Tragédie classique : genre théâtral qui représente le dérèglement et ses conséquences dans une forme très codifiée, selon Forestier.
Dérèglement : situation où l’ordre moral ou social est perturbé, souvent par des passions ou des crimes intenses, qui suscite la terreur et la pitié.
Passion destructrice : émotion intense qui entraîne la dégradation des personnages, source de terreur et de pitié dans la tragédie.
Forme réglée : structure très codifiée de la tragédie, respectant des règles précises pour représenter le dérèglement.
Terreur et pitié : émotions suscitées par la tragédie, permettant la catharsis, selon Aristote, par le biais de péripéties, reconnaissance et passage du bonheur au malheur.
La tragédie classique incarne le dérèglement et ses effets à travers une forme rigoureuse et codifiée. Elle met en scène des personnages qui transgressent les normes, provoquant la terreur et la pitié, émotions essentielles à la catharsis. La matière tragique est souvent issue de crimes ou passions extrêmes, illustrant la dégradation morale ou sociale. La forme de la tragédie, très structurée, obéit à des règles établies lors de l’Âge d’Or en France, vers 1630, même si leur respect n’est pas toujours strict. La règle principale, selon Racine, est de plaire et toucher, en suscitant un plaisir qui stimule le génie créatif. La tragédie s’inspire de l’Antiquité grecque, notamment de la Poétique d’Aristote, qui insiste sur l’imitation (mimésis) comme fondement de l’art tragique. Aristote définit trois critères d’imitation tragique : le moyen, l’objet et le mode, et souligne que la catharsis s’opère par la pitié et la terreur, via péripéties, reconnaissance et passages du bonheur au malheur. Les grands dramaturges comme Eschyle, Sophocle et Euripide illustrent ces principes, notamment dans des œuvres comme Oedipe roi. La distinction entre tragédie et tragique repose sur le genre et le registre : le tragique implique une nécessité liée au destin (Fatum), où la liberté peut être aveuglée. La pièce Andromaque de Racine, première grande œuvre du XVIIe siècle, illustre cette tragédie en retraçant la génération post-Troie, hantée par le passé héroïque, et met en scène la passion amoureuse comme moteur principal, contrastant avec la tragédie cornélienne centrée sur la grandeur héroïque et la maîtrise de soi. Racine s’inspire de textes antiques comme Euripide, Virgile et Homère, pour représenter la passion amoureuse comme force destructrice, notamment dans le contexte de la guerre de Troie et de ses suites, avec des personnages comme Andromaque, Pyrrhus, Hermione ou Oreste. La tragédie racinienne privilégie la simplicité de l’intrigue, la passion amoureuse comme enjeu central, et une représentation fidèle des passions humaines, souvent impuissantes face au destin ou aux passions elles-mêmes.
La tragédie classique conjugue une forme rigoureuse et codifiée avec l’exploration des passions humaines extrêmes, notamment la terreur et la pitié, pour provoquer la catharsis.
Règles de la tragédie classique : ensemble de principes établis vers 1630, qui encadrent la composition et la représentation de la tragédie, sans toujours être strictement respectés.
Âge d'Or français : période de rayonnement culturel durant laquelle ces règles ont été formulées, notamment sous Louis XIV.
Plaisir esthétique : sensation de satisfaction que procure une œuvre artistique, au cœur de la tragédie classique, visant à toucher et plaire au spectateur.
Limitation créative : cadre imposé par les règles classiques, conçu pour stimuler l’imagination tout en respectant un certain ordre et une certaine harmonie.
Génie artistique : capacité à créer une œuvre qui, tout en respectant ces règles, parvient à toucher profondément le spectateur, en particulier par la recherche du plaisir.
Les règles classiques datent d’une période précise (vers 1630) et ne sont pas toujours scrupuleusement suivies. Leur but principal est de plaire et toucher le spectateur, plaçant le plaisir au centre de la tragédie. La réussite de l’œuvre repose sur cette capacité à émouvoir, à susciter une expérience esthétique intense. La mise en œuvre de ces règles doit donc favoriser la création d’un cadre stimulant, permettant la liberté créative tout en assurant une harmonie qui garantit le plaisir du spectateur.
Les règles classiques constituent un cadre qui, tout en limitant certaines libertés, stimule la créativité et vise avant tout à produire un plaisir esthétique profond chez le spectateur.
Mimésis : imitation de la réalité ou de l’action dans la tragédie, selon une représentation fidèle ou stylisée, qui constitue le fondement de la poésie dramatique.
Catharsis : purification émotionnelle provoquée par la tragédie, par la pitié et la terreur, permettant au spectateur de se libérer de ses passions négatives.
