Fiche de révision : Les contestations sociales et politiques de 1968

Plan du Cours

  1. Les années 1968 en France : contestations étudiantes et ouvrières dans un contexte mondial
  2. Crise du compromis résistancialiste et remise en cause de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale
  3. Critiques du modèle économique et insubordination ouvrière dans les années 1960
  4. Renouveau intellectuel et politique : marxisme, maoïsme et écologie politique
  5. Groupes d’extrême gauche : diversité, critiques des régimes communistes et démocratie occidentale
  6. La jeunesse comme acteur politique et culturel : contre-culture et politisation internationale
  7. Mobilisations féministes des années 1970 : deuxième vague et revendications d’égalité réelle
  8. Phases de la crise de Mai 68 : crise étudiante, sociale et politique
  9. Occupation des usines, transformations du monde ouvrier et réactions aux accords de Grenelle
  10. Crise politique de mai-juin 1968 : manifestations, répression et élections anticipées
  11. Retour au pouvoir gaulliste et renforcement politique après Mai 68
  12. Impact durable de Mai 68 sur la politisation des catégories sociales marginalisées

1. Les années 1968 en France : contestations étudiantes et ouvrières dans un contexte mondial

Notions clés & Définitions

  • Quartier latin : Le Quartier latin est un espace parisien associé aux manifestations de 1968, notamment avec l’usage de barricades et l’affrontement avec la police.
  • Sorbonne occupée : L’occupation de la Sorbonne désigne la prise symbolique d’un lieu universitaire majeur pendant les événements de mai-juin 1968.
  • Jeune (catégorie sociale) : La catégorie « jeune » apparaît dans le discours public en 1968, associée à la fougue et à un risque de subversion de l’ordre établi.
  • Insubordination ouvrière : L’insubordination ouvrière correspond aux formes de refus et de contestation dans le monde du travail, jugées décisives pour comprendre 1968.
  • Événements-monde : Les « événements-monde » désignent l’idée que les crises et contestations en France s’inscrivent dans un contexte international, notamment guerre froide et guerre du Vietnam.

Points essentiels

  • Les manifestations parisiennes du Quartier latin combinent barricades et répression policière, ce qui politise la violence policière dans le débat public.
  • La Sorbonne et le Quartier latin servent de repères spatiaux, tandis que Nanterre est présenté comme un lieu lié à la jeunesse.
  • Après mai-juin 1968, les pouvoirs politiques successifs voient la contestation étudiante comme un risque de subversion touchant toute la société.
  • Les historiens insistent sur l’émergence de la jeunesse comme catégorie sociale, mais soulignent aussi le rôle de l’insubordination ouvrière dans l’explication des événements.
  • Ludivine Bantigny et Xavier Vigna replacent l’explosion de mai-juin 1968 dans un continuum plus large de contestation ouvrière.
  • Pour dépasser le cadre franco-centré, les historiens qualifient ces événements d’« événements-monde » liés à la guerre froide, à la guerre du Vietnam et à l’évolution du Tiers Monde.

Astuce mémo

Quartier latin = barricades + police ; Sorbonne = symbole ; Jeune = « risque » ; Ouvriers = insubordination ; Monde = Vietnam/Tiers Monde.

2. Crise du compromis résistancialiste et remise en cause de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale

Notions clés & Définitions

  • Compromis résistancialiste : Le compromis résistancialiste est un accord implicite d’après 1945 visant à préserver une continuité républicaine en minimisant la place accordée à la mémoire de Vichy.
  • Légitimité du modèle démocratique occidental : La légitimité du modèle démocratique occidental désigne la confiance collective envers les institutions et la démocratie comme cadre politique jugé valable.
  • Société de consommation : La société de consommation est un modèle social où l’accès aux biens et aux achats devient central, au point de détourner l’attention de l’action politique.
  • Mémoire de la Seconde Guerre mondiale : La mémoire de la Seconde Guerre mondiale correspond aux récits publics et aux interrogations collectives sur ce qui s’est passé pendant la guerre.
  • Robert Paxton : Robert Paxton est un historien dont les travaux sur Vichy ont contribué à remettre en cause le récit résistancialiste.

