Fiche de révision : Construction sociale des problèmes publics

Plan du Cours

  1. Notions de problèmes publics
  2. Problème individuel vs collectif
  3. Problème privé vs public
  4. Construction du problème public
  5. Approches sociologiques
  6. Perspective constructiviste
  7. Théories pré-constructivistes
  8. Perspective fonctionnaliste
  9. Perspective conflit de valeurs

1. Notions de problèmes publics

Notions clés & Définitions

  • Problème public : Selon Érik Neveu (date), un problème public naît de la conversion d’un fait social en objet de préoccupation, de débat, et éventuellement d’action publique. Il s’agit d’un problème qui peut faire l’objet d’une solution par les pouvoirs publics.
  • Problème individuel : Contrariété éprouvée par une seule personne, qui peut, dans certains cas, devenir un problème collectif ou public si partagé par plusieurs individus ou si considéré comme tel par la société.
  • Problème collectif : Situation où plusieurs personnes éprouvent une même contrariété, indépendamment de leur connaissance mutuelle, pouvant former un groupe latent. Il peut évoluer en problème public si la société le considère comme tel.
  • Problème privé : Concerne une partie de la société, sa résolution incombe à des acteurs privés, et ne nécessite pas forcément l’intervention de l’État. Il peut, dans certains cas, devenir un problème public.
  • Différence problème public / privé : Un problème public implique une responsabilité ou une intervention des pouvoirs publics, alors qu’un problème privé relève d’acteurs privés et concerne une partie limitée de la société.

Points essentiels

  • La sociologie des problèmes publics s’intéresse à la construction sociale de ces problèmes, c’est-à-dire comment certains faits sociaux deviennent des objets de préoccupation collective, mobilisant un public et pouvant faire l’objet d’une action publique (Neveu).
  • La distinction entre problème privé et problème public est essentielle : un problème privé concerne une partie de la société et est résolu par des acteurs privés, tandis qu’un problème public est susceptible d’être pris en charge par l’État ou les institutions publiques.
  • Un problème individuel peut devenir collectif, puis public, selon la perception sociale et la mobilisation des acteurs. Par exemple, l’état de santé d’un président peut initialement être un problème privé, mais devenir un problème public si la société s’en préoccupe.
  • La notion de groupe latent désigne un ensemble d’individus partageant une caractéristique ou une contrariété, sans nécessairement se connaître ou agir ensemble.
  • La construction du problème public repose sur des pratiques sociales, des débats, et la mobilisation d’un public concerné, selon Cefaï (date).

À retenir

Un problème public est une difficulté qui, par la mobilisation sociale et la construction collective, peut devenir l’objet d’une intervention des pouvoirs publics, distinguant ainsi la sphère privée de la sphère publique dans la gestion des enjeux sociaux.

2. Problème individuel vs collectif

Notions clés & Définitions

  • Problème individuel : contrariété intime éprouvée par une seule personne, qui peut rester isolée ou évoluer vers un problème collectif ou public.
  • Problème collectif : contrariété partagée par plusieurs individus, indépendamment de leur connaissance mutuelle, formant un groupe latent ou non organisé.
  • Transformation en problème public : processus par lequel un problème individuel ou collectif devient un enjeu de préoccupation publique, souvent via la construction sociale du problème par des acteurs sociaux.
  • Fait social (voir section 4) : phénomène ou réalité collective susceptible d’être converti en problème public par l’action des acteurs sociaux.
  • Entrepreneur de morale (voir section 4) : acteur qui porte une cause, la diffuse et cherche à la faire reconnaître comme un problème public.
  • Public (voir section 4) : ensemble de personnes concernées par un problème social, susceptibles de revendiquer une action publique pour sa résolution.

