📋 Plan du Cours
- Définition montage filmique
- Histoire du montage
- Théories du montage
- Effets du montage
- Montage et arts connexes
- Montage narratif et expressif
- Raccords et transitions
- Montage invisible et politique
- Montage documentaire et attraction
- Montage et perception
- Montage et techniques spécifiques
- Montage et enjeux esthétiques et politiques
📖 1. Définition montage filmique
🔑 Notions clés & Définitions
- Le montage : « le fondement le plus spécifique du langage filmique » ; il constitue la base essentielle pour définir le cinéma comme art spécifique, en permettant l’organisation des plans selon des conditions d’ordre et de durée (Marcel Martin, 1985).
- Création de sens par rapport : « la création d’un sens que les images ne contiennent pas objectivement et qui procède de leur seul rapport » (André Bazin, 1958).
- Relation entre images : le montage établit un rapport entre deux images, permettant d’échanger des informations, de produire des émotions et d’ajouter des significations invisibles dans chaque image isolée.
- Organisation des plans : « l’organisation des plans d’un film dans certaines conditions d’ordre et de durée » (Marcel Martin).
- Confrontation d’images : le montage crée du sens par la confrontation de deux images, en utilisant leur rapport pour générer des effets sémantiques et émotionnels.
📝 Points essentiels
- Le montage ne naît pas avec le cinéma, mais de techniques d’assemblage industrielles du 18ème-19ème siècle, avec une double histoire pratique et théorique. La pratique du montage a précédé sa théorie, chaque pratique ayant permis de comprendre la théorie.
- La distinction entre montage (période muette) et découpage (période parlante) s’est affirmée autour des années 1850, notamment avec l’arrivée du film parlant en 1927 avec Le Chanteur de Jazz, qui a marqué une rupture dans la pratique du montage. Henri Colpi souligne une période de destruction du montage à cause du son, de la musique et des paroles.
- À partir des années 1930, la technologie a favorisé des plans plus longs, avec le playback, permettant au montage de retrouver sa fonction de création de sens. Cependant, à partir de 1940, avec la profondeur de champ et le plan séquence, le montage a perdu une partie de son importance.
- Jean-Louis Comolli & Vincent Sorel (2015) voient le montage comme une « pensée en actes du monde », soulignant son rôle dans l’action humaine et la capacité à agir sur le monde.
- Le montage a été influencé par d’autres arts : poésie, peinture, théâtre, littérature, avec une modernité artistique qui privilégie la diversité, la rupture et la continuité. La littérature, notamment, a influencé la construction du film, et vice versa, notamment avec Intolérance de Griffith (1919).
- La pratique du montage emprunte au lexique musical et artistique, créant un langage spécifique au cinéma, avec des notions empruntées à la musique, comme la cadence, le rythme, et la dynamique.
- La théorie du montage s’est développée autour de classifications : montage narratif, expressif, intellectuel, lyrique, etc., selon différents théoriciens (Eisenstein, Mitry, Deleuze).
- La logique du raccord, qui associe deux fragments, repose sur une double fonction : assurer la continuité ou provoquer une rupture, en créant un rapport idéel ou sémantique entre les plans.
- La notion de plan, inventée au début du 20ème siècle, est devenue centrale : fragment du monde, arbitraire, partiel, et constitutif de la narration filmique. Le plan est un point de vue momentané, choisi pour véhiculer une information factuelle, sensorielle ou affective.
💡 À retenir
Le montage est l’élément fondamental du langage cinématographique, permettant de créer du sens et des émotions par la confrontation et la relation entre images, tout en étant une pratique et une théorie qui ont évolué avec les techniques et les arts.
📖 2. Histoire du montage
🔑 Notions clés & Définitions
- Montage (selon Marcel Martin (1985)) : « l'organisation des plans d’un film dans certaines conditions d’ordre et de durée ».
- Création de sens (selon André Bazin (1958)) : « la création d’un sens que les images ne contiennent pas objectivement et qui procède de leur seul rapport ».
- Origine industrielle : Le montage ne naît pas avec le cinématographe mais de techniques d’assemblage industrielles (18ème-19ème s), utilisant des méthodes de collage et d’assemblage d’objets ou de circuits électriques.
- Distinction historique : Entre montage (période muette) et découpage (période parlante), avec une scission autour des années 1850, marquée par l’arrivée du film parlant avec Le chanteur de Jazz (1927).
