📋 Plan du Cours
- Définitions et champ de l’épistémologie
- Éthique de la recherche et validité expérimentale
- Éthique de l’utilisation technique et exemples
- Transmission du savoir et organisation des connaissances
- Caducée d’Asclépios et symbolique médicale
- Évolution du serment d’Hippocrate
- Erreur consubstantielle à l’exercice médical
- Limiter le risque d’erreur par la démarche expérimentale
- Exploration de l’inconnu et liberté intellectuelle
- Découverte de Lykoudis et échec du dogme
- Succès de Marshall et Warren sur Helicobacter
- Postulats de Koch et étapes de validation
📖 1. Définitions et champ de l’épistémologie
🔑 Notions clés & Définitions
- Épistémologie : L’épistémologie est l’étude critique de la science, portant sur ses fondements logiques, sa valeur et sa portée pour la pensée et pour l’humain.
- Doxa : La doxa désigne l’opinion, par opposition à la connaissance visée par l’épistémologie.
- Éthique de la recherche : L’éthique de la recherche regroupe les exigences morales qui encadrent la façon de produire des connaissances scientifiques.
- Éthique de l’utilisation technique : L’éthique de l’utilisation technique examine les conséquences morales et sociales des applications des découvertes scientifiques.
- Transmission du savoir : La transmission du savoir concerne la manière d’enseigner et de faire progresser les connaissances de génération en génération.
📝 Points essentiels
- Le mot « épistémologie » vient du grec « épistémê » (connaissance/savoir) et « logos » (discours/étude).
- L’épistémologie s’oppose à la doxa en visant une réflexion sur la connaissance plutôt que sur l’opinion.
- Elle cherche à déterminer les origines logiques des sciences, leur valeur, leur portée et leurs limites pour la pensée et pour l’homme.
- Elle porte sur la validité et la pertinence des connaissances scientifiques, ainsi que sur le raisonnement et l’enseignement scientifique.
- Elle inclut l’éthique de la recherche et la validité de la démarche expérimentale.
- Elle inclut aussi l’éthique de l’utilisation technique, car un même outil peut soigner ou être détourné (exemple du laser).
💡 Astuce mémo
Épistémologie = « logos sur l’épistémê » : discours critique sur le savoir, pas sur l’opinion (doxa).
📖 2. Éthique de la recherche et validité expérimentale
🔑 Notions clés & Définitions
- Comité consultatif national d’éthique (CCNE) : Organisme français strictement consultatif créé dans les années 1980 pour éclairer les débats et les décisions sur les enjeux éthiques liés aux progrès scientifiques.
- Débat public éthique : Espace organisé par le CCNE pour discuter publiquement des questions morales soulevées par les avancées de la science et de la médecine.
- Doute méthodique : Attitude intellectuelle consistant à remettre en question les idées reçues pour examiner la vérité avec rigueur avant de conclure.
- Parcours labyrinthique des connaissances : Idée selon laquelle l’histoire des sciences progresse par essais, erreurs, retours en arrière et impasses plutôt que par une ligne droite de vérités.
- Validité expérimentale : Conformité d’une conclusion aux résultats obtenus via une démarche d’observation, d’hypothèses, d’expérimentation, de vérification et de conclusion.
📝 Points essentiels
- Le CCNE peut être saisi par des décideurs politiques, des associations d’utilité publique ou par auto-saisine.
- Le CCNE organise le débat public sur les questions éthiques et éclaire le monde politique et judiciaire sur les progrès scientifiques.
- Les travaux du CCNE portent surtout sur les conséquences des progrès scientifiques.
- L’épistémologue doit développer un esprit critique et une pratique du doute pour limiter les biais socioreligieux et politico-économiques.
- L’évolution des connaissances scientifiques est décrite comme un parcours labyrinthique avec fausses routes, retours et impasses.
- La démarche expérimentale citée repose sur observer, s’étonner, émettre des hypothèses, expérimenter, vérifier puis conclure.