Points essentiels

  • La sociologie des problèmes publics s’intéresse à la construction sociale de la problématique, en distinguant un problème privé (individuel ou collectif) d’un problème public, qui implique une reconnaissance collective et une potentialité d’action publique (Érik Neveu).
  • Un problème individuel concerne une contrariété intime, mais il peut évoluer en problème collectif si plusieurs personnes partagent cette contrariété, même sans lien direct entre elles.
  • La transformation d’un problème individuel ou collectif en problème public dépend de l’action des acteurs sociaux, notamment des entrepreneurs de morale, qui mobilisent un public et convertissent un fait social en objet de préoccupation collective (Daniel Cefaï).
  • La notion de problème public est floue et varie selon les définitions, mais elle repose généralement sur la capacité à mobiliser une attention collective et à envisager une solution par les pouvoirs publics.
  • La construction du problème public est un processus dynamique, impliquant des interactions sociales et la mise en récit d’un enjeu, souvent symbolique, pour susciter une action collective ou institutionnelle.
  • La sociologie montre que tout problème social ou public n’est pas forcément grave ou urgent, mais qu’il devient tel par la mise en récit et la mobilisation sociale.

À retenir

Un problème individuel devient un problème collectif, puis un problème public lorsque des acteurs sociaux mobilisent un public autour d’une réalité partagée, transformant une contrariété intime en enjeu social susceptible d’être pris en charge par l’action publique.

3. Problème privé vs public

Notions clés & Définitions

  • Problème privé : difficulté ou contrariété qui concerne une partie limitée de la société, sans implication directe de l’État. La responsabilité de sa résolution incombe à des acteurs privés. Il peut être individuel (concernant une seule personne) ou collectif (concernant un groupe restreint).
    Exemple : un problème de timidité à l’école, considéré comme privé, résolu par des acteurs privés comme les employés ou les familles.

  • Problème public : problème social susceptible d’être résolu ou pris en charge par les pouvoirs publics. Il naît de la conversion d’un fait social en objet de préoccupation collective, souvent à travers un débat ou une action publique.
    Selon Érik Neveu (date), « un problème public naît de la conversion d’un fait social en objet de préoccupation et de débat, éventuellement d’action publique ».

  • Transformation d’un problème privé en problème public : processus par lequel une difficulté initialement considérée comme privée devient une question collective, mobilisant l’attention des acteurs sociaux et des pouvoirs publics.
    Exemple : la violence faite aux enfants, qui est passée d’un problème privé à un problème public grâce à l’action d’entrepreneurs de morale et à la sensibilisation sociale.

Points essentiels

  • La distinction fondamentale réside dans la responsabilité de la résolution : acteurs privés pour les problèmes privés, pouvoirs publics pour les problèmes publics.
  • Un problème privé peut devenir un problème public, notamment lorsque sa gravité ou sa dimension sociale est reconnue, ou lorsqu’il mobilise un public concerné.
  • La notion de problème social ou public est souvent associée à une problématisation collective, où un fait social devient un enjeu d’intérêt général, comme illustré par l’exemple des violences faites aux enfants ou de la margarine.
  • La sociologie des problèmes publics, selon Érik Neveu, insiste sur la construction sociale de ces problèmes, qui naissent de pratiques d’acteurs sociaux, et non d’une réalité objective immédiate.
  • La dimension symbolique joue un rôle dans la reconnaissance d’un problème comme public, indépendamment de sa gravité objective.

À retenir

Un problème privé concerne une partie limitée de la société et relève de la responsabilité d’acteurs privés, mais il peut évoluer pour devenir un problème public, mobilisant l’action collective et la responsabilité de l’État.

4. Construction du problème public

Notions clés & Définitions

  • Construction du problème public (Erik Neveu, 2000) : processus par lequel un fait social est transformé en objet de préoccupation, de débat et éventuellement d’action publique, impliquant une conversion active par des acteurs sociaux.
  • Rôle des acteurs sociaux : agents qui participent à la naissance du problème public en mobilisant, argumentant ou médiatisant une cause pour la faire émerger dans l’espace public.
  • Entrepreneur de morale : acteur qui porte une cause, la défend et la publicise afin de mobiliser un public et d’attirer l’attention sur un problème social ou public.
  • Dimension symbolique : aspect non seulement factuel mais aussi représentatif, où la construction du problème intègre des enjeux de perception, de valeurs et d’identification collective.
  • Définition de Daniel Cefaï : formulation et résolution des problèmes comme enjeux publics, impliquant la mobilisation d’un public concerné qui participe à la définition et à la légitimation du problème.