Péripéties : enchaînement d’événements imprévisibles et souvent dramatiques, qui font avancer l’intrigue et provoquent des revirements dans le destin des personnages.
Reconnaissance : moment où un personnage découvre une vérité essentielle sur lui-même ou sur un autre, souvent associé à un changement de destin ou à une révélation cruciale.
Poétique d'Aristote : ensemble des principes théoriques sur la tragédie, définie comme imitation d’une action noble, structurée selon des critères précis, insistant sur la catharsis par la pitié et la terreur.
La tragédie s’inspire principalement des grands auteurs antiques : Eschyle, Sophocle, Euripide, avec Aristote comme référence majeure. Aristote définit la tragédie comme une imitation de l’action, en insistant sur des critères précis, notamment la nécessité de représenter une action noble et complète. Il insiste également sur la catharsis, qui se produit par la pitié et la terreur suscitées chez le spectateur, permettant une purification des passions. La structure de la tragédie repose sur des éléments tels que les péripéties, qui sont des événements imprévisibles et dramatiques, et la reconnaissance, qui marque un moment clé de révélation ou de changement dans le destin des personnages. La poétique d’Aristote établit ainsi un cadre théorique pour comprendre la fonction cathartique et l’organisation de l’action tragique.
La tragédie classique, en s’inspirant des modèles antiques, repose sur l’imitation structurée de l’action et vise la purification émotionnelle par la catharsis, en utilisant notamment des péripéties et des moments de reconnaissance pour renforcer son impact.
Guerre de Troie : conflit mythique qui oppose les Grecs et les Troyens, servant de contexte historique et symbolique dans la pièce, représentant la fin d’une civilisation et la perte de l’héroïsme antique.
Génération post-troie : groupe de personnages issus de la génération suivant la guerre de Troie, liés par leur filiation aux héros antiques, incarnant la continuité familiale et historique dans la tragédie.
Filiation héroïque : lien de parenté qui relie les personnages à des héros antiques, notamment Hector et Achille, ce qui influence leur psychologie et leur destin, en particulier dans la représentation du souvenir et du devoir de mémoire.
La pièce met en scène la génération suivant la guerre de Troie, avec des personnages dont la filiation aux héros antiques est centrale. Ces liens familiaux nourrissent la psychologie des personnages, notamment leur attachement au passé et leur rapport au souvenir. Andromaque, personnage principal, incarne cette mémoire du passé, hantée par les héros disparus, notamment Hector, et par la destruction de Troie. Elle vit dans le ressassement, dans la répétition perpétuelle de la douleur, ce qui confère à sa figure une dignité tragique. La survivance d’Astyanax, le fils d’Hector, symbolise à la fois la promesse d’avenir et le reste du passé, un vestige qui maintient la mémoire vivante. La pièce explore la continuité historique et familiale, où le passé agit comme un spectre pesant sur le présent. La survie d’Astyanax, grâce à une substitution d’identité, permet à Oreste de maintenir la chaîne amoureuse, tout en faisant de lui une relique du passé. La figure d’Astyanax, en tant que « reste de Troie et d’Hector », représente la fragilité de l’avenir face à la mémoire du passé. La relation d’Andromaque à son fils est marquée par une impossibilité de le considérer comme un être d’avenir, mais plutôt comme une relique, une image d’Hector. La pièce met en scène un drame sur les ruines, où le passé, incarné par le héros disparu, continue d’influencer le destin des personnages. La survie d’Astyanax devient un enjeu vital, symbolisant la tension entre mémoire et avenir, et alimentant les stratagèmes et dilemmes tragiques des personnages.
La tragédie s’inscrit dans la continuité historique et familiale, où le passé héroïque et ses reliques déterminent la psychologie et les choix des personnages, illustrant la difficulté de se détacher de la mémoire pour envisager l’avenir.
Imitation tragique : Représentation artistique qui met en scène un moment de basculement, où un personnage, mêlant vertus et faiblesses, est confronté à un conflit intérieur ou extérieur, suscitant la pitié et la crainte.
Moyen, objet, mode : Les éléments constitutifs de la représentation tragique, désignant respectivement ce qui est utilisé pour représenter, ce qui est représenté, et la manière dont la représentation est réalisée.
Vertu du personnage tragique : La qualité morale ou morale ambiguë que possède le héros, qui peut à la fois le rendre admirable et le conduire à sa chute, dans un contexte où ses faiblesses se dévoilent.
Fatum : La fatalité ou destin inéluctable qui pèse sur le héros, lié à une force extérieure ou à une nécessité intérieure, souvent associée à l’idée de destin inévitable.
