Approche marxiste
L’approche marxiste dans l’étude des mobilisations collectives se réfère à une perspective théorique inspirée par les travaux de Karl Marx. Elle considère que les mouvements sociaux sont principalement le résultat de la lutte des classes, c’est-à-dire du conflit entre les différentes classes sociales, notamment la classe ouvrière et la bourgeoisie. Selon cette approche, ces mobilisations sont des expressions de la contradiction fondamentale du système capitaliste, visant à remettre en question ou à transformer les rapports de production et la répartition des ressources. Avant les années 70, cette perspective dominait largement la sociologie des mobilisations collectives, en insistant sur la dimension économique et structurelle du conflit social.
Lutte des classes
La lutte des classes est un concept central dans la pensée marxiste, désignant le conflit d’intérêt entre les différentes classes sociales, principalement entre la classe ouvrière (prolétariat) et la classe capitaliste (bourgeoisie). Elle constitue la dynamique fondamentale qui sous-tend les mobilisations collectives, où les acteurs sociaux cherchent à défendre ou à améliorer leur position dans le système de production. La lutte des classes est perçue comme le moteur de l’histoire sociale et économique, et les mobilisations sont vues comme des moments où cette lutte se manifeste concrètement à travers des grèves, des manifestations ou la création de syndicats.
Approche économiciste
L’approche économiciste, développée notamment par Lilian Mathieu, met l’accent sur la place des individus dans le système de production pour expliquer les mouvements sociaux. Elle considère que la mobilisation collective, en particulier dans le contexte ouvrier, est déterminée par la position économique des individus dans le système productif. Selon cette perspective, les grèves, manifestations et autres formes de mobilisation sont principalement liées aux intérêts économiques et aux conditions matérielles des acteurs sociaux. Elle insiste sur le rôle des structures économiques et sur la rationalité des acteurs en fonction de leur situation dans le système de production, plutôt que sur des facteurs idéologiques ou culturels.
Nouveaux mouvements sociaux (NMS)
Ce concept n’est pas explicitement défini dans le contenu source, mais il apparaît comme une évolution ou une diversification des formes de mobilisation après les années 70. Les NMS désignent des mobilisations qui ne sont pas centrées sur la lutte des classes ou les enjeux économiques, mais plutôt sur des revendications identitaires, culturelles, ou liées à la reconnaissance de droits spécifiques (environnement, droits des minorités, etc.). Ces mouvements se distinguent des mobilisations traditionnelles par leur organisation, leurs enjeux et leurs acteurs.
Téléologie
Ce terme n’est pas explicitement défini dans le contenu source, mais dans le contexte général, il désigne une conception qui voit l’histoire ou le développement social comme orienté vers une fin ou un but précis. La téléologie peut influencer la manière dont on interprète l’évolution des mobilisations, en supposant qu’elles suivent une trajectoire vers un changement social ultime ou une réalisation d’un idéal.
Normativité
La normativité concerne l’ensemble des normes, valeurs ou principes qui guident ou justifient les comportements et les actions dans un contexte social. Dans l’étude des mobilisations collectives, la normativité peut se référer aux cadres moraux ou éthiques qui sous-tendent les revendications ou les actions des acteurs sociaux, ainsi qu’aux jugements de valeur sur ce qui est considéré comme légitime ou illégitime dans la mobilisation.
Jusqu’aux années 70, la sociologie des mobilisations collectives était principalement dominée par une approche marxiste, qui mettait en avant la lutte des classes comme moteur principal des mouvements sociaux. Selon cette perspective, les mobilisations étaient perçues comme des expressions concrètes du conflit entre les classes sociales, notamment entre la classe ouvrière et la bourgeoisie, dans le cadre du système capitaliste. La lutte des classes constituait ainsi le cadre explicatif central, insistant sur la dimension économique et structurelle du conflit social.
Par ailleurs, l’approche économiciste, développée par Lilian Mathieu, a renforcé cette vision en soulignant que la place des individus dans le système de production était déterminante pour expliquer leurs comportements de mobilisation. Elle considérait que les mouvements sociaux, en particulier ouvriers, résultaient principalement des intérêts économiques et des conditions matérielles des acteurs, tels que les grèves ou les manifestations liées aux revendications salariales ou aux conditions de travail. Cette approche mettait en avant la rationalité des acteurs en fonction de leur position dans le système économique, privilégiant une lecture structurale et économique.
Avant les années 70, la sociologie des mobilisations collectives était essentiellement structurée par une approche marxiste centrée sur la lutte des classes. L’approche économiciste a également joué un rôle clé en insistant sur la place des individus dans le système de production pour expliquer leurs mobilisations, notamment dans le contexte ouvrier. Ces cadres théoriques ont ainsi façonné la compréhension des mouvements sociaux comme étant principalement le reflet de conflits économiques et de classes sociales, avant l’émergence de perspectives plus diversifiées.
Mouvements ouvriers
Les mouvements ouvriers désignent l’ensemble des actions collectives menées par les travailleurs pour défendre leurs intérêts économiques et sociaux. Selon le contenu source, ils incluent principalement les grèves, qui sont des arrêts collectifs de travail, et les manifestations organisées par les syndicats. Ces mouvements sont déterminants pour étudier les luttes sociales, car ils reflètent la mobilisation des classes populaires face aux enjeux liés à leur condition de travail, leurs salaires, leurs droits et leur reconnaissance. La mobilisation ouvrière est souvent associée à la lutte pour de meilleures conditions de travail et à la revendication économique.
Grèves
Les grèves constituent une forme d’action collective où les travailleurs cessent volontairement leur activité pour faire pression sur leurs employeurs ou sur l’État. Elles sont l’une des formes privilégiées de mobilisation dans le contexte des mouvements ouvriers avant les années 70. La grève permet d’exprimer des revendications économiques, telles que l’augmentation des salaires, la réduction du temps de travail, ou l’amélioration des conditions de sécurité. Elle est souvent organisée par les syndicats, qui jouent un rôle central dans la coordination et la structuration de ces actions.