💡 Astuce mémo
CCNE = « Consultatif, débat, conséquences » ; Doute = « examiner avant d’affirmer ».
📖 3. Éthique de l’utilisation technique et exemples
🔑 Notions clés & Définitions
- Intelligence : L’intelligence est un résultat de la sélection naturelle qui permet d’agir sur l’environnement en le comprenant et en améliorant la survie.
- Transhumanisme : Le transhumanisme vise l’amélioration de l’humain, notamment via des technologies, mais son avenir et ses limites restent incertains.
- Paradigme des humeurs : Le paradigme des humeurs est une vision ancienne des causes des maladies, abandonnée au profit de modèles plus scientifiques.
- Microscope : Le microscope est un outil qui a rendu possible l’étude fine des agents infectieux, rendant l’infectiologie praticable.
- Postulat d’objectivité : Le postulat d’objectivité sépare le croire du savoir et oriente la science vers le comment plutôt que vers le pourquoi.
📝 Points essentiels
- L’intelligence permet aussi des interactions sociales complexes et la prise de conscience de sa propre finitude.
- L’intelligence pousse à expliquer le monde (religions et philosophies) et à chercher l’origine des sciences.
- Une utilisation purement technique peut devenir écologiquement dangereuse si elle ignore les effets sur le vivant et l’environnement.
- Les sciences et techniques visent d’abord à résoudre des problèmes humains liés à survivre, manger et se perpétuer.
- En médecine, l’objectif technique est de décrypter les causes de pathologies (traumatologiques, toxiques, métaboliques, infectieuses, génétiques, cancéreuses, neuro-endocriniennes, etc.).
- En infectiologie, certaines causes ne sont pas directement accessibles sans inventer des outils comme le microscope ; en toxicité/métabolisme, il a fallu inventer la chimie au XVIIIe siècle et abandonner les humeurs.
💡 Astuce mémo
Technique sans compréhension du monde = danger (écologique) ; comprendre les causes exige des outils (microscope, chimie) et une science orientée vers le comment.
📖 4. Transmission du savoir et organisation des connaissances
🔑 Notions clés & Définitions
- Déterminisme : Théorie selon laquelle la suite des événements dépend de l’état antérieur, de la causalité et des lois physico-mathématiques connues.
- Déterminisme de Laplace : Formulation laplacienne selon laquelle, connaissant l’état présent et toutes les forces, on pourrait déduire l’avenir et le passé sans incertitude.
- Scientisme : Attitude qui soutient que la science peut connaître toute chose et répondre, à terme, aux besoins et désirs humains.
- Vérités scientifiques provisoires : Idée selon laquelle les vérités scientifiques ne sont jamais définitives et doivent être remaniées avec l’avancement des connaissances.
- Connaissances labiles : Caractéristique des connaissances qui changent avec le temps et exigent des réactualisations selon les données scientifiques du moment.
📝 Points essentiels
- Le déterminisme affirme que l’avenir d’un système est déterminé par son état antérieur, la causalité et des lois physico-mathématiques connues.
- Laplace (1814) décrit une intelligence capable, à partir de l’état présent et des forces, d’embrasser tous les mouvements et de lever toute incertitude.
- Le scientisme associe l’essor des sciences à la croyance que l’humanité peut être organisée scientifiquement pour satisfaire ses besoins.
- Berthelot (1848) revendique une direction culturelle et morale des sociétés par la loi scientifique, et (1900) affirme que le monde est sans mystère pour la science.
- La critique du scientisme insiste sur le décalage entre progrès technique et progrès de la sagesse, et sur la perte possible de liberté.
- Descartes présente une vérité accessible par réflexion à partir de ce qui est clairement et distinctement perçu, tandis que Poincaré accepte les hypothèses et les impasses comme étapes vers la vérité et que Bachelard déf
💡 Astuce mémo
Déterminisme = Passé → Causalité → Lois ; Scientisme = Science = Tout ; Vérités = Provisoires (à remanier).
