Un problème public est une difficulté qui, par la mobilisation sociale et la construction collective, peut devenir l’objet d’une intervention des pouvoirs publics, distinguant ainsi la sphère privée de la sphère publique dans la gestion des enjeux sociaux.
Un problème individuel devient un problème collectif, puis un problème public lorsque des acteurs sociaux mobilisent un public autour d’une réalité partagée, transformant une contrariété intime en enjeu social susceptible d’être pris en charge par l’action publique.
Problème privé : difficulté ou contrariété qui concerne une partie limitée de la société, sans implication directe de l’État. La responsabilité de sa résolution incombe à des acteurs privés. Il peut être individuel (concernant une seule personne) ou collectif (concernant un groupe restreint).
Exemple : un problème de timidité à l’école, considéré comme privé, résolu par des acteurs privés comme les employés ou les familles.
Problème public : problème social susceptible d’être résolu ou pris en charge par les pouvoirs publics. Il naît de la conversion d’un fait social en objet de préoccupation collective, souvent à travers un débat ou une action publique.
Selon Érik Neveu (date), « un problème public naît de la conversion d’un fait social en objet de préoccupation et de débat, éventuellement d’action publique ».
Transformation d’un problème privé en problème public : processus par lequel une difficulté initialement considérée comme privée devient une question collective, mobilisant l’attention des acteurs sociaux et des pouvoirs publics.
Exemple : la violence faite aux enfants, qui est passée d’un problème privé à un problème public grâce à l’action d’entrepreneurs de morale et à la sensibilisation sociale.
Un problème privé concerne une partie limitée de la société et relève de la responsabilité d’acteurs privés, mais il peut évoluer pour devenir un problème public, mobilisant l’action collective et la responsabilité de l’État.
La construction du problème public est un processus dynamique où des acteurs sociaux, notamment des entrepreneurs de morale, transforment un fait social en enjeu collectif, mêlant dimensions factuelles, symboliques et politiques, sous l’impulsion d’un public concerné.
Perspective utilitaire : Approche sociologique qui considère que les problèmes sociaux doivent avoir une utilité sociale et que leur étude vise à proposer des solutions concrètes pour améliorer la société, souvent dans une optique réformiste. Hart et Chase (fin 19e - début 20e) ont classé ces problématiques en catégories telles que économiques, de santé, politiques, éducatives.
Perspective fonctionnaliste : Approche qui voit la société comme un organisme dont chaque institution joue un rôle essentiel pour maintenir la cohésion sociale. Les problèmes sociaux sont expliqués par la désorganisation ou l’anomie, notamment par Émile Durkheim et Talcott Parsons (années 30-60). Merton (1938) relie déviance et structure sociale, en soulignant que l’anomie résulte d’un déséquilibre entre objectifs valorisés et moyens disponibles.
Perspective conflit de valeurs : Approche qui insiste sur la diversité et l’hétérogénéité des valeurs dans la société moderne, générant tensions et conflits entre groupes sociaux. Inspirée de Marx, cette perspective, développée dans les années 20-40 par Richard Fuller et Richard Myers, considère que un problème social naît d’un conflit de valeurs perçu comme tel par certains groupes, et que la conscience de ce conflit est essentielle pour sa reconnaissance.
La sociologie des problèmes publics s’est longtemps centrée sur une démarche constructiviste, où un problème naît de l’action d’acteurs sociaux qui le transforment en objet de préoccupation, comme le souligne Érik Neveu (1990). La construction du problème implique souvent un entrepreneur de morale qui porte la cause.
Les approches pré-constructivistes, telles que la perspective utilitaire, la perspective fonctionnaliste et la perspective du conflit de valeurs, ont dominé jusqu’aux années 60. Elles partagent une vision objectiviste, considérant que les problèmes sociaux « sautent aux yeux » des sociologues, ce qui limite leur capacité à analyser la construction sociale des problèmes.
La perspective utilitaire, illustrée par Hart et Chase, vise à classer les problèmes sociaux selon leur nature et leurs causes, dans une optique de solution pratique. Elle a été prédominante entre 1880 et 1940, avec une forte influence des philanthropes et des réformistes sociaux.