Syndicats
Les syndicats sont des organisations regroupant les travailleurs afin de défendre collectivement leurs intérêts. Ils jouent un rôle clé dans l’organisation des mobilisations, notamment des grèves et des manifestations. Leur intervention permet de structurer la contestation, de négocier avec les employeurs ou l’État, et de représenter les travailleurs dans les négociations collectives. Avant les années 70, ils étaient au cœur des luttes économiques et ouvrières, étant la principale organisation de la mobilisation collective dans ce domaine.
Conflits économiques
Les conflits économiques désignent les différends entre travailleurs et employeurs portant sur des questions liées aux conditions de travail, aux salaires, aux heures, ou à d’autres aspects liés à l’économie du travail. Ces conflits sont à la fois le moteur et la manifestation des mouvements ouvriers, qui cherchent à obtenir des concessions ou des améliorations pour les salariés. La mobilisation autour des conflits économiques est une caractéristique centrale des luttes sociales avant les années 70, privilégiant les revendications concrètes et matérielles.
Les mobilisations avant les années 70 étaient principalement liées aux revendications économiques et ouvrières. Ces revendications portaient sur des enjeux concrets tels que l’amélioration des conditions de travail, la hausse des salaires, la réduction du temps de travail ou la sécurité au travail. Les formes d’action privilégiées durant cette période étaient majoritairement les grèves et les manifestations, qui étaient organisées par les syndicats. Ces actions collectives permettaient aux travailleurs d’exprimer leur mécontentement face aux conditions économiques et de faire pression sur les employeurs ou l’État pour obtenir des concessions. La centralité des luttes économiques et ouvrières dans cette période montre que, malgré l’émergence de nouveaux mouvements sociaux, la question économique et sociale restait au cœur des mobilisations collectives.
Avant les années 70, les mobilisations collectives étaient essentiellement centrées sur les revendications économiques et ouvrières, avec les grèves et les manifestations organisées par les syndicats comme formes d’action privilégiées. Ces luttes reflétaient la priorité donnée aux enjeux matériels liés aux conditions de travail et aux salaires, illustrant la centralité des luttes économiques dans l’histoire des mouvements sociaux de cette période.
Place dans le système de production
Ce concept désigne la position qu’occupe un individu ou un groupe au sein du processus de production économique. Selon la perspective marxiste, cette place détermine en grande partie la classe sociale à laquelle appartient cet individu, en fonction de sa relation à la propriété des moyens de production. Ceux qui possèdent ces moyens forment la classe dominante, tandis que ceux qui ne possèdent rien et doivent vendre leur force de travail pour survivre appartiennent à la classe ouvrière. La place dans le système de production influence ainsi directement la position sociale, économique et politique de l’individu ou du groupe.
Déterminisme économique
Ce terme, souvent associé à l’approche économiciste, désigne l’idée que la position d’un individu ou d’un groupe dans le système économique, notamment leur rapport à la production, détermine en grande partie leurs comportements, leurs mobilisations sociales et leurs revendications. Selon cette vision, les enjeux économiques sont le moteur principal des tensions et des conflits sociaux, et la conscience ou l’action politique des classes sociales découle principalement de leur situation économique et de leurs intérêts matériels.
Classe en soi
Ce concept, introduit par la théorie marxiste, désigne une catégorie d’individus ou de groupes qui partagent une même condition de vie et une même place dans le système de production, sans nécessairement avoir conscience de leur appartenance à une classe ou d’un intérêt commun. Par exemple, tous les ouvriers qui travaillent dans une usine peuvent constituer une classe en soi, car ils occupent une position similaire dans le processus productif, mais ils ne se voient pas forcément comme un groupe uni ou porteur d’un intérêt collectif.
Classe pour soi
Ce concept, également marxiste, désigne une étape de conscience de classe où les individus ou groupes prennent conscience de leur position commune dans le système de production, de leurs intérêts partagés, et adoptent une identité collective. La classe pour soi est donc une classe qui se mobilise, qui se reconnaît comme un groupe ayant des revendications communes et une conscience politique. Par exemple, la classe ouvrière qui se rassemble pour revendiquer de meilleures conditions de travail illustre cette notion.
L’approche marxiste explique que les tensions sociales et les conflits sont principalement le résultat de l’opposition entre classes sociales. La lutte des classes est considérée comme le moteur de l’histoire, où les classes en conflit cherchent à défendre ou à faire valoir leurs intérêts économiques. Cette opposition ne se limite pas à des revendications économiques, mais constitue une dynamique fondamentale dans la structuration des sociétés. La classe en soi représente une réalité matérielle : un groupe partageant la même condition dans le système de production, comme les ouvriers ou les capitalistes. Cependant, cette réalité ne suffit pas à générer des mobilisations ou des actions collectives. Il faut la conscience de classe, ou classe pour soi, pour que cette opposition se traduise par des luttes concrètes. La conscience de classe permet aux individus de se reconnaître comme membres d’un groupe ayant des intérêts communs, ce qui peut conduire à des mobilisations collectives, des grèves, ou des mouvements sociaux.
L’approche économiciste insiste sur le rôle central de la position économique dans la détermination des comportements sociaux et des mobilisations. Selon cette perspective, c’est la place dans le système productif qui explique en grande partie pourquoi certains groupes se mobilisent ou revendiquent, car leurs intérêts matériels sont en jeu. La position économique devient ainsi le facteur déterminant des tensions sociales, au-delà de toute considération idéologique ou culturelle.
L. A. Coser (années 70) apporte une nuance en montrant que le conflit social n’est pas uniquement un symptôme de dysfonctionnements ou une déviance, mais qu’il peut aussi jouer un rôle bénéfique. Il considère que le conflit est une fonction normale du fonctionnement des sociétés et des organisations, permettant notamment la remise en question, la transformation ou la régulation des rapports sociaux.