📖 5. Caducée d’Asclépios et symbolique médicale
🔑 Notions clés & Définitions
- Caducée d’Asclépios : Symbole médical associé à la médecine, souvent utilisé pour représenter la pratique soignante et la guérison.
- Doxa : Ensemble d’opinions reçues comme évidentes sans démonstration scientifique, donc proches de préjugés et présuppositions.
- Infox : Information fausse ou trompeuse qui circule et se propage, notamment via les réseaux sociaux, avec un effet de désinformation.
- Zététique : Méthode d’examen critique des croyances visant à distinguer ce qui relève d’une croyance de ce qui est validé par des preuves.
📝 Points essentiels
- Les connaissances médicales sont labiles : elles doivent être réactualisées selon les « données actuelles de la science » et remises en cause.
- Les connaissances ne sont pas utilisables telles quelles : elles doivent être hiérarchisées, organisées et intégrées à une compétence et à une expérience.
- L’absence de vision globale et la multiplicité des intervenants peuvent rendre le discours médical anxiogène pour le patient.
- Oscar Wilde résume la limite de l’expérience : elle correspond souvent au nom donné à ses erreurs, même si le passage par le savoir-faire reste nécessaire.
- La doxa correspond à des opinions considérées comme évidentes dans une civilisation, sans discussion ni validation scientifique.
- La zététique vise à distinguer croyances et connaissances validées, en s’appuyant sur l’état des preuves à un instant donné, donc transitoire et révisable.
💡 Astuce mémo
Doxa = « déjà-vu » ; Zététique = « preuves d’abord ».
📖 6. Évolution du serment d’Hippocrate
🔑 Notions clés & Définitions
- Zététique : La zététique est une démarche qui cherche à évaluer les affirmations en s’appuyant sur des preuves et des raisons, plutôt que sur le surnaturel.
- Esprit critique : L’esprit critique est la capacité à examiner les informations, leurs sources et leurs arguments avant d’y croire.
- Doute scientifique : Le doute scientifique est l’attitude consistant à remettre en question les idées, y compris nouvelles, pour tester leur solidité.
- Médecine fondée sur preuves : La médecine fondée sur preuves est une approche qui privilégie des études et des données évaluables pour juger l’efficacité et la sécurité des traitements.
📝 Points essentiels
- La zététique se développe historiquement en passant du scepticisme antique à une méthode plus structurée d’évaluation des preuves.
- Les sceptiques de Pyrrhon affirment l’absence de vérité absolue et la possibilité que toute chose soit vraie ou fausse.
- Montaigne et Descartes renforcent l’idée que l’enquête commence par le doute, Descartes en faisant un point de départ de la recherche.
- La zététique est théorisée par Henri Broch, avec l’idée que le sentiment de vérité ne suffit pas pour prouver une vérité.
- Le combat contre le surnaturel passe par des tests et protocoles, illustré par Houdini, James Randi et la révélation de tromperies (ex. oreillette de Peter Popoff).
- En médecine, l’esprit critique vise aussi les croyances grand public (fake news, médecines naturelles non étayées, antivax) en demandant des preuves évaluables.
💡 Astuce mémo
Doute → preuves → tests : si le sentiment suffit pas, on vérifie.
📖 7. Erreur consubstantielle à l’exercice médical
🔑 Notions clés & Définitions
- Doute cartésien : Le doute cartésien est une mise en question radicale des certitudes pour ouvrir l’enquête vers la vérité.
- Art de l’incertitude : L’art de l’incertitude désigne l’idée que la pratique médicale combine jugement clinique et probabilités plutôt que certitudes absolues.
- Inconnu inconnu : L’inconnu inconnu correspond à ce que la science ne sait même pas qu’elle ignore, donc non mesurable à ce stade.
- Inconnu connu : L’inconnu connu désigne ce qu’on sait ne pas savoir, identifié comme objet de recherches.
- Erreur consubstantielle : L’erreur consubstantielle à l’exercice médical signifie que l’erreur fait partie intégrante du chemin vers la vérité en médecine.
