Fiche de révision : Introduction à la mémoire et à la justice des génocides

Plan du Cours

  1. Histoire et mémoire
  2. Devoir de mémoire et lois mémorielles
  3. Génocides des Herero, Nama et Arméniens
  4. Nuremberg et définition du génocide
  5. Crimes de masse et crimes contre l’humanité
  6. Justice historique et reconnaissance des victimes

1. Histoire et mémoire

Notions clés & Définitions

  • Histoire : L’histoire est une discipline scientifique qui étudie et interprète le passé humain à partir de sources variées pour comprendre évolutions et ruptures.
  • Mémoire : La mémoire correspond à un point de vue et à un témoignage portant sur un événement, souvent isolé de son contexte.
  • Marc Bloch : Marc Bloch est l’historien qui formule la définition de l’histoire comme une science des hommes dans le temps.
  • Antoine Prost : Antoine Prost définit la mémoire comme un élément affectif qui isole un événement de son contexte.

Points essentiels

  • L’histoire se fonde sur une démarche critique qui confronte des sources (textes, témoignages, archives, objets) pour en évaluer fiabilité et pertinence.
  • L’histoire s’organise autour de la temporalité en recherchant causes, conséquences et interactions entre événements.
  • Même si l’historien vise l’objectivité, son travail est influencé par son époque et son point de vue, d’où la nécessité de remettre en question ses analyses.
  • La mémoire donne un rôle central au ressenti et au témoignage, ce qui explique qu’elle ne soit pas nécessairement replacée dans un ensemble complexe.

Astuce mémo

Histoire = preuve + contexte ; Mémoire = ressenti + isolement (affectif).

2. Devoir de mémoire et lois mémorielles

Notions clés & Définitions

  • Devoir de mémoire : Le devoir de mémoire désigne la mise en place, par l’État, d’outils pour que le souvenir des crimes de masse et du génocide des Juifs et des Tziganes perdure.
  • Loi Gayssot (1990) : La loi Gayssot de 1990 interdit le négationnisme, c’est-à-dire la négation de l’existence de la Shoah.
  • Loi Taubira : La loi Taubira reconnaît la traite de l’esclavage comme un crime contre l’humanité.
  • Tyrannie de la mémoire : L’expression « tyrannie de la mémoire » renvoie à l’idée que des lois mémorielles peuvent imposer un cadre trop contraignant au travail historique.

Points essentiels

  • Le devoir de mémoire s’appuie sur des politiques permettant de maintenir la mémoire des crimes de masse et du génocide des Juifs et des Tziganes.
  • Les lois mémorielles visent à donner un point de vue officiel sur des événements historiques.
  • La loi du 2001 reconnaît le génocide arménien.
  • En 2005, la loi impose une lecture positive de la colonisation et concerne aussi les Français rapatriés après la guerre d’Algérie.
  • En 2005, une pétition « Liberté pour l’histoire » portée par 19 historiens demande l’abrogation des lois mémorielles entravant la liberté scientifique.

Astuce mémo

3 lois, 3 cibles : Shoah (Gayssot), Arménie (2001), Traite (Taubira), puis débat 2005 (colonie).

3. Génocides des Herero, Nama et Arméniens

Notions clés & Définitions

  • Herero : Les Herero sont un peuple du sud-ouest africain visé par le génocide mené par l’Allemagne entre 1904 et 1907.
  • Nama : Les Nama sont un peuple dont une part importante est décimée lors des violences allemandes liées à la période 1904-1907.
  • Arméniens : Les Arméniens sont une minorité de l’Empire ottoman persécutée avec un plan d’extermination à partir de 1915.
  • Talaat Pacha : Talaat Pacha est le ministre de l’intérieur ottoman qui décide en mars 1915 l’application d’un plan d’extermination.

Points essentiels

  • Entre 1904 et 1907, l’Allemagne commet le premier génocide du XXe siècle contre les Herero et les Nama dans le sud-ouest africain.
  • Après la révolte de janvier 1904, les combats entraînent la mort de 20 à 30 000 Hereros.
  • Le 2 octobre 1904, l’empereur ordonne l’anéantissement du peuple et des camps provoquent la mort d’environ la moitié des prisonniers.
  • À la fin du conflit, les Herero et les Nama sont décimés à près de 80%.
  • Entre 1915 et 1917, environ 1,3 million d’Arméniens sont massacrés sur 2 millions vivant dans l’Empire ottoman en 1914.

