Fiche de révision : Le monde en 1913

Plan du Cours

  1. Industrialisation et croissance économique
  2. Innovations et secteurs industriels moteurs
  3. Concentration des entreprises et finance
  4. Rattrapages industriels japonais et russe
  5. Réseaux de transport et flux mondiaux
  6. Travail, mouvements ouvriers et urbanisation
  7. Migrations européennes et transition démographique
  8. Immigration et hiérarchies migratoires
  9. Centres industriels et puissances mondiales
  10. Bassins industriels et systèmes productifs
  11. Centres, périphéries et marges
  12. Inégalités sociales et réponses étatiques
  13. États et souveraineté internationale
  14. Politiques économiques et puissance étatique
  15. Colonisation et mondialisation impériale
  16. Alliances et tensions européennes

Repères chronologiques

  1. 1853Le commodore américain Matthew Perry arrive avec une escadre dans la baie de Tokyo, ouvrant la voie à l’ouverture forcée du Japon.
  2. 1854Le traité de Kanagawa impose au Japon l’ouverture de plusieurs ports aux États-Unis, puis d’autres puissances obtiennent des concessions.
  3. 1868La restauration de Meiji abolit le shogunat et engage la modernisation rapide du Japon.
  4. 1891Les travaux du Transsibérien commencent et la ligne, progressivement achevée au début du XXe siècle, relie la Russie européenne à l’Extrême-Orient.
  5. 1894-1895La guerre sino-japonaise permet au Japon d’obtenir Taïwan.
  6. 1905La victoire japonaise contre la Russie, notamment à Tsushima, marque la défaite décisive d’une grande puissance européenne face à une puissance asiatique à l’époque contemporaine.
  7. 1905Une révolution est réprimée en Russie, mais elle révèle l’ampleur des tensions sociales et politiques contre le régime autoritaire de Nicolas II.
  8. 1906La catastrophe minière de Courrières provoque plus d’un millier de morts et suscite une importante mobilisation sociale.
  9. 1908Le modèle T de Ford, conçu pour être produit en grandes quantités, est lancé.
  10. 1910Le Japon annexe la Corée.

1. Industrialisation et croissance économique

Notions clés & Définitions

  • Industrialisation : Transformation économique par laquelle l’industrie devient majeure dans la production, l’investissement, l’emploi et la croissance, tout en transformant les territoires et les structures sociales.
  • Destruction créatrice : Joseph Schumpeter - La destruction créatrice désigne le processus par lequel de nouvelles activités apparaissent tandis que d’anciennes deviennent obsolètes, sous l’effet des innovations diffusées par vagues.
  • Proto-industrialisation : Phase antérieure à la grande industrie où une économie encore largement rurale associe agriculture, travail à domicile, petits ateliers et quelques manufactures, préparant parfois la concentration industrielle ultérieure.
  • Take-off : Moment où la croissance industrielle devient assez forte pour enclencher une dynamique cumulative.

★ À maîtriser

  • En 1913, deux phases d’industrialisation se sont succédé : la première, commencée en Grande-Bretagne à la fin du XVIIIe siècle, repose sur le charbon, la vapeur, le textile et la sidérurgie ; la seconde, affirmée à partir des années 1870-1880, mobilise l’électricité, le pétrole, la chimie, l’acier et de nouveaux transports et communications.

  • Les progrès agricoles favorisent le décollage industriel en augmentant les rendements, en nourrissant une population croissante, en libérant de la main-d’œuvre et en permettant le réinvestissement de capitaux dans l’industrie.

  • Nikolaï Kondratiev propose des cycles économiques longs d’environ quarante à cinquante ans, alternant phases de forte croissance et phases de ralentissement.

  • En 1913, l’Europe occidentale et les États-Unis sont au cœur de la dynamique industrielle, tandis que la Russie et le Japon connaissent un rattrapage rapide.

Compléments

  • L’industrialisation redistribue les investissements et l’emploi, accroît la productivité, favorise l’urbanisation et fait émerger une classe ouvrière nombreuse.