Distinction tragédie/tragique : La tragédie est un genre dramatique suivant des règles précises, tandis que le tragique désigne le registre ou la tonalité qui évoque la fatalité, la souffrance et la confrontation à l’inéluctable.
La tragédie doit montrer un moment de basculement, avec un personnage mêlant vertus et faiblesses. Ce moment de crise ou de décision est crucial pour susciter la catharsis chez le spectateur, en provoquant pitié et crainte. Le personnage tragique n’est pas parfait mais possède des qualités qui le rendent digne d’admiration, même si ses faiblesses ou erreurs le conduisent à sa chute. La représentation doit ainsi révéler la complexité morale du héros, en montrant comment ses vertus peuvent devenir des failles.
Le tragique est étroitement lié au destin (Fatum), qui agit comme une force extérieure ou une nécessité intérieure, rendant la situation inévitable. La distinction entre tragédie et tragique réside dans le fait que la tragédie est un genre structuré, tandis que le tragique désigne le registre émotionnel et moral évoqué par la représentation. La tragédie aristotélicienne insiste sur la nécessité d’un moment de basculement, où le héros, en dépit de ses vertus, se trouve confronté à sa propre faiblesse ou à une fatalité qu’il ne peut maîtriser.
Selon la théorie aristotélicienne, la tragédie repose sur la mise en scène d’un moment de crise où un héros vertueux, mais faillible, est confronté à une fatalité inévitable, provoquant la catharsis par la représentation de ses failles et de ses vertus mêlées. La distinction entre tragédie et tragique permet de comprendre la spécificité du registre émotionnel et moral de cette forme artistique.
Chaîne amoureuse : succession d’amour non partagé, où chaque amour est sans retour, formant une séquence continue entre les personnages.
Succession d'amour non partagé : enchaînement d’états amoureux où chaque étape ne reçoit pas de réponse ou de réciprocité.
Structure dynamique : organisation qui évolue constamment, où chaque lien de la chaîne peut changer ou s’intensifier.
Prison affective : situation où les personnages sont enfermés dans leur propre amour ou dans une relation sans issue, empêchant leur liberté émotionnelle.
Hésitations dans la chaîne : moments d’incertitude ou de doute qui interrompent ou complexifient la progression de l’amour, renforçant la tension tragique.
La pièce est structurée par une chaîne amoureuse cruelle, où chaque amour est sans retour, créant une succession d’états où les personnages aiment sans être aimés en retour. Cette chaîne est dynamique, évolutive, mais aboutit toujours à un blocage tragique empêchant le bonheur. Elle fonctionne comme un moteur tragique qui influence le destin des personnages, en maintenant une tension constante et une progression inéluctable vers une fin souvent douloureuse ou tragique.
La chaîne amoureuse, en tant que moteur tragique, structure les relations et le destin des personnages en suivant une succession d’amour non partagé, toujours marquée par une évolution difficile et un blocage final.
Amour non réciproque : situation où un personnage aime quelqu’un qui ne lui rend pas cet amour, ce qui peut entraîner haine, folie ou violence. La dynamique de rejet alimente la tragédie et la folie des personnages.
Passion destructrice : amour intense et inassouvie qui mène à la souffrance, à la haine ou à la folie, sans possibilité de résolution heureuse. Elle est souvent associée à une force irrésistible qui condamne les personnages.
Vide affectif : état final où l’amour demeure inassouvi, laissant un sentiment de vide et d’impossibilité de réconciliation. Le personnage aime jusqu’à porter son amour vers une personne morte, empêchant toute fin heureuse.
Désir inassouvi : aspiration à l’amour qui ne trouve pas de réponse, alimentant la souffrance et la folie. Le désir reste sans objet ou sans réponse, renforçant la dimension tragique.
Souffrance amoureuse : douleur liée à l’amour non partagé ou inabouti, qui peut conduire à la haine, à la folie ou à la mort. Elle illustre la force destructrice de l’amour non réciproque.
Chaque personnage aime quelqu’un qui ne l’aime pas en retour, ce qui génère une haine, un meurtre ou une folie. La passion destructrice se manifeste dans cette dynamique où l’amour inassouvi devient une force qui détruit le sujet aimant. Le vide affectif final, souvent symbolisé par un amour porté vers un mort ou un objet inatteignable, empêche toute résolution heureuse, renforçant la dimension tragique de l’amour non réciproque. La souffrance amoureuse, alimentée par cette absence de réponse, devient le moteur de la tragédie, condamnant les personnages à une spirale de douleur et de folie.
L’amour sans retour apparaît comme une force tragique qui, en étant inassouvie, détruit et condamne les personnages à la souffrance et à la folie, empêchant toute fin heureuse.