Les approches marxiste et économiciste soulignent que les facteurs économiques et la position dans le système de production structurent profondément les mobilisations sociales. La lutte des classes, qu’elle soit explicite ou implicite, constitue le moteur principal des tensions sociales, en mettant en avant l’importance de la conscience de classe pour transformer la réalité matérielle en actions collectives.
Mouvements écologiques : Ce sont des mouvements qui se concentrent sur la protection de l’environnement, la lutte contre la dégradation écologique et la promotion d’un développement durable. Ils émergent en réponse aux enjeux liés à la nature et à la préservation des ressources, souvent en opposition aux modes de production et de consommation traditionnels.
Mouvements féministes : Ce sont des mouvements qui revendiquent l’égalité entre les sexes, la reconnaissance des droits des femmes, et la lutte contre les discriminations et violences sexistes. Ils cherchent à transformer les rôles sociaux et culturels assignés aux femmes, en remettant en question les normes patriarcales.
Minorités sexuelles : Ce terme désigne les groupes dont l’orientation sexuelle ou l’identité de genre diffère de la norme hétérosexuelle cisgenre. Les mouvements liés aux minorités sexuelles revendiquent la reconnaissance, l’égalité des droits, et la lutte contre la discrimination et l’homophobie.
Setting : Terme désignant le cadre ou le contexte dans lequel se déroulent les actions des mouvements sociaux. Il inclut les lieux, les formes d’organisation, et les modalités d’action qui caractérisent ces mouvements.
Communauté : Ensemble de personnes partageant des revendications, des valeurs ou une identité commune. Dans le contexte des NMS, la communauté se construit souvent autour d’un sentiment d’appartenance renforcé par des actions collectives et des revendications culturelles.
Les Nouveaux mouvements sociaux (NMS) émergent dans le contexte des Trente Glorieuses, période marquée par une croissance économique rapide, une sensibilisation accrue des milieux sociaux, et une réduction des inégalités économiques. Cependant, cette période voit également l’émergence de revendications qui ne se limitent pas aux enjeux matériels ou économiques traditionnels. Au contraire, ils revendiquent des besoins immatériels et culturels, tels que la reconnaissance identitaire, la liberté individuelle, ou la protection de l’environnement.
Ces mouvements, tels que les mouvements écologiques, féministes, ou ceux liés aux minorités sexuelles, se distinguent par leurs formes d’action innovantes et moins conventionnelles. Contrairement aux mobilisations classiques qui privilégiaient souvent la manifestation ou la grève, les NMS introduisent de nouveaux modes d’action, souvent symboliques ou culturels, visant à créer un sentiment de communauté. Leur objectif est de renforcer le lien entre les membres, de faire communauté autour de revendications partagées, et de transformer la société en remettant en question les normes culturelles établies.
Les NMS marquent une rupture avec les formes traditionnelles de mobilisation en insistant sur la dimension culturelle, identitaire, et immatérielle de leurs revendications. Ils privilégient souvent des actions qui favorisent l’expression individuelle et collective, tout en cherchant à faire évoluer la société vers plus de reconnaissance et d’égalité dans des domaines jusque-là peu ou pas abordés par les mouvements classiques.
Les NMS se distinguent par leur capacité à remettre en question les normes culturelles et à revendiquer des besoins immatériels, en utilisant des formes d’action innovantes qui favorisent la création d’un sentiment de communauté. Leur émergence marque une rupture avec les mobilisations traditionnelles centrées sur les revendications matérielles et économiques.
Téléologie
La téléologie est une approche qui envisage le développement historique ou social comme étant orienté vers une fin ou un but précis. Selon cette perspective, l’histoire suivrait des étapes déterminées, progressives ou linéaires, menant à une réalisation ultime ou à une étape finale. Cependant, cette vision est critiquée pour sa simplification excessive du processus historique. Elle tend à masquer la complexité et la continuité des luttes sociales et économiques, en présentant une progression supposée vers un objectif final sans reconnaître la persistance ou la récurrence des enjeux sociaux. En particulier, dans le contexte des NMS (Nouveaux Mouvements Sociaux), la critique téléologique reproche à ces mouvements de masquer la réalité du maintien des luttes économiques, qui ne disparaissent pas simplement parce qu’un mouvement social apparaît ou évolue. La critique souligne que cette vision peut donner une image trompeuse d’un progrès linéaire, en occultant la continuité des questions sociales et économiques.
Normativité
La normativité désigne une tendance à valoriser ou à juger positivement certains comportements, mouvements ou idées en leur attribuant une valeur morale ou sociale favorable. Dans le contexte des NMS, la critique normative souligne que ces mouvements sont souvent valorisés de manière excessive, notamment parce qu’ils émergent dans un contexte de changement ou de contestation perçue comme positive. Cette valorisation peut conduire à une vision biaisée, où les NMS sont considérés comme les seuls vecteurs légitimes ou légitimes du changement social, au détriment d’autres formes de luttes ou d’organisations, notamment les mouvements ouvriers traditionnels. La critique indique que cette valorisation excessive peut « ringardiser » ou marginaliser les mouvements ouvriers, qui ont historiquement joué un rôle central dans la lutte pour les droits sociaux et économiques, mais qui sont parfois dévalorisés ou sous-estimés dans le discours valorisant des NMS.
La critique téléologique reproche aux NMS de masquer la persistance des luttes économiques en insistant sur une vision linéaire et étape par étape de l’histoire sociale. Selon cette critique, cette approche tend à faire croire à une évolution progressive vers une société idéale ou vers des étapes ultimes, alors qu’en réalité, les mouvements économiques et sociaux persistent et se répètent. La mise de côté de l’histoire réelle des mouvements sociaux, qui inclut souvent des luttes continues, des reculs et des reprises, est considérée comme une faiblesse majeure de cette approche. Elle donne une image simplifiée et parfois trompeuse du processus historique, en occultant la complexité et la continuité des enjeux sociaux.