Points essentiels

  • La sociologie des problèmes publics s’intéresse à la manière dont un fait social devient un problème public, c’est-à-dire un enjeu susceptible d’engager une action collective ou étatique (Neveu, 2000).
  • La transformation d’un fait social en problème public nécessite une intervention active d’acteurs sociaux, qui jouent un rôle de médiateurs, de sensibilisateurs ou de mobilisateurs (Neveu).
  • La figure de l’entrepreneur de morale illustre cette dynamique : il s’agit d’un acteur qui porte une cause, la diffuse largement, et cherche à mobiliser un public pour faire pression sur les autorités ou l’opinion publique (Neveu).
  • Des exemples historiques illustrent cette construction : la lutte contre les violences faites aux enfants, où des associations et professionnels ont porté la cause, ou la polémique autour de la margarine, où des groupes de producteurs ont mobilisé l’opinion pour défendre leur produit (Pfohl, 1977 ; Ball et Lilly, 1982).
  • La dimension symbolique est essentielle : un problème public ne se limite pas à ses aspects factuels, mais inclut aussi la manière dont il est perçu, représenté et chargé de valeurs par la société (Neveu).
  • Selon Daniel Cefaï, la formulation et la résolution du problème public se déroulent comme un enjeu, impliquant un public concerné qui participe à la définition du problème, renforçant ainsi sa légitimité et sa visibilité (Cefaï).

À retenir

La construction du problème public est un processus dynamique où des acteurs sociaux, notamment des entrepreneurs de morale, transforment un fait social en enjeu collectif, mêlant dimensions factuelles, symboliques et politiques, sous l’impulsion d’un public concerné.

5. Approches sociologiques

Notions clés & Définitions

  • Perspective utilitaire : Approche sociologique qui considère que les problèmes sociaux doivent avoir une utilité sociale et que leur étude vise à proposer des solutions concrètes pour améliorer la société, souvent dans une optique réformiste. Hart et Chase (fin 19e - début 20e) ont classé ces problématiques en catégories telles que économiques, de santé, politiques, éducatives.

  • Perspective fonctionnaliste : Approche qui voit la société comme un organisme dont chaque institution joue un rôle essentiel pour maintenir la cohésion sociale. Les problèmes sociaux sont expliqués par la désorganisation ou l’anomie, notamment par Émile Durkheim et Talcott Parsons (années 30-60). Merton (1938) relie déviance et structure sociale, en soulignant que l’anomie résulte d’un déséquilibre entre objectifs valorisés et moyens disponibles.

  • Perspective conflit de valeurs : Approche qui insiste sur la diversité et l’hétérogénéité des valeurs dans la société moderne, générant tensions et conflits entre groupes sociaux. Inspirée de Marx, cette perspective, développée dans les années 20-40 par Richard Fuller et Richard Myers, considère que un problème social naît d’un conflit de valeurs perçu comme tel par certains groupes, et que la conscience de ce conflit est essentielle pour sa reconnaissance.

Points essentiels

  • La sociologie des problèmes publics s’est longtemps centrée sur une démarche constructiviste, où un problème naît de l’action d’acteurs sociaux qui le transforment en objet de préoccupation, comme le souligne Érik Neveu (1990). La construction du problème implique souvent un entrepreneur de morale qui porte la cause.

  • Les approches pré-constructivistes, telles que la perspective utilitaire, la perspective fonctionnaliste et la perspective du conflit de valeurs, ont dominé jusqu’aux années 60. Elles partagent une vision objectiviste, considérant que les problèmes sociaux « sautent aux yeux » des sociologues, ce qui limite leur capacité à analyser la construction sociale des problèmes.