  • W. W. Rostow distingue cinq étapes du développement économique :

    • société traditionnelle
    • préconditions du décollage
    • « take-off »
    • marche vers la maturité
    • consommation de masse

📌 La révolution industrielle insiste sur la rupture et la transformation profonde des structures économiques et sociales, tandis que l’industrialisation souligne davantage la continuité d’un processus sectoriel, territorial et social.

  • En Grande-Bretagne, les transformations agricoles des XVIIe et XVIIIe siècles comprennent :

    • les enclosures
    • l’amélioration des techniques
    • le développement de l’élevage
  • Après l’engagement de l’industrialisation, la sidérurgie fournit des outils et des machines, le machinisme agricole accroît la productivité et les engrais minéraux améliorent les rendements.

  • La période 1873-1896 est souvent associée à une longue phase de ralentissement économique, malgré des différences selon les secteurs et les pays.

  • À partir des années 1890, l’économie entre dans une phase d’expansion correspondant à la Belle Époque, tandis que les cycles plus courts sont étudiés par Clément Juglar.

Astuce mémo

La première industrialisation fournit les bases ; la seconde les modernise et les complète.

2. Innovations et secteurs industriels moteurs

★ À maîtriser

📌 Une invention est une découverte ou une nouveauté technique, tandis qu’une innovation correspond à son application, sa production et sa diffusion à une échelle permettant sa généralisation économique.

  • En 1913, le charbon reste essentiel pour alimenter les machines à vapeur et produire de l’énergie, tandis que la sidérurgie est transformée par la production de masse de l’acier.

  • L’acier, plus résistant et polyvalent que le fer, favorise le développement des chemins de fer, des constructions métalliques, des navires et de l’automobile.

  • Le télégraphe, les câbles sous-marins, le téléphone et les premières communications sans fil réduisent fortement le temps de transmission de l’information.

Compléments

  • L’électricité ne devient un moteur industriel que lorsque les moyens de production, de transport et d’utilisation permettent sa diffusion massive.

  • Schumpeter distingue notamment les innovations de produit et de procédé, et le taylorisme constitue un exemple d’innovation organisationnelle et productive.

  • La tour Eiffel, construite pour l’Exposition universelle de 1889, symbolise la maîtrise du fer et des techniques métallurgiques.

  • Le textile reste important en 1913, mais son poids relatif diminue à mesure que l’énergie, la sidérurgie, la chimie, l’automobile et l’électricité deviennent des secteurs moteurs.

  • Le pétrole est exploité industriellement aux États-Unis à partir de 1859 et alimente notamment les moteurs à explosion, favorisant le développement du raffinage.

  • Les acteurs cités de l’industrie automobile émergente sont :

    • Ford
    • Renault
    • Fiat
    • Daimler
    • Michelin
  • L’aviation naissante mobilise le moteur à explosion, des matériaux légers et de nouveaux savoir-faire.

  • Les groupes chimiques allemands développent notamment :

    • les colorants
    • les engrais
    • les produits pharmaceutiques
    • de nombreux produits intermédiaires
  • L’hydroélectricité se développe notamment grâce aux travaux d’Aristide Bergès dans les Alpes.

3. Concentration des entreprises et finance

Notions clés & Définitions

  • Concentration horizontale : Regroupement d’entreprises appartenant à une même branche afin de renforcer le contrôle du marché.
  • Concentration verticale : Contrôle de plusieurs étapes successives d’une même filière, de l’approvisionnement en matières premières à la production et à la commercialisation.
  • Concentration conglomérale : Diversification dans des activités différentes de l’activité initiale.

★ À maîtriser

  • En 1913, la concentration des entreprises permet d’accroître la productivité, de contrôler les marchés, de sécuriser les approvisionnements et de financer l’innovation.

  • Les entreprises financent leur modernisation par autofinancement, crédit bancaire et ouverture du capital à des investisseurs.

  • En 1913, capitaux, entreprises et banques sont déjà connectés au-delà des frontières, ce qui donne une dimension financière à la mondialisation.