- Impact du film parlant : Henri Colpi constate une destruction du montage à cause du son, de la musique et des paroles, entraînant une évolution vers des plans longs et le playback dans les années 1930.
📝 Points essentiels
- Le montage est un processus double : pratique (assemblage) et théorie (concept). Il ne naît pas avec le cinéma mais s’appuie sur des techniques industrielles du 18ème-19ème siècle, notamment le collage et la fragmentation.
- La pratique du montage précède la théorie : on doit monter pour comprendre et élaborer la théorie du montage.
- La distinction entre montage et découpage apparaît dans l’histoire : le montage concerne la période muette, le découpage la période parlante, avec une rupture marquée par l’arrivée du son en 1927.
- La période muette privilégie les plans courts et le montage pour créer du sens, tandis qu’avec l’arrivée du son, on privilégie des plans longs, notamment avec le playback, pour préserver la continuité sonore et visuelle.
- Après 1940, la technique du plan séquence et l’utilisation de la profondeur de champ réduisent l’importance du montage, qui devient moins central dans la construction narrative.
- La théorie du montage s’est enrichie par des influences artistiques : poésie, peinture, théâtre, littérature, avec une éruption de la modernité artistique, intégrant la diversité, la rupture et la continuité.
- La relation entre plans et raccords est fondamentale : le raccord peut être une continuité ou une rupture, selon la logique du montage.
- La théorie de Sergueï Eisenstein (1930, 1940) distingue plusieurs types de montage : métrique, rythmique, tonal, harmonique, intellectuel, vertical et horizontal, pour élaborer des effets de sens et d’émotion.
- La conception du plan évolue : d’un fragment du monde à une unité de cadrage, avec une diversification du lexique (plan rapproché, gros plan, plan américain).
- La théorie psychologique de Hugo Münsterberg (1916) insiste sur la perception subjective du spectateur, utilisant des plans comme le gros plan ou le fondu pour évoquer des états mentaux ou émotionnels.
💡 À retenir
Le montage, issu de techniques industrielles, a évolué pour devenir un outil essentiel de création de sens et d’émotion dans le cinéma, tout en étant profondément influencé par l’art et la culture, mais sa pratique a été marquée par une double évolution entre muet et parlant, puis par une relative perte d’importance avec l’avènement du plan séquence et de la profondeur de champ à partir de 1940.
📖 3. Théories du montage
🔑 Notions clés & Définitions
- Montage métrique (Sergueï Eisenstein, 1930) : technique de montage basée sur la longueur précise des plans, indépendamment de leur contenu, pour créer un rythme spécifique.
- Montage rythmique (Sergueï Eisenstein, 1930) : montage qui organise la succession des plans selon un rythme déterminé, influencé par la durée et la cadence pour produire une émotion ou un effet dynamique.
- Montage intellectuel (Sergueï Eisenstein, 1930) : montage visant à construire une dialectique ou une idée à travers la juxtaposition de plans, provoquant une réflexion ou une synthèse conceptuelle.
- Typologie selon Marcel Martin :
- Montage narratif : assemblage de plans suivant une logique chronologique ou logique pour raconter une histoire.
- Montage expressif : juxtaposition de plans pour produire un effet immédiat, souvent émotionnel ou esthétique.
- Typologie selon Vincent Amiel :
- Montage de correspondance : montage qui établit des relations de sens ou d’émotion ponctuelle entre plans.
- Montage discursif : montage qui construit un discours ou une argumentation à travers la succession des images.
- Typologie selon Jean Mitry :
- Montage lyrique : expression d’idées ou de sentiments transcendant le récit, souvent poétique ou symbolique.
- Montage constructif : élaboration du tout du film à partir de fragments, souvent après le tournage, rejetant le découpage préalable.
📝 Points essentiels
- Le montage est « le fondement le plus spécifique du langage filmique » (AUTEUR), permettant de créer du sens par la confrontation d’images selon différentes typologies.
- Sergueï Eisenstein (1930) a théorisé plusieurs types de montage : métrique, rythmique, tonal, harmonique, intellectuel, vertical/horizontal, chacun ayant des effets précis sur la perception et l’émotion du spectateur.
- La double typologie de Marcel Martin distingue le montage narratif, qui suit une logique temporelle ou logique, du montage expressif, qui cherche à produire un effet immédiat.
- La classification de Jean Mitry (1963-1965) insiste sur la fonction du montage dans l’expression de sentiments (lyrique), la construction du récit (narratif), ou la mise en valeur d’idées (constructif, intellectuel).