Points essentiels

  • Dans les années 1960, la démocratie occidentale connaît une crise de légitimité, visible notamment par la baisse de la participation électorale.
  • La lassitude envers le politique et les institutions traditionnelles (élections, partis) renforce le sentiment de crise démocratique.
  • Certains analystes relient la baisse des contestations politiques à l’essor de la société de consommation, où l’intérêt se déplace vers l’achat plutôt que la mobilisation.
  • En France, le compromis résistancialiste post-1945 repose sur l’idée que la République doit oublier Vichy et afficher une continuité républicaine sans trop mettre en avant la mémoire des événements.
  • À partir des années 1960-1970, le compromis est progressivement contesté : on interroge davantage ce qui s’est réellement passé pendant la guerre, ce qui ébranle le mythe résistancialiste.
  • En 1972, Robert Paxton publie La France de Vichy, qui met en évidence le rôle de la collaboration et l’implication du gouvernement français dans la politique d’extermination des Juifs.

Astuce mémo

Compromis = « après 45, on oublie Vichy » ; puis années 60-70 : « on re-questionne la guerre » (Paxton 1972).

3. Critiques du modèle économique et insubordination ouvrière dans les années 1960

Notions clés & Définitions

  • Robert Paxton : Historien dont les travaux sur la France de Vichy mettent en évidence la collaboration et l’implication du gouvernement français dans l’extermination des Juifs.
  • Ve République : Régime semi-présidentiel dont le pouvoir exécutif devient particulièrement central à partir de 1962 avec l’élection du président au suffrage universel direct.
  • Jean-Paul Sartre : Intellectuel associé à l’émergence d’un milieu contestataire parisien après la Seconde Guerre mondiale.
  • Daniel Cohn-Bendit : Militant intellectuel surnommé « Dany le Rouge », figure de la contestation portée notamment par des étudiants et intellectuels parisiens.
  • Herbert Marcuse : Penseur associé à une critique reliant marxisme et psychanalyse pour analyser l’indignation dans les sociétés industrielles, à l’Ouest comme à l’Est.

Points essentiels

  • La publication de Robert Paxton sur la France de Vichy contribue à ébranler des certitudes en montrant le rôle de la collaboration et l’implication du gouvernement français dans la politique d’extermination des Juifs.
  • Les guerres de décolonisation participent à la remise en cause des certitudes et nourrissent un climat de contestation.
  • La Ve République, surtout après 1962, renforce la crédibilité affaiblie du pouvoir politique car le centre du pouvoir repose fortement sur l’exécutif.
  • Le vieillissement des élites politiques, majoritairement masculines, est perçu comme déconnecté et peu représentatif, ce qui alimente une aspiration au renouvellement.
  • En 1968, Charles de Gaulle (78 ans) domine la vie politique depuis plus de dix ans, ce qui renforce un sentiment de rupture et de demande de renouvellement.
  • Le 15 mars 1968, Pierre Viansson-Ponté (Le Monde) décrit une lassitude générale : jeunesse qui s’ennuie, étudiants centrés sur le quotidien, et ouvriers en quête de travail sans mobilisation forte.

Astuce mémo

Paxton + Décolonisation = certitudes fissurées ; 1962 + De Gaulle = pouvoir décrédibilisé ; Viansson-Ponté = ennui avant l’explosion.

4. Renouveau intellectuel et politique : marxisme, maoïsme et écologie politique

Notions clés & Définitions

  • Herbert Marcuse : Penseur de la contestation internationale qui relie marxisme et psychanalyse pour analyser la domination dans les sociétés industrielles.
  • Société industrielle : Forme de société fondée sur le travail industriel qui, pour Marcuse, produit une domination quel que soit le régime politique.
  • Confort asservissant : Idée selon laquelle le bien-être matériel des sociétés industrielles peut fonctionner comme une forme d’assujettissement.
  • Mao Zedong : Figure majeure du renouveau révolutionnaire qui met en avant la jeunesse et défend une voie révolutionnaire non stalinienne.
  • Club de Rome : Groupe de chercheurs à l’origine d’analyses sur les limites de la croissance et les déséquilibres causés par la société industrielle.

Points essentiels

  • Marcuse relie marxisme et psychanalyse pour interpréter l’indignation individuelle dans les sociétés industrielles, à l’Ouest comme à l’Est.
  • Pour Marcuse, les sociétés industrielles tendent vers une domination, indépendamment de leur forme capitaliste ou socialiste.
  • Il décrit un confort qui rend dépendant, et une société quasi totalitaire fabriquant le consentement.
  • Le consentement à la société industrielle est présenté comme une forme d’esclavage accepté.
  • Son projet vise une libération des individus du travail industriel via une rupture avec la massification et une dé-massification de la société.
  • Les années 1960 voient une renaissance du marxisme, discuté pour sa critique du capitalisme et des aliénations, philosophiquement et politiquement.

