Fiche de révision : Les enjeux du corps dans la société

Plan du Cours

  1. Corps et personne
  2. Image du corps
  3. Corps dissocié et biomédecine
  4. Corps relationnel et médecine chinoise
  5. Objets-frontières et valeurs du corps
  6. Greffes et modifications corporelles
  7. Corps communicant
  8. Validisme et pair-accompagnement
  9. Corps réparé et augmenté
  10. Corps mort et rites funéraires

1. Corps et personne

Notions clés & Définitions

  • Personne non-identifiée au corps : Notion anthropologique selon laquelle la personne ne se réduit pas à son corps, qui n’en est qu’une partie.
  • Frontières corporelles : Idée selon laquelle les limites du corps ne coïncident ni avec celles de la personne dans l’espace ni avec celles de la personne dans le temps.
  • Image du corps : Représentation que le sujet se fait de son corps, organisée autour de la forme, du contenu, du savoir social et de la valeur attribuée aux attributs physiques.
  • Représentation dissociée : Vision où le corps est traité comme un objet biologique séparé de la personne, notamment via un vocabulaire anatomique centré sur le fonctionnement.

Points essentiels

  • Presque toutes les cultures partagent l’idée que parler du corps revient toujours à parler de la personne.
  • L’image du corps combine forme, contenu sensible, savoir social sur le corps et valeur sociale attachée aux attributs physiques.
  • Dans la représentation dissociée, le savoir biomédical isole l’anatomophysiologie et conduit à parler du corps comme possédé, par exemple « mon cholestérol ».
  • La représentation dissociée peut aller jusqu’à appeler les patients par leurs organes malades dans certains contextes hospitaliers.
  • Dans la représentation holistique, le corps forme un nœud de relations et il n’y a pas de coupure nette entre intérieur et extérieur.
  • La personne dépasse ses frontières corporelles : elle dure plus longtemps que le corps et agit au-delà de lui.

Astuce mémo

Corps ≠ personne : l’image du corps = forme + contenu + savoir social + valeur.

2. Image du corps

Notions clés & Définitions

  • Forme corporelle : La forme du corps correspond à la délimitation précise du corps dans l’espace.
  • Contenu sensible : Le contenu du corps est un ensemble cohérent de sensations jugées familières, prévisibles et reconnaissables.
  • Valeur corporelle : La valeur du corps désigne le jugement social attaché aux attributs physiques qui caractérisent le corps.

Points essentiels

  • L’image du corps s’organise autour de la forme, du contenu sensible, du savoir social sur le corps humain et de la valeur attribuée aux attributs physiques.
  • Le savoir recouvre l’idée que l’individu se fait de la vision biomédicale et/ou sociétale du corps humain.
  • Les composantes de l’image du corps varient selon le contexte social, culturel, relationnel et personnel.

Astuce mémo

Forme-Contenu-Savoir-Valeur : image du corps en 4 cases.

3. Corps dissocié et biomédecine

Notions clés & Définitions

  • Objets-frontières humains : Des éléments utilisés en biomédecine qui brouillent les frontières entre ce qui appartient au corps et ce qui en est distinct, et qui relancent la question du soi et de la personne.
  • Échange de matériaux : En biomédecine, le transfert de composants biologiques (ou l’intégration d’artefacts) sert à intervenir sur le corps tout en déstabilisant les catégories corps/non-corps.

Points essentiels

  • Les pratiques biomédicales s’appuient de plus en plus sur l’échange de matériaux qui franchissent des limites corporelles difficiles à délimiter entre soi et non-soi, personne et chose.
  • La biomédecine inclut des exemples comme ovules, sang de transfusion, organes de transplantation, greffons de peau, hormones et cellules.
  • Elle mobilise aussi des dispositifs mécaniques qui se fusionnent au corps, comme les stimulateurs cardiaques et certaines prothèses.
  • Les objets-frontières humains créent un espace d’étude des processus de catégorisation et de valorisation de soi, au cœur des enjeux d’identité.

4. Corps relationnel et médecine chinoise

5. Objets-frontières et valeurs du corps

Notions clés & Définitions

  • Peau enveloppe la personne : La peau est un enveloppement qui distingue et relie les individus en portant des signes que les autres lisent socialement.
  • Différence lisible socialement : La fabrication ou le repérage d’une différence sur le corps sert à rendre le social repérable, justifiable et stable dans un groupe.
  • Albinisme culturellement interprété : L’albinisme peut être valorisé ou redouté selon les croyances locales, car le corps est jugé porteur de signes et de pouvoirs.