Par ailleurs, la critique normative souligne que cette valorisation des NMS, souvent perçus comme innovants ou porteurs de changement, tend à marginaliser ou à dévaloriser les mouvements ouvriers traditionnels. Ces derniers, qui ont historiquement été au cœur des luttes pour les droits sociaux et économiques, sont parfois présentés comme dépassés ou moins pertinents face à la nouveauté des NMS. Cette valorisation excessive des NMS peut conduire à une vision biaisée, où l’on privilégie certains types de mouvements au détriment d’autres formes de lutte, contribuant ainsi à une hiérarchisation des formes d’action sociale.
Les critiques soulignent que les NMS présentent des limites importantes en raison de leur vision téléologique et normative. La première masque la réalité persistante des luttes économiques, tandis que la seconde valorise excessivement ces mouvements au détriment des mouvements ouvriers traditionnels, en tenant compte de leur historicité et de leur rôle central dans l’histoire sociale. Il est donc essentiel d’évaluer ces mouvements en tenant compte de leur contexte historique et de leur complexité, plutôt que de se laisser séduire par une vision simplifiée ou biaisée.
Intervention sociologique
Selon le contexte de Touraine, l’intervention sociologique désigne l’action du sociologue qui ne se limite pas à une simple observation ou à une analyse théorique des mouvements sociaux. Au contraire, elle implique un rôle actif dans l’accompagnement, la structuration et le soutien des mouvements sociaux. Le sociologue intervient pour aider ces mouvements à se développer, à se structurer et à atteindre leurs objectifs, en mobilisant ses connaissances et ses méthodes pour influencer leur dynamique. Cette approche se distingue d’une posture purement scientifique, puisqu’elle suppose une implication concrète dans le processus social en question.
Programme sur le mouvement social
Il s’agit d’un projet ou d’une démarche élaborée par Alain Touraine dans les années 70, visant à analyser et comprendre la dynamique des mouvements sociaux. Ce programme cherche à définir une théorie générale des mouvements sociaux, en s’intéressant notamment à leur rôle dans la transformation de la société et dans la direction de l’histoire. Il s’inscrit dans une volonté de dépasser la simple étude descriptive pour proposer une compréhension structurée de leur fonctionnement, de leur origine et de leur impact.
Direction de l’histoire
Ce concept renvoie à l’idée que certains mouvements sociaux jouent un rôle déterminant dans l’évolution de la société et peuvent même influencer la trajectoire historique. Touraine s’interroge sur la capacité de ces mouvements à donner une orientation nouvelle à l’histoire, en remplaçant ou en modifiant les luttes de classes traditionnelles. La direction de l’histoire par les mouvements sociaux implique qu’ils ne sont pas seulement des réactions à des conditions sociales, mais aussi des agents actifs de changement.
Sociologue des mouvements sociaux
Ce terme désigne le sociologue spécialisé dans l’étude des mouvements sociaux, c’est-à-dire des groupes ou des actions collectives qui cherchent à provoquer un changement social. Selon Touraine, ce sociologue ne se contente pas d’observer ces mouvements, mais intervient activement pour comprendre leur fonctionnement, leur parcours individuel et collectif, et pour soutenir leur structuration. Il adopte une posture engagée, visant à accompagner ces mouvements dans leur développement et leur impact sur la société.
Alain Touraine, figure majeure de la sociologie dans les années 70, propose une théorie générale des mouvements sociaux, intégrant à la fois leur dynamique interne et leur rôle dans la transformation sociale. Son objectif est de construire un programme analytique permettant de comprendre comment ces mouvements orientent l’histoire, en particulier dans le contexte français, face à des enjeux tels que les nouvelles formes de mobilisation (NMS) et les migrations.
Il prône une intervention sociologique active, ce qui constitue une rupture avec la posture purement scientifique. Selon lui, le sociologue doit accompagner les mouvements sociaux, en leur apportant un soutien structurant, afin qu’ils puissent mieux se développer et atteindre leurs objectifs. Cette intervention n’est pas seulement une analyse, mais une participation concrète, visant à aider ces mouvements à se structurer et à se renforcer.
Touraine s’intéresse également à l’individu au sein des mouvements sociaux, en étudiant son parcours personnel en dehors du cadre occidental, ce qui montre une volonté d’élargir la compréhension des dynamiques sociales à une échelle plus humaine et diverse. La question de l’engagement sociologique dans ces mouvements est centrale, notamment dans le contexte des luttes liées aux migrations et à d’autres formes de mobilisation sociale forte à cette époque.
Selon Touraine, le sociologue ne doit pas rester à distance de l’objet d’étude mais intervenir activement pour accompagner et structurer les mouvements sociaux, qui jouent un rôle clé dans la direction de l’histoire. Cette posture d’intervention vise à mieux comprendre ces mouvements tout en leur permettant de s’inscrire efficacement dans le changement social.
Paradigme de la politique contestataire
Ce paradigme désigne la participation politique des personnes qui ne peuvent pas accéder au champ politique de manière légitime. Selon la définition, ces individus ou groupes ne peuvent pas faire entendre leur voix par les canaux traditionnels, souvent en raison de leur statut social, économique ou politique. En réponse, ils adoptent une autre forme de participation politique, distincte de la participation institutionnelle classique (élections, partis politiques, institutions représentatives). Cette participation contestataire peut prendre la forme de manifestations, de protestations, de mouvements sociaux ou d’autres formes d’action collective qui contestent l’ordre établi ou revendiquent des droits. La sociologie anglo-saxonne met en avant cette notion pour analyser comment les groupes marginalisés ou exclus cherchent à influencer la sphère politique en dehors des voies officielles.
Contentious politics
Ce terme, souvent employé dans la sociologie anglo-saxonne, désigne l’ensemble des formes d’action collective contestataires qui remettent en cause l’ordre politique ou social. Il inclut les protestations, les mouvements sociaux, les actions directes, et tout autre mode de mobilisation qui cherche à faire pression sur le pouvoir ou à remettre en question le statu quo. La notion insiste sur la dimension conflictuelle et contestataire de ces mobilisations, qui se différencient des formes de participation plus institutionnalisées ou consensuelles.