Astuce mémo

Marcuse = « confort qui attache » : consentir = esclavage ; dé-massifier = libérer du travail industriel.

5. Groupes d’extrême gauche : diversité, critiques des régimes communistes et démocratie occidentale

Notions clés & Définitions

  • Gauchisme : Le gauchisme désigne des courants qui contestent la ligne révolutionnaire dominante et, historiquement, l’hégémonie du Parti communiste sur la gauche.
  • Le Gauchisme, maladie infantile du communisme : Ouvrage de Vladimir Lénine qui emploie le terme « gauchisme » pour critiquer des groupes jugés hors de la ligne bolchevique.
  • Parti communiste français : Organisation politique qui reprend et popularise le terme « gauchisme » pour disqualifier des groupes qui contestent sa position dominante à gauche.
  • New Left : Courant de gauche alternative au Royaume-Uni qui regroupe plusieurs sensibilités, incluant des dimensions féministes et queer.
  • Autorité politique : Forme de pouvoir institutionnel contestée par les groupes d’extrême gauche et de gauche alternative.

Points essentiels

  • Dans les années 1960, on observe un bouillonnement intellectuel et politique avec l’apparition de groupes d’extrême gauche et de « gauche alternative ».
  • Philippe Artières décrit le gauchisme comme un ensemble diversifié, ce qui explique l’idée d’un « visage » multiple du mouvement.
  • Le terme « gauchisme » est d’abord utilisé par Vladimir Lénine pour critiquer des groupes jugés insuffisamment alignés sur la ligne bolchevique.
  • Le Parti communiste français reprend ensuite le terme pour attaquer des groupes qui contestent son hégémonie à gauche.
  • Les groupes d’extrême gauche critiquent le Parti communiste français car il reste stalinien et parce qu’ils lui reprochent une bureaucratisation ayant fait perdre sa dynamique révolutionnaire.
  • Ces groupes contestent plusieurs autorités, notamment l’autorité politique et l’autorité patriarcale, avec des degrés variables selon les courants.

Astuce mémo

Lénine = « maladie infantile » ; PCF = « disqualifie » : gauchisme = contestation de l’hégémonie communiste.

6. La jeunesse comme acteur politique et culturel : contre-culture et politisation internationale

Notions clés & Définitions

  • New Left : La New Left désigne des courants de gauche alternatifs au Royaume-Uni, incluant notamment des sensibilités féministes et queer.
  • Démocratie représentative : La démocratie représentative est un modèle où la volonté populaire passe par des représentants élus, jugé imparfait et trop bourgeois par ces groupes.
  • Démocratie directe : La démocratie directe correspond à une participation plus directe des citoyens, préférée à la représentation jugée usurpatrice.
  • Marxisme : Le marxisme est présenté comme l’horizon intellectuel central des discussions de l’époque, y compris dans les critiques du totalitarisme et de l’Occident.
  • Conférence de Bandung : La conférence de Bandung (1955) rassemble des dirigeants d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine qui refusent l’alignement sur les deux blocs.

Points essentiels

  • Ces groupes critiquent la bureaucratisation de mouvements jugés autrefois révolutionnaires, ce qui leur fait perdre leur dynamique initiale.
  • Ils contestent plusieurs autorités à la fois : politique, patriarcale, patronale/contremaîtres, et aussi celles de l’université et de l’école.
  • Ils dénoncent la démocratie occidentale représentative comme bourgeoise et imparfaite, et défendent une démocratie directe contre l’idée d’usurpation de la représentation.
  • Ils rejettent le modèle communiste soviétique pour trois raisons : crimes du stalinisme, bureaucratisation du régime, et perte supposée de la vocation révolutionnaire.
  • Ils situent leur action dans un horizon révolutionnaire et provoquent une forte politisation des milieux scolaires et universitaires, avec une centralité du marxisme dans les débats.
  • Jean-Paul Sartre affirme en 1960 que le marxisme constitue l’horizon philosophique indépassable de l’époque.

Astuce mémo

Bandung = « ni bloc A ni bloc B » : troisième voie.