Compléments

  • Krupp illustre les Konzern allemands : le groupe se développe dans la sidérurgie, contrôle des activités en amont comme les mines et en aval comme l’armement et les équipements ferroviaires et navals, et se projette à l’international.

  • Aux États-Unis, Standard Oil illustre la puissance des grands groupes et la concentration du secteur pétrolier.

  • Les grandes banques de dépôt et les banques d’affaires financent les entreprises industrielles, tandis que les places boursières de Londres, Paris et New York mobilisent l’épargne.

4. Rattrapages industriels japonais et russe

Notions clés & Définitions

  • Impérialisme : Politique de domination et d’expansion par laquelle un État cherche à étendre son influence ou ses possessions territoriales, économiques et politiques.

★ À maîtriser

  • L’« avantage du retard » désigne la possibilité, pour un pays tardivement industrialisé, d’adopter rapidement des techniques déjà mises au point ailleurs ; cette idée est développée notamment par Alexander Gerschenkron.

  • L’État japonais modernisateur : développe les infrastructures et les chemins de fer, réforme la fiscalité, favorise l’éducation, stabilise la monnaie, soutient l’industrie, recrute des ingénieurs étrangers, envoie des étudiants en Occident

  • 🔄 La dynamique de puissance japonaise suit cette chaîne : l’État stratège soutient l’industrie, l’industrie permet la modernisation militaire, la puissance militaire rend possible l’expansion impériale

  • À partir des années 1870-1880, l’industrialisation russe s’accélère et place la Russie parmi les grandes puissances industrielles en 1913, malgré son caractère largement rural.

Compléments

  • Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le Japon est largement fermé aux influences extérieures et le shogunat Tokugawa répartit le pouvoir entre un empereur symbolique et religieux et un shogun détenant l’essentiel du pouvoir politique et militaire.

  • Les zaibatsu, grandes familles industrielles comme Mitsui, Mitsubishi et Sumitomo, investissent dans plusieurs secteurs et développent des groupes diversifiés.

  • L’industrialisation japonaise reste incomplète : le pays demeure largement rural, dépend de l’extérieur pour certaines matières premières stratégiques et oriente fortement son industrie vers les besoins de l’État et de la puissance militaire.

Astuce mémo

État stratège → industrialisation accélérée → puissance, mais tensions et dépendances.

5. Réseaux de transport et flux mondiaux

Notions clés & Définitions

  • Désenclavement : Processus par lequel un territoire devient plus accessible grâce à l’amélioration des moyens de transport et de communication.

★ À maîtriser

  • En 1913, les marchandises circulent par voie ferrée et maritime, les capitaux par les banques et les places financières, et les informations par le télégraphe.

  • Le chemin de fer assure des liaisons locales, régionales, nationales et continentales, tandis que le transport maritime assure principalement les liaisons intercontinentales.

  • Les câbles télégraphiques sous-marins relient rapidement les grandes places économiques et politiques, et Londres occupe une position centrale dans ce réseau.

  • Les réseaux mondiaux connectent à la fois les grandes villes et régions industrielles, et les métropoles coloniales à leurs territoires dominés, révélant une mondialisation hiérarchique.

📌 La mondialisation de 1913 est productive, commerciale, financière et informationnelle, mais elle n’est pas universelle et hiérarchise les espaces entre centres, périphéries et marges.

Compléments

  • L’amélioration des vitesses, des capacités et des infrastructures réduit la distance-temps et la distance-coût.

  • Aux États-Unis, le chemin de fer accompagne la conquête de l’Ouest, relie les régions productives aux marchés et fait de Chicago un nœud majeur du réseau.

  • Les grands ports de Londres et de New York structurent les échanges internationaux, et la route transatlantique devient une grande artère de l’économie mondiale.

  • L’amélioration des transports réduit fortement le coût du commerce international, tandis que les échanges, le PIB mondial et le commerce progressent fortement entre 1870 et 1913.

