Fiche de révision : Histoire, mémoires et justice

Plan du Cours

  1. Histoire et mémoire
  2. Débats autour des mémoires
  3. Cycles mémoriels et lois
  4. Négationnisme et révisionnisme
  5. Génocide et crime contre l’humanité
  6. Nuremberg et justice internationale
  7. Institutions judiciaires contemporaines
  8. Génocides des Juifs et des Tsiganes
  9. Auschwitz, lieu de mémoire
  10. Témoignages et procès nazis
  11. Mémoire du génocide tsigane
  12. Procès français de la Shoah

Repères chronologiques

  1. 1945-1946Le Tribunal pénal international de Nuremberg juge les principaux responsables nazis en Allemagne.
  2. 1961Adolf Eichmann est condamné en Israël pour son rôle dans l’organisation de la solution finale.
  3. Après 1991À la suite de la chute du communisme, le musée d’Auschwitz met davantage en avant le destin spécifique des Juifs européens assassinés à Auschwitz-Birkenau.
  4. 16 juillet 1995Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’État français et de policiers français dans la rafle du Vel d’Hiv et la déportation des Juifs de France.

1. Histoire et mémoire

Notions clés & Définitions

  • Histoire : Science humaine qui confronte des sources de provenances diverses afin de replacer les faits dans leur contexte et de produire une connaissance critique du passé.
  • Mémoire : Ressenti personnel ou collectif d’un événement, vécu affectivement, qui peut être sélectif et faussé par les sentiments.

Points essentiels

📌 La mémoire est un souvenir affectif, subjectif et sélectif d’un événement, tandis que l’histoire est une science humaine fondée sur une distance critique, une méthode et la confrontation de sources.

📌 L’historien se place sur le terrain de la connaissance et non sur celui de la morale ou de la justice, car « l’historien n’est ni un policier, ni un juge, ni un moraliste ». — Pascal ORY

Astuce mémo

Mémoire vécue et subjective ≠ histoire distante et critique

2. Débats autour des mémoires

Notions clés & Définitions

  • Témoignage : Récit fait par un témoin d’un événement ; soumis aux oublis et aux imprécisions de la mémoire, il constitue néanmoins une source que l’historien confronte à d’autres documents.
  • Travail de mémoire : Paul RICOEUR — Effort de réflexion historique sur les faits et les usages du passé, préférable à une injonction morale automatique à se souvenir.

★ À maîtriser

  • Pour Henri Rousso, la mémoire est un objet d’étude de l’historien et le regard d’une société sur son passé peut conduire les historiens à renouveler leurs recherches.

Compléments

  • L’Appel de Blois est une pétition créée pour défendre la liberté de la recherche historique et le droit des historiens à débattre avec les pouvoirs publics.

Astuce mémo

Demandes mémorielles → débats historiques et politiques

3. Cycles mémoriels et lois

Notions clés & Définitions

  • Devoir de mémoire : Obligation morale de se souvenir d’événements passés afin d’en tirer des leçons pour le présent, notion issue de l’appel de Primo Levi aux survivants de la Shoah.
  • Lois mémorielles : Lois par lesquelles l’État établit un point de vue officiel sur certains événements historiques, notamment pour répondre à des demandes de reconnaissance.

★ À maîtriser

  • Selon Henri Rousso, les cycles mémoriels de Vichy passent successivement par une liquidation de la crise, une occultation, un retour du refoulé accompagné de débats, puis une reconnaissance marquée par l’hypermnésie et la concurrence des mémoires. — Le syndrome de Vichy, 1987

Compléments

  • La loi Gayssot de 1990 lutte contre les actes racistes et antisémites et pénalise le négationnisme de la Shoah.

Astuce mémo

Amnistie → occultation → retour du refoulé → hypermnésie

4. Négationnisme et révisionnisme

Notions clés & Définitions

  • Négationnisme : Négation de la réalité de la Shoah et, plus largement, négation d’autres génocides ou crimes contre l’humanité ; le terme a été proposé par Henri Rousso à la fin des années 1980.

★ À maîtriser

📌 Le révisionnisme est l’ancien nom donné au négationnisme par ses promoteurs, alors que réviser l’interprétation d’un fait historique ne permet pas d’en nier la réalité établie.

📌 La loi Gayssot de 1990 ouvre la pénalisation du négationnisme dans un cadre général de lutte contre le racisme.

Compléments

  • Paul Rassinier a nié l’existence des chambres à gaz dans les années 1950, puis Robert Faurisson a développé des thèses négationnistes en 1978.

Astuce mémo

Réviser une interprétation ≠ nier des faits établis

5. Génocide et crime contre l’humanité

Notions clés & Définitions

  • Génocide : Intention organisée de détruire un groupe national, ethnique, racial ou religieux.

★ À maîtriser

  • Raphaël Lemkin, juriste polonais d’origine juive, est à l’origine du mot « génocide » et voulait que le droit international protège les groupes ethniques ou religieux.

  • La définition juridique internationale du génocide est reconnue par l’ONU en 1948 et désigne l’intention de détruire un groupe national, ethnique, racial ou religieux.

Compléments

  • En 1933, Raphaël Lemkin distingue la barbarie, qui comprend la torture et le meurtre, du vandalisme, qui vise les traces culturelles d’un peuple.

Astuce mémo

Lemkin protège les groupes, Lauterpacht protège les individus

6. Nuremberg et justice internationale

Notions clés & Définitions

  • Crime contre l’humanité : Hersch Lauterpacht, 1945 — Crime de masse visant des populations civiles et intégré au droit international lors du procès de Nuremberg.

