Fiche de révision : Ségrégation et pouvoir en santé

Plan du Cours

  1. Ségrégation genrée des professions sanitaires
  2. Ségrégation verticale et réussite professionnelle
  3. Institutions médicales et pouvoir symbolique
  4. Jeunesse et normes de santé étatiques
  5. Structure du pouvoir médical et monopoles
  6. Autonomisation de la sphère religieuse
  7. Régulation de l’accès aux soins au XIXe
  8. Pratique libérale et identité professionnelle médicale
  9. Hygiénisation et domestication des classes dangereuses
  10. État sanitaire et social face aux risques
  11. Contrôle social des consommations et addictologie
  12. Inégalités sociales et racialisations en clinique

1. Ségrégation genrée des professions sanitaires

Notions clés & Définitions

  • Ségrégation horizontale : La ségrégation horizontale désigne la répartition différente des femmes et des hommes selon les métiers et les secteurs.
  • Ségrégation verticale : La ségrégation verticale renvoie au fait que les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes niveaux hiérarchiques, avec une montée plus lente des femmes.
  • Reproduction sociale : La reproduction sociale décrit la transmission des positions et des chances scolaires et professionnelles via la famille et l’environnement.
  • Bénévolat social : Le bénévolat social renvoie à l’organisation historique du social autour d’activités non rémunérées, qui a contribué à féminiser certains rôles.
  • Sélection par concours : La sélection par concours correspond au fait que l’accès à certaines fonctions médicales dépend de réussites à des épreuves, où les femmes sont plus nombreuses à réussir.

Points essentiels

  • En 2023, une enquête indique que 9/10 des emplois du secteur sanitaire, social et éducatif sont occupés par des femmes.
  • La féminisation est très forte dans l’assistance maternelle et la garde d’enfants à domicile, avec environ 96% de femmes.
  • Dans l’éducation spécialisée, la part des femmes est plus faible (63%), car les interventions ne se limitent plus aux jeunes en protection de l’enfance et s’étendent aux handicaps.
  • Dans les professions du social, les fonctions ont été historiquement assignées : rôles plutôt compassionnels pour les femmes et rôles plutôt productifs pour les hommes, parfois avec un fondement légal.
  • Le métier d’assistant de service social (AS) s’ouvre aux hommes à partir des années 60, mais les hommes restent minoritaires.
  • Dans le social, plus on monte dans la hiérarchie, plus la présence masculine augmente, et les taux de réussite cités en cadre sont 87% pour les hommes contre 65% pour les femmes.

Astuce mémo

Idée-clé : « plus c’est “soin/prise en charge” et “public jeune”, plus c’est féminin ; plus c’est “hiérarchie/autorité”, plus les hommes montent ».

2. Ségrégation verticale et réussite professionnelle

Notions clés & Définitions

  • Sociologie des institutions : La sociologie des institutions étudie comment des institutions structurent la vie sociale en imposant des pratiques et des croyances.
  • Institution : Une institution est un acteur qui prend en charge un domaine de la vie sociale, avec des effets plus ou moins contraignants sur les individus.
  • Pouvoir médical : Le pouvoir médical désigne la capacité des institutions médicales à transformer la réalité en contrôlant les représentations de la santé.
  • Naturalisation : La naturalisation fait apparaître un ordre social comme allant de soi, comme s’il était naturel plutôt que construit.
  • Monopole médical : Le monopole médical est le contrôle institutionnel de l’exercice des soins, notamment via la définition de ce qui est bon ou mauvais pour la santé.

Points essentiels

  • Le salariat désigne un régime de travail capitaliste fondé sur un lien de subordination et le paiement des heures, avec financement de droits sociaux.
  • Une institution produit un ordre social objectivé, présenté comme naturel, et ses fonctions ne font pas l’objet de débat.
  • Recourir à des institutions (médecin, école) ne relève pas d’un choix privé : la contrainte est socialement légitime.
  • La médecine dispose d’un monopole de soigner et définit ce qui est bon ou mauvais pour la santé, ce qui renforce son pouvoir symbolique.
  • Les institutions socialisent et régulent la vie collective en imposant des manières d’agir et de sentir.
  • L’institutionnalisation de la médecine passe par l’histoire du groupement professionnel des médecins, d’abord émancipés de l’autorité religieuse puis dotés d’un monopole au XIXe siècle.