  • L’étalon-or contribue à faciliter les échanges en apportant une plus grande stabilité monétaire.

6. Travail, mouvements ouvriers et urbanisation

Notions clés & Définitions

  • Organisation scientifique du travail : Méthode qui rationalise la production par la division poussée des tâches, la mesure des temps, la séparation entre conception et exécution et la recherche d’une productivité maximale.
  • Fordisme : Système associant production standardisée de masse, travail à la chaîne, gains de productivité et, progressivement, politique salariale destinée à soutenir la consommation de masse.
  • Transition urbaine : Processus par lequel une société passe d’une majorité rurale à une majorité urbaine, notamment sous l’effet de l’industrialisation et de l’exode rural.

★ À maîtriser

  • Frederick Winslow Taylor formalise l’organisation scientifique du travail dans The Principles of Scientific Management, publié en 1911.

  • Henry Ford combine les principes de Taylor avec le travail à la chaîne et la standardisation, et la Ford Motor Company généralise progressivement la chaîne de montage en 1913.

  • La croissance industrielle entraîne l’ouvriérisation des sociétés, mais la pénibilité du travail, les bas salaires et l’absence de protection sociale demeurent importants malgré certaines améliorations des conditions de vie.

  • Le marxisme de Karl Marx et Friedrich Engels analyse l’histoire par la lutte des classes et décrit l’opposition entre la bourgeoisie, propriétaire des moyens de production, et le prolétariat, qui ne possède que sa force de travail ; l’exploitation repose sur l’appropriation de la plus-value.

📌 Les villes industrielles concentrent usines et ouvriers, tandis que les métropoles concentrent aussi des fonctions de commandement telles que la finance, la politique, le commerce, le transport et l’information.

Compléments

📌 La division verticale de l’OST sépare la conception, confiée aux ingénieurs et cadres, de l’exécution, confiée aux ouvriers, tandis que la division horizontale décompose la production en tâches élémentaires.

  • En 1913, le fordisme est encore peu diffusé en Europe, bien qu’il annonce une transformation majeure du capitalisme industriel du XXe siècle.

  • Le mouvement ouvrier revendique notamment :

    • la réduction du temps de travail
    • la hausse des salaires
    • l’amélioration des protections sociales

📌 Le socialisme réformiste entend transformer progressivement le capitalisme par des réformes, tandis que le socialisme révolutionnaire considère qu’une rupture politique et sociale est nécessaire pour atteindre l’égalité.

  • L’anarchisme critique la propriété privée et l’État ; Pierre-Joseph Proudhon formule « la propriété, c’est le vol », tandis que Mikhaïl Bakounine défend une perspective révolutionnaire et anti-autoritaire.

  • En 1913, le SPD allemand, la SFIO française et les syndicats participent à la politisation du monde ouvrier ; la CGT, créée en 1895, associe revendications immédiates et perspective de transformation sociale.

7. Migrations européennes et transition démographique

Notions clés & Définitions

  • Transition démographique : Processus par lequel une société passe d’un régime de natalité et de mortalité élevées à un régime de natalité et de mortalité faibles.

★ À maîtriser

  • La mondialisation met en relation des bassins émetteurs de migrants et des bassins récepteurs, et l’Europe constitue le principal foyer d’émigration en 1913.

  • Entre 1800 et 1913, la population européenne augmente approximativement de 200 à 450 millions d’habitants.

  • Entre le milieu du XIXe siècle et 1913, plusieurs dizaines de millions d’Européens émigrent, principalement vers les Amériques, pour des raisons économiques, mais aussi en raison de persécutions politiques ou religieuses et de conflits, notamment dans les Balkans.

Compléments

  • Les progrès agricoles, sanitaires et médicaux, notamment la pasteurisation, l’amélioration de l’alimentation et les progrès de la médecine, contribuent à réduire la mortalité européenne.

  • Dans son Essai sur le principe de population, Thomas Malthus souligne le risque d’un décalage entre la croissance démographique et celle des ressources.