- Gilles Deleuze (1985) propose des montages « organique-actif » et « dialectique », soulignant leur rôle dans la construction de sens et la dynamique du film.
💡 À retenir
Les théories du montage, élaborées par Eisenstein, Martin, Amiel, Mitry et Deleuze, montrent que le montage n’est pas seulement une technique de raccords, mais un processus créatif et dialectique essentiel à la construction du sens, de l’émotion et de la pensée dans le cinéma.
📖 4. Effets du montage
🔑 Notions clés & Définitions
- Le montage comme rythme du film : Henri Colpi (1956) définit le montage comme la cadence et la démarche du film, influençant la perception du spectateur par la variation de la vitesse et de la dynamique des plans.
- Effet d’accélération par accumulation de plans courts : La technique consistant à enchaîner rapidement plusieurs plans courts pour donner une impression de vitesse ou d’urgence, comme dans La roue d’Abel Gance (1923).
- Différence entre rythme (montage) et vitesse (plan) : Le rythme concerne la cadence et la démarche du montage, tandis que la vitesse est liée à la durée de chaque plan ou plan individuel, sans que l’un implique forcément l’autre.
- Fondu enchaîné : Transition où deux images se superposent, laissant voir simultanément la fin d’un plan et le début du suivant, suggérant une continuité ou une accélération du temps ou de l’émotion.
- Raccord : Opération de coupe instantanée entre deux plans, assurant rupture ou continuité selon le contexte, permettant de relier ou de disjoindre des éléments narratifs ou émotionnels.
📝 Points essentiels
- Le montage ne peut pas être simplement rapide ou lent, car il repose sur le raccord, qui est une coupe instantanée. Seul le fondu enchaîné permet une transition visible entre deux images en même temps, suggérant une vitesse ou une continuité.
- Henri Colpi (1956) insiste sur la cadence du film, qui peut varier du allegro à l’andante, influençant la perception du spectateur. La technique de l’accumulation de plans courts accélère la sensation de vitesse, comme dans La roue d’Abel Gance (1923).
- La juxtaposition de plans produit des effets émotionnels, en jouant sur la dissonance ou la continuité, et peut accentuer ou ralentir la perception du temps.
- La différence entre rythme et vitesse est capitale : le rythme est la démarche globale du montage, tandis que la vitesse est la durée de chaque plan ou plan.
- La théorie du montage a évolué avec le temps, intégrant des classifications selon Eisenstein (métrique, rythmique, tonal, etc.) et d’autres auteurs, pour analyser ces effets.
💡 À retenir
Le montage agit sur la cadence du film, utilisant notamment l’accumulation de plans courts ou le fondu enchaîné pour créer des effets d’accélération ou de ralentissement, influençant profondément la perception émotionnelle et temporelle du spectateur.
📖 5. Montage et arts connexes
🔑 Notions clés & Définitions
- Influence du montage sur la poésie, peinture, théâtre, littérature : Le montage, en tant que pratique artistique, a inspiré et transformé ces disciplines en introduisant des notions de fragmentation, de démembrement et de diversité, permettant de représenter la complexité du monde moderne.
- Montage comme éruption de la modernité artistique : Selon la critique, le montage marque une rupture avec les formes traditionnelles et incarne l’émergence d’une esthétique moderne, en intégrant la discontinuité, la juxtaposition et la diversité dans la création artistique.
- Rapport à la continuité, démembrement et diversité dans les arts : Le montage reflète une logique de fragmentation et de recomposition, favorisant la diversité des formes et des perceptions, en rupture avec la continuité classique, pour représenter la complexité du réel.
- Influence réciproque entre montage et littérature (ex : Intolérance de Griffith, 1919) : Le montage cinématographique a puisé dans la littérature ses notions de rupture, d’anachronie et de diversité narrative, tout en influençant la pensée littéraire par ses concepts de fragmentation et de montage dialectique.
- Emprunt du lexique et notions musicales pour conceptualiser le montage : Le montage s’inspire du vocabulaire musical (rythme, cadence, dissonance) pour structurer la narration, créer des effets émotionnels et organiser la temporalité, comme le souligne l’influence de la musique dans la théorie du montage.
- Montage comme concept et pratique culturelle contemporaine : Au-delà du cinéma, le montage devient une pratique et un concept central dans la culture contemporaine, permettant d’articuler différentes formes artistiques, médiatiques et culturelles dans une logique de fragmentation et de recomposition.