Astuce mémo

Institution = “prise en charge” + “contrainte légitime” + “ordre naturel” (médecine = santé).

3. Institutions médicales et pouvoir symbolique

Notions clés & Définitions

  • Médicalisation des problèmes sociaux : La médicalisation consiste à interpréter des difficultés sociales avec un sens médical, alors qu’elles étaient auparavant traitées autrement.
  • Psychologisation des problèmes sociaux : La psychologisation désigne le fait de lire des problèmes sociaux à travers des catégories psychologiques plutôt que sociales.
  • Pouvoir symbolique : Le pouvoir symbolique est la capacité d’imposer des catégories et des évidences collectives qui rendent certaines réalités officielles.
  • CMU : La CMU est un dispositif d’accès à la couverture santé, mobilisé dans des politiques d’insertion et de lutte contre l’exclusion.
  • Autonomie professionnelle des médecins : L’autonomie professionnelle correspond au pouvoir des médecins à organiser et réguler leur activité et leur discours, en partie indépendamment de l’État.

Points essentiels

  • La médicalisation reconfigure des problèmes dans un langage médical et étend le champ de l’institution médicale vers des domaines auparavant gérés par le droit ou la religion.
  • Des exemples de médicalisation cités sont l’alcoolisme, la toxicomanie et l’obésité, traités comme des “maladies” ou des réalités médicales.
  • La santé devient un enjeu central des politiques publiques d’insertion, car elle est pensée comme une ressource permettant de se réaliser physiquement, psychiquement et socialement.
  • La santé est aussi un critère d’employabilité : quand elle fait défaut, l’accès au travail peut être empêché au nom de la responsabilité et de l’hygiène.
  • L’argument de Durkheim relie la sociologie aux institutions : elles produisent des contraintes sociales issues de la socialisation et régulent les pratiques.
  • Le pouvoir symbolique de la médecine définit ce qui est “bon” ou “mal” pour la santé et contribue à rendre officiels des classements collectifs, comme l’acte de mariage l’a été pour l’État.

Astuce mémo

Médicalisation = “social → diagnostic” : on transforme un problème de société en problème de santé, donc en catégorie médicale.

4. Jeunesse et normes de santé étatiques

Notions clés & Définitions

  • Académie de médecine : Institution chargée d’encadrer la formation et de réguler les pratiques médicales au service du gouvernement.
  • Monopole légal des médecins : Pouvoir juridique qui réserve certains actes, titres et pratiques à un groupe médical, sans caractère naturel.
  • Sécularisation de la gestion des maladies : Processus historique qui déplace la prise en charge du malheur social de l’autorité religieuse vers des logiques médicales.
  • Économie du salut : Organisation religieuse des secours où les dons et soins visent aussi le salut des personnes jugées dignes.
  • Léproseries : Institutions religieuses de mise à l’écart des lépreux, avec exclusion civile et encadrement coercitif.

Points essentiels

  • La formation médicale est encadrée par une autorité académique, qui fixe durée et contenu d’apprentissage.
  • Les médecins disposent d’un pouvoir politique lié à leur statut social et à leur capacité de nuisance, utilisée pour défendre l’autonomie professionnelle.
  • Le poids d’un groupe professionnel se mesure aussi à sa capacité d’agir politiquement, notamment lors de la défense de l’autonomie médicale.
  • Le monopole médical n’est pas “naturel” : il résulte d’une décision de l’État qui réserve actes et titres à un groupe.
  • Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la prise en charge du malheur social ne repose pas encore sur un espace médical différencié.
  • Avant la sécularisation, des organisations religieuses gèrent maladies et secours via une économie du salut, avec logement et nourriture mais des conditions souvent déplorables.

Astuce mémo

Monopole = Loi (pas nature) ; Religion = Salut + isolement ; État = Médecine + Académie.