La perspective fonctionnaliste, avec Durkheim et Merton, explique les problèmes sociaux par la désorganisation ou l’anomie, en insistant sur la nécessité d’une coordination entre institutions pour éviter la déviance.
La perspective conflit de valeurs, développée à partir des années 20-40, met en avant la diversité des valeurs et la conscience de conflit comme moteur de la reconnaissance et de la mobilisation autour des problèmes sociaux.
Les principales approches sociologiques sur les problèmes sociaux se distinguent par leur vision : utilitaire pour la recherche de solutions concrètes, fonctionnaliste pour l’équilibre social, et conflit de valeurs pour la reconnaissance des tensions liées à la diversité des groupes. Jusqu’aux années 60, ces approches ont souvent considéré les problèmes sociaux comme évidents, limitant leur capacité à analyser la construction sociale des enjeux publics.
Problème public (Érik Neveu, 2000) : Un problème public naît de la conversion d’un fait social en objet de préoccupation, de débat, et éventuellement d’action publique, par l’intervention active d’acteurs sociaux. Il n’est pas donné d’emblée, mais résulte d’un processus de construction sociale.
Construction sociale du problème : Processus par lequel des acteurs sociaux transforment une situation ou un fait social en un objet de préoccupation collective, en mobilisant discours, actions et interactions pour faire émerger le problème dans l’espace public.
Acteurs sociaux : Individus ou groupes qui participent activement à la mise en forme, la médiation et la diffusion du problème public, en mobilisant des pratiques, discours et stratégies pour le faire reconnaître et légitimer.
Entrepreneur de morale : Acteur qui porte une cause, la publicise, et cherche à la faire reconnaître comme un problème public, en mobilisant un public concerné et en proposant des solutions (exemples : associations, militants, experts).
Absence de critère fixe : La sociologie constructiviste insiste sur le fait qu’il n’existe pas de critère objectif ou universel permettant d’identifier un problème public, car sa reconnaissance dépend des processus sociaux, des interactions et des enjeux symboliques.
La sociologie des problèmes publics, selon la perspective constructiviste, considère que le problème n’est pas une donnée objective mais un objet social construit par l’action des acteurs sociaux. Érik Neveu (2000) précise que le problème public naît de la conversion d’un fait social en objet de préoccupation, via des pratiques sociales, débats et interactions.
La construction du problème implique une mise en récit, une mobilisation discursive et une interaction entre différents acteurs (entrepreneurs de morale, groupes, institutions). Ces acteurs jouent un rôle central dans la genèse du problème public, en transformant une situation en enjeu collectif.
La notion d’entrepreneur de morale désigne ces acteurs qui portent une cause, la diffusent et cherchent à la faire reconnaître comme problème public, en mobilisant un public concerné et en proposant des solutions concrètes.
La perspective insiste sur l’aspect processuel : le problème n’est pas donné, mais résulte d’un processus dynamique où la reconnaissance, la légitimation et la mobilisation jouent un rôle clé. La reconnaissance d’un problème public dépend donc des interactions sociales, des discours et des enjeux symboliques, et non d’un critère objectif fixe.
La sociologie constructiviste met en évidence que l’identification d’un problème public est contingente, contextuelle et dépendante des stratégies et actions des acteurs, ce qui explique l’absence d’un critère universel pour le repérer.
La perspective constructiviste voit le problème public comme un objet social construit par l’action et l’interaction des acteurs sociaux, sans critère fixe d’identification, soulignant l’importance des processus discursifs et symboliques dans la reconnaissance des enjeux collectifs.
Approches pré-constructivistes : Courants de la sociologie qui visent à problématiser et objectiver les problèmes sociaux en cherchant à les classifier ou à en établir une typologie, souvent avec une posture normative et normative. Ces approches considèrent que les problèmes sociaux sont évidents et peuvent être identifiés par leur gravité ou leur nature, sans nécessairement s’intéresser à leur construction sociale (ex : Hart et Chase).
Perspective utilitaire : Approche sociologique qui voit les problèmes sociaux comme des situations ayant une utilité sociale, permettant la proposition de solutions concrètes. Elle privilégie une démarche réformiste, visant à répondre aux besoins sociaux par des actions concrètes, souvent dans une optique de progrès ou d’amélioration sociale.