Approche macrosociologique
L’approche macrosociologique, adoptée à partir des années 80, consiste à analyser le fonctionnement des mouvements sociaux sur le temps long. Elle privilégie une vision globale et structurale des mobilisations, en étudiant leur contexte, leur évolution dans le temps, et leur interaction avec les grandes dynamiques sociales et politiques. Elle cherche à comprendre les cycles de mobilisation en se concentrant sur des phénomènes collectifs à une échelle large, plutôt que sur les actions individuelles ou les événements ponctuels. Cette approche permet d’observer comment, dans certains moments ou contextes politiques, un nombre minimum d’adhérents ou de participants devient nécessaire pour que le mouvement ait un impact significatif.
Cycles de mobilisation
Les cycles de mobilisation désignent les périodes durant lesquelles des mouvements sociaux ou des actions contestataires connaissent une intensification ou une recrudescence. Ces cycles sont analysés à travers une approche quantitatif, qui mesure notamment le nombre de participants, la fréquence des actions, ou encore l’ampleur des mobilisations. L’étude de ces cycles permet de repérer les moments clés où la participation atteint un seuil critique, favorisant ainsi la visibilité et l’impact des mouvements sociaux dans le contexte politique.
Quantitatif
L’approche quantitative dans la sociologie anglo-saxonne consiste à analyser les mouvements sociaux en se basant sur des données chiffrées. Elle permet d’étudier, sur le temps long, les cycles de mobilisation en mesurant le nombre d’adhérents, de participants, ou d’événements liés à un mouvement. Cette méthode offre une vision objective et statistique des dynamiques collectives, facilitant la détection de tendances, de seuils critiques, ou de phases de croissance ou de déclin des mobilisations.
La sociologie anglo-saxonne met l’accent sur la participation politique des exclus du champ politique traditionnel, c’est-à-dire des groupes ou individus qui, en raison de leur position sociale ou politique, ne peuvent pas accéder aux voies classiques de participation. Ces acteurs se tournent vers d’autres formes d’engagement, souvent plus contestataires, pour faire entendre leur voix. Ce phénomène est central dans le paradigme de la politique contestataire, qui valorise la participation en dehors des institutions officielles.
Par ailleurs, cette sociologie privilégie l’analyse des mouvements sociaux sur le temps long à travers des approches macrosociologiques et quantitatives. Elle s’intéresse à la façon dont ces mouvements évoluent dans leur contexte social et politique, en étudiant notamment les cycles de mobilisation. Ces cycles sont repérés grâce à une approche quantitative, qui mesure la participation et l’ampleur des mobilisations à différentes périodes. Elle cherche ainsi à comprendre à quel moment, dans quel contexte, un mouvement peut atteindre un nombre critique d’adhérents ou de participants, condition souvent nécessaire pour que la mobilisation ait un impact significatif.
La sociologie anglo-saxonne offre une analyse macroscopique et politique des mobilisations collectives, en insistant sur la participation des exclus du système traditionnel et en étudiant leur dynamique sur le long terme à travers des approches quantitatives. Elle permet de mieux comprendre comment, dans certains contextes, des mouvements sociaux se développent, évoluent et influencent le paysage politique.
Interactionnisme symbolique
L’interactionnisme symbolique est une approche sociologique qui met l’accent sur la manière dont les individus construisent la réalité sociale à travers leurs interactions quotidiennes, en utilisant des symboles, des significations et des interprétations partagées. Selon cette perspective, la société n’est pas une structure fixe mais le résultat de processus interactifs continus. Dans le contexte de la sociologie des mobilisations, cette approche permet d’analyser comment les militants donnent du sens à leur engagement et comment ces significations influencent leur comportement. Becker (date) et Goffman (date) sont deux figures majeures de cette approche, qui ont notamment travaillé sur la manière dont les individus construisent leur identité et leur rôle dans des contextes sociaux spécifiques.
Ecole de Chicago
L’École de Chicago est un centre de recherche sociologique américain, principalement active au début du XXe siècle, qui a fortement influencé la développement de l’interactionnisme symbolique. Elle privilégie une approche qualitative, ethnographique, et insiste sur l’étude des comportements dans leur contexte social immédiat. Les sociologues de cette école, comme Becker et Goffman, ont utilisé des méthodes d’observation participante et d’analyse de cas pour comprendre la vie quotidienne, notamment dans les quartiers urbains. Leur contribution est essentielle dans la sociologie des mobilisations, car elle offre une grille d’analyse centrée sur l’étude des acteurs et de leurs interactions dans des mouvements sociaux ou des engagements individuels.
Militantisme hors contexte occidental
Ce terme désigne l’étude des formes d’engagement collectif et de mobilisation qui se développent en dehors des cadres et traditions occidentales, souvent dans des sociétés ou régions où les dynamiques sociales, politiques ou culturelles diffèrent. La sociologie française s’intéresse à ces mobilisations pour élargir la compréhension des mouvements sociaux, en intégrant des perspectives non occidentales et en évitant une vision eurocentrée. Cela permet d’analyser des mouvements dits « des sans » ou d’autres formes d’action collective qui ne s’inscrivent pas dans la tradition des mouvements sociaux occidentaux.
Ethnographie
L’ethnographie est une méthode de recherche qualitative qui consiste à s’immerger dans le terrain d’étude pour observer, décrire et comprendre les comportements, pratiques et significations des acteurs sociaux. Elle privilégie une approche détaillée et contextuelle, souvent par le biais d’observations participantes, d’entretiens approfondis et de l’analyse de cas précis. Dans la sociologie des mobilisations, l’ethnographie permet d’étudier en profondeur les dynamiques internes des mouvements, les motivations des militants, et la construction des identités collectives.