📝 Points essentiels
- Le montage, en tant que pratique artistique, a été une éruption de la modernité, introduisant la discontinuité, la diversité et la fragmentation dans les arts, en rupture avec la continuité classique.
- La relation entre montage et autres arts (poésie, peinture, théâtre, littérature) est marquée par une influence mutuelle, où le montage a puisé dans ces disciplines leur vocabulaire et leurs notions pour conceptualiser ses pratiques, notamment par emprunt du lexique musical.
- La théorie du montage, notamment à travers des œuvres comme Intolérance de Griffith (1919), montre comment la discontinuité et l’anachronie deviennent des outils esthétiques et narratifs, reflétant la complexité du monde moderne.
- La modernité artistique a favorisé une logique de démembrement et de diversité, où le montage devient un mode d’expression capable de représenter la multiplicité des perceptions et des réalités.
- Le montage dépasse le cadre du cinéma pour devenir une pratique culturelle contemporaine, intégrant différentes formes d’art et de communication, en insistant sur la fragmentation et la recomposition comme principes fondamentaux.
💡 À retenir
Le montage, en tant qu’éruption de la modernité artistique, a instauré une logique de fragmentation, de diversité et de rupture, influençant profondément la poésie, la peinture, le théâtre et la littérature, tout en étant lui-même conceptualisé à partir de notions empruntées aux arts musicaux et à la culture contemporaine.
📖 6. Montage narratif et expressif
🔑 Notions clés & Définitions
- Montage (selon Marcel Martin, 1985) : « l’organisation des plans d’un film dans certaines conditions d’ordre et de durée ».
- Montage (selon André Bazin, 1958) : « la création d’un sens que les images ne contiennent pas objectivement et qui procède de leur seul rapport ».
- Montage dialectique (selon Sergueï Eisenstein, 1930) : montage qui propose moins d’assurer la continuité que de construire un sens par la confrontation d’idées ou d’images, utilisant des principes comme le montage métrique, rythmique, tonal, harmonique, et intellectuel.
📝 Points essentiels
- Le montage est « le fondement le plus spécifique du langage filmique » (Marcel Martin, 2001, p. 151), essentiel pour définir le cinéma comme art.
- Il naît de techniques d’assemblage industrielles du 18ème-19ème siècle, avec une double histoire pratique et théorique, séparant notamment le montage (période muette) du découpage (période parlante).
- La pratique du montage a évolué avec l’arrivée du son : d’abord privilégiant des plans longs (années 1930), puis la redécouverte du montage pour créer du sens. La technologie du playback a permis de retrouver cette fonction.
- Jean-Louis Comolli & Vincent Sorel (2015) soulignent que le montage est une « pensée en actes du monde », une capacité humaine à agir sur la réalité par l’assemblage d’images.
- Le montage a été influencé par d’autres arts : poésie, peinture, théâtre, littérature, notamment par l’idée de fragmentation et de diversité pour représenter un monde morcelé.
- La relation entre plans peut être une rupture ou une association, permettant de construire ou de déstructurer la narration.
- La théorie du montage distingue plusieurs types selon les auteurs : narratif, expressif, dialectique, constructif, intellectuel, lyrique, organique-actif, quantitatif-psychique, intensif-spirituel.
- La logique du raccord associe deux fragments hétérogènes, créant une continuité ou une rupture, avec une dimension sémantique et sensorielle.
💡 À retenir
Le montage est à la fois une organisation technique et une construction de sens, capable de façonner la narration, l’émotion et la réflexion à travers la confrontation et la combinaison d’images.
📖 7. Raccords et transitions
🔑 Notions clés & Définitions
- Raccord dans l’axe : type de raccord qui maintient la continuité spatiale en alignant les éléments visuels selon une ligne droite, renforçant la cohérence de l’espace filmique.
- Raccord de regard : raccord qui relie deux plans par la direction du regard d’un personnage, permettant au spectateur de suivre la ligne de regard et de comprendre la relation spatiale ou narrative.
- Fondu enchaîné : transition spécifique où une image se dissout progressivement dans une autre, laissant voir simultanément deux images, pour suggérer une continuité ou un passage de temps.
- Logique du raccord : principe selon lequel le passage d’un plan à un autre implique un changement de perception ou de sens, en passant d’un bloc espace-durée à un autre, tout en maintenant ou rompant la continuité.
- Raccord mouvement : raccord qui relie deux plans par la continuité du mouvement ou de la geste, permettant une fluidité dans la narration visuelle.