★ À maîtriser

  • Le tribunal de Nuremberg juge les crimes contre l’humanité, les crimes contre la paix et les crimes de guerre, mais le génocide n’est pas encore retenu comme chef d’accusation.

Compléments

  • Le procès de Nuremberg repose sur des preuves matérielles et des témoignages et garantit aux accusés un avocat et une audience publique.

Astuce mémo

Preuves → procès → qualifications pénales → condamnations

7. Institutions judiciaires contemporaines

★ À maîtriser

📌 La Cour internationale de Justice règle les différends entre États, tandis que la Cour pénale internationale juge des individus accusés des crimes les plus graves.

  • La Cour internationale de Justice, créée en 1945 par l’ONU et située à La Haye, exerce des compétences contentieuse et consultative sans poursuivre directement les individus.

  • La Cour pénale internationale a été créée en 1998, est entrée en fonction en 2002 et est régie par le statut de Rome.

Compléments

  • En 2016, un tribunal spécial africain a condamné Hissène Habré après que la CIJ a affirmé en 2012 l’obligation du Sénégal de le poursuivre ou de l’extrader.

Astuce mémo

CIJ : États ; CPI : individus

8. Génocides des Juifs et des Tsiganes

★ À maîtriser

  • La Shoah désigne en France le génocide des Juifs d’Europe, tandis que le terme Porajmos désigne le génocide des Tsiganes.

  • Entre 54 % et 64 % de la population juive européenne a disparu pendant le génocide, contre 25 % de la population tsigane.

  • Les principaux moyens et lieux d’extermination sont:

    • les fusillades de masse
    • les ghettos
    • les camps de concentration
    • les camps d’extermination
    • les centres de mise à mort
    • les marches de la mort

Compléments

  • Les Tsiganes sont un peuple européen dont les ancêtres sont potentiellement originaires du nord de l’Inde et qui est arrivé en Europe au Moyen Âge.

Astuce mémo

Shoah nomme le génocide juif, Porajmos celui des Tsiganes

9. Auschwitz, lieu de mémoire

★ À maîtriser

  • Le musée d’Auschwitz est créé en 1947 comme musée du martyre de la nation polonaise et des autres nations, ce qui privilégie d’abord une mémoire polonaise et antifasciste.

  • Auschwitz est à la fois le plus grand cimetière juif, avec environ un million de morts, et un important cimetière polonais, avec 75 000 morts.

Compléments

📌 Auschwitz-Birkenau doit être préservé contre le tourisme de masse, les dégradations, la marchandisation et les usages irrespectueux, mais aussi contre le négationnisme.

Astuce mémo

Mémoire polonaise dominante → reconnaissance progressive de la spécificité juive

10. Témoignages et procès nazis

Points essentiels

  • En 1945, les Juifs et les Tsiganes sont souvent traités comme les autres survivants de la guerre, car le terme de génocide n’est pas encore appliqué à leurs souffrances.

  • Le procès Eichmann donne une nouvelle importance aux témoignages, dont la concordance libère la parole des victimes et transforme le statut du témoin.

📌 En 1964, le droit français établit l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, puis l’ONU adopte la même mesure en 1968.

Astuce mémo

Silence → témoignages → documentation → procès

11. Mémoire du génocide tsigane

★ À maîtriser

  • Les persécutions ont notamment compris:

    • les discriminations
    • les internements
    • les déportations
    • les expériences médicales
    • les stérilisations
    • les gazages
    • l’enfermement dans des ghettos
  • Aucun témoin tsigane n’a été appelé au tribunal de Nuremberg et leur mémoire a été reconnue tardivement, notamment en Allemagne en 1982 et en France en 2016.

Compléments

  • Le silence des Tsiganes après la guerre s’explique notamment par une conception culturelle dans laquelle respecter les morts implique de garder le silence, tandis que l’absence de prise de parole politique a facilité l’oubli.

Astuce mémo

Silence culturel et oubli politique → reconnaissance tardive

12. Procès français de la Shoah

★ À maîtriser

  • La rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942 mobilise 350 policiers et gendarmes français sous l’autorité de leurs chefs.

  • Soixante-quatorze trains partent de France vers Auschwitz et 76 000 Juifs de France ne reviennent pas de déportation.

Compléments

  • Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo de Lyon surnommé le « boucher de Lyon », est condamné après son extradition vers la France et l’ouverture de son procès en 1987.

Astuce mémo

Barbie → Touvier → Papon

Tableaux de synthèse

Histoire et mémoire

DimensionMémoireHistoire
Rapport au passéVécu, affectif et subjectifDistance critique et contextualisation
MéthodeRécits, témoignages et commémorationsConfrontation de sources diverses
FinalitéÉmotion, identité et reconnaissanceConnaissance et recherche de vérité
RisqueSélection et instrumentalisationInterprétations divergentes fondées sur les sources

CIJ et CPI

InstitutionPersonnes ou acteurs jugésFonction
CIJÉtatsRègle les différends entre États et exerce des compétences contentieuse et consultative
CPIIndividusJuge les crimes les plus graves selon le statut de Rome

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Histoire, mémoires et justice avec 37 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quelle proposition décrit correctement les persécutions subies par les Tsiganes pendant la période nazie ?

2. Quelle distinction fondamentale oppose la Cour internationale de Justice à la Cour pénale internationale ?

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Qu'est-ce qui distingue la mémoire de l'histoire ?

La mémoire est affective et subjective, l'histoire est critique et méthodique.

Comment l'histoire produit-elle une connaissance critique du passé ?

En confrontant des sources diverses et en replaçant les faits dans leur contexte.

Qu'est-ce que la mémoire dans le contexte d'un événement ?

Un ressenti personnel ou collectif vécu affectivement.

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