Typologies anciennes des problèmes sociaux (Hart et Chase) : Classifications élaborées par Hart (Hornell Hart) et Clarence Chase, visant à catégoriser les problèmes sociaux selon leur nature ou leurs causes. Hart propose une typologie en quatre catégories (économiques, de santé, politiques, éducatives), tandis que Chase établit une liste de causes (environnement, nature de la population, organisation sociale).
Les approches pré-constructivistes, actives jusqu’aux années 1960, cherchent à objectiver et problématiser les problèmes sociaux en les classant ou en identifiant leurs causes, avec une démarche normative visant à proposer des solutions concrètes (ex : enquêtes de Hart et Chase). Elles ont souvent été menées par des acteurs engagés, tels que philanthropes ou travailleurs sociaux, dans une optique réformiste.
La perspective utilitaire, très présente dès la fin du 19e siècle, privilégie la recherche de solutions sociales en se concentrant sur l’utilité pratique des actions. Elle s’appuie sur des enquêtes visant à répondre à des besoins sociaux précis, avec une forte dimension normative.
Les typologies anciennes, comme celles de Hart et Chase, tentent de structurer la diversité des problèmes sociaux en catégories ou en causes, mais leur apport à la théorie sociologique est limité, car elles restent souvent descriptives et peu théorisées.
La sociologie de cette période considère que les problèmes sociaux sont souvent évidents et facilement identifiables, ce qui limite la réflexion sur leur construction sociale ou leur perception subjective. La vision objectiviste prédomine, rendant difficile la remise en question de la nature même des problèmes.
La critique principale de ces approches réside dans leur tendance à considérer que les problèmes sociaux sautent aux yeux, ce qui peut conduire à une vision simpliste et normative, peu attentive aux processus sociaux de construction ou de perception des problèmes.
Les approches pré-constructivistes ont cherché à classifier et à proposer des solutions aux problèmes sociaux en se basant sur une vision objectiviste et normative, mais leur conception simpliste limite leur capacité à analyser la construction sociale des problèmes.
Société comme organisme : La société est perçue comme un système intégré où chaque institution joue un rôle spécifique pour maintenir la stabilité et l’équilibre global, à l’image d’un organisme vivant. Principaux auteurs : Émile Durkheim, Talcott Parsons, Robert Merton.
Désorganisation sociale et anomie : La désorganisation sociale désigne un état où les institutions ne remplissent plus efficacement leurs fonctions, menant à une perte de cohésion. L’anomie, concept introduit par Durkheim, désigne une situation de dérèglement où les normes sociales sont affaiblies ou incohérentes, favorisant la déviance.
Modèles de coordination des institutions sociales : Structures qui assurent la cohérence et la coopération entre différentes institutions (éducation, famille, économie, etc.) pour garantir le bon fonctionnement de la société. Ces modèles visent à maintenir l’ordre social et à prévenir la désorganisation.
Théorie de Merton sur structure sociale : Selon Merton (1938), la structure sociale définit les objectifs valorisés (ex : richesse) et les moyens légitimes pour y parvenir (ex : travail acharné). La déviance résulte d’un décalage entre ces deux éléments, notamment en cas d’anomie où les moyens légitimes sont inaccessibles à certains.
Lien entre anomie et déviance : La théorie fonctionnaliste établit que l’anomie, en affaiblissant la régulation sociale, favorise la déviance. La déviance est vue comme une réponse adaptative à une désorganisation ou à un déséquilibre dans la société.
La perspective fonctionnaliste voit la société comme un organisme où chaque institution a une fonction spécifique, contribuant à la stabilité globale (Durkheim, Parsons). La cohésion sociale repose sur la solidarité et la conformité aux normes.
La désorganisation sociale, ou anomie, apparaît lorsque les institutions ne remplissent plus leurs fonctions, ce qui peut entraîner des problèmes sociaux tels que la déviance, la criminalité ou la désintégration sociale (Durkheim, Merton).
La théorie de Merton (1938) insiste sur le fait que la structure sociale valorise certains objectifs (ex : richesse) et fournit des moyens légitimes pour les atteindre. La déviance survient lorsque ces moyens sont inaccessibles, menant à des comportements déviants ou criminels.