Usage du droit dans les mobilisations
Le droit est considéré comme un canal institutionnel d’expression dans les mobilisations sociales. Son usage peut prendre diverses formes, telles que le recours à la législation, aux tribunaux ou aux dispositifs juridiques pour faire valoir des revendications ou légitimer une cause. La sociologie s’intéresse à la manière dont les acteurs mobilisent le droit pour influencer l’action publique, et comment cette utilisation contribue à la construction et à la reconnaissance de mouvements sociaux. Elle voit le droit comme un outil stratégique dans la dynamique des mobilisations.
La sociologie française des mobilisations se distingue par sa démarche hybride, combinant histoire, sociologie et science politique, pour analyser l’engagement collectif. Elle privilégie une approche qualitative, centrée sur l’étude en profondeur des cas spécifiques, plutôt que sur des analyses quantitatives ou macrosociologiques. Cette approche qualitative permet de saisir la complexité des dynamiques sociales et des motivations individuelles.
Elle s’appuie fortement sur l’interactionnisme symbolique, notamment via l’École de Chicago, pour comprendre comment les acteurs construisent leur réalité sociale et donnent du sens à leur engagement. Les chercheurs s’intéressent à l’analyse des comportements militants, à l’engagement individuel, ainsi qu’aux mobilisations hors contexte occidental, afin d’élargir la compréhension des mouvements sociaux à une diversité de contextes culturels et sociaux.
Les études portent également sur des mouvements spécifiques tels que les mouvements dits « des sans », qui s’inscrivent dans une tradition de luttes sociales, ou encore sur le conflit du travail et l’action syndicale. La sociologie française examine aussi l’impact de ces mouvements sur l’action publique, notamment à travers l’étude de l’usage du droit comme canal institutionnel d’expression. La démarche ethnographique est privilégiée pour approfondir la compréhension des dynamiques internes des mouvements, en permettant une immersion dans le terrain et une observation directe des acteurs.
La sociologie française des mobilisations adopte une approche hybride, qualitative et ethnocentrée, qui met en lumière la complexité des dynamiques sociales et des motivations individuelles. Elle insiste sur l’importance de l’interactionnisme symbolique et de l’étude approfondie des cas pour comprendre comment les mouvements sociaux influencent l’action publique et utilisent le droit comme outil stratégique.
Distance critique
La distance critique est un concept essentiel pour le travail du chercheur, qui consiste à maintenir une certaine distance par rapport à son objet d’étude afin de préserver la rigueur scientifique. Elle permet au chercheur de prendre du recul face à ses propres biais, intérêts ou engagements personnels, tout en restant conscient de leur influence. La distance critique n’est pas une absence d’implication, mais plutôt une capacité à analyser de manière objective tout en étant sensible aux enjeux du sujet. Elle est fondamentale pour transformer la tension entre engagement personnel et exigence scientifique en un travail rigoureux et crédible.
Double casquette
La double casquette désigne la situation où le chercheur occupe simultanément deux rôles ou identités, souvent celle d’acteur social ou politique et celle de scientifique. Par exemple, un chercheur qui est aussi membre d’un mouvement ou d’une organisation peut avoir accès à des données privilégiées ou partager une certaine sensibilité avec le sujet étudié. Cependant, cette double identité peut compliquer la posture scientifique en introduisant des biais ou des préférences personnelles, ce qui nécessite une gestion attentive pour préserver la crédibilité et l’objectivité du travail.
Animal politique
Ce terme, emprunté à la philosophie politique, désigne le fait que le chercheur est intrinsèquement un acteur social et politique. Il ne peut pas être totalement détaché de son environnement ou de ses engagements. Son choix de sujet, ses interactions avec les acteurs, et même sa manière d’interpréter les données sont influencés par sa position sociale, ses valeurs ou ses convictions. La reconnaissance de cette dimension est essentielle pour comprendre la complexité du rôle du chercheur dans le processus de recherche.
Sensibilité du chercheur
La sensibilité du chercheur fait référence à sa capacité à percevoir, ressentir et comprendre les enjeux, les enjeux émotionnels ou politiques liés à son objet d’étude. Elle influence ses choix de sujet, ses interactions avec les acteurs, et la manière dont il interprète les données. La sensibilité peut être un atout pour saisir la complexité des phénomènes sociaux, mais elle doit être équilibrée par une distance critique pour éviter que cette sensibilité ne déforme l’analyse ou n’altère la rigueur scientifique.
Le rôle du chercheur est profondément marqué par sa double identité d’acteur social et politique. En tant qu’animal social, il est influencé par ses propres engagements, ses valeurs, et ses expériences, ce qui peut orienter le choix du sujet d’étude ou l’accès à certaines données. Par exemple, un chercheur qui connaît un mouvement social en tant que membre ou sympathisant peut bénéficier d’un accès privilégié à des informations internes, mais cette proximité peut aussi introduire un biais dans l’analyse.
La question de la distance critique est centrale dans cette dynamique. Elle consiste à gérer cette tension entre engagement personnel et exigence d’objectivité scientifique. Le chercheur doit faire preuve d’une vigilance constante pour ne pas laisser ses intérêts ou ses convictions altérer la rigueur de son travail. La distance critique permet ainsi de transformer cette tension en un processus de recherche rigoureux, où l’implication n’empêche pas la neutralité analytique.
Il est crucial pour le chercheur de reconnaître sa position d’animal politique, c’est-à-dire qu’il ne peut pas totalement se détacher de ses implications sociales et politiques. Son rôle ne se limite pas à la simple observation, mais inclut une responsabilité dans la manière dont il influence ou est influencé par son environnement. La sensibilité du chercheur doit donc être gérée avec soin, afin de saisir la complexité des phénomènes tout en maintenant une posture critique et rigoureuse.
Le chercheur, en tant qu’animal politique, doit naviguer entre son engagement personnel et la nécessité de préserver une distance critique pour garantir la rigueur scientifique. La gestion de cette tension est essentielle pour produire un travail d’analyse crédible et objectif, tout en étant sensible aux enjeux sociaux et politiques liés à son objet d’étude.