  • L’industrialisation, l’augmentation de la productivité agricole et l’émigration contribuent à repousser la contrainte de ressources envisagée par Malthus.

  • Les foyers d’émigration se déplacent successivement :

    • de l’Irlande et de l’Europe du Nord
    • vers l’Europe méditerranéenne
    • puis vers l’Europe orientale
  • L’émigration contribue à réguler les déséquilibres démographiques européens et participe à la croissance des territoires d’accueil.

8. Immigration et hiérarchies migratoires

★ À maîtriser

  • Les États-Unis sont le principal pôle d’immigration, attirant des migrants par les besoins de main-d’œuvre liés à l’industrialisation, l’American Dream et l’accès relativement rapide à la citoyenneté.

  • Les immigrants connaissent souvent des conditions difficiles de travail et de logement, ainsi que le racisme et une hiérarchisation entre groupes ; la Chinese Exclusion Act de 1882 illustre la fermeture à certaines populations.

  • En 1913, il existe déjà un système migratoire mondial, mais celui-ci est profondément hiérarchisé.

Compléments

  • Ellis Island devient un symbole de l’immigration aux États-Unis et le discours du melting pot présente la société américaine comme capable d’intégrer des populations d’origines diverses.

  • L’Argentine, le Brésil, le Canada et l’Australie attirent également de nombreux Européens, tandis que des migrations européennes contribuent à la colonisation de peuplement dans les territoires coloniaux.

Astuce mémo

Le melting pot promet l’intégration, tandis que les discriminations et la Chinese Exclusion Act en révèlent les limites.

9. Centres industriels et puissances mondiales

★ À maîtriser

  • En 1913, l’Europe occidentale demeure le principal foyer de l’économie mondiale, tandis que les États-Unis sont déjà la première puissance économique et industrielle.

  • La puissance économique américaine repose sur l’immensité du territoire, les ressources naturelles, l’industrialisation rapide, un vaste marché intérieur et une capacité croissante à projeter sa puissance.

  • Les technologies de la deuxième industrialisation dont bénéficie l’Allemagne comprennent :

    • l’acier
    • la chimie
    • l’électricité
    • la construction mécanique

Compléments

  • Les grands pays industriels d’Europe occidentale sont :

    • le Royaume-Uni
    • la France
    • la Belgique
    • les Pays-Bas
    • l’Allemagne
    • la Suisse
    • l’Italie du Nord
  • Les puissances européennes dominent encore largement le commerce international et surtout les flux financiers, et une part importante du commerce mondial se déroule à l’intérieur de l’Europe.

  • Régis Bénichi utilise l’expression « ruissellement européen » pour désigner la diffusion mondiale des capitaux, des techniques et des modèles économiques européens.

  • Raymond Aron décrit les États-Unis comme une « république impériale », associant institutions républicaines et expansion de puissance.

  • En 1823, la doctrine Monroe est formulée comme référence à la volonté américaine de préserver le continent américain d’une intervention des puissances européennes.

  • Après la guerre de 1846-1848 contre le Mexique, les États-Unis annexent progressivement de vastes territoires à ses dépens.

  • En 1867, les États-Unis achètent l’Alaska à la Russie.

  • En 1898, la guerre hispano-américaine permet aux États-Unis de prendre le contrôle de Porto Rico, de Guam et des Philippines, tandis que Cuba devient indépendante sous forte tutelle américaine.

  • À la veille de la Première Guerre mondiale, les États-Unis disposent d’un immense marché intérieur, d’un réseau ferroviaire continental et d’une industrie particulièrement dynamique.

  • En Allemagne, les grands Konzern, les banques et les pouvoirs publics collaborent étroitement.

  • En 1898, les États-Unis annexent Hawaï, complétant leur expansion territoriale.

  • Henri Luce emploie ultérieurement l’expression « siècle américain » pour désigner la période de domination mondiale exceptionnelle des États-Unis.

10. Bassins industriels et systèmes productifs

Notions clés & Définitions

  • Système productif : L’interdépendance entre entreprises, main-d’œuvre, infrastructures, banques, centres de recherche et marchés au sein d’un territoire industriel.