5. Structure du pouvoir médical et monopoles

Notions clés & Définitions

  • Médecins universitaires : Profession médicale formée en faculté, structurée par des savoirs théoriques et des rites intellectuels, avec une forte opposition aux approches concurrentes.
  • Chirurgiens : Profession médicale centrée sur les pratiques invasives, historiquement distincte de la médecine universitaire et progressivement reconnue comme discipline à part entière.
  • Barbiers-chirurgiens : Sous-groupe de praticiens réalisant des actes chirurgicaux (amputations, fractures) et se regroupant en corporation pour défendre leurs intérêts.
  • Apothicaires : Profession chargée de préparer, fabriquer et vendre des remèdes, organisée en corporation distincte des épiciers dès le XVIe siècle.
  • Officiers de santé : Profession créée par la loi de 1803, permettant un exercice limité à un territoire et contribuant à empêcher un monopole total des médecins.

Points essentiels

  • Les médecins se constituent en unité professionnelle dans un contexte de pluralité théorique et de luttes de pouvoir au sein de l’espace médical.
  • Les praticiens diplômés des facultés portent des cadres intellectuels imposés par l’Église et s’opposent aux théories concurrentes.
  • Au XVIIIe siècle, les inégalités de statut et de revenus sont fortes entre médecins, notamment entre ville et campagnes (exercice sans diplôme pour une partie des praticiens ruraux).
  • Les chirurgiens gagnent en prestige grâce à la reconnaissance institutionnelle et à l’efficacité observée, notamment sur les champs de bataille.
  • Louis XV reconnaît la discipline chirurgicale à part entière au milieu du XVIIIe siècle, avec création d’écoles et d’institutions (dont l’académie royale de chirurgie).
  • En 1777, les pharmacies obtiennent le monopole de la vente et de la préparation des remèdes et fondent le Collège royal de pharmacie pour consolider leur position.

Astuce mémo

Hiérarchie en chaîne : Médecins (facultés) → Chirurgiens (corps) → Pharmacies (remèdes) → Officiers de santé (territoire).

6. Autonomisation de la sphère religieuse

Notions clés & Définitions

  • Officiers de santé : Profession médicale subalterne créée par la loi, avec exercice limité à un territoire donné.
  • Congrégation religieuse : Association religieuse d’œuvres, structurée autour de missions, notamment dans le domaine hospitalier.
  • Congréganistes : Femmes travaillant dans des congrégations religieuses, très présentes dans les établissements de soins.
  • Médecine empirique : Pratique médicale fondée sur l’expérience et des savoirs non reconnus par le cadre médical officiel.

Points essentiels

  • La loi de 1803 organise l’accès aux soins en précisant qui peut exercer et sous quelles conditions de formation.
  • La loi de 1803 crée deux titres (médecine et chirurgie) et limite l’exercice officiel aux personnes formées selon le cadre prévu.
  • Les médecins ne disposent pas d’un monopole total car la profession d’officiers de santé existe et exerce dans un territoire déterminé.
  • Les officiers de santé participent à une division du travail médical et peuvent être dénoncés par les médecins seulement à titre individuel, les corporations restant interdites.
  • Au XIXe siècle, l’hôpital reste d’abord une institution sociale, puis devient progressivement un lieu d’enseignement avec l’essor de la médecine clinique.
  • Les soins assurés par les religieux ne sont pas décrits comme médicaux, mais leur présence contribue à la médicalisation indirecte et au prestige social des médecins.

Astuce mémo

Officiers de santé = « territoire » ; religieux = « auxiliaires » (ils finissent par se conformer aux prescriptions médicales).