Savoir mobilisé : Ce terme désigne l'ensemble des connaissances, méthodes et résultats issus de la recherche sociologique qui sont utilisés dans une démarche d'intervention. Le savoir mobilisé n'est pas seulement théorique, mais orienté vers l'action, permettant d'appuyer ou de légitimer une cause ou un mouvement social.
Production de savoirs : La recherche engagée consiste à produire des connaissances qui ont une utilité pratique pour les mouvements sociaux. Ces savoirs peuvent être issus d'enquêtes, d'études ou d'analyses qui visent à éclairer, soutenir ou renforcer une cause ou une mobilisation.
Soutien aux mouvements sociaux : La recherche engagée se traduit souvent par un appui actif aux mouvements sociaux, en fournissant des éléments scientifiques ou empiriques pour renforcer leur légitimité, leur crédibilité ou leur efficacité. Elle dépasse la simple observation pour devenir un outil au service de la mobilisation.
La recherche engagée vise à produire des savoirs qui sont directement utiles aux mouvements sociaux. Contrairement à une recherche purement académique, elle a pour objectif d’aider concrètement ces mouvements en leur fournissant des éléments d’analyse, des données ou des arguments solides. Par exemple, Bourdieu a utilisé ses enquêtes sociologiques pour soutenir les grèves contre la réforme des retraites. Il s’appuyait sur ses travaux pour intervenir dans le débat public, apportant une légitimité scientifique à la contestation sociale. Cette démarche montre que la recherche engagée ne se limite pas à une simple contribution intellectuelle, mais cherche à accompagner activement la mobilisation en fournissant des savoirs pertinents et mobilisables.
Elle peut également concerner des causes telles que les mouvements écologiques, où la production de savoirs s’appuie sur des éléments scientifiques pour défendre une cause. L’objectif est alors d’utiliser la recherche pour renforcer la crédibilité et l’impact des revendications sociales, en proposant des analyses ou des données qui soutiennent la légitimité du mouvement.
La recherche engagée dépasse la neutralité traditionnelle de la sociologie en s’inscrivant dans une démarche active d’accompagnement des mobilisations sociales. Elle vise à produire des savoirs utiles et mobilisables pour soutenir concrètement ces mouvements, illustrant ainsi l’importance d’une recherche qui ne se limite pas à l’observation, mais qui participe activement à l’action sociale.
Savoir profane : Il s’agit des connaissances issues de l’expérience quotidienne, de la pratique et de la vie ordinaire, souvent non formalisées et non issues d’un cadre académique ou scientifique. Ce savoir est généralement porté par les individus ou les groupes en dehors du champ universitaire, et il constitue la base des savoirs militants. Il peut inclure des savoirs locaux, traditionnels ou issus de l’expérience personnelle, qui ne sont pas encore théorisés ou intégrés dans le discours scientifique.
Savoir militant : Ce terme désigne les connaissances produites, partagées et mobilisées par les mouvements sociaux ou militants. Ces savoirs sont souvent issus de l’expérience collective, de la lutte et de l’engagement, et peuvent revendiquer une légitimité particulière dans la défense d’une cause. Ils sont souvent en tension avec le savoir académique, mais peuvent aussi s’en nourrir ou se théoriser pour renforcer leur crédibilité et leur impact.
Circulation des savoirs : Ce concept renvoie à l’échange dynamique et réciproque entre différents types de savoirs, notamment entre savoirs militants et savoirs scientifiques. La circulation implique une transmission, une adaptation et une transformation des connaissances, permettant à ces savoirs de s’enrichir mutuellement. Elle favorise une co-construction des savoirs, où l’expérience militante peut alimenter la réflexion académique, et inversement, la recherche scientifique peut légitimer ou approfondir les savoirs issus de l’engagement.
Théorisation des mouvements sociaux : Il s’agit du processus par lequel les mouvements sociaux, à partir de leurs savoirs militants, élaborent des cadres théoriques, des concepts et des analyses pour mieux comprendre leur réalité, légitimer leur action et influencer le champ académique. La théorisation permet de formaliser les expériences vécues et de les inscrire dans une réflexion structurée, souvent en interaction avec des chercheurs ou des universitaires.
Les savoirs militants peuvent être intégrés et théorisés dans le champ académique, ce qui constitue une étape importante dans la reconnaissance de leur légitimité et de leur valeur scientifique. Par exemple, dans le contexte des mouvements féministes, il existe une circulation dynamique entre savoirs militants et savoirs scientifiques. Ces échanges permettent non seulement d’enrichir la réflexion académique par des expériences concrètes et vécues, mais aussi de légitimer ces savoirs militants en leur donnant une reconnaissance dans le domaine de la recherche. La circulation des savoirs n’est pas un processus unidirectionnel ; elle fonctionne comme un échange constant où chaque espace – militant ou académique – influence et transforme l’autre. Cette dynamique favorise la co-construction de connaissances, où les savoirs issus de l’engagement militant deviennent des éléments essentiels pour comprendre et théoriser certains enjeux sociaux, tout en étant intégrés dans un cadre scientifique plus large.
La co-construction des savoirs entre l’espace militant et l’espace académique repose sur une circulation dynamique, permettant aux savoirs militants de se théoriser et d’être intégrés dans le champ scientifique, notamment dans des mouvements comme le féminisme. Cette interaction enrichit la compréhension des enjeux sociaux et légitime la production de connaissances issues de l’engagement collectif.
Mobilisation collective : Selon le contenu source, la mobilisation collective est un processus social qui dépasse le simple mécontentement individuel en impliquant une coordination autour d’un but commun. Elle ne se limite pas à l’agrégation de sentiments ou de revendications isolés, mais constitue une dynamique où un groupe d’individus se rassemble pour agir ensemble dans un but partagé. Elle implique une montée en généralité, c’est-à-dire une transformation de revendications ou de dénonciations individuelles en causes collectives médiatisables et débattues dans l’espace public. La mobilisation collective se caractérise par une conflictualité qui perturbe le système politique classique, remettant en question l’ordre établi par la confrontation et la contestation organisée.