★ À maîtriser

  • Les espaces industriels se spécialisent selon leurs ressources, leurs infrastructures, leurs marchés et leurs compétences ; les bassins charbonniers favorisent la sidérurgie et la métallurgie, tandis que les grandes villes concentrent les industries de transformation, les services et les fonctions de commandement.

  • La Ruhr est un bassin industriel allemand où le charbon alimente la sidérurgie et les industries lourdes, et où les réseaux ferroviaires et fluviaux acheminent matières premières et productions.

Compléments

  • La concentration industrielle dans la Ruhr produit des villes industrielles, une forte densité ouvrière et des conflits sociaux importants.

11. Centres, périphéries et marges

★ À maîtriser

  • En 1913, le Royaume-Uni reste une grande puissance industrielle et commerciale, mais son avance relative diminue face aux États-Unis et à l’Allemagne dans les secteurs dynamiques de la deuxième industrialisation.

  • La Chine est affaiblie par :

    • les guerres de l’Opium
    • les traités inégaux
    • les interventions étrangères

📌 Les empires coloniaux organisent une relation asymétrique dans laquelle les colonies fournissent matières premières, produits agricoles et parfois main-d’œuvre à faible coût, tandis qu’elles servent de débouchés aux produits manufacturés des métropoles.

  • Une grande partie de l’Asie, de l’Afrique et du monde méditerranéen reste à dominante rurale, et les infrastructures modernes y sont souvent limitées aux espaces utiles aux échanges avec les puissances industrielles.

Compléments

  • Le Royaume-Uni conserve :

    • une puissance financière exceptionnelle
    • Londres comme principale place financière
    • une marine marchande et militaire puissante
    • un immense empire colonial
  • Dans The Great Divergence, Kenneth Pomeranz montre que les écarts entre certaines régions chinoises et l’Europe occidentale ne sont pas aussi anciens qu’on l’a longtemps pensé ; l’accès européen au charbon et aux ressources du Nouveau Monde contribue ensuite à la divergence industrielle.

  • Les ports, voies ferrées et routes construits dans les territoires coloniaux répondent prioritairement aux besoins de l’exploitation et de l’exportation.

📌 Certains territoires indépendants ou semi-dépendants, comme les États-Unis, l’Argentine, le Canada et l’Australie, sont intégrés à la mondialisation par des relations commerciales et financières étroites sans être entièrement comparables aux vieux centres industriels européens.

  • À l’intérieur des pays industriels, les régions industrielles, portuaires et métropolitaines concentrent investissements et emplois, tandis que certaines régions rurales, montagneuses ou éloignées des grands axes restent en retard.

12. Inégalités sociales et réponses étatiques

★ À maîtriser

  • La grande bourgeoisie industrielle, financière et commerciale bénéficie de l’industrialisation grâce aux capitaux qui lui permettent d’investir et de contrôler de nouveaux secteurs, et elle concentre richesse et pouvoir social et politique.

  • Les conditions ouvrières varient notamment selon :

    • les salaires
    • le temps de travail
    • la protection sociale
    • les possibilités de mobilité
  • Les paysans sans terre et les journaliers sont particulièrement fragiles ; la modernisation agricole peut supprimer des emplois et accélérer l’exode rural, qui réduit aussi la clientèle des artisans et commerçants ruraux.

  • À partir de 1883, Bismarck met en place en Allemagne un système pionnier d’assurances sociales pour prévenir la progression révolutionnaire et préserver l’ordre politique.

  • En 1883, l’Allemagne crée une assurance maladie ; en 1884, une assurance contre les accidents du travail ; et en 1889, une assurance invalidité-vieillesse.

Compléments

  • Les nouvelles classes moyennes comprennent (Léon Gambetta) :

    • les employés
    • les cadres
    • les ingénieurs
    • les fonctionnaires
    • les enseignants
    • les commerçants
    • les professions intermédiaires
  • Les grands propriétaires fonciers de l’Est de l’Allemagne, les Junkers, bénéficient particulièrement de la modernisation agricole.