📝 Points essentiels
- Le raccord dans l’axe et le raccord de regard participent à la construction spatiale et à la cohérence narrative, en orientant la perception du spectateur. AUTEUR (1958) : la relation entre images permet d’échanger des informations, de créer des émotions et de donner des informations implicites.
- La logique du raccord, selon André Bazin (1958), consiste à passer d’un bloc espace-durée à un autre avec un changement de perception, tout en assurant une certaine continuité ou rupture selon le contexte narratif.
- Le fondu enchaîné, transition spécifique, permet de superposer deux images pour indiquer un passage de temps ou une continuité émotionnelle, tout en laissant une impression de fluidité.
- Les raccords de mouvement et de regard sont fondamentaux pour assurer la cohérence spatiale et temporelle, en guidant la perception du spectateur et en renforçant la logique narrative.
- Historiquement, dans les films muets et premiers films parlants, les raccords ont été essentiels pour structurer la narration, notamment dans les films de Georges Méliès ou dans le cinéma de l’époque, où ils servaient à assembler des fragments hétérogènes pour créer un tout cohérent.
💡 À retenir
Les raccords, qu’ils soient dans l’axe, de regard ou de mouvement, ainsi que le fondu enchaîné, jouent un rôle crucial dans la construction du sens narratif en assurant continuité ou rupture, et en guidant la perception du spectateur à travers l’espace et le temps.
📖 8. Montage invisible et politique
🔑 Notions clés & Définitions
- Montage invisible : technique de montage visant à assurer une continuité fluide entre les plans, de manière à ce que le spectateur ne perçoive pas les coupures ou manipulations, afin de préserver l’illusion de réalité. Selon Bazin (1958), il s’agit d’organiser spatialement et temporellement le film pour garantir cette continuité.
- Montage politique : utilisation du montage comme outil d’idéologie ou de discours critique, où la sélection, la juxtaposition et la structuration des plans servent à transmettre un message ou à influencer la perception du spectateur, souvent dans une optique engagée ou contestataire.
- Destruction du montage par le son et la musique (Henri Colpi) : phénomène où l’introduction du son, de la musique ou des paroles dans le film remet en question ou fragilise la logique du montage visuel, en brouillant la distinction entre images et sons, et en modifiant la perception de la continuité.
- Montage comme pensée en actes du monde : conception selon laquelle le montage ne se limite pas à une technique de structuration, mais représente une capacité humaine d’agir sur le monde, en organisant la réalité, en sélectionnant et en articulant des fragments pour créer du sens, comme le souligne Comolli & Sorel (2015).
- Enjeux esthétiques et politiques liés à la visibilité du montage : réflexion sur la fonction du montage en tant qu’élément visible ou invisible, où sa visibilité peut servir un propos esthétique ou politique, ou au contraire, être dissimulée pour favoriser l’immersion et la continuité.
📝 Points essentiels
- Le montage invisible repose sur une organisation minutieuse des plans pour assurer une continuité spatiale et temporelle, rendant la coupure indétectable, ce qui participe à la naturalisation de la narration. Bazin (1958) en fait un fondement ontologique du cinéma, visant à faire oublier la technique pour privilégier l’immersion.
- La critique du montage par le son et la musique, notamment par Henri Colpi, montre que l’introduction du son peut fragiliser cette invisibilité, en attirant l’attention sur la manipulation technique ou en créant une dissonance avec l’image.
- La conception de Comolli & Sorel (2015) insiste sur le montage comme une "pensée en actes", une capacité humaine à agir sur le monde en organisant ses fragments pour produire du sens, ce qui dépasse la simple technique pour devenir une pratique réflexive et créative.
- La visibilité ou invisibilité du montage soulève des enjeux esthétiques et politiques : un montage visible peut être revendiqué comme une marque d’art ou de critique, tandis qu’un montage invisible favorise l’immersion et la crédibilité de la narration.
- La double fonction du montage, à la fois comme outil de continuité et comme moyen de rupture, permet d’adapter la technique aux objectifs esthétiques et politiques du film, en jouant sur sa visibilité ou son invisibilité.
💡 À retenir
Le montage invisible vise à dissimuler la technique pour renforcer l’illusion de réalité, tandis que le montage politique utilise la visibilité du montage pour transmettre un message ou une critique ; tous deux soulignent l’importance de la fonction du montage dans la construction du sens et de la perception du film.