Points essentiels

  • Agir sur la peau revient pour l’individu à modifier l’angle de sa relation au monde, car le corps devient un support d’identité.
  • Dans un groupe, les différences corporelles sont repérées ou produites afin de lire et d’inscrire le social sur les corps, ce qui permet aussi de les justifier.
  • L’albinisme est une anomalie congénitale héréditaire liée à un défaut de synthèse ou de distribution de la mélanine.
  • Aux îles Fiji, les personnes albinos sont associées à des esprits protecteurs et les femmes albinos ont historiquement occupé des positions élevées.
  • En Tanzanie, les femmes albinos sont vues comme porteuses de pouvoirs magiques dont des parties du corps peuvent être recherchées dans des pratiques fétichistes et comme transmissible.

Astuce mémo

Peau = page du social : la même différence (ex. albinisme) change de sens selon la culture.

6. Greffes et modifications corporelles

7. Corps communicant

Notions clés & Définitions

  • Validocentrisme : Le validocentrisme est une attitude qui prend le corps valide comme norme, ce qui dévalorise ou exclut les perspectives issues d’autres corps et empêche de penser des normes alternatives.
  • Pairémulation : La pairémulation est la transmission, par des personnes handicapées autonomes, de leur expérience à des personnes en recherche d’autonomie pour renforcer leurs repères sur leurs possibilités, droits et devoirs.
  • Pair-accompagnement : Le pair-accompagnement regroupe des actions relationnelles menées par des pairs pour conseiller, soutenir, éduquer, accompagner et orienter vers des objectifs de transformation exprimés.

Points essentiels

  • Le validocentrisme peut se manifester par des pratiques de destruction des corps différents comme l’eugénisme.
  • Le validocentrisme peut aussi forcer l’assimilation des corps différents à un modèle valide, notamment dans les soins et la rééducation.
  • Le validocentrisme produit des significations sur la différence en la ramenant uniquement au corps valide, considéré comme origine ou référence de normalité.
  • Le validocentrisme entraîne des discriminations directes ou indirectes en traitant différemment comme « normal » malgré l’effet de mise en inégalité et d’infériorité.
  • Le pair-accompagnement comprend quatre registres d’action : conseil, soutien et accompagnement, action éducative, action thérapeutique et action persuasive.
  • La rééducation peut réduire le corps blessé à un « moins » par rapport au corps valide, au lieu d’explorer ses potentiels, ce qui limite la communication de compétences en milieu ordinaire.

8. Validisme et pair-accompagnement

Notions clés & Définitions

  • Validisme : Le validisme est une idéologie d’oppression fondée sur la non-concordance avec des normes médicales de “validité”, qui attribue moins de valeur aux corps jugés handicapés.

Points essentiels

  • Le validisme repose sur une lecture biomédicale du handicap et sur la naturalisation de la validité, ce qui rend certains corps “normaux” et d’autres “inférieurs”.
  • Le validocentrisme peut se manifester par la destruction des corps jugés différents, par l’obligation de ressembler au modèle valide, par des significations construites à partir du corps valide, et par des discriminations directes ou indirectes.
  • La pairémulation se fait par transmission de l’expérience de personnes handicapées autonomes vers des personnes visant davantage d’autonomie, avec un objectif de renforcement de la conscience des possibilités et des droits.
  • En France, le pair-accompagnement inclut quatre registres d’action : conseil-soutien-accompagnement, action éducative, action thérapeutique, et action persuasive.
  • Le corps différent est souvent traité par soins et rééducation pour reproduire les usages proches des corps valides, ce qui impose des techniques valido-normées et limite l’exploration des possibilités du corps blessé.

Astuce mémo

Validisme = “validité médicale” qui hiérarchise les corps ; Pair = “pairs qui montrent l’autonomie” par l’expérience vécue.