  • En 1907, la crise viticole du Languedoc mobilise massivement les viticulteurs face à la surproduction et à la concurrence étrangère et algérienne ; le 17e régiment d’infanterie refuse finalement de tirer sur les manifestants.

  • En 1906, la CGT réclame notamment la journée de huit heures lors des mobilisations du 1er mai, et le gouvernement de Georges Clemenceau mobilise l’armée pour maintenir l’ordre.

  • Les réponses à la question sociale comprennent :

    • le réformisme
    • la révolution
    • la répression
    • les réformes sociales conservatrices
  • Les lois scolaires de Jules Ferry de 1881-1882 rendent l’enseignement primaire gratuit et obligatoire, renforcent la laïcité scolaire et font de l’école un instrument d’intégration nationale et de mobilité sociale.

  • Le système allemand d’assurances sociales repose sur des cotisations des salariés et des employeurs et couvre progressivement une part importante des travailleurs ; il s’agit d’un « État social », non d’un État-providence au sens contemporain.

📌 En 1913, la situation d’un ouvrier allemand bénéficiant d’assurances sociales diffère de celle d’un ouvrier russe confronté à une forte précarité et à une répression politique importante.

Astuce mémo

La précarité et les conflits sociaux → des réponses allant de la répression aux assurances sociales.

13. États et souveraineté internationale

Notions clés & Définitions

  • État : Une organisation politique souveraine reposant sur un territoire délimité par des frontières, une population et un système de gouvernement.
  • État moderne : Max Weber définit l’État moderne comme une entreprise politique institutionnelle revendiquant avec succès le monopole de la contrainte physique légitime.
  • Souveraineté : Le principe selon lequel l’État dispose de l’autorité suprême sur son territoire et exerce son indépendance à l’égard des autres États.
  • Intergouvernementalisme : Une organisation des relations internationales dans laquelle les gouvernements souverains restent les acteurs principaux et conservent la maîtrise des décisions.

Points essentiels

  • Le traité de Westphalie de 1648 est traditionnellement associé à la conception de la souveraineté territoriale, dont la mise en place historique est progressive et complexe.

  • En 1913, il n’existe pas de supranationalité comparable à celle qui apparaît après 1945 et surtout avec la construction européenne ; les relations internationales sont principalement interétatiques et les acteurs économiques restent fortement liés à leurs États.

14. Politiques économiques et puissance étatique

Notions clés & Définitions

  • Étalon-or : Un système monétaire dans lequel la valeur des monnaies est définie par rapport à une quantité d’or, ce qui assure une relative stabilité des taux de change entre pays adhérents.
  • Protectionnisme : L’ensemble des politiques visant à protéger les producteurs nationaux de la concurrence étrangère, notamment par des droits de douane, des quotas ou des réglementations.

★ À maîtriser

  • En 1913, les entreprises se mondialisent progressivement, mais leur développement reste soutenu par les politiques publiques, les infrastructures, les commandes publiques, les banques et les protections douanières.

Compléments

  • L’étalon-or réduit l’incertitude monétaire, renforce la confiance des investisseurs et des commerçants et facilite les mouvements internationaux de capitaux.

  • L’étalon-or dépend des politiques monétaires nationales et de la capacité des États à maintenir la convertibilité de leur monnaie, de sorte qu’il ne supprime pas les rivalités économiques.

  • Après la crise des années 1870, plusieurs États renforcent les protections douanières pour protéger les industries nationales, particulièrement les secteurs en développement.

  • Friedrich List défend le protectionnisme éducateur, selon lequel une industrie naissante peut avoir besoin d’une protection temporaire avant d’affronter la concurrence internationale.

  • Les États cherchent simultanément à exporter davantage et à protéger leur marché intérieur, ce qui crée des tensions entre partenaires commerciaux.