La coordination entre institutions sociales est essentielle pour prévenir la désorganisation et maintenir l’ordre social. La rupture de cette coordination peut provoquer des dysfonctionnements et des problèmes sociaux.
La théorie fonctionnaliste insiste sur la normativité et la stabilité, en étant souvent critiquée pour son insensibilité aux problèmes émergents et à la dynamique sociale.
La perspective fonctionnaliste conceptualise la société comme un organisme en équilibre, où la désorganisation ou l’anomie, en affaiblissant la coordination des institutions, sont à l’origine des problèmes sociaux, notamment la déviance.
Conflit de valeurs : Divergence entre groupes sociaux concernant des principes ou croyances fondamentales, pouvant générer des tensions et des problèmes sociaux, comme le souligne Richard Fuller et Richard Myers (années 40), qui considèrent que ces conflits sont à l’origine des problèmes sociaux en raison de différences dans la perception et la définition de ce qui est acceptable ou non.
Problème social comme condition subjective : Selon Fuller et Myers, un problème social n’est pas seulement une réalité objective, mais aussi une construction subjective, c’est-à-dire qu’il dépend de la perception et de la conscience des acteurs sociaux, ce qui implique une dimension processuelle dans la genèse des problèmes.
Conflit de valeurs comme processus : La formation d’un problème social résulte d’un processus où la prise de conscience collective des divergences de valeurs mène à la reconnaissance du problème par les acteurs et éventuellement à une intervention publique, comme le montre Blum (années 70), qui insiste sur l’aspect dynamique et conflictuel de cette construction.
La perspective conflit de valeurs met en évidence que les sociétés modernes sont caractérisées par une diversité et une hétérogénéité de valeurs, ce qui engendre des tensions et des conflits entre groupes sociaux. Ces divergences sont accentuées par l’individualisation et la complexification des sociétés, notamment avec l’immigration et la différenciation sociale.
Les premiers travaux de ce courant datent des années 20, mais ils s’imposent dans les années 40 avec Richard Fuller et Richard Myers, qui insistent sur la dimension subjective et conflictuelle des problèmes sociaux. La perception d’un problème dépend de la reconnaissance par certains groupes que leur vision des valeurs est menacée ou contredite.
La construction du problème social est un processus où des acteurs sociaux, porteurs de valeurs spécifiques, mobilisent leur conscience pour faire reconnaître un problème comme tel, ce qui peut conduire à des luttes, des revendications et à une intervention publique. Blum souligne que cette perception conflictuelle peut provoquer des comportements déviants.
La notion de conflit de valeurs permet d’intégrer une dimension subjective et processuelle dans l’analyse des problèmes sociaux, en insistant sur le rôle des acteurs dans la reconnaissance et la définition des enjeux, plutôt que sur une réalité objective préexistante.
La critique principale de cette approche est qu’elle peut minimiser la visibilité des problèmes sociaux qui, selon certains, « sautent aux yeux » et sont perçus comme évidents par tous, ce qui limite la compréhension des causes structurelles et objectives des problèmes.
La perspective conflit de valeurs insiste sur que les problèmes sociaux naissent des divergences de principes et croyances entre groupes, et que leur reconnaissance dépend d’un processus conflictuel où la conscience collective joue un rôle central.
| Thème | Notions clés | Approche / Perspective | Auteur / Référence |
|---|---|---|---|
| Notions de problèmes publics | Problème public : fait social converti en objet de préoccupation (Neveu) | Construction sociale, mobilisation | Érik Neveu |
| Problème individuel vs collectif | Transformation par acteurs sociaux, entrepreneurs de morale (Cefaï) | Construction sociale, mise en récit | Daniel Cefaï |
| Problème privé vs public | Responsabilité privée vs responsabilité publique, processus de conversion | Sociologie des problèmes publics | Neveu, Cefaï |
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1. Selon Érik Neveu, qu'est-ce qu'un problème public ?
2. Selon Érik Neveu, qu'est-ce qui permet à un fait social de devenir un problème public ?
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Problème public — définition ?
Fait social devenu objet de préoccupation collective.
Problème individuel — rôle ?
Contrariété personnelle pouvant devenir collectif.
Problème privé — différence ?
Concerne une partie limitée, résolution privée.
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