9. Corps réparé et augmenté

Notions clés & Définitions

  • Corps réparé : Un corps réparé est pensé en rééducation comme un retour au fonctionnement du corps valide, pour retrouver efficacité et fonctionnalité.
  • Corps augmenté : Un corps augmenté vise une transformation au-delà de la simple réparation, en cherchant à accroître des capacités et des possibilités.
  • Médecine d’amélioration : La médecine d’amélioration regroupe des pratiques biomédicales qui modifient l’humain à des fins non seulement thérapeutiques.
  • Posthumain : Le posthumain désigne un nouvel être humain issu d’une transformation biomédicale des capacités humaines.

Points essentiels

  • En rééducation, le corps blessé est conçu comme un « moins » comparé au corps valide, et non comme un potentiel à explorer, ce qui impose des techniques valido-normées.
  • La conception dominante en rééducation cherche à rapprocher au plus près le fonctionnement du corps valide afin de retrouver fonctionnalité et efficacité.
  • L’« homme réparé » correspond à la logique de retour au valide, tandis que l’« homme augmenté » soulève la question d’un nouvel être humain transformé.
  • Le dopage, les exosquelettes et l’amélioration non thérapeutique sont présentés comme des usages typiques de la médecine d’amélioration dans des contextes sportifs ou militaires.
  • Des pratiques projectives sont citées : sélection génétique des enfants à naître, guerre contre le vieillissement et chirurgie esthétique non réparatrice.
  • La naissance du posthumain est décrite comme nécessairement biomédicale dans cette approche de l’amélioration.

Astuce mémo

Réparé = remise au standard valide ; Augmenté = dépasser le standard (médicaments, technologie, projets biomédicaux).

10. Corps mort et rites funéraires

Notions clés & Définitions

  • Dignité humaine : Notion centrale des lois de bioéthique, qui encadre la manière de traiter la fin de vie et le corps après la mort.
  • Travail de deuil ou mémoire : Obligation sociale fréquemment formulée qui invite à faire un deuil et à préserver une mémoire des morts.
  • Toilette mortuaire : Rite de passage consistant à préparer le corps du défunt, et qui demeure accessible aux non-spécialistes.

Points essentiels

  • Les lois de bioéthique liées à la mort ont connu des transformations successives en reliant dignité humaine, accès aux soins palliatifs et droit à l’euthanasie.
  • Un discours récurrent pousse à accomplir un travail de deuil ou de mémoire pour traiter socialement la disparition.
  • Des corps morts en voie de putréfaction peuvent être invisibilisés par une prise en charge réservée à un personnel spécialisé.
  • La toilette mortuaire, contrairement aux pratiques de certains lieux fermés aux profanes, reste accessible au public.
  • Le traitement du corps n’est jamais seulement utilitaire ou décoratif : il exprime aussi la place et le statut que la société attribue aux personnes.
  • Comprendre comment une culture lit le corps et ce qu’elle lui fait signifier aide à saisir son ordre ou son désordre.

Astuce mémo

Toilette mortuaire ouverte aux profanes, mais cadavres en putréfaction cachés par des spécialistes : deuil/mémoire puis lecture sociale du corps.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1514-1564André Vésale (médecin anatomiste)
1909Robert Hertz : symbolique sociale de la prééminence de la main droite
1960Naissance d’une nouvelle ère des greffes (années 1960)
1970Naissance d’une nouvelle ère des greffes (années 1970)
1980Étude de Yvonne Verdier (Minot, Bourgogne) sur le comportement lors des règles
1989Nicole-Claude Mathieu : relations sexe/genre (modes)
1990Robert F. Murphy : Vivre à corps perdu (principe de culpabilité/ honte)
2005Greffe partielle du visage réalisée en 2005 (Isabelle Dinoire)
2018Reconnaissance du « troisième sexe » en Allemagne (catégories masculin/féminin/divers)
2019Règlement sportif : baisse de testostérone pour sportives avec hyperandrogénie (Caster Semenya)

Tableaux de synthèse

Modes sexe/genre

ModeIdée centraleExemple/implication
Mode 1sexe anatomique impose le genrecisgenre : identité de genre = sexe assigné à la naissance
Mode 2le genre prime le sexesi on se déclare (ou on vous déclare) femme, vous jouez le rôle social de femme (ex. Inuit)
Mode 3seul le genre compte, peut être déconstruitthéories queer : identités multiples (transidentité) ; « troisième sexe » en Allemagne

Types de greffes (termes du cours)