📖 9. Montage documentaire et attraction
🔑 Notions clés & Définitions
- Montage : « le fondement le plus spécifique du langage filmique » selon Marcel Martin (1985), qui consiste en l’organisation des plans dans des conditions d’ordre et de durée, permettant de créer du sens par la confrontation d’images.
- Montage d’attraction : technique de montage visant à produire un effet spectaculaire ou émotionnel immédiat, souvent par des effets visuels ou sonores destinés à captiver le spectateur.
- Montage constructif (Vertov) : approche qui rejette le découpage préalable, privilégiant une construction du film à partir de l’assemblage des plans lors du montage, pour construire une représentation du réel.
- Différence entre montage narratif et montage d’attraction : le montage narratif organise la continuité et la logique du récit, tandis que le montage d’attraction privilégie l’effet immédiat, sans nécessairement suivre une logique narrative.
- Rôle du montage dans la fabrication du sens documentaire : il constitue un outil essentiel pour assembler des plans et construire une représentation cohérente et significative du réel, en manipulant la temporalité, la spatialité et l’émotion.
- Exemples historiques : le montage Vertov (1920s), qui privilégie la construction du réel sans découpage préalable, illustrant une démarche constructiviste et expérimentale.
📖 10. Montage et perception
🔑 Notions clés & Définitions
- Gros plan : Plan rapproché qui concentre l’attention sur un détail précis, souvent pour accentuer une émotion ou une réaction, selon Hugo Münsterberg (1916), il suscite un surcroît d’attention du spectateur.
- Flash-back : Technique de montage qui remonte dans le temps pour révéler des événements passés, permettant d’objectiver la mémoire ou d’éclairer le récit, selon Hugo Münsterberg (1916).
- Fondu enchaîné : Transition entre deux images où la première s’efface progressivement pour laisser place à la suivante, perçu comme une perception subjective du spectateur par Hugo Münsterberg (1916).
- Montage alterné : Technique d’enchaînement qui imbrique des processus temporels différents, souvent pour suggérer simultanéité ou tension, selon Hugo Münsterberg (1916).
- Hors-champ : Élément suggéré sans être montré à l’écran, permettant de stimuler l’imagination du spectateur et d’étendre la perception spatiale, selon Hugo Münsterberg (1916).
- Diffusion intellectuelle et contamination émotionnelle (Lev Koulechov) : Concept selon lequel la diffusion d’un plan ou d’une image influence la perception et l’émotion du spectateur, en créant une contamination émotionnelle ou une diffusion d’idées, selon Lev Koulechov (1924).
📝 Points essentiels
- Approche psychologique du montage : selon Hugo Münsterberg (1916), le montage agit sur la perception subjective du spectateur en modulant ses processus mentaux, notamment par le biais du gros plan, du flash-back, et du fondu enchaîné, qui jouent sur la psychologie et la mémoire.
- Fonction mentale d’attente et d’imagination : le montage permet de créer des attentes ou d’éveiller l’imagination du spectateur, en utilisant notamment le montage alterné pour impliquer mentalement le public dans la construction du récit.
- Perception temporelle et spatiale : le montage joue un rôle dans la perception du temps et de l’espace, en utilisant des techniques comme le flash-back ou le hors-champ pour manipuler la chronologie et l’espace perçu.
- Diffusion intellectuelle et contamination émotionnelle : selon Lev Koulechov (1924), la diffusion d’un plan ou d’une image peut influencer la perception émotionnelle, créant une contamination qui modifie la réception du message filmique.
- Imbrication des processus temporels : le montage, notamment par le montage alterné, permet d’imbriquer plusieurs processus temporels, enrichissant la narration et la perception du spectateur.
💡 À retenir
Le montage, selon une approche psychologique, agit comme un outil de perception subjective, modulant la mémoire, l’émotion et la perception du temps et de l’espace chez le spectateur, notamment à travers des techniques comme le gros plan, le flash-back, et la diffusion émotionnelle.
📖 11. Montage et techniques spécifiques
🔑 Notions clés & Définitions
- Découpage : Technique consistant à diviser la pellicule ou le fichier numérique en segments ou plans, préparant leur assemblage ultérieur. Selon Vincent Amiel (2001), il s’agit d’une étape intentionnelle qui prévoit l’évolution des personnages et des scènes, distincte du montage qui intervient après.
- Soudure de pellicule : Opération physique de raccordement de deux segments de pellicule par collage ou soudure, permettant de créer un plan continu ou une séquence fluide.