📝 Points essentiels
- Le doute sert de point de départ à l’enquête sur la vérité, en invitant à suspendre les certitudes autant que possible.
- La relation médecin-patient peut évoluer quand la pédagogie met l’accent sur l’ignorance et le doute plutôt que sur la promesse de solutions immédiates.
- En médecine, les méconnaissances et l’inconnu sont plus fréquentes que les certitudes, ce qui impose une posture probabiliste.
- L’inconnu peut être classé en plusieurs catégories : inconnu inconnu, inconnu connu, connu inconnu, faux connu, faux inconnu, connu oublié, tabou, déni.
- L’erreur est présentée comme la règle, la vérité étant décrite comme un « accident » de l’erreur plutôt qu’un résultat garanti.
- L’exploration de l’inconnu implique un risque d’erreur, car chaque avancée est souvent précédée de nombreux échecs.
💡 Astuce mémo
Doute → Inconnu → Erreur → Progrès : on avance en acceptant l’incertitude, puis on réduit l’erreur par une méthode.
📖 8. Limiter le risque d’erreur par la démarche expérimentale
🔑 Notions clés & Définitions
- Démarche expérimentale : Méthode qui enchaîne constat, question, hypothèse, expériences, résultats puis conclusion pour réduire les erreurs de raisonnement.
- Expérience de pensée : Expérience imaginée où l’on prédit un résultat sans réaliser matériellement le scénario, pour guider l’hypothèse.
- Iatrogénie : Effet néfaste provoqué par l’action médicale, ici lié à la transmission de germes entre autopsies et accouchements.
- Hypochlorite de calcium : Solution utilisée pour le lavage des mains afin de limiter la transmission infectieuse dans l’histoire de Semmelweis.
- Dogme scientifique : Croyance dominante considérée comme vraie et qui bloque l’acceptation d’une hypothèse contraire malgré des observations.
📝 Points essentiels
- La démarche expérimentale vise à passer d’un constat à une conclusion en testant une hypothèse par des expériences et en vérifiant les résultats.
- Les expériences de pensée servent à explorer l’inconnu en imaginant un résultat, puis à orienter des idées à tester ensuite.
- Semmelweis observe une mortalité maternelle très élevée (jusqu’à 33% en décembre 1842) et refuse l’idée de fatalité.
- Semmelweis relie les décès à une transmission entre autopsies et accouchements, en s’appuyant sur la ressemblance des lésions chez un confrère décédé après autopsie.
- La solution testée par Semmelweis est l’antisepsie par lavage des mains à l’hypochlorite de calcium, d’abord avec un critère d’époque basé sur l’odeur.
- L’échec de Semmelweis s’explique aussi par le contexte social et scientifique : opposition, ségrégation, et absence de rupture épistémologique avec les paradigmes de l’époque.
💡 Astuce mémo
Constat → Hypothèse → Test : Semmelweis lave pour prouver, l’imagination (expérience de pensée) prépare l’idée avant de conclure.
📖 9. Exploration de l’inconnu et liberté intellectuelle
🔑 Notions clés & Définitions
- Marschall et Warren : Duo de chercheurs dont les travaux ont transformé la compréhension des ulcères en reliant la maladie à une infection bactérienne.
- Robin Warren : Anatomo-pathologiste australien qui observe au microscope des bacilles incurvés près de lésions d’estomac chez des patients ulcéreux.
- Barry Marshall : Jeune gastroentérologue qui teste expérimentalement l’hypothèse infectieuse en ingérant une culture d’Helicobacter.
- Helicobacter : Bactérie identifiée dans le cadre des travaux de Warren et Marshall, associée à la gastrite et à l’ulcère.
- Postulats de Koch : Ensemble de critères expérimentaux permettant d’établir le lien causal entre un micro-organisme et une maladie.
📝 Points essentiels
- En 1979, Warren remarque des bacilles incurvés près de lésions d’estomac chez des patients souffrant d’ulcère.
- Warren formule l’hypothèse que gastrite et ulcère sont concomitants d’une contamination bactérienne, mais elle est d’abord peu crue.