7. Mobilisations féministes des années 1970 : deuxième vague et revendications d’égalité réelle

Notions clés & Définitions

  • Deuxième vague féministe : Mouvement féministe des années 1970 qui élargit la lutte à l’égalité réelle, notamment dans la vie sociale et intime, au-delà des droits formels.
  • Égalité réelle : Principe visant une égalité effective dans les pratiques sociales, les institutions et les conditions de vie, pas seulement une égalité inscrite en droit.
  • Panique morale : Réaction des élites face à des comportements de jeunes jugés déviants, présentés comme incontrôlables et menaçant l’ordre social.
  • Culture jeune : Ensemble de pratiques et de valeurs attribuées aux jeunes, diffusées par les médias et pouvant prendre la forme d’une contre-culture.

Points essentiels

  • La période de guerre froide favorise une vision bipolaire du monde, mais certains acteurs refusent cette lecture en défendant une troisième voie.
  • La conférence de Bandung (1955) réunit des dirigeants d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine et revendique le non-alignement sur les deux blocs.
  • La conférence tricontinentale de 1966 radicalise la logique de troisième voie et renforce l’idée d’un positionnement autonome.
  • En France, la diversité idéologique inclut des courants trotskistes, des groupes issus de Voix ouvrière (créée en 1962, future Lutte ouvrière) et un courant maoïste influencé par le Petit Livre rouge.
  • Le maoïsme met l’accent sur l’adaptation du marxisme aux sociétés rurales et sur le rôle central de la jeunesse, appelée à renverser les anciennes élites et à participer à une révolution permanente.
  • La jeunesse est décrite dans les médias comme une culture et une contre-culture, critiquant l’autorité scolaire et la libéralisation sexuelle, ce qui alimente une panique morale chez les élites.

Astuce mémo

Bandung = « non-alignés » ; Tricontinentale = « radicalisation » ; Jeunesse = « contre-culture → panique morale ».

8. Phases de la crise de Mai 68 : crise étudiante, sociale et politique

Notions clés & Définitions

  • Crise étudiante : Crise étudiante : phase où la contestation est portée par les étudiants et devient un moteur de mobilisation collective.
  • Panique morale : Panique morale : réaction médiatique qui présente la jeunesse comme incontrôlable et amplifie la peur sociale.
  • Jeunesse homogène : Jeunesse homogène : idée selon laquelle les jeunes formeraient un bloc uni, que l’analyse sociologique nuance.
  • Opposition au Vietnam : Opposition au Vietnam : mobilisation pacifiste contre la guerre, qui sert de cause commune à la jeunesse au-delà des frontières.
  • Renouveau féministe : Renouveau féministe : moment où les revendications des femmes gagnent en visibilité, même si elles restent souvent cantonnées à des rôles subalternes.

Points essentiels

  • La télévision relaie l’événement et contribue à une panique morale autour d’une jeunesse jugée ingérable.
  • Bourdieu et Passeron contestent l’idée d’une jeunesse unifiée en mettant en avant des inégalités sociales et scolaires entre jeunes.
  • La politisation de la jeunesse se fait sur un front large, avec une convergence autour de l’opposition à la guerre du Vietnam à l’échelle internationale.
  • Des organisations venues des États-Unis alimentent le mouvement commun contre le Vietnam vers la fin des années 1960.
  • Entre 1965 et 1967, les manifestations contre le Vietnam sont particulièrement importantes en Europe (France, Italie, Allemagne).
  • Dans ces mobilisations pacifistes, les femmes participent activement et Mai 68 s’accompagne d’un renouveau féministe.

Astuce mémo

Vietnam = cause commune internationale ; Télévision = panique morale ; Bourdieu/Passeron = jeunesse pas homogène ; Femmes = renouveau mais rôles souvent subalternes.

9. Occupation des usines, transformations du monde ouvrier et réactions aux accords de Grenelle

Notions clés & Définitions

  • Hiérarchies de genre : Ensemble des rapports de pouvoir qui organisent la domination masculine et assignent des rôles différenciés aux femmes et aux hommes.
  • Violences contre les manifestantes : Ensemble des violences subies par les femmes lors des répressions, visant notamment leur apparence et leur intégrité physique.
  • Mouvements féministes : Courants politiques et sociaux qui revendiquent l’égalité réelle entre les sexes et contestent les discriminations.
  • Deuxième vague féministe : Renouveau du féminisme à partir des années 1970, porté par des revendications d’égalité au-delà du cadre légal.
  • Crise du consentement : Situation de contestation généralisée où l’adhésion aux autorités et aux institutions se fragilise à l’échelle de la société.