- Montage métrique : Approche de Sergei Eisenstein (1930) où les plans sont assemblés selon leur durée fixe, indépendamment du contenu, pour instaurer un rythme précis.
- Montage rythmique : Technique selon Eisenstein (1930) qui consiste à organiser les plans en fonction de leur durée et de leur succession pour produire un effet de rythme, influençant la perception du spectateur.
- Montage tonal : Concept d’Eisenstein (1930) où l’association de plans repose sur leur tonalité émotionnelle ou dramatique, afin de renforcer l’effet global.
- Montage vertical et horizontal (Eisenstein) :
- Vertical : Assemblage de plans selon une ligne de force ou de mouvement, traversant plusieurs plans pour créer une dynamique globale.
- Horizontal : Organisation des plans selon une ligne narrative ou spatiale, assurant la continuité ou la rupture dans la narration.
📝 Points essentiels
- Le découpage précède souvent le montage et consiste à préparer la sélection et l’organisation initiale des plans, tandis que le montage est l’étape d’assemblage final visant à créer du sens.
- La soudure de pellicule, pratique physique, a permis l’évolution technique du montage, notamment dans l’ère de l’argentique, en facilitant la jonction de segments.
- Sergueï Eisenstein (1930) a théorisé plusieurs types de montage métrique, rythmique, tonal, harmonique, qui visent à manipuler la perception et l’émotion du spectateur par la structuration des plans.
- Le montage vertical et horizontal, développé par Eisenstein (1940), offre une organisation spatiale et dynamique des fragments, permettant des effets de simultanéité ou de contraste.
- L’utilisation des plans rapprochés, gros plans, et plans américains s’inscrit dans la technique de découpage et de montage pour accentuer certains éléments ou créer des effets de proximité ou d’éloignement.
- L’évolution technique du montage avec le son et le numérique a permis de complexifier ces techniques, en intégrant notamment des raccords sonores et des assemblages numériques plus précis.
💡 À retenir
Les techniques spécifiques de montage, telles que le découpage, la soudure, et les montages métrique, rythmique, tonal, et vertical/horizontal, constituent un arsenal permettant de structurer l’image pour produire rythme, émotion et sens, tout en évoluant avec les avancées technologiques.
📖 12. Montage et enjeux esthétiques et politiques
🔑 Notions clés & Définitions
- Montage comme enjeu esthétique et politique : Le montage n’est pas seulement un outil technique, mais un moyen d’expression qui influence la perception esthétique et sert aussi à véhiculer des discours politiques ou idéologiques, en jouant sur la visibilité ou invisibilité de ses processus (voir section 8).
- Montage et modernité artistique : Le montage marque l’éruption de la modernité dans les arts, en introduisant des formes de fragmentation, de démembrement et de diversité, en réponse à la complexité du monde contemporain, et en établissant un rapport à la continuité (voir influence réciproque entre cinéma et autres arts).
- Montage comme mode d’expression et discours idéologique : Selon Jean-Louis Comolli & Vincent Sorel (2015), le montage est une « pensée en actes du monde » qui permet d’agir sur la réalité, en utilisant des opérations de pensée, industrielles ou numériques, pour construire un discours critique ou idéologique.
- Montage et construction du sens au-delà de la narration : Le montage ne se limite pas à raconter une histoire, il construit aussi du sens par la confrontation d’images, en dépassant la simple narration pour produire des effets esthétiques, émotionnels ou idéologiques (voir André Bazin, 1958).
- Montage et influence réciproque entre cinéma et autres arts : Le montage s’inspire des arts comme la poésie, la peinture, le théâtre ou la littérature, et influence à son tour ces disciplines, notamment par l’emprunt de lexique, notions ou pratiques, illustrant une éruption de la modernité artistique (voir section 5).
📝 Points essentiels
- Le montage est considéré comme « le fondement le plus spécifique du langage filmique » (Marcel Martin, 2001), et sa définition essentielle est l’organisation des plans dans des conditions d’ordre et de durée, permettant la création de sens par la confrontation d’images (André Bazin, 1958).
- Son histoire ne naît pas avec le cinéma, mais de techniques industrielles d’assemblage du 18ème-19ème siècle, avec une double histoire pratique et théorique, scindée en périodes muette et parlante, notamment après l’avènement du film parlant avec Alan Crosland (1927).