  • La perspective utilitaire, illustrée par Hart et Chase, vise à classer les problèmes sociaux selon leur nature et leurs causes, dans une optique de solution pratique. Elle a été prédominante entre 1880 et 1940, avec une forte influence des philanthropes et des réformistes sociaux.

  • La perspective fonctionnaliste, avec Durkheim et Merton, explique les problèmes sociaux par la désorganisation ou l’anomie, en insistant sur la nécessité d’une coordination entre institutions pour éviter la déviance.

  • La perspective conflit de valeurs, développée à partir des années 20-40, met en avant la diversité des valeurs et la conscience de conflit comme moteur de la reconnaissance et de la mobilisation autour des problèmes sociaux.

À retenir

Les principales approches sociologiques sur les problèmes sociaux se distinguent par leur vision : utilitaire pour la recherche de solutions concrètes, fonctionnaliste pour l’équilibre social, et conflit de valeurs pour la reconnaissance des tensions liées à la diversité des groupes. Jusqu’aux années 60, ces approches ont souvent considéré les problèmes sociaux comme évidents, limitant leur capacité à analyser la construction sociale des enjeux publics.

6. Perspective constructiviste

Notions clés & Définitions

  • Problème public (Érik Neveu, 2000) : Un problème public naît de la conversion d’un fait social en objet de préoccupation, de débat, et éventuellement d’action publique, par l’intervention active d’acteurs sociaux. Il n’est pas donné d’emblée, mais résulte d’un processus de construction sociale.

  • Construction sociale du problème : Processus par lequel des acteurs sociaux transforment une situation ou un fait social en un objet de préoccupation collective, en mobilisant discours, actions et interactions pour faire émerger le problème dans l’espace public.

  • Acteurs sociaux : Individus ou groupes qui participent activement à la mise en forme, la médiation et la diffusion du problème public, en mobilisant des pratiques, discours et stratégies pour le faire reconnaître et légitimer.

  • Entrepreneur de morale : Acteur qui porte une cause, la publicise, et cherche à la faire reconnaître comme un problème public, en mobilisant un public concerné et en proposant des solutions (exemples : associations, militants, experts).

  • Absence de critère fixe : La sociologie constructiviste insiste sur le fait qu’il n’existe pas de critère objectif ou universel permettant d’identifier un problème public, car sa reconnaissance dépend des processus sociaux, des interactions et des enjeux symboliques.

Points essentiels

  • La sociologie des problèmes publics, selon la perspective constructiviste, considère que le problème n’est pas une donnée objective mais un objet social construit par l’action des acteurs sociaux. Érik Neveu (2000) précise que le problème public naît de la conversion d’un fait social en objet de préoccupation, via des pratiques sociales, débats et interactions.

  • La construction du problème implique une mise en récit, une mobilisation discursive et une interaction entre différents acteurs (entrepreneurs de morale, groupes, institutions). Ces acteurs jouent un rôle central dans la genèse du problème public, en transformant une situation en enjeu collectif.

  • La notion d’entrepreneur de morale désigne ces acteurs qui portent une cause, la diffusent et cherchent à la faire reconnaître comme problème public, en mobilisant un public concerné et en proposant des solutions concrètes.

  • La perspective insiste sur l’aspect processuel : le problème n’est pas donné, mais résulte d’un processus dynamique où la reconnaissance, la légitimation et la mobilisation jouent un rôle clé. La reconnaissance d’un problème public dépend donc des interactions sociales, des discours et des enjeux symboliques, et non d’un critère objectif fixe.

  • La sociologie constructiviste met en évidence que l’identification d’un problème public est contingente, contextuelle et dépendante des stratégies et actions des acteurs, ce qui explique l’absence d’un critère universel pour le repérer.