- Marshall réalise des prélèvements positifs mis en culture, puis en 1984 il ingère une culture d’Helicobacter et développe une gastrite violente 2 jours après.
- Marshall satisfait ensuite aux postulats de Koch 3 et 4 grâce à l’apparition de la maladie puis à la ré-isolation/identification du germe.
- Une étude randomisée sur 100 patients est réalisée en 1985, avec des refus et des acceptations selon les acteurs.
- La reconnaissance démarre en 1989 et aboutit à un prix Nobel en 2005, après 10 ans de travail (1979-1989).
💡 Astuce mémo
Warren voit → Marshall prouve : observation (Warren) puis ingestion (Marshall) = preuve de causalité.
📖 10. Découverte de Lykoudis et échec du dogme
🔑 Notions clés & Définitions
- Dogme scientifique : Ensemble d’idées considérées comme acquises, qui freinent l’examen critique des faits contraires.
- Biais de confirmation : Tendance à privilégier les informations qui confirment une théorie déjà admise plutôt que celles qui la contredisent.
- Paradigme de Kuhn : Cadre explicatif dominant en science, qui guide ce qu’on considère comme questions et méthodes légitimes.
- Génération spontanée : Théorie selon laquelle la vie pourrait apparaître sans ascendance, à partir de matière inerte dans des conditions favorables.
- Antisepsie : Approche médicale visant à limiter l’action des microbes, rendue possible par l’idée que les microbes ne naissent pas de rien.
📝 Points essentiels
- Aller contre une théorie largement admise demande intelligence, courage et opiniâtreté pour étayer ce qui contredit les acquis.
- Bossuet formule l’idée que le plus grand dérèglement de l’esprit consiste à croire par désir plutôt que par examen des raisons.
- Kuhn distingue la science « normale » (affiner un paradigme) et le passage à un paradigme plus performant, qui exige une démarche anormale.
- Wegener illustre un décalage temporel : la dérive des continents n’est reconnue qu’environ 60 ans après sa proposition.
- En infectiologie, la génération spontanée des microbes a longtemps été admise avant que Pasteur ouvre la voie à l’antisepsie.
- Harvey est critiqué, puis Louis XIV impose la reconnaissance de la théorie de la circulation sanguine aux médecins.
💡 Astuce mémo
Dogme = désir → croyance ; Kuhn = normalité affine, mais changement = anormalité ; microbes = « de rien » → Pasteur → antisepsie.
📖 11. Succès de Marshall et Warren sur Helicobacter
🔑 Notions clés & Définitions
- Helicobacter : Bactérie impliquée dans des maladies digestives, dont le rôle a été mis en évidence par des travaux expérimentaux.
- Génération spontanée : Théorie selon laquelle des êtres vivants apparaîtraient spontanément à partir de matière non vivante, sans origine microbienne.
- Asepsie : Ensemble des mesures visant à empêcher l’apport exogène de micro-organismes ou de virus sur des tissus vivants ou des milieux inertes.
- Stérilisation par la chaleur : Procédé consistant à chauffer des solutions contenant des micro-organismes pour les détruire avant observation.
📝 Points essentiels
- La controverse Pasteur–Pouchet (1859-1864) portait notamment sur la stérilisation et sur la possibilité d’une vie qui réapparaît spontanément.
- Pasteur et Pouchet refaisaient mutuellement les expériences avec des milieux nutritifs stérilisés, et la moindre erreur d’asepsie entraînait une prolifération microbienne pouvant donner raison à Pouchet.
- Lors de la conférence finale à la Sorbonne du 7 avril 1864, Pasteur met en évidence l’entrée de germes via des poussières et montre que manipuler la cuve de mercure sans contamination est impossible.
- Pasteur développe des ballons à col de cygne qui isolent les solutions nutritives et restent stériles, ce qui soutient l’origine microbienne plutôt que la génération spontanée.
- En 1865, l’Académie des sciences approuve la théorie de Pasteur, ce qui marque la fin de la génération spontanée et ouvre la naissance de l’infectiologie.