  • Les secteurs stratégiques comprennent :

    • l’industrie lourde
    • la sidérurgie
    • la chimie
    • la construction navale
    • les transports
  • La course aux armements stimule certaines industries, renforce l’interdépendance entre puissance économique et puissance militaire et pousse les États à sécuriser leurs approvisionnements et contrôler les espaces stratégiques.

15. Colonisation et mondialisation impériale

Notions clés & Définitions

  • Colonialisme : Un système de domination dans lequel un État exerce son autorité politique sur un territoire extérieur et sa population.
  • Exclusif colonial : Le principe selon lequel une colonie est prioritairement intégrée au système commercial de sa métropole, qui cherche à contrôler ses échanges et ses productions.

★ À maîtriser

  • Les objectifs de l’impérialisme colonial comprennent : affirmer la puissance et le prestige de l’État, contrôler des territoires stratégiques, accéder aux matières premières, trouver des débouchés, sécuriser les routes commerciales

  • La conférence de Berlin de 1884-1885 accélère la formalisation des règles de la conquête européenne de l’Afrique ; à la veille de la Première Guerre mondiale, l’essentiel du continent est colonisé par les puissances européennes.

  • Les colonies sont intégrées à la mondialisation comme fournisseuses de matières premières et de produits agricoles ; les ports, chemins de fer et routes construits par les métropoles acheminent souvent ces productions vers les espaces littoraux et les marchés mondiaux.

Compléments

  • Les puissances coloniales européennes comprennent : le Royaume-Uni et la France, qui possèdent les deux plus vastes empires, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, le Portugal, les Pays-Bas, qui conservent les Indes néerlandaises

  • Les infrastructures coloniales sont souvent orientées vers l’exportation et ne visent pas nécessairement à constituer un marché intérieur intégré.

  • Les activités coloniales particulièrement recherchées comprennent :

    • les plantations
    • les mines
    • le commerce
    • les concessions
    • les infrastructures

16. Alliances et tensions européennes

★ À maîtriser

  • À la veille de 1914, la Triple Alliance réunit l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie, tandis que la Triple Entente associe la France, le Royaume-Uni et la Russie.

  • Les guerres balkaniques de 1912-1913 bouleversent les équilibres territoriaux et accentuent les rivalités nationales.

  • Les nationalismes remettent en cause les empires austro-hongrois et ottoman, car les populations ne coïncident pas toujours avec les frontières politiques et portent des revendications territoriales.

Compléments

  • Les alliances européennes ne rendent pas la guerre automatique, mais elles contribuent à polariser le continent et peuvent entraîner plusieurs grandes puissances dans une crise locale.

  • Les tensions franco-allemandes portent notamment sur l’Alsace-Lorraine et les rivalités coloniales, tandis que les tensions germano-britanniques sont liées à la puissance navale et commerciale.

  • Dans les Balkans, le recul de l’Empire ottoman nourrit les ambitions concurrentes de la Russie, de l’Autriche-Hongrie et des États balkaniques.

  • En 1913, l’enchevêtrement des alliances, des rivalités impériales, des nationalismes et des courses aux armements crée les conditions d’une escalade rapide en 1914, sans rendre encore la guerre générale inévitable.

Tableaux de synthèse

Acteurs des alliances européennes

AllianceMembres
Triple AllianceAllemagne, Autriche-Hongrie, Italie
Triple EntenteFrance, Royaume-Uni, Russie

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1. En étudiant les transformations industrielles jusqu’en 1913, quelle association caractérise la seconde phase d’industrialisation, affirmée à partir des années 1870-1880 ?

2. Dans une région, l’industrie prend une place centrale dans la production, l’investissement, l’emploi et la croissance, tandis que les villes et les structures sociales évoluent. Comment nomme-t-on cette transformation économique ?

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Quelles énergies et industries caractérisent la première industrialisation ?

Le charbon, la vapeur, le textile et la sidérurgie.

Qu’est-ce que l’industrialisation ?

La transformation économique qui rend l’industrie majeure dans la production, l’investissement, l’emploi et la croissance.

Quel économiste est associé à la destruction créatrice ?

Joseph Schumpeter.

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