Action collective : Ce terme désigne un concept plus large que la mobilisation. Il englobe toutes les logiques qui engagent un caractère collectif, sans nécessairement être tourné vers une cause précise ou une dénonciation. Par exemple, une entreprise constitue une action collective, car elle implique une organisation de plusieurs individus agissant ensemble, mais sans que cela soit forcément motivé par une cause spécifique ou une montée en généralité. La distinction essentielle réside dans le fait que la mobilisation collective est orientée vers une cause à défendre, tandis que l’action collective peut simplement désigner une organisation ou un comportement collectif sans objectif revendicatif précis.
Désingularisation des dénonciations : Ce processus, évoqué par Boltanski, consiste à transformer une dénonciation individuelle en une cause collective. Par exemple, une lettre ou une plainte individuelle peut devenir une mobilisation si elle est cadrée et médiatisée par des entrepreneurs de causes ou de morales, qui vont structurer et généraliser la dénonciation pour en faire une cause partagée. La désingularisation permet ainsi de faire passer un mécontentement personnel dans l’espace public en une dénonciation collective, susceptible de mobiliser un groupe plus large.
Entrepreneurs de causes : Ce sont des acteurs, souvent des figures ou des institutions, qui cadrent et structurent la dénonciation ou le mécontentement individuel pour en faire une cause collective. Ils jouent un rôle clé dans la désingularisation en utilisant le champ politique ou médiatique pour faire émerger des causes sociales ou morales, souvent dans des contextes conservateurs ou contestataires.
Agir-ensemble intentionnel : Selon Erik Neveu, il s’agit d’une action collective qui repose sur une volonté délibérée de coordonner les efforts de plusieurs individus ou groupes pour atteindre un objectif commun. Cet agir-ensemble suppose une intention claire de faire mouvement ensemble, en dépassant les actions isolées ou spontanées, afin d’engager une dynamique collective structurée.
Conflit social : Le conflit social est une composante essentielle de la mobilisation collective. Il désigne une confrontation entre différents acteurs, souvent autour d’une injustice, d’un mécontentement ou d’une dénonciation. La conflictualité est considérée comme un moteur de la mobilisation, car elle perturbe le système politique et remet en question l’ordre établi. La conflictualité peut prendre la forme d’identification d’un adversaire, qu’il soit culturel, idéel ou politique, et constitue une étape nécessaire pour faire émerger une cause collective.
Une mobilisation collective dépasse le mécontentement individuel par une coordination autour d’un but commun. Elle implique une montée en généralité, c’est-à-dire la transformation de revendications ou dénonciations personnelles en causes partagées, médiatisables et débattues dans l’espace public. La mobilisation collective ne se limite pas à l’agrégation de sentiments ou de revendications isolés, mais constitue une dynamique sociale où un groupe d’individus se rassemble pour agir ensemble dans une logique de coordination et de but partagé.
Elle se distingue de l’action collective, qui est un concept plus large englobant toutes les formes d’engagements collectifs, qu’ils soient tournés ou non vers une cause précise. La mobilisation collective est souvent liée à une cause à défendre, nécessitant une montée en généralité, une dénonciation ou une injustice susceptible d’être médiatisée. La désingularisation des dénonciations, processus par lequel une dénonciation individuelle est cadrée et médiatisée pour devenir une cause collective, est essentielle dans ce processus. Ce cadrage est souvent assuré par des entrepreneurs de causes, qui structurent et orientent la dénonciation vers une cause partagée.
Le processus de mobilisation implique également une dimension intentionnelle, où l’« agir-ensemble » devient une démarche délibérée pour coordonner des efforts. La conflictualité joue un rôle central, car elle constitue la manifestation de la contestation et de la dénonciation d’un adversaire, qu’il soit culturel, idéel ou politique. La conflictualité perturbe le système politique classique, en remettant en cause l’ordre établi et en exprimant la participation active des individus dans une démocratie.
La mobilisation collective peut être comprise comme un processus dynamique où la coordination, la cause partagée et la conflictualité s’entrelacent pour faire émerger une dynamique sociale et politique. Elle dépasse le simple mécontentement individuel pour devenir une force capable de perturber le système politique traditionnel, en mobilisant une conflictualité structurée autour d’un objectif commun.
| Critère | Approche marxiste | Approche économiciste (Lilian Mathieu) |
|---|---|---|
| Fondement théorique | Conflit de classes, lutte des classes | Position économique des individus dans le système |
| Principal moteur | Contradiction du système capitaliste | Intérêts économiques et conditions matérielles |
| Focus | Dimension structurelle et économique | Rationalité individuelle et position dans la production |
| Perspective sur les mobilisations | Expression du conflit de classes | Réponse aux intérêts économiques et conditions matérielles |
| Influence historique | Dominante jusqu’aux années 70 | Renforce la vision structurale et économique |
| Critère | Mobilisations avant 70s | Nouveaux mouvements sociaux (NMS) |
|---|---|---|
| Type de mobilisation | Movements ouvriers, grèves, syndicats | Revendications identitaires, culturelles, droits spécifiques |
| Enjeux principaux | Conditions de travail, salaires, reconnaissance | Identité, environnement, droits minoritaires |
| Organisation | Syndicats, actions collectives centralisées | Organisations diverses, souvent décentralisées |
| Caractéristiques principales | Conflit économique, lutte de classes | Revendications culturelles, sociales et identitaires |
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1. Qui a formulé une approche centrée sur la lutte des classes dans l’étude des mobilisations sociales ?
2. Quand peut-on situer le début de l’essor des mobilisations ouvrières analysées par la sociologie avant les années 70 ?
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Histoire des idées — approche marxiste ?
Conflit de classes, lutte des classes.
Lutte des classes — définition ?
Conflit entre classes sociales, moteur de l’histoire.
Approche économiciste — principe ?
Place économique dans la mobilisation, rationalité des acteurs.
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