- La fin de la génération spontanée permet de fonder l’hygiène personnelle et sociale et de promouvoir l’asepsie, la stérilisation et l’antisepsie, avec retombées en médecine, obstétrique, chirurgie et agroalimentaire.
💡 Astuce mémo
Poussières → germes : si l’air/poussières entrent, la vie revient ; si l’isolement (ballon à col de cygne) empêche l’entrée, la solution reste stérile.
📖 12. Postulats de Koch et étapes de validation
🔑 Notions clés & Définitions
- Postulats de Koch : En microbiologie, ensemble de critères utilisés pour relier un micro-organisme précis à une maladie donnée.
- Validation expérimentale : En recherche biomédicale, démarche qui confirme qu’une hypothèse causale est reproductible et étayée par des preuves.
- Preuves scientifiques : En médecine fondée sur des données, résultats obtenus par des méthodes contrôlées et vérifiables, permettant de soutenir ou d’infirmer une théorie.
- Approche systémique : En santé, approche qui considère l’humain comme un système où plusieurs facteurs interagissent, rendant l’évaluation plus complexe.
📝 Points essentiels
- Les postulats de Koch servent à établir un lien causal entre un agent microbien et une maladie, avec des critères testables.
- La validation exige des preuves difficiles à produire quand le phénomène dépend d’un grand nombre de variables.
- L’approche systémique vise l’origine de la souffrance et le « traitement du terrain », mais elle rend l’évaluation scientifique plus ardue.
- L’approche cartésienne isole des variables pour les étudier, ce qui est présenté comme incompatible avec une logique systémique.
- L’absence de validation scientifique est associée, dans le texte, à la difficulté d’élaborer des preuves fiables à cause du nombre de variables.
- La validation est décrite comme plus difficile quand la prise en charge varie selon le thérapeute et le patient, avec une subjectivité marquée.
💡 Astuce mémo
Koch = Cause→Maladie avec critères; Validation = preuves reproductibles; Systémique = beaucoup de variables donc preuves plus difficiles.
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| 1980 | Création du CCNE (organisme consultatif) dans les années 1980 |
| 1814 | Formulation du déterminisme de Laplace |
| 1946 | Définition de la santé par l’OMS (état complet de bien-être physique, mental et social) |
| 1859 - 1865 | Controverse Pasteur / Pouchet sur la génération spontanée |
| 7 avril 1864 | Conférence finale à la Sorbonne : mise en évidence de l’entrée des germes via les poussières |
| 1865 | Approbation par l’Académie des sciences de la théorie de Pasteur : fin de la génération spontanée |
| 1979 | Observation de Warren : bacilles incurvés près de lésions d’estomac |
| 1984 | Marshall ingère une culture d’Helicobacter et développe une gastrite |
| 1985 | Étude randomisée sur 100 patients (Helicobacter) |
| 1989 | Début de la reconnaissance des travaux de Warren et Marshall |
📊 Tableaux de synthèse
Niveaux de preuves scientifiques (médecine)
| Niveau | Type de preuve | Intérêt |
|---|
| 1 | Essais comparatifs randomisés de forte puissance ; méta-analyses ; analyse de décision fondée sur des études bien menées | Preuve scientifique établie |
| 2 | Essais comparatifs randomisés de faible puissance ; études comparatives non randomisées bien menées ; cohortes | Présomption scientifique |
| 3 | Études cas témoins | Faible niveau de preuves |
| 4 | Études comparatives comportant des biais importants ; rétrospectives ; séries de cas ; descriptives | Faible niveau de preuves |
| 5 | Avis d’un groupe d’experts ; accord professionnel | Niveau de preuves le plus faible |
Visions de la vérité scientifique
| Auteur | Idée centrale | Conséquence |
|---|
| Descartes (17e) | Ne pas prendre le faux pour le vrai à partir de ce qui est clairement et distinctement perçu | Science orientée vers une vérité accessible par méthode |
| Poincaré (19e) | La science progresse en explorant des hypothèses jusqu’aux impasses | La vérité se construit en passant par l’erreur |
| Bachelard (20e) | Les vérités scientifiques sont provisoires et doivent être remaniées | Pas de vérité absolue : correction selon les progrès |
⚠️ Pièges & confusions fréquents
- Confondre doxa et logos : la doxa correspond à des opinions reçues comme évidentes sans validation scientifique, alors que le logos s’appuie sur des preuves.