7. Régulation de l’accès aux soins au XIXe

Notions clés & Définitions

  • Pratique libérale de la médecine : La pratique libérale désigne une organisation où les médecins revendiquent une autonomie d’exercice sans contraintes administratives imposées.
  • Déserts médicaux : Les déserts médicaux désignent des zones où l’offre de soins est insuffisante, créant des “trous” dans la présence de médecins.
  • Dépassement d’honoraires : Le dépassement d’honoraires est un mode de rémunération revendiqué par les médecins libéraux, distinct d’une tarification imposée par l’administration.
  • Tiers-payant : Le tiers-payant est présenté comme un principe de paiement qui doit relever de l’organisation du soin et non d’une administration qui fixerait les règles.
  • Secours médical gratuit : Le secours médical gratuit est une mesure évoquée comme modifiant la situation financière des médecins, en leur apportant une garantie.

Points essentiels

  • Certains médecins s’opposent à une “collectivisation” de la médecine et défendent une organisation sans contraintes sur les lieux d’exercice.
  • Les syndicats cherchent une correspondance entre pratique libérale et efficacité thérapeutique pour justifier leur modèle.
  • Une mesure proposée en 2024 en France vise à réguler l’installation des médecins avec des aides pour réduire les inégalités de répartition.
  • Tous les syndicats s’opposent aux déserts médicaux, jugeant la mesure contre-productive car elle découragerait l’installation et la participation.
  • Les combats syndicaux portent sur l’autonomie, le dépassement d’honoraires, le tiers-payant et la liberté d’installation.
  • La loi Chevandier est présentée comme ayant réglé le problème de la concurrence lié à la constitution du syndicalisme médical.

Astuce mémo

Libéral = liberté d’installation + paiement négocié (pas d’administration).

8. Pratique libérale et identité professionnelle médicale

Notions clés & Définitions

  • Économie du salut : Notion religieuse où les dons des plus riches permettent aux institutions ecclésiales d’aider les pauvres afin de contribuer au salut.
  • Charité légale : Forme d’assistance encadrée par l’État, opposée aux pratiques philanthropiques qui revendiquent une aide plus libre et conditionnée.
  • Sociétés de bienfaisance libre : Associations philanthropiques laïques, développées vers 1780, qui agissent en dehors de la tutelle religieuse et valorisent l’« homme de bien ».
  • Prolétariat urbain : Nouvelle classe ouvrière des villes, perçue comme une menace pour l’ordre public et comme un risque sanitaire.
  • Hygiénisme : Courant de savoirs et de dispositifs visant l’entretien de l’hygiène, reliant l’environnement social aux maladies.

Points essentiels

  • Les œuvres charitables sont présentées comme des « bonnes œuvres » et comme un moyen de transformer le pauvre en individu responsable plutôt que de secourir sans limites.
  • Les élites philanthropiques exercent une tutelle morale : l’aide est conditionnée pour éviter d’entretenir des « mauvais comportements » chez les pauvres.
  • La philanthropie devient un marqueur d’appartenance à la « bonne société » par la création ou le soutien actif d’organisations prenant en charge les personnes vulnérables.
  • Le développement de l’assistance est expliqué par une double crainte : menace politique et sanitaire liée au prolétariat urbain, dans un contexte de révoltes et de révolutions (1789, 1830, 1848, 1871).
  • Après 1871, la « semaine sanglante » et le massacre des Communards renforcent l’idée d’une régulation sociale par l’État face aux masses populaires.
  • L’intervention sociale vise aussi une enquête morale : on cherche à repérer les changements de conduite et à proportionner les secours aux nécessités du malheur, sans aide sans investigation.

Astuce mémo

Double menace = ordre public + contagion ; réponse = enquête morale + hygiénisme.

9. Hygiénisation et domestication des classes dangereuses

Notions clés & Définitions

  • Hygiénisme : Discipline médicale qui relie l’environnement social aux maladies et sert de base à des normes de conduite pour les classes populaires.
  • Biopolitique : Mode de pouvoir qui gère la vie des populations (corps, santé, comportements) pour organiser la société et sa reproduction.
  • Comités d’hygiène : Organismes créés dans les grandes villes pour diffuser des pratiques d’hygiène et encadrer les comportements collectifs.
  • Solidarisme : Doctrine politique qui présente la solidarité entre individus comme fondement de l’État social, en lien avec les craintes hygiénistes.
  • Bio-gouvernement : Gouvernement de la vie des gens, centré sur les corps, afin de soutenir la reproduction sociale et d’ouvrir une assistance publique.

