réel ?

2. Dans le cadre de Gursky, qu’apporte principalement l’hyper-réalité numérique ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Documenter ou augmenter le réel en art avec 20 flashcards interactives.

Documenter le réel — définition ?

Approche visant à représenter fidèlement le visible.

Augmenter le réel — définition ?

Transformer le réel par des choix formels ou techniques.

Vraisemblance — propriété ?

Image crédible, même si pas exacte.

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