Au programme du bac de français 2027

Entretiens sur la pluralité des mondes

Fontenelle (1686)

Parcours : « Le goût de la science » · Littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle

L’auteur et le contexte

Bernard Le Bovier de Fontenelle (1657-1757) naît à Rouen et meurt à Paris, presque centenaire. Neveu de Pierre et Thomas Corneille, il commence par la littérature mondaine avant de se tourner vers les idées. Sa vie fait le pont entre deux siècles : il publie les Entretiens sous Louis XIV et meurt au temps de l’Encyclopédie. Élu à l’Académie française, il devient ensuite secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, dont il fait connaître les travaux au public pendant des décennies.

Quand le livre paraît, en 1686, l’astronomie vient d’être bouleversée. Copernic a placé le Soleil au centre du système (1543), la lunette de Galilée a montré les reliefs de la Lune et les satellites de Jupiter, et Descartes a proposé une explication mécanique de l’univers. Mais ces idées restent l’affaire des savants, exposées dans des traités arides, souvent en latin, et l’Église a condamné Galilée en 1633. Fontenelle se donne une mission nouvelle : faire entrer cette science dans les salons.

Les Entretiens appartiennent à une période très féconde : Fontenelle publie à la même époque l’Histoire des oracles, qui apprend à vérifier les faits avant d’en chercher les causes, et prend le parti des Modernes dans la querelle des Anciens et des Modernes. Partout la même conviction : l’esprit humain progresse, à condition de douter et d’examiner. C’est pourquoi on voit souvent en lui un précurseur des Lumières.

Résumé détaillé

La préface et le cadre. Dans sa préface, Fontenelle expose son projet : traiter la philosophie d’une manière qui ne soit pas philosophique, de sorte qu’elle ne soit ni trop sèche pour les gens du monde ni trop légère pour les savants. Il rassure ses lectrices : il ne leur demande que l’attention qu’exige La Princesse de Clèves. Le livre prend ensuite la forme d’un récit adressé à un ami : le narrateur raconte les soirées qu’il a passées à la campagne, chez la Marquise de G***, à se promener dans le parc sous les étoiles.

Premier soir : la Terre est une planète qui tourne sur elle-même et autour du Soleil. La beauté de la nuit lance la conversation. Le philosophe compare la nature à un opéra dont on ne voit pas les machines : comprendre le monde, c’est aller voir derrière le décor, et découvrir que l’univers fonctionne comme une montre. Il présente alors les systèmes du monde : celui de Ptolémée, avec la Terre immobile au centre et ses cercles compliqués, puis celui de Copernic, plus simple, qui met le Soleil au centre et fait de la Terre une planète parmi les autres. La Marquise résiste (on ne sent pas la Terre tourner), puis se laisse convaincre. Première leçon : l’homme n’est pas au centre de tout.

Deuxième soir : la Lune est une terre habitée. Si la Terre est une planète, pourquoi les autres astres ne seraient-ils pas des terres  ? Le philosophe raisonne par analogie : un Parisien qui n’aurait jamais quitté sa ville et verrait Saint-Denis de loin n’aurait aucune raison de la croire déserte. La Lune ressemble à la Terre, elle peut donc être habitée. Autre comparaison : les habitants de l’Amérique n’imaginaient pas qu’on pût traverser l’océan avant de voir arriver les vaisseaux de Christophe Colomb. Peut-être ira-t-on un jour jusqu’à la Lune.

Troisième soir : particularités de la Lune, et les autres planètes habitées aussi. Le philosophe commence par nuancer ce qu’il a affirmé la veille : la Lune n’offre pas les mêmes conditions que la Terre, et ses habitants, s’il y en a, ne nous ressemblent sans doute pas. La Marquise s’en amuse et s’en agace. Mais la nature est d’une fécondité inépuisable : le microscope révèle une foule d’animaux dans une goutte d’eau ou sur une feuille. Pourquoi aurait-elle laissé vides des planètes entières ? L’hypothèse s’étend à tout le système solaire.

Quatrième soir : Vénus, Mercure, Mars, Jupiter et Saturne. C’est le soir le plus fantaisiste. Le philosophe imagine les habitants de chaque planète d’après sa distance au Soleil : ceux de Mercure, brûlés de lumière, seraient d’une vivacité proche de la folie, ceux de Saturne lents et flegmatiques. Il explique aussi le mouvement des planètes par les tourbillons de Descartes, et décrit les lunes de Jupiter et l’anneau de Saturne. L’imagination s’en donne à cœur joie, mais toujours à partir de données d’observation.