Points essentiels

  • La crise ne renverse pas automatiquement les hiérarchies de genre : elle peut au contraire les renforcer dans un contexte d’urgence.
  • Lors des répressions, des violences spécifiques visent les attributs de la féminité (vêtements déchirés, coups portés au ventre) et peuvent aller jusqu’à des tentatives de viol.
  • Malgré ces violences, Mai 68 constitue un choc pour les féministes : les femmes se politisent à l’échelle de la société entière.
  • Après Mai 68, l’arrivée accrue de femmes dans les syndicats s’accompagne de débats sur une remise à plat des rapports sociaux, notamment autour de la « libération des femmes ».
  • Le slogan « le privé est politique » relie les rapports intimes aux enjeux d’égalité réelle et oriente les revendications contre les discriminations.
  • Les avancées juridiques citées sont la légalisation de la contraception en 1967 et la légalisation de l’avortement par la loi Veil en 1975.

Astuce mémo

Genre sous pression : crise = hiérarchie renforcée ; répression = corps visé ; Mai 68 = politisation ; 70s = « privé politique » + lois (1967, 1975).

10. Crise politique de mai-juin 1968 : manifestations, répression et élections anticipées

Notions clés & Définitions

  • Mouvement du 22 mars : Mouvement étudiant né le 22 mars 1968 à la suite de l’arrestation d’un étudiant de Nanterre, organisé pour la solidarité et la liberté d’expression.
  • Université de Nanterre : Université de Nanterre, lieu de départ des protestations à partir du 22 mars 1968 et des actions qui conduisent ensuite à l’extension du mouvement.
  • Sorbonne : Université parisienne devenue un centre de rassemblement et d’occupation étudiante, notamment à partir du 3 mai 1968.
  • Quartier latin : Zone de Paris où se produisent les premiers affrontements entre étudiants et forces de l’ordre, marquant une montée de la violence.
  • Première nuit des barricades : Épisode culminant de la phase politique, survenu dans la nuit du 10 au 11 mai 1968 au boulevard Saint-Michel.

Points essentiels

  • Deux mots d’ordre dominent le mouvement : contestation des hiérarchies et libération des mœurs, avec une mobilisation autour de la guerre du Vietnam.
  • Le 22 mars 1968, des protestations éclatent à l’université de Nanterre après l’arrestation d’un étudiant impliqué dans une manifestation contre le Vietnam.
  • Le 29 mars, un sit-in a lieu à Nanterre et une assemblée générale à la Sorbonne réunit des étudiants de plusieurs pays européens pour échanger sur leurs mobilisations.
  • Le 3 mai 1968, des étudiants de Nanterre occupent la Sorbonne, puis elle est évacuée par le recteur ; les étudiants rejoignent ensuite la Sorbonne pour protester contre la fermeture et la convocation disciplinaire du 6.
  • L’appel des forces de l’ordre pour évacuer les lieux rompt avec un accord tacite de non-intervention policière dans les universités et provoque une forte désapprobation.
  • Après cette rupture, la radicalisation s’accélère : premiers affrontements dans le Quartier latin, environ 600 arrestations et 1 000 blessés en quelques jours, ce qui choque l’opinion publique par la violence de la répre

Astuce mémo

22/3 → Nanterre s’embrase ; 3/5 → Sorbonne occupée ; 10-11/5 → barricades au Saint-Michel.

11. Retour au pouvoir gaulliste et renforcement politique après Mai 68

Notions clés & Définitions

  • Opinion publique : L’opinion publique désigne l’ensemble des réactions et jugements de la population, ici choqués par la violence de la répression contre la jeunesse.
  • Occupations universitaires : Les occupations universitaires sont des prises de contrôle d’établissements par des étudiants, qui se multiplient en solidarité avec le mouvement.
  • Lieux artistiques : Les lieux artistiques sont des espaces culturels (écoles d’art, théâtres) investis pour soutenir les étudiants et élargir la mobilisation.
  • Crise sociale de mai 1968 : La crise sociale de mai 1968 correspond à la phase de contestation qui s’étend du 13 au 30 mai et s’inscrit dans une dynamique plus large des années 1960.
  • Journée unitaire du 13 mai 1968 : La journée unitaire du 13 mai 1968 est une mobilisation de solidarité qui rassemble plusieurs groupes et lance une dynamique de grèves massives.