Astuce mémo

1904-1907 : Herero-Nama anéantissement ; 1915-1917 : Arméniens extermination sous couvert de déportation.

4. Nuremberg et définition du génocide

Notions clés & Définitions

  • Conférence de Moscou : La Conférence de Moscou annonce l’organisation de ce qui devient le procès de Nuremberg en 1945.
  • Tribunal militaire international de Nuremberg : Le tribunal de Nuremberg juge des responsables du régime nazi sur la période novembre 1945 à octobre 1946.
  • Raphaël Lemkin : Raphaël Lemkin est le juriste qui crée le concept de génocide en 1944 et propose une convention en 1948.
  • Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide : La Convention de 1948 pour prévenir et réprimer le crime de génocide est approuvée à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations unies.

Points essentiels

  • Le tribunal de Nuremberg juge 21 responsables du régime nazi entre novembre 1945 et octobre 1946 sur la base de quatre chefs d’inculpation.
  • À Nuremberg, les chefs d’inculpation retenus sont crimes contre la paix, complot pour une guerre d’agression, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
  • Le concept de génocide, créé par Raphaël Lemkin en 1944, est écarté lors du procès de Nuremberg.
  • La Convention de 1948 définit le génocide comme des actes commis dans l’intention de détruire un groupe national, ethnique, racial ou religieux en tout ou partie.
  • La définition du génocide inclut notamment le meurtre de membres du groupe et le transfert forcé d’enfants d’un groupe à un autre groupe.

Astuce mémo

Nuremberg = juger ; Lemkin = nommer (génocide) ; 1948 = codifier par la convention.

5. Crimes de masse et crimes contre l’humanité

Notions clés & Définitions

  • Crimes contre l’humanité : Les crimes contre l’humanité regroupent des crimes de masse qui peuvent relever de cette catégorie sans viser nécessairement la destruction totale d’un groupe.
  • Crimes de masse : Les crimes de masse sont des violences de grande ampleur pouvant relever des crimes contre l’humanité, sans intention de destruction totale d’une population définie.
  • Srebrenica : Srebrenica est un lieu mentionné pour un massacre en 1995 visant 8 000 hommes et enfants musulmans bosniaques.
  • Front de l’Est : Le front de l’Est est cité comme exemple de terreur par massacres des populations russes commis par l’armée allemande.

Points essentiels

  • Les crimes de masse, même lorsqu’ils entrent dans la catégorie des crimes contre l’humanité, n’ont pas pour objectif une destruction totale d’une population définie.
  • Deux logiques caractérisent les crimes de masse : terrifier pour soumettre totalement ou éradiquer une population.
  • Le massacre du front de l’Est illustre une logique de terreur par des massacres des populations russes.
  • Le massacre de Srebrenica en 1995 illustre l’éradication d’une population, avec 8 000 hommes et enfants musulmans bosniaques.
  • Génocides et crimes de masse sont souvent concomitants et peuvent parfois se confondre, comme à Srebrenica.

Astuce mémo

Masse = terroriser ou éradiquer ; Génocide = détruire en visant un groupe défini (intention).

6. Justice historique et reconnaissance des victimes

Notions clés & Définitions

  • Reconnaissance des victimes : La reconnaissance des victimes désigne l’attention portée, par la justice, aux personnes visées par des crimes de masse et des pratiques génocidaires.
  • Justice historique : La justice historique renvoie à l’articulation entre droit, jugement et reconnaissance des crimes pour répondre aux questions de mémoire.
  • Réparation : La réparation est présentée comme une conséquence possible de la reconnaissance et du travail de justice autour des génocides.

Points essentiels

  • L’histoire, la mémoire et la justice sont complémentaires, mais peuvent aussi entrer en concurrence dans la manière dont les sociétés traitent leur passé.
  • La mémoire devient centrale en politique via commémorations et lois mémorielles, tout en restant un outil parmi d’autres pour l’historien.
  • Le travail de l’historien repose sur une démarche scientifique fondée sur la confrontation critique des sources.
  • La justice développe des concepts juridiques pour qualifier et reconnaître les victimes des génocides.
  • La justice peut conduire à une réparation, présentée comme un résultat possible de la reconnaissance des victimes.