Cinquième soir : les étoiles fixes sont autant de soleils. Dernier élargissement : chaque étoile est un soleil, centre d’un tourbillon, qui éclaire peut-être des mondes. L’univers n’a plus de bornes. La Marquise avoue qu’elle s’y perd, le philosophe répond que cette immensité le met à l’aise. Il ajoute que le ciel lui-même change, que des étoiles apparaissent et disparaissent, et le montre par l’apologue des roses, qui croient leur jardinier immortel. À la fin, la Marquise se réjouit d’avoir en tête tout le système de l’univers.

Sixième soir (ajouté en 1687). Quelque temps plus tard, la conversation reprend. La Marquise a parlé autour d’elle des habitants des planètes et s’est heurtée à l’incrédulité. Le philosophe reprend donc ses preuves, apporte des observations nouvelles et précise le degré de confiance que méritent ses idées : le mouvement de la Terre est solidement établi, les habitants des autres mondes restent une opinion vraisemblable. Le livre se clôt ainsi sur une leçon de méthode.

Le parcours : « Le goût de la science »

Le mot « goût » a deux sens, et le parcours joue sur les deux. C’est d’abord un plaisir : Fontenelle veut que l’on prenne à la science le même agrément qu’à un roman ou à une conversation de salon. D’où le cadre séduisant (un parc, la nuit, une marquise), le ton enjoué, les compliments galants, les comparaisons familières (l’opéra, la montre, Saint-Denis). C’est ensuite une inclination que l’on acquiert : la Marquise, d’abord ignorante, devient de soir en soir plus curieuse et plus exigeante. Le livre met en scène la naissance d’une vocation.

Ce plaisir n’est pas un simple emballage. Fontenelle transmet une manière de penser : se méfier des apparences et des préjugés, préférer l’explication la plus simple, raisonner par analogie, proposer des hypothèses sans les prendre pour des certitudes. Le dialogue est l’outil idéal de cette pédagogie : les objections de la Marquise sont celles du lecteur, et ses progrès deviennent les nôtres. La forme littéraire fait donc partie de la démonstration.

Pour la dissertation, pense aux tensions que cache la formule. Plaire et instruire sont-ils toujours compatibles, ou l’agrément risque-t-il de simplifier le savoir ? La science rassure-t-elle (un univers ordonné comme une montre) ou inquiète-t-elle (un univers où l’homme n’est plus au centre) ? Enfin, n’oublie pas la portée critique : apprendre à douter en astronomie, c’est apprendre à douter tout court, de l’autorité des Anciens comme des opinions reçues.

Les thèmes majeurs pour la dissertation

Instruire en plaisant : l’art de la vulgarisation

Fontenelle invente une façon de dire la science en français, sans jargon ni calculs, avec des images tirées de la vie mondaine. Le savoir ne perd pas sa rigueur, il change de langue et de public. C’est l’idéal classique (plaire et instruire) appliqué pour la première fois à l’astronomie.

Le dialogue galant et la place des femmes

Le choix d’une interlocutrice est un geste fort : la Marquise prouve qu’il suffit d’être attentive pour comprendre. La galanterie n’est pas un simple décor, elle maintient l’égalité et la légèreté de l’échange. La Marquise objecte, plaisante et raisonne : elle n’est pas une élève passive.

Une méthode : douter, supposer, raisonner par analogie

Le philosophe ne dit jamais « croyez-moi ». Il part de ce qu’on observe, compare l’inconnu au connu (la Lune à la Terre, Saint-Denis à Paris) et gradue ses affirmations, du prouvé au simplement vraisemblable. Les Entretiens enseignent moins des résultats qu’une attitude d’esprit.

Le décentrement : l’homme n’est plus la mesure de l’univers

La Terre n’est qu’une planète, le Soleil qu’une étoile parmi d’autres. Fontenelle se moque de la vanité qui fait croire que tout a été créé pour nous. L’apologue des roses et la revue des habitants des planètes disent la même chose : notre point de vue est relatif.

Raison et imagination, émerveillement et vertige

La science n’éteint pas la rêverie, elle la nourrit : habitants de Mercure, voyages vers la Lune, soleils innombrables. Mais l’infini trouble la Marquise autant qu’il réjouit le philosophe. Le livre montre les deux émotions que peut faire naître le savoir.

Citations et passages clés à retenir

« J’ai voulu traiter la philosophie d’une manière qui ne fût point philosophique. » (Préface)

Le programme du livre en une phrase. « Philosophie » désigne ici la science de la nature. Le paradoxe apparent résume tout le parcours : garder le fond savant, changer la manière. À citer dès l’introduction d’une dissertation.

La préface ne demande aux lectrices que « la même application qu’il faut donner à La Princesse de Clèves ».