À retenir

La perspective constructiviste voit le problème public comme un objet social construit par l’action et l’interaction des acteurs sociaux, sans critère fixe d’identification, soulignant l’importance des processus discursifs et symboliques dans la reconnaissance des enjeux collectifs.

7. Théories pré-constructivistes

Notions clés & Définitions

  • Approches pré-constructivistes : Courants de la sociologie qui visent à problématiser et objectiver les problèmes sociaux en cherchant à les classifier ou à en établir une typologie, souvent avec une posture normative et normative. Ces approches considèrent que les problèmes sociaux sont évidents et peuvent être identifiés par leur gravité ou leur nature, sans nécessairement s’intéresser à leur construction sociale (ex : Hart et Chase).

  • Perspective utilitaire : Approche sociologique qui voit les problèmes sociaux comme des situations ayant une utilité sociale, permettant la proposition de solutions concrètes. Elle privilégie une démarche réformiste, visant à répondre aux besoins sociaux par des actions concrètes, souvent dans une optique de progrès ou d’amélioration sociale.

  • Typologies anciennes des problèmes sociaux (Hart et Chase) : Classifications élaborées par Hart (Hornell Hart) et Clarence Chase, visant à catégoriser les problèmes sociaux selon leur nature ou leurs causes. Hart propose une typologie en quatre catégories (économiques, de santé, politiques, éducatives), tandis que Chase établit une liste de causes (environnement, nature de la population, organisation sociale).

Points essentiels

  • Les approches pré-constructivistes, actives jusqu’aux années 1960, cherchent à objectiver et problématiser les problèmes sociaux en les classant ou en identifiant leurs causes, avec une démarche normative visant à proposer des solutions concrètes (ex : enquêtes de Hart et Chase). Elles ont souvent été menées par des acteurs engagés, tels que philanthropes ou travailleurs sociaux, dans une optique réformiste.

  • La perspective utilitaire, très présente dès la fin du 19e siècle, privilégie la recherche de solutions sociales en se concentrant sur l’utilité pratique des actions. Elle s’appuie sur des enquêtes visant à répondre à des besoins sociaux précis, avec une forte dimension normative.

  • Les typologies anciennes, comme celles de Hart et Chase, tentent de structurer la diversité des problèmes sociaux en catégories ou en causes, mais leur apport à la théorie sociologique est limité, car elles restent souvent descriptives et peu théorisées.

  • La sociologie de cette période considère que les problèmes sociaux sont souvent évidents et facilement identifiables, ce qui limite la réflexion sur leur construction sociale ou leur perception subjective. La vision objectiviste prédomine, rendant difficile la remise en question de la nature même des problèmes.

  • La critique principale de ces approches réside dans leur tendance à considérer que les problèmes sociaux sautent aux yeux, ce qui peut conduire à une vision simpliste et normative, peu attentive aux processus sociaux de construction ou de perception des problèmes.

À retenir

Les approches pré-constructivistes ont cherché à classifier et à proposer des solutions aux problèmes sociaux en se basant sur une vision objectiviste et normative, mais leur conception simpliste limite leur capacité à analyser la construction sociale des problèmes.

8. Perspective fonctionnaliste

Notions clés & Définitions

  • Société comme organisme : La société est perçue comme un système intégré où chaque institution joue un rôle spécifique pour maintenir la stabilité et l’équilibre global, à l’image d’un organisme vivant. Principaux auteurs : Émile Durkheim, Talcott Parsons, Robert Merton.

  • Désorganisation sociale et anomie : La désorganisation sociale désigne un état où les institutions ne remplissent plus efficacement leurs fonctions, menant à une perte de cohésion. L’anomie, concept introduit par Durkheim, désigne une situation de dérèglement où les normes sociales sont affaiblies ou incohérentes, favorisant la déviance.

  • Modèles de coordination des institutions sociales : Structures qui assurent la cohérence et la coopération entre différentes institutions (éducation, famille, économie, etc.) pour garantir le bon fonctionnement de la société. Ces modèles visent à maintenir l’ordre social et à prévenir la désorganisation.