- La théorie du montage s’est développée à travers diverses typologies, notamment celles d’Eisenstein (montage métrique, rythmique, tonal, harmonique, intellectuel) et celles de Jean Mitry (montage narratif, lyrique, constructif, intellectuel). Ces typologies soulignent que le montage ne sert pas uniquement la narration, mais aussi la construction dialectique d’idées ou d’émotions.
- La pratique du montage a évolué avec la technologie, passant de plans courts à des plans longs, avec l’introduction du plan séquence dans les années 1940, qui réduit l’importance du montage en favorisant la continuité spatiale et temporelle.
- Le montage est profondément lié à la modernité artistique, en associant le cinéma à la poésie, la peinture, le théâtre et la littérature, en introduisant des formes de fragmentation et de diversité, en réponse à un monde morcelé.
- La relation entre montage et arts connexes montre une influence mutuelle, notamment par l’emprunt de notions musicales, sémiotiques ou littéraires, pour enrichir la pratique cinématographique.
- La dimension politique du montage réside dans sa capacité à rendre visible ou invisible ses processus, à faire passer un message idéologique ou critique, ou à manipuler la perception du spectateur, comme dans le montage politique (section 8).
💡 À retenir
Le montage, en tant qu’enjeu esthétique et politique, dépasse la simple organisation technique pour devenir un mode d’expression qui façonne la perception, construit du sens et influence la modernité artistique et idéologique du cinéma.
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| 1850s | Distinction entre montage (muet) et découpage (parlant) |
| 1927 | Sortie de Le Chanteur de Jazz, rupture avec le montage muet |
| 1930 | Développement de la théorie du montage par Eisenstein |
| 1930s | Passage à des plans longs avec le playback, impact sur le montage |
| 1940 | Apparition du plan séquence et de la profondeur de champ, réduction de l'importance du montage |
📊 Tableaux de Synthèse
| Thème | Notions clés | Auteurs / Références |
|---|
| Définition du montage | Organisation des plans, création de sens par confrontation | Marcel Martin (1985), André Bazin (1958) |
| Histoire du montage | Origines industrielles, rupture avec le son en 1927, évolution technologique | Marcel Martin, Henri Colpi, Comolli & Sorel (2015) |
| Théories du montage | Montage métrique, rythmique, intellectuel; typologies selon Eisenstein, Mitry, Deleuze | Eisenstein (1930-40), Mitry, Deleuze |
⚠️ Pièges & Confusions Fréquentes
- Confondre montage et découpage, surtout dans l’histoire du cinéma (muet vs parlant).
- Croire que le montage a disparu après l’arrivée du son, alors qu’il a évolué mais reste fondamental.
- Confondre montage narratif et montage expressif, ou leur usage selon les théoriciens.
- Surestimer l’importance du montage après 1940, alors que le plan séquence et la profondeur de champ ont réduit son rôle.
- Confondre les différentes classifications de Eisenstein (métrique, rythmique, intellectuel).
- Négliger l’influence des arts (peinture, théâtre, littérature) sur la théorie du montage.
- Confondre la fonction de raccord pour assurer continuité ou rupture sans distinguer leur impact sémantique ou idéologique.
- Omettre la distinction entre le montage muet et parlant dans la pratique et la théorie.
✅ Checklist Examen
- Connaître la définition du montage selon Marcel Martin et André Bazin.
- Maîtriser l’origine industrielle du montage et ses techniques au 18ème-19ème siècle.
- Savoir distinguer montage et découpage, notamment leur évolution historique autour de 1850 et 1927.
- Identifier les principales ruptures technologiques : arrivée du son en 1927, plans longs dans les années 1930, plan séquence et profondeur de champ après 1940.
- Comprendre la conception de Jean-Louis Comolli & Vincent Sorel sur le montage comme « pensée en actes du monde ».
- Connaître l’influence des arts (poésie, peinture, théâtre, littérature) sur la théorie du montage.
- Maîtriser les différentes classifications de Sergei Eisenstein (métrique, rythmique, intellectuel).
- Savoir que le raccord peut assurer continuité ou provoquer rupture, selon la logique du montage.
- Connaître la notion de plan, ses types (gros plan, plan américain, etc.) et son rôle dans la narration.
- Comprendre la distinction entre montage narratif, expressif, et leur usage selon les théoriciens.
- Identifier les principales figures de la théorie du montage : Eisenstein, Mitry, Deleuze, Münsterberg.
- Connaître la différence entre montage et techniques spécifiques (raccords, transitions, effets).