- Croire que la démarche expérimentale consiste seulement à “faire des tests” : elle inclut aussi constat, question, hypothèse, interprétation et conclusion.
- Penser que l’absence de validation scientifique signifie “absence de problème” : le texte insiste surtout sur la difficulté de produire des preuves fiables quand il y a beaucoup de variables et de subjectivité.
- Assimiler approche systémique et absence de méthode : le cours dit qu’elle rend l’évaluation plus ardue, pas qu’elle est “sans logique”.
- Croire que le scientisme est simplement “aimer la science” : c’est l’idée que la science peut connaître toute chose et répondre à tous les besoins/désirs humains.
- Oublier que les connaissances sont labiles : les “données actuelles de la science” exigent réactualisation, donc une hiérarchie des preuves est indispensable.
- Confondre inconnu inconnu et inconnu connu : l’un est non mesurable (ignoré même comme ignorance), l’autre est identifié comme objet de recherche.
✅ Checklist Examen
- Définir l’épistémologie (étude critique des sciences) et expliquer son opposition à la doxa (opinion).
- Citer les champs d’application : éthique de la recherche, validité expérimentale, éthique de l’utilisation technique (ex. laser), transmission du savoir et organisation des connaissances.
- Expliquer le rôle du CCNE : organisme consultatif créé dans les années 1980, saisine possible, missions (débat public, éclairage politique/judiciaire) et lien avec les conséquences des progrès scientifiques.
- Décrire le postulat d’objectivité : séparation du croire et du savoir, et passage du pourquoi au comment (Descartes/Galilée).
- Définir déterminisme et déterminisme de Laplace (1814) : état présent/past, causalité, lois physico-mathématiques, idée d’absence d’incertitude pour une intelligence idéale.
- Définir scientisme et donner les exemples du cours (Renan ; Berthelot 1848 et 1900) ainsi que la critique (discordance progrès connaissance/ sagesse, perte de liberté).
- Comparer les visions de la vérité (Descartes vs Poincaré vs Bachelard) et relier chacune à l’idée de vérité absolue/provisoire et au rôle de l’erreur.
- Expliquer pourquoi les connaissances sont labiles et pourquoi elles ne sont pas utilisables “à l’état brut” : hiérarchisation, intégration en compétence/expérience, cadre paradigmatique.
- Maîtriser la zététique : définition, objectif (distinguer croyances et connaissances validées), et évolution historique (Pyrrhon, Montaigne, Descartes, Broch, lutte contre fake news/infox).
- Présenter le champ de l’inconnu : distinguer inconnu inconnu, inconnu connu, connu inconnu, faux connu, faux inconnu, connu oublié, tabou, déni.
- Décrire la démarche expérimentale telle que donnée dans le cours (constat → question → hypothèse → expériences/recherche → interprétation → conclusion) et le rôle des expériences de pensée.
- Raconter au moins un cas d’exploration de l’inconnu avec étapes et limites : Semmelweis (lavage mains hypochlorite, mortalité jusqu’à 33% en déc. 1842, opposition et absence de rupture épistémologique) ou Warren/Marshall
- Expliquer les postulats de Koch (1884) et leur logique (présence abondante, isolement/culture, reproduction de la maladie, ré-isolation/identification), puis relier à l’exemple Helicobacter (ingestion 1984, étude random.
- Expliquer la hiérarchisation des niveaux de preuves (niveaux 1 à 5) et l’idée que doxa/opinion ne doit pas être mise au même niveau qu’un résultat d’étude (logos).
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