TypeDéfinitionOrigine du greffon
Autogreffegreffon issu du patient lui-mêmepeau, muscle, graisse ou segment osseux
Xénogreffegreffe d’organe animal sur l’hommeorigine animale
Allogreffegreffe d’un organe humain vers un autre humainorigine humaine (autre individu)

Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre frontière corporelle (limites du corps ≠ personne dans l’espace/temps) et simple distinction corps/personne dans l’idée générale.
  2. Croire que « représentation dissociée » signifie seulement « parler du corps » ; c’est surtout l’anatomophysiologie biomédicale et le vocabulaire de possession (« mon cholestérol »).
  3. Oublier que dans la représentation holistique il n’y a pas de coupure intérieur/extérieur et que le corps est un nœud de relations.
  4. Assimiler qi à une simple métaphore : en acupuncture, il est relié au flux fluide et aux méridiens où le flux peut être redirigé par les aiguilles.
  5. Confondre validocentrisme et validisme : le premier privilégie le valide comme référence et produit/explique la dévalorisation, le second est l’idéologie d’oppression basée sur la non-concordance aux normes médicales.
  6. Se tromper de type de greffe : autogreffe = patient, xénogreffe = animal, allogreffe = humain vers humain.
  7. Penser que la toilette mortuaire est réservée aux spécialistes ; le cours dit qu’elle reste accessible aux profanes.

Checklist Examen

  1. Définir la position commune : la personne n’est pas identifiée uniquement à son corps et les frontières du corps ne coïncident pas avec celles de la personne dans l’espace et le temps.
  2. Reconstituer les quatre composantes de l’image du corps : forme, contenu, savoir (biomédical), valeur (jugement social).
  3. Expliquer la représentation dissociée : anatomophysiologie, corps-machine, vocabulaire anatomique de scission et formulation « mon corps ».
  4. Décrire la représentation holistique : vision holistique, nœud de relations, absence de coupure intérieur/extérieur, idée de transcendance/dépassement.
  5. Exposer l’idée de « qi » et le lien avec équilibre tensif yang/yin et équilibre émotionnel, ainsi que l’usage de l’acupuncture (perforation de la peau et points/méridiens).
  6. Identifier les « objets-frontières humains » et donner des exemples d’échanges de matériaux (ovules, sang, organes, greffons, hormones, cellules) et de dispositifs mécaniques (stimulateurs, prothèses).
  7. Expliquer comment la peau « enveloppe la personne » et comment une différence corporelle peut être repérée/fabriquée pour rendre le social stable/justifiable dans un groupe.
  8. Rappeler les termes des greffes (autogreffe, xénogreffe, allogreffe) et l’idée que la médecine des greffes interroge le rapport identitaire au corps.
  9. Décrire le corps communicant selon E. T. Hall : communication kinésique, proxémie et chronémie (rythmes/synchronie dans l’interaction).
  10. Présenter les trois modes sexe/genre de Nicole-Claude Mathieu et ce que cela implique pour les catégories (cisgenre, primat du genre, déconstruction).
  11. Expliquer la construction anthropologique du handicap chez Robert Murphy : liminalité (homme de l’entre-deux) et culpabilité/honte liés au regard social.
  12. Définir validocentrisme et validisme, et citer au moins les modalités d’action : destruction, assimilation, significations référées au valide, discriminations.
  13. Définir pairémulation et pair-accompagnement, et mémoriser les quatre registres d’action : conseil-soutien-accompagnement, éducative, thérapeutique, persuasive.
  14. Expliquer « homme réparé » vs « homme augmenté » dans l’approche de la médecine d’amélioration, et citer des exemples (dopage, exosquelettes, sélection génétique, guerre contre le vieillissement, chirurgie esthétique non réparatrice).

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Les enjeux du corps dans la société avec 11 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quelle idée exprime le mieux la notion de « personne non-identifiée au corps » ?

2. Quelle est la principale idée derrière la notion de 'personne non-identifiée au corps' en anthropologie?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Les enjeux du corps dans la société avec 9 flashcards interactives.

Corps — définition ?

Partie matérielle de l’être humain.

Personne non-identifiée au corps

Personne qui ne se réduire pas au corps.

Image du corps — rôle ?

Représente la forme, le contenu, le savoir social, la valeur.

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