  • Théorie de Merton sur structure sociale : Selon Merton (1938), la structure sociale définit les objectifs valorisés (ex : richesse) et les moyens légitimes pour y parvenir (ex : travail acharné). La déviance résulte d’un décalage entre ces deux éléments, notamment en cas d’anomie où les moyens légitimes sont inaccessibles à certains.

  • Lien entre anomie et déviance : La théorie fonctionnaliste établit que l’anomie, en affaiblissant la régulation sociale, favorise la déviance. La déviance est vue comme une réponse adaptative à une désorganisation ou à un déséquilibre dans la société.

Points essentiels

  • La perspective fonctionnaliste voit la société comme un organisme où chaque institution a une fonction spécifique, contribuant à la stabilité globale (Durkheim, Parsons). La cohésion sociale repose sur la solidarité et la conformité aux normes.

  • La désorganisation sociale, ou anomie, apparaît lorsque les institutions ne remplissent plus leurs fonctions, ce qui peut entraîner des problèmes sociaux tels que la déviance, la criminalité ou la désintégration sociale (Durkheim, Merton).

  • La théorie de Merton (1938) insiste sur le fait que la structure sociale valorise certains objectifs (ex : richesse) et fournit des moyens légitimes pour les atteindre. La déviance survient lorsque ces moyens sont inaccessibles, menant à des comportements déviants ou criminels.

  • La coordination entre institutions sociales est essentielle pour prévenir la désorganisation et maintenir l’ordre social. La rupture de cette coordination peut provoquer des dysfonctionnements et des problèmes sociaux.

  • La théorie fonctionnaliste insiste sur la normativité et la stabilité, en étant souvent critiquée pour son insensibilité aux problèmes émergents et à la dynamique sociale.

À retenir

La perspective fonctionnaliste conceptualise la société comme un organisme en équilibre, où la désorganisation ou l’anomie, en affaiblissant la coordination des institutions, sont à l’origine des problèmes sociaux, notamment la déviance.

9. Perspective conflit de valeurs

Notions clés & Définitions

  • Conflit de valeurs : Divergence entre groupes sociaux concernant des principes ou croyances fondamentales, pouvant générer des tensions et des problèmes sociaux, comme le souligne Richard Fuller et Richard Myers (années 40), qui considèrent que ces conflits sont à l’origine des problèmes sociaux en raison de différences dans la perception et la définition de ce qui est acceptable ou non.

  • Problème social comme condition subjective : Selon Fuller et Myers, un problème social n’est pas seulement une réalité objective, mais aussi une construction subjective, c’est-à-dire qu’il dépend de la perception et de la conscience des acteurs sociaux, ce qui implique une dimension processuelle dans la genèse des problèmes.

  • Conflit de valeurs comme processus : La formation d’un problème social résulte d’un processus où la prise de conscience collective des divergences de valeurs mène à la reconnaissance du problème par les acteurs et éventuellement à une intervention publique, comme le montre Blum (années 70), qui insiste sur l’aspect dynamique et conflictuel de cette construction.

Points essentiels

  • La perspective conflit de valeurs met en évidence que les sociétés modernes sont caractérisées par une diversité et une hétérogénéité de valeurs, ce qui engendre des tensions et des conflits entre groupes sociaux. Ces divergences sont accentuées par l’individualisation et la complexification des sociétés, notamment avec l’immigration et la différenciation sociale.

  • Les premiers travaux de ce courant datent des années 20, mais ils s’imposent dans les années 40 avec Richard Fuller et Richard Myers, qui insistent sur la dimension subjective et conflictuelle des problèmes sociaux. La perception d’un problème dépend de la reconnaissance par certains groupes que leur vision des valeurs est menacée ou contredite.

  • La construction du problème social est un processus où des acteurs sociaux, porteurs de valeurs spécifiques, mobilisent leur conscience pour faire reconnaître un problème comme tel, ce qui peut conduire à des luttes, des revendications et à une intervention publique. Blum souligne que cette perception conflictuelle peut provoquer des comportements déviants.