Mythe d'Andromaque : récit mythologique grec relatant l’histoire d’Andromaque, épouse d’Hector, souvent évoqué dans la littérature pour illustrer la fidélité et la souffrance liée à la guerre de Troie.
Énéide de Virgile : poème épique latin qui raconte la fondation mythique de Rome, intégrant des figures et des épisodes issus de la mythologie antique, notamment l’épopée troyenne.
Les Troyennes d'Euripide : tragédie grecque représentant la chute de Troie, mettant en scène les femmes troyennes en exil, symbole de la souffrance et de la résistance face à la défaite.
Iliade d'Homère : épopée grecque antique relatant la guerre de Troie, centrée sur le héros Achille, et illustrant la guerre, l'héroïsme et la fatalité.
Figures mythologiques : personnages ou divinités issus de la mythologie, utilisés pour enrichir et symboliser les thèmes dans la réécriture ou l’interprétation des mythes antiques.
Racine s’inspire de plusieurs sources antiques pour renouveler le mythe d’Andromaque, en adaptant et modifiant certains éléments afin de renforcer la cohérence tragique et la portée dramatique. Il puise dans l’Énéide, les Troyennes d’Euripide, l’Iliade d’Homère, ainsi que dans d’autres figures mythologiques pour construire une version originale du mythe, intégrant ces références dans une logique de réécriture créative. La pièce montre ainsi une richesse intertextuelle, où chaque source contribue à la complexité du personnage et à la profondeur de l’intrigue.
Les références mythologiques, notamment celles d’Homère, Euripide, et Virgile, servent à enrichir la tragédie en lui conférant une dimension intertextuelle et symbolique, tout en permettant à l’auteur de renouveler le mythe d’Andromaque par une réécriture créative et cohérente.
Dilemme tragique : situation où un personnage doit choisir entre deux options également morales ou importantes, chaque choix ayant des conséquences irréversibles, ce qui engendre une tension dramatique et une conscience de l’impossibilité de concilier ses valeurs ou devoirs.
Sauver son fils : choix moral ou émotionnel où une mère doit décider de privilégier la vie de son enfant face à une autre obligation ou danger, impliquant souvent un conflit intérieur profond.
Épouser le meurtrier : acte de mariage avec la personne responsable de la mort d’un proche, représentant un conflit entre sentiment, devoir moral et conscience tragique, souvent perçu comme une capitulation face à la fatalité ou à la passion.
Passion lucide : passion qui, tout en étant intense, est accompagnée d’une conscience claire de ses enjeux et de ses implications, ce qui accentue la tension tragique en rendant le personnage pleinement conscient de ses choix et de leurs conséquences.
Conflit intérieur : lutte psychologique ou morale au sein d’un personnage, opposant ses sentiments, ses devoirs ou ses valeurs, illustrant la complexité de la condition humaine face à un dilemme moral.
| Date | Événement |
|---|---|
| vers 1630 | Formulation des règles de la tragédie classique en France, lors de l’Âge d’Or français |
| Élément | Définition / Description | Source / Exemple | Auteur |
|---|---|---|---|
| Tragédie classique | Genre théâtral représentant le dérèglement et ses conséquences dans une forme codifiée | Forestier | Forestier |
| Dérèglement | Perturbation de l’ordre moral ou social, souvent par passions ou crimes | - | - |
| Passion destructrice | Émotion intense menant à la dégradation des personnages | - | - |
| Terreur et pitié | Émotions suscitées par la tragédie, essentielles à la catharsis | Aristote | Aristote |
| Forme réglée | Structure très codifiée de la tragédie | - | - |
| Imagination (mimésis) | Imitation fidèle ou stylisée de la réalité dans la tragédie | Aristote | Aristote |
| Catharsis | Purification émotionnelle par la pitié et la terreur | Aristote | Aristote |
| Péripéties | Événements imprévisibles et dramatiques | - | - |
| Reconnaissance | Moment de révélation ou de changement dans le destin des personnages | - | - |
| Poétique d’Aristote | Théorie sur l’imitation structurée de l’action et la catharsis | Aristote | Aristote |
| Guerre de Troie | Conflit mythique servant de contexte dans la pièce | - | - |
| Génération post-troie | Personnages issus de la génération suivant la guerre, liés aux héros antiques | - | - |
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1. Quel est le rôle principal de la tragédie dans la poétique classique selon Aristote ?
2. Selon Aristote, que signifie le terme 'mimésis' dans le contexte de la tragédie antique ?
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Poétique de la tragédie — notion ?
Représentation du dérèglement et ses effets dans une forme codifiée.
Tragédie classique — définition?
Genre représentant le dérèglement et ses conséquences codifiées.
Règles classiques — but ?
Plaire et toucher en suscitant plaisir et émotion.
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