Points essentiels

  • La répression contre la jeunesse choque durablement l’opinion publique et contribue à élargir le mouvement.
  • Des universités sont occupées en réponse, notamment à Lyon et Marseille, souvent avec une logique de solidarité étudiante.
  • Des lieux artistiques sont aussi investis, comme les Beaux-Arts à Paris et le Théâtre de l’Odéon, ce qui élargit la contestation.
  • La crise sociale se situe du 13 au 30 mai et s’insère dans les années 1960 marquées par une insubordination ouvrière.
  • L’insubordination ouvrière se traduit par un refus de reconnaître les autorités et par une prise de parole en usine, transformant le travail en espace politique.
  • Le rejet du taylorisme et de la rationalisation du travail s’explique par des contraintes permanentes sur les corps et des brimades, notamment envers les ouvriers et ouvrières.

Astuce mémo

Répression → solidarité (universités + arts) ; puis 13 mai = convergence et grèves massives.

12. Impact durable de Mai 68 sur la politisation des catégories sociales marginalisées

Notions clés & Définitions

  • Nouvelles catégories ouvrières : En 1968, le mouvement social s’appuie sur des groupes ouvriers nouveaux, souvent plus précaires et moins syndiqués, comme les femmes, les jeunes ouvriers, les immigrés et les ruraux.
  • Contrôle du travail : La contestation porte sur l’organisation et la maîtrise du travail, ainsi que sur les conditions de production, revendications largement ignorées par les pouvoirs publics.
  • Crise politique de mai-juin 1968 : La crise politique correspond à l’escalade entre le 30 mai et le 30 juin 1968, quand le pouvoir gaulliste est dépassé par la contestation.
  • Accords de Grenelle : Les accords de Grenelle sont des négociations tripartites organisées fin mai 1968 entre gouvernement, patronat et syndicats, proposant des mesures sociales et des lois sur la liberté syndicale.
  • Vacance du pouvoir : La vacance du pouvoir désigne la période où de Gaulle disparaît temporairement de Paris le 29 mai, ce qui accentue l’incertitude politique.

Points essentiels

  • Dans certaines usines, des cadres sont séquestrés pendant plusieurs jours, notamment dans le sud de Nantes.
  • Le mouvement touche aussi des secteurs peu industrialisés et peu syndiqués, ce qui déborde les organisations traditionnelles.
  • Le 24 mai est un tournant : la répression ne suffit plus à endiguer le mouvement, malgré une répression toujours forte en province.
  • Du 30 mai au 30 juin, la crise combine lassitude et contestation du pouvoir gaulliste, avec des violences dont la mort d’un commissaire et d’un manifestant atteint par une grenade lacrymogène.
  • Du 25 au 27 mai, Pompidou lance des négociations tripartites et propose : augmentation du SMIG, hausse des salaires d’environ 10 %, réduction du temps de travail et lois sur la liberté syndicale.
  • Les accords de Grenelle sont refusés par une partie des ouvriers, notamment dans l’automobile à Boulogne-Billancourt, ce qui prolonge la grève et crée une confusion politique contre Pompidou.

Astuce mémo

24 mai = répression insuffisante ; 25-27 mai = Grenelle ; 29 mai = vacance ; fin juin = élections qui referment la crise.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1955Conférence de Bandung : refus de s’aligner sur les deux blocs, revendication d’une troisième voie
1962Élection du président au suffrage universel direct : renforcement du centre du pouvoir exécutif dans la Ve République
1972Publication de La France de Vichy par Robert Paxton : mise en évidence du rôle de la collaboration et de l’implication du gouvernement français dans l’extermination des Juifs

Tableaux de synthèse

Acteurs et formes de contestation (1960s-1968)

ActeurMotifs/axesFormes d’action
Jeunesse étudianteContestations des hiérarchies et libération des mœurs, mobilisation autour du VietnamMouvement du 22 mars, sit-in, occupation de la Sorbonne, extension du mouvement, barricades
OuvriersRejet du taylorisme/fordisme et des contraintes sur les corps, revendications sur le contrôle du travail et les conditions de productionInsubordination ouvrière, occupations d’usines, grèves massives, journée unitaire du 13 mai
Groupes d’extrême gauche / gauche alternativeCritique des autorités (politique, patriarcale, patronale/contremaîtres, universitaire/scolaire) et de la démocratie représentativeDémocratie directe, contestation du modèle soviétique, politisation des milieux scolaires/universitaires

Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre la « crise du consentement généralisé » (Boris Gobille) avec une simple baisse de participation électorale : ce n’est pas seulement électoral, c’est une rupture d’allégeance à plusieurs autorités.
  2. Croire que la police n’intervient jamais dans les universités : le cours insiste sur la rupture quand le recteur appelle les forces de l’ordre pour évacuer la Sorbonne/Nanterre.
  3. Réduire Mai 68 à une contestation étudiante : la chronologie distingue crise étudiante, crise sociale (13-30 mai) et crise politique (30 mai-30 juin).
  4. Penser que la crise renverse automatiquement les hiérarchies de genre : le cours dit au contraire que la crise peut les renforcer et que les femmes sont souvent reléguées à des rôles subalternes.
  5. Assimiler « jeunesse » à un bloc homogène : le cours nuance l’idée d’une jeunesse unifiée (Bourdieu/Passeron) et insiste sur des inégalités sociales/scolaires.
  6. Oublier que les « événements-monde » relient la France au contexte international (guerre froide, guerre du Vietnam, évolution du Tiers Monde) : ce n’est pas un cadre franco-centré.
  7. Confondre les accords de Grenelle avec une victoire totale : ils sont refusés par une partie des ouvriers (ex. automobile à Boulogne-Billancourt), prolongeant la grève et créant une confusion politique.

Checklist Examen

  1. Identifier les repères spatiaux et leur rôle dans la politisation (Quartier latin, Sorbonne, Nanterre) et relier chacun à la contestation décrite.
  2. Expliquer pourquoi la catégorie « jeune » émerge dans le discours public en 1968 et comment elle est associée à un risque de subversion de l’ordre établi.
  3. Présenter l’idée d’« événements-monde » et citer au moins deux éléments du contexte international mobilisés (guerre froide, guerre du Vietnam, Tiers Monde).
  4. Décrire la crise de légitimité du modèle démocratique occidental dans les années 1960 (baisse de participation, lassitude envers élections/partis) et le lien proposé avec la société de consommation.
  5. Expliquer le compromis résistancialiste (après 1945 : oublier Vichy, continuité républicaine) et la remise en cause à partir des années 1960-1970.
  6. Rappeler ce que Robert Paxton apporte en 1972 (La France de Vichy) et relier ce point à la remise en cause du mythe résistancialiste.
  7. Expliquer pourquoi la Ve République est dite décrédibiliser le pouvoir politique (centre du pouvoir sur l’exécutif, surtout après 1962) et relier à la lassitude face au vieillissement des élites (de Gaulle).
  8. Savoir restituer l’article du 15 mars 1968 (« Quand la France s’ennuie ») : jeunesse qui s’ennuie, étudiants centrés sur le quotidien, ouvriers en quête de travail sans mobilisation forte.
  9. Présenter la contestation du modèle de croissance : récit des Trente Glorieuses, catégories exclues, et critiques intellectuelles du capitalisme.
  10. Expliquer la pensée de Marcuse telle que vue au cours : marxisme + psychanalyse, domination des sociétés industrielles, confort asservissant, consentement comme esclavage consenti, projet de libération du travail.
  11. Citer les « trois M » (Mao, Marx, Marcuse) et expliquer le rôle central de la jeunesse dans la voie révolutionnaire non stalinienne associée à Mao.
  12. Décrire l’insubordination ouvrière : rejet du taylorisme/fordisme, contraintes sur les corps et brimades, et rôle des occupations d’usines dans la contestation.
  13. Expliquer le rôle des groupes d’extrême gauche/gauche alternative : critique des autorités, démocratie directe contre la représentation, et contestation du modèle soviétique (stalinisme, bureaucratisation, perte de la «
  14. Savoir situer la conférence de Bandung (1955) et la conférence tricontinentale (1966) dans la logique de troisième voie (refus de l’alignement sur les deux blocs).

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Les contestations sociales et politiques de 1968 avec 12 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Que désigne l’expression « Sorbonne occupée » ?

2. Quel historien publie en 1972 l’ouvrage intitulé La France de Vichy ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Les contestations sociales et politiques de 1968 avec 24 flashcards interactives.

Années 1968 en France — contestations ?

Mouvement étudiant et ouvrier dans un contexte mondial.

Crise du résistancialisme — définition ?

Remise en cause du récit officiel sur la Seconde Guerre mondiale.

Insubordination ouvrière — rôle ?

Refus et contestation dans le monde du travail.

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