Points essentiels

  • L’hygiénisme transforme le corps de l’ouvrier en objet de gestion médicale, ce qui fait du gouvernement un « gestionnaire médical » de la population.
  • Au début du XIXe siècle, la frontière entre sain et malsain se déplace vers la propreté, et la pauvreté est associée à l’immoralité, la saleté et la puanteur.
  • Les normes hygiénistes visent à « moraliser » les pauvres en modifiant leurs habitudes (dont l’alcoolisme) et en détournant des vices.
  • La promiscuité des logements surpeuplés est présentée comme un facteur aggravant, renforçant la peur bourgeoise et la volonté de domestication.
  • Progressivement, l’hygiénisme devient une doctrine politique avec revues, congrès et sociétés, unies par l’objectif de transformer les mœurs populaires.
  • La loi de 1893 sur le premier secours médical gratuit s’inscrit dans une logique hygiéniste portée par parlementaires et élus locaux liés à des sociétés d’hygiène.

Astuce mémo

Hygiénisme = « propreté = moralité » : on soigne le corps pour discipliner les mœurs.

10. État sanitaire et social face aux risques

Notions clés & Définitions

  • Prohibition américaine : La prohibition américaine est une politique de 1920 qui interdit la vente/consommation d’alcool aux États-Unis pour des raisons présentées comme sanitaires et morales.
  • Brigade des mœurs : La brigade des mœurs est un service de police parisien chargé de surveiller et réprimer des conduites jugées immorales liées à l’alcool, plutôt que d’agir comme mesure de santé.
  • Ligue nationale contre les alcooliques : La Ligue nationale contre les alcooliques est une organisation hygiéniste française qui combat l’alcoolisme mais pèse peu face aux intérêts des producteurs.
  • Addictologie : L’addictologie est le champ de prise en charge qui s’impose à la fin des années 1990 pour gérer les consommations comme des addictions, après une phase surtout répressive.
  • Loi du 31 décembre 1970 : La loi du 31 décembre 1970 (n° L627) institutionnalise une double définition des consommateurs de stupéfiants comme malades et délinquants.

Points essentiels

  • La violence révolutionnaire est décrite comme une irruption de masses d’hommes enivrés visant à renverser l’ordre établi.
  • La violence sociale est pensée à travers trois foyers : violence domestique envers femmes et enfants et violence criminelle.
  • La prohibition aux États-Unis (1920) est justifiée dans le récit par l’idée que l’alcool détruit la productivité économique.
  • À Paris, la réponse à l’alcool relève d’abord de la police intérieure via la brigade des mœurs, pas d’une logique de santé publique.
  • La sobriété en Amérique du Nord devient une valeur d’« américanité » portée par des élites protestantes (méthodistes, presbytériens, calvinistes).
  • En France, l’alcool est distingué entre consommation mondaine (grands alcools, marques, millésimes) et ivrognerie (populations populaires, moralement réprimées).

Astuce mémo

Cause→effet : alcool→désordre (violences/immoralité) ⇒ réponses d’abord policières puis médicalisées (addictologie).

11. Contrôle social des consommations et addictologie

Notions clés & Définitions

  • Injonction thérapeutique : Mesure alternative à la peine d’emprisonnement qui propose des soins en lieu et place de la sanction pénale.
  • Brigade des stupéfiants : Unité policière spécialisée créée pour renforcer la répression des consommations et des consommateurs.
  • Toxicothérapeutes : Professionnels de santé, plutôt outsiders, mobilisés au début des années 1970 pour mettre en œuvre une approche thérapeutique des toxicomanies.
  • LIPT : Association créée au milieu des années 1970, liée à la ligue des intervenants en psychothérapie et à un chef de file des toxicothérapeutes.
  • VIH : Virus dont l’arrivée au milieu des années 1980 a transformé la perception médicale des consommations d’héroïne et les dispositifs de suivi.