La comparaison avec un roman à succès dit deux choses : la science n’exige aucun don particulier, seulement de l’attention, et elle peut procurer le même plaisir qu’une intrigue. Fontenelle vise ouvertement un public féminin et mondain.

« Toute la philosophie n’est fondée que sur deux choses, sur ce qu’on a l’esprit curieux et les yeux mauvais. » (Premier soir)

Définition plaisante et profonde : on cherche parce qu’on veut savoir et qu’on ne voit pas tout. La science naît d’un désir et d’une limite. La formule fait de la curiosité, souvent tenue pour un défaut, la première qualité du savant.

« Je me figure toujours que la nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l’Opéra. » (Premier soir)

La comparaison la plus célèbre du livre. Le spectateur ordinaire admire le vol des personnages, le philosophe veut voir les cordes et les contrepoids. Elle montre aussi la méthode de Fontenelle : expliquer l’inconnu par ce que son public connaît le mieux.

Premier soir : on veut que l’univers ne soit en grand que « ce qu’une montre est en petit ».

L’image du mécanisme, héritée de Descartes : le monde obéit à des mouvements réguliers que l’on peut comprendre. La Marquise répond qu’elle n’en estime que davantage l’univers. Comprendre n’ôte rien à l’admiration.

Deuxième soir : le bourgeois de Paris qui, voyant Saint-Denis de loin, douterait qu’elle soit habitée.

Le modèle du raisonnement par analogie. Ce qui ressemble en tout à ce que l’on connaît a toutes les chances de lui ressembler aussi par ce que l’on ne voit pas. Le passage ridiculise au passage l’esprit de clocher de ceux qui ne croient que ce qu’ils ont sous les yeux.

Cinquième soir : devant l’univers sans bornes, la Marquise dit s’y perdre, et le philosophe répond que cela le met « à [son] aise ».

Deux réactions opposées devant l’infini : l’angoisse de n’être plus rien, la joie de respirer plus largement. Passage clé pour tout sujet sur les émotions que suscite la science, à rapprocher de l’effroi de Pascal devant les espaces infinis.

Cinquième soir : les roses et leur jardinier, « de mémoire de rose on n’a vu que lui ».

Un apologue en miniature. Les roses jugent de l’éternité d’après leur vie d’un jour, comme les hommes jugent le ciel immuable d’après la leur. Leçon de relativité et de modestie, dite avec grâce : tout l’art de Fontenelle.

Réussir l’oral et l’écrit

Pour l’oral (lecture linéaire et entretien)

  • • Les extraits les plus étudiés : la préface, l’ouverture du premier soir (la nuit dans le parc), la comparaison de l’opéra, Paris et Saint-Denis, les habitants des planètes, le vertige de l’infini, les roses et le jardinier.
  • • Sur chaque extrait, analyse le jeu du dialogue : qui mène, qui objecte, comment l’humour et la galanterie font passer l’argument.
  • • Identifie toujours le type de raisonnement : analogie, hypothèse, réfutation d’un préjugé, argument de simplicité.
  • • Lecture cursive naturelle : Micromégas de Voltaire, ou Les États et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac. Pour l’entretien, prépare un avis : peut-on tout vulgariser sans trahir ?

Pour l’écrit (dissertation)

  • • Ton stock d’exemples : l’opéra et ses machines, la montre, Copernic contre Ptolémée, Saint-Denis, les habitants de Mercure et de Saturne, le vertige de la Marquise, les roses.
  • • Notions à maîtriser : vulgarisation, dialogue, galanterie, analogie, hypothèse, héliocentrisme, cartésianisme, relativité du point de vue, Lumières.
  • • Sujets types : « La science peut-elle être un plaisir ? », « Les Entretiens sont-ils une leçon ou une conversation ? », « L’imagination est-elle l’ennemie ou l’alliée de la science ? ».
  • • Ouvertures prêtes : l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, Émilie du Châtelet traductrice de Newton, ou la vulgarisation scientifique d’aujourd’hui.

Quiz : 10 questions pour te tester

1.Qui est l’auteur des Entretiens sur la pluralité des mondes et quand paraissent-ils ?

Bernard Le Bovier de Fontenelle (1657-1757). L’ouvrage paraît en 1686 avec cinq soirs ; un sixième soir est ajouté en 1687.

2.Dans quel cadre se déroulent les conversations ?

La nuit, après le souper, dans le parc du château de la Marquise de G***, à la campagne. Le spectacle du ciel étoilé fait naître la conversation, et le cadre nocturne donne au dialogue un ton de promenade galante.

3.À quel roman Fontenelle compare-t-il son livre dans la préface ?

À La Princesse de Clèves : il ne demande aux lectrices que la même attention que pour suivre l’intrigue de ce roman. Façon de dire que la science est à la portée de tout esprit attentif.