Astuce mémo

Justice = droit + qualification + reconnaissance, puis parfois réparation.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1949Publication posthume de l’ouvrage de Marc Bloch
1996Définition de la mémoire par Antoine Prost
1990Loi Gayssot contre le négationnisme de la Shoah
2001Loi reconnaissant le génocide arménien
2005Lois mémorielles débattues et pétition « Liberté pour l’histoire »
1904Début des violences allemandes contre Herero et Nama
2 octobre 1904Ordre d’anéantissement des Herero par l’empereur
1915Décision ottomane d’un plan d’extermination visant les Arméniens
fin mars 1915Talaat Pacha décide l’application d’un plan d’extermination
1915 à 1917Période des massacres arméniens

Tableaux de synthèse

Génocide vs crimes de masse

CritèreGénocideCrimes de masse
IntentionDestruction d’un groupe en tout ou partiePas l’objectif de destruction totale d’une population définie
Finalité dominanteIntention de détruire le groupe viséTerroriser ou éradiquer sans viser forcément la destruction totale d’un groupe défini
Lien avec crimes contre l’humanitéCatégorie des crimes de masse organisée autour de l’intention génocidairePeut relever des crimes contre l’humanité
Exemple du coursSrebrenica (peut se confondre)Front de l’Est (terreur) et Srebrenica (8 000 victimes musulmanes)

Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre l’histoire et la mémoire : la mémoire isole un événement de son contexte tandis que l’histoire le restitue dans un cadre complexe.
  2. Croire que la loi de 2005 donne uniquement des faits : elle impose aussi une lecture positive de la colonisation et peut donc orienter l’écriture historique.
  3. Penser que le concept de génocide a été retenu à Nuremberg : il est écarté lors du procès, malgré sa création par Lemkin en 1944.
  4. Réduire les crimes de masse au génocide : ils n’impliquent pas nécessairement l’intention de détruire totalement un groupe défini.
  5. Oublier que Srebrenica peut illustrer une confusion entre crimes de masse et génocide selon la formulation du cours.

Checklist Examen

  1. Expliquer en quoi l’histoire se distingue de la mémoire par rapport aux sources, à la mise en contexte et au rôle du contexte.
  2. Décrire le rôle du devoir de mémoire et le but des lois mémorielles tel qu’il est présenté dans le cours.
  3. Citer précisément la loi Gayssot de 1990 et ce qu’elle interdit concernant la Shoah.
  4. Nommer la loi de 2001 et l’événement historique reconnu (génocide arménien).
  5. Relier la loi Taubira à la qualification de la traite de l’esclavage comme crime contre l’humanité.
  6. Rappeler les dates et éléments clés du génocide Herero-Nama (1904-1907, 2 octobre 1904, près de 80%, camps).
  7. Rappeler les éléments clés du génocide arménien (1915, décision de fin mars 1915, 2 millions en 1914, 1,3 million massacrés entre 1915 et 1917).
  8. Expliquer ce qui est annoncé par la Conférence de Moscou et ce que cela devient en 1945 (procès de Nuremberg).
  9. Donner le nombre de responsables jugés à Nuremberg (21) et la période exacte du procès (novembre 1945 à octobre 1946).
  10. Lister les quatre chefs d’inculpation retenus à Nuremberg et rappeler que le chef d’accusation lié au génocide est écarté.
  11. Réciter la définition du génocide telle que présentée (intention de détruire un groupe et catégories d’actes listées, au moins deux exemples).
  12. Expliquer la différence d’intention entre génocide et crimes de masse, puis associer chaque logique à un exemple du cours.
  13. Identifier les exemples cités pour les crimes de masse (Front de l’Est, Srebrenica en 1995 avec 8 000 hommes et enfants).
  14. Expliquer comment histoire, mémoire et justice peuvent être complémentaires mais aussi en concurrence dans la gestion du passé et la reconnaissance des victimes.

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Introduction à la mémoire et à la justice des génocides avec 12 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quelle affirmation décrit le mieux les crimes de masse ?

2. Quel exemple illustre ici une logique d’éradication d’une population par un massacre de masse ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Introduction à la mémoire et à la justice des génocides avec 12 flashcards interactives.

Histoire — définition ?

Étude critique du passé humain à partir de sources.

Mémoire — rôle ?

Témoignage affectif isolant un événement.

Marc Bloch — contribution ?

Défini l’histoire comme science des hommes dans le temps.

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