  • La notion de conflit de valeurs permet d’intégrer une dimension subjective et processuelle dans l’analyse des problèmes sociaux, en insistant sur le rôle des acteurs dans la reconnaissance et la définition des enjeux, plutôt que sur une réalité objective préexistante.

  • La critique principale de cette approche est qu’elle peut minimiser la visibilité des problèmes sociaux qui, selon certains, « sautent aux yeux » et sont perçus comme évidents par tous, ce qui limite la compréhension des causes structurelles et objectives des problèmes.

À retenir

La perspective conflit de valeurs insiste sur que les problèmes sociaux naissent des divergences de principes et croyances entre groupes, et que leur reconnaissance dépend d’un processus conflictuel où la conscience collective joue un rôle central.

Tableaux de Synthèse

ThèmeNotions clésApproche / PerspectiveAuteur / Référence
Notions de problèmes publicsProblème public : fait social converti en objet de préoccupation (Neveu)Construction sociale, mobilisationÉrik Neveu
Problème individuel vs collectifTransformation par acteurs sociaux, entrepreneurs de morale (Cefaï)Construction sociale, mise en récitDaniel Cefaï
Problème privé vs publicResponsabilité privée vs responsabilité publique, processus de conversionSociologie des problèmes publicsNeveu, Cefaï

Pièges & Confusions Fréquentes

  1. Confondre problème privé et problème public : croire qu’un problème privé ne peut jamais devenir public, alors qu’il peut à travers la mobilisation sociale.
  2. Confusion entre problème collectif et problème public : un groupe peut partager une contrariété sans que cela devienne un problème public reconnu.
  3. Sous-estimer le rôle des acteurs sociaux dans la construction du problème public, en pensant qu’il s’agit uniquement d’une réalité objective.
  4. Confondre problème individuel et problème collectif : un problème individuel peut rester privé ou devenir collectif, selon la perception sociale.
  5. Ignorer la dimension symbolique et narrative dans la reconnaissance d’un problème comme public.
  6. Croire que tous les problèmes sociaux ont la même importance ou urgence, alors que leur reconnaissance dépend de leur mise en récit.
  7. Confondre la responsabilité de résolution : acteurs privés pour privé, acteurs publics pour public.

Checklist Examen

  1. Connaître la définition de problème public selon Érik Neveu.
  2. Savoir différencier problème privé, public, individuel et collectif avec exemples.
  3. Expliquer comment un problème privé peut devenir un problème public via la mobilisation sociale.
  4. Identifier le rôle des entrepreneurs de morale dans la construction du problème public (Cefaï).
  5. Maîtriser la distinction entre problème collectif et problème public.
  6. Comprendre la notion de groupe latent dans la construction du problème public.
  7. Connaître la différence entre problème privé et problème public dans le cadre de la responsabilité de la résolution.
  8. Savoir comment la mise en récit et la mobilisation sociale transforment un fait social en enjeu collectif.
  9. Identifier la perspective constructiviste et ses implications dans l’étude des problèmes publics.
  10. Connaître la perspective fonctionnaliste et la perspective conflit de valeurs dans l’analyse des problèmes publics.
  11. Revoir la contribution de Neveu et Cefaï sur la construction sociale des problèmes publics.
  12. Vérifier la maîtrise des concepts clés : fait social, groupe latent, action publique, problématisation.

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Construction sociale des problèmes publics avec 9 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Selon Érik Neveu, qu'est-ce qu'un problème public ?

2. Selon Érik Neveu, qu'est-ce qui permet à un fait social de devenir un problème public ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Construction sociale des problèmes publics avec 18 flashcards interactives.

Problème public — définition ?

Fait social devenu objet de préoccupation collective.

Problème individuel — rôle ?

Contrariété personnelle pouvant devenir collectif.

Problème privé — différence ?

Concerne une partie limitée, résolution privée.

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