Points essentiels

  • Dans les années 1970, la consommation est associée à la transgression, à la liberté et à l’hédonisme générationnel, ce qui conduit à cibler une jeunesse issue de Mai 68.
  • Le retour à l’ordre moral entraîne des mesures répressives (ex. interdictions de journaux) visant cette jeunesse.
  • L’injonction thérapeutique apparaît comme une alternative à la prison, permettant d’opter pour des soins plutôt que la sanction.
  • La répression policière s’intensifie et la police crée une brigade dédiée aux stupéfiants, qui devient autonome à la fin des années 1980.
  • Le basculement des années 1980 transforme la logique de « guerre contre la drogue » en « guerre contre les drogués », réduisant l’usage de l’injonction thérapeutique.
  • L’offre thérapeutique des années 1970 est jugée trop limitée et peu diversifiée, ce qui freine l’application de l’injonction thérapeutique, notamment pour des jeunes de banlieue.

Astuce mémo

Ordre moral → répression; soins en alternative (injonction) → puis VIH = suivi médical et contrôle via parcours.

12. Inégalités sociales et racialisations en clinique

Notions clés & Définitions

  • Renoncement aux soins : Le renoncement aux soins désigne le fait de ne pas consulter ou de différer des soins malgré un besoin, souvent pour des raisons financières et sociales.
  • CMU-C : La CMU-C est une complémentaire santé gratuite destinée aux personnes aux ressources modestes pour réduire l’accès inégal aux soins.
  • Complémentaire santé solidaire : La complémentaire santé solidaire regroupe des aides permettant l’accès à une couverture complémentaire sous un seuil de ressources.
  • ACSS : L’ACSS est une complémentaire santé d’entreprise issue d’un accord national interprofessionnel, financée par cotisations et accessible via le travail.
  • Racisation : La racisation est le processus qui transforme des catégories sociales ou raciales en différences présentées comme biologiques et naturelles en clinique.

Points essentiels

  • Les personnes les plus modestes consultent plus rarement et renoncent davantage aux soins, avec des causes économiques et sociologiques.
  • La CMU-C a été mise en place en 2000 pour ouvrir l’accès à une complémentaire santé aux revenus sous un seuil de pauvreté.
  • La généralisation de la santé s’appuie aussi sur une complémentaire d’entreprise créée par un accord national interprofessionnel, avec cotisations et accès via l’organisation du travail.
  • Malgré ces dispositifs, 2,5 millions de personnes restent sans complémentaire, soit 11% des individus avec des revenus inférieurs à 1000 euros.
  • Avant la réforme, la part de salariés sans complémentaire était d’environ 3%, et elle est aujourd’hui autour de 1,5 million, avec un changement surtout chez les salaires les plus modestes.
  • Parmi les personnes sans complémentaire, on retrouve notamment étudiants, retraités, indépendants et chômeurs, et la cause renvoie à une détresse économique plutôt qu’à un choix individuel.

Astuce mémo

Éco→renoncement : moins d’argent = moins de soins (et plus de “non-accès”).

Repères chronologiques

DateÉvénement
1780Développement des sociétés de bienfaisance libre (philanthropie laïque)
1791Loi Le Chapelier : suppression des corporations
1792Révolution : suppression des corporations (profession organisée disparaît)
1803Loi de 1803 : création des titres (médecine/chirurgie) et des officiers de santé
1820Création de l’académie de médecine (contrôle étatique des pratiques médicales)
1892Loi Chevandier : interdiction de l’exercice illégal et construction du monopole médical
30 novembre 1892Vote de la loi Chevandier
1893Loi de 1893 : premier secours médical gratuit
1895Accord entre ligue de la mutualité et union des syndicats médicaux français
18971,2 million de personnes bénéficient du secours médical gratuit

Tableaux de synthèse

Ségrégation genrée dans le sanitaire et le social

SecteurPart de femmesRepère chiffré
Sanitaire/social/éducatifTrès majoritaire9/10 en 2023
Petite enfance (assistance maternelle/garde à domicile)Très forte≈96%
Éducation spécialiséeMoins féminisée63%