4.Sur quoi la philosophie est-elle fondée, selon le narrateur ?

« Toute la philosophie n’est fondée que sur deux choses, sur ce qu’on a l’esprit curieux et les yeux mauvais. » On veut savoir plus qu’on ne voit : si l’on voyait tout, on n’aurait pas à chercher.

5.À quoi le narrateur compare-t-il la nature au premier soir ?

À un spectacle d’opéra. Le spectateur voit les décors et les vols des personnages, mais les cordes et les contrepoids sont cachés. Le philosophe est celui qui veut comprendre la machinerie derrière le spectacle.

6.Quel système astronomique le premier soir défend-il ?

Celui de Copernic : la Terre est une planète qui tourne sur elle-même et autour du Soleil. Il est préféré au système de Ptolémée, où la Terre immobile occupe le centre de l’univers.

7.Que démontre la comparaison entre Paris et Saint-Denis au deuxième soir ?

Qu’on ne peut pas nier que la Lune soit habitée sous prétexte qu’on n’y voit personne. Un bourgeois de Paris qui n’aurait jamais quitté sa ville, voyant Saint-Denis de loin, pourrait douter qu’elle ait des habitants, alors qu’elle ressemble en tout à Paris. C’est un raisonnement par analogie.

8.Quelle théorie Fontenelle utilise-t-il pour expliquer le mouvement des planètes ?

Les tourbillons de Descartes : chaque astre est entraîné dans un vaste mouvement circulaire de matière autour de son soleil. Fontenelle est cartésien et le restera, même après les travaux de Newton.

9.Que soutient le cinquième soir ?

Que les étoiles fixes sont autant de soleils, dont chacun éclaire peut-être un monde. L’univers devient immense : la Marquise en éprouve une sorte de vertige, alors que le philosophe déclare s’y sentir plus à son aise.

10.Que signifie l’apologue des roses et du jardinier ?

Les roses, qui ne vivent qu’un jour, croient leur jardinier éternel parce qu’elles n’en ont jamais vu d’autre. De même, les hommes croient les cieux immuables parce que leur vie est trop courte pour les voir changer. C’est une leçon de relativité : notre point de vue n’est pas la mesure des choses.

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Questions fréquentes

Que signifie le titre Entretiens sur la pluralité des mondes ?

Un « entretien » est une conversation : le livre se présente comme une suite de dialogues entre un philosophe et une marquise. La « pluralité des mondes » est l’hypothèse qu’il défend : la Terre n’est pas le seul monde. La Lune et les planètes sont peut-être habitées, et chaque étoile est un soleil qui éclaire peut-être ses propres planètes. Le titre annonce donc à la fois une forme (la conversation mondaine) et une idée (l’univers est immense et peuplé).

Qui sont les deux personnages des Entretiens ?

Le narrateur, un philosophe qui raconte les conversations à la première personne, et la Marquise de G***, qui le reçoit dans son château à la campagne. La Marquise n’a aucune formation scientifique, mais elle est vive, curieuse et raisonne juste : elle pose des questions, objecte, plaisante, et finit par comprendre tout le système. Elle représente le public que vise Fontenelle : les gens du monde, et en particulier les femmes, que l’on tenait à l’écart des sciences.

Quel est le parcours associé aux Entretiens sur la pluralité des mondes ?

Le parcours s’intitule « Le goût de la science ». Il invite à étudier la façon dont un texte littéraire donne envie de savoir : comment Fontenelle rend l’astronomie agréable, par le dialogue, l’humour, les images et la galanterie, sans renoncer à la rigueur du raisonnement. Le mot « goût » compte : il s’agit de plaisir autant que de connaissance.

Combien de soirs comptent les Entretiens ?

Six. L’édition originale de 1686 en compte cinq. Fontenelle ajoute un sixième soir dans l’édition de 1687, qui revient sur les conversations précédentes et sur des découvertes plus récentes. Chaque soir porte un titre qui résume la thèse démontrée, par exemple « Que la Lune est une terre habitée » pour le deuxième.

La science des Entretiens est-elle encore valable aujourd’hui ?

En partie seulement. Le cœur du livre reste vrai : la Terre tourne sur elle-même et autour du Soleil, les étoiles sont d’autres soleils. Mais Fontenelle explique le mouvement des planètes par les « tourbillons » de Descartes, une théorie abandonnée depuis Newton, et ses habitants de la Lune ou de Mercure sont des suppositions. Pour le bac, l’essentiel n’est pas là : ce qui compte, c’est la méthode (douter, raisonner par analogie, distinguer le prouvé du vraisemblable) et l’art de la transmettre.