Ségrégation verticale et réussite (cadres)

GroupeTaux de réussiteRepère
Hommes87%cadre
Femmes65%cadre

Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre ségrégation horizontale (répartition par métiers/secteurs) et ségrégation verticale (hiérarchie et montée plus lente des femmes).
  2. Croire que la médicalisation est seulement “soigner” : c’est aussi reconfigurer des problèmes sociaux en catégories médicales (diagnostic, maladies).
  3. Penser que le monopole médical est “naturel” : il est présenté comme légal, construit par l’État et consolidé par des lois (ex. Chevandier).
  4. Oublier que la loi de 1803 ne donne pas un monopole total : elle crée aussi les officiers de santé, avec exercice limité à un territoire, et limite les plaintes collectives (uniquement individuelles).
  5. Mélanger charité légale et philanthropie : la charité légale est encadrée par l’État et conditionne l’aide, tandis que la philanthropie laïque se développe hors tutelle religieuse (sociétés de bienfaisance libre).
  6. Croire que la prohibition est d’abord sanitaire en France : le cours insiste sur une logique de police intérieure (brigade des mœurs à Paris).
  7. Réduire les inégalités de santé à des choix individuels : le cours insiste sur la détresse économique, le renoncement aux soins et les dispositifs (CMU/complémentaires).

Checklist Examen

  1. Définir ségrégation horizontale et verticale, et relier ces notions aux exemples du sanitaire/social/éducatif (assistance maternelle, garde à domicile, éducation spécialisée).
  2. Expliquer comment la reproduction sociale et le bénévolat social participent à la féminisation de certains rôles dans le social.
  3. Présenter l’idée de reproduction des rôles sexués (public jeune/soins vs hiérarchie/autorité) et donner les repères chiffrés (≈96%, 63%, 9/10 en 2023).
  4. Décrire la logique de l’institution médicale : contrainte socialement légitime, naturalisation de l’ordre social, pouvoir symbolique et monopole de définir le bon/mauvais pour la santé.
  5. Expliquer la médicalisation des problèmes sociaux : transformation du social en langage médical (alcoolisme, toxicomanie, obésité) et extension du champ de compétence vers l’insertion.
  6. Relier l’autonomisation de la sphère religieuse à la sécularisation : rôle de l’Église (sacrements, léproseries) puis encadrement étatique (académie de médecine) et remplacement de l’automédication par des spécialistes.
  7. Exposer la structure de l’espace des soins au XIXe : loi de 1803 (titres, durée, officiers de santé), division du travail, et limites de la dénonciation (individuelle, corporations interdites).
  8. Expliquer comment la loi Chevandier (1892) consolide le monopole : interdiction de l’exercice illégal, fin/raréfaction des officiers de santé, droit de former des syndicats et moyens collectifs contre la concurrence.
  9. Décrire l’invention de l’État sanitaire et social : charité légale vs philanthropie, double menace (ordre public + sanitaire) et enquête morale/hygiénisme comme domestication.
  10. Présenter l’hygiénisation et la domestication : déplacement du sain/malsain vers la propreté, comités d’hygiène, loi de 1893 et logique solidariste.
  11. Expliquer la médicalisation de la société et l’individualisation : normes de santé, honte intériorisée, OMS et passage d’un droit à la santé à un devoir de santé.
  12. Analyser les inégalités sociales de santé : renoncement aux soins, CMU-C/complémentaire santé solidaire/ACSS, 2,5 millions sans complémentaire, et racisation en clinique (catégories biologisées, biais de crédibilité).

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Ségrégation et pouvoir en santé avec 12 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Qu’entend-on par ségrégation horizontale dans les professions sanitaires et sociales ?

2. Que désigne la ségrégation verticale dans le monde professionnel ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Ségrégation et pouvoir en santé avec 24 flashcards interactives.

Ségrégation horizontale — définition ?

Répartition différente des sexes selon les métiers.

Ségrégation verticale — rôle ?

Limite la progression hiérarchique des femmes.

Reproduction sociale — impact ?

Transmet inégalités et rôles sexués.

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