QCM : Littérature, mythe et écriture de soi — 25 questions

Questions et réponses du QCM

1. Qu’est-ce qui distingue principalement la littérature d’un écrit ordinaire ?

Elle présente des consignes destinées à guider une action précise
Elle transmet des informations pratiques dans un langage direct
Elle rapporte des faits vérifiables selon une organisation méthodique
Elle attire l’attention sur la forme et l’usage esthétique du langage

Elle attire l’attention sur la forme et l’usage esthétique du langage

Explication

La littérature se caractérise par un travail sur la forme et par un usage esthétique du langage. L’écrit ordinaire vise plutôt la transmission efficace d’informations, sans placer nécessairement la forme du message au premier plan.

2. Selon Jakobson, que désigne la fonction poétique du langage ?

Un usage où l’échange établit principalement un contact social
Un usage où le message attire l’attention sur sa propre forme
Un usage où le locuteur cherche à provoquer une action immédiate
Un usage où le message transmet une information vérifiable

Un usage où le message attire l’attention sur sa propre forme

Explication

La fonction poétique met l’accent sur la forme du message, et pas seulement sur son contenu. La transmission d’une information correspond davantage à une fonction centrée sur le contenu référentiel.

3. Comment la littérature traite-t-elle généralement le réel ?

Elle le recompose afin d’en tirer du sens ou de la beauté
Elle le reproduit comme un relevé parfaitement neutre et exact
Elle le remplace par un univers sans aucun rapport avec l’expérience
Elle le réduit à une suite de données destinées à informer le lecteur

Elle le recompose afin d’en tirer du sens ou de la beauté

Explication

La littérature ne se contente pas de copier le réel : elle le recompose et le densifie pour produire du sens ou de la beauté. Un relevé neutre et exact correspond plutôt à une démarche documentaire.

4. Pourquoi est-il difficile de donner une définition unique et fermée de la littérature ?

Parce qu’elle peut émouvoir, dénoncer, instruire, divertir ou interroger
Parce qu’elle doit présenter une moralité explicite à la fin du récit
Parce qu’elle poursuit une finalité esthétique identique dans chaque œuvre
Parce qu’elle repose principalement sur la transmission d’informations scientifiques

Parce qu’elle peut émouvoir, dénoncer, instruire, divertir ou interroger

Explication

La littérature peut remplir des fonctions variées, comme émouvoir, dénoncer, instruire, divertir ou interroger. Réduire toutes les œuvres à une seule finalité, notamment à l’instruction, ne rend pas compte de cette diversité.

5. Quelle caractéristique distingue le mythe du conte ?

Le mythe est présenté comme une fiction merveilleuse par son narrateur
Le mythe repose sur un personnage historique dont le récit amplifie les exploits
Le mythe se termine par une moralité explicitement formulée
Le mythe est tenu pour vrai par la communauté qui le transmet

Le mythe est tenu pour vrai par la communauté qui le transmet

Explication

Le mythe est considéré comme vrai par la communauté d’origine et possède une portée cosmogonique ou existentielle. Le conte est au contraire assumé comme une fiction, même lorsqu’il comporte des éléments merveilleux.

6. Quel rapport la légende entretient-elle avec l’histoire ?

Elle formule une moralité explicite au terme d’un récit très bref
Elle met en scène des dieux anonymes pour expliquer l’origine du monde
Elle raconte une fiction merveilleuse sans prétention de vérité historique
Elle s’ancre dans un lieu ou un personnage réel qu’elle amplifie

Elle s’ancre dans un lieu ou un personnage réel qu’elle amplifie

Explication

La légende part d’un lieu ou d’un personnage historique réel, puis l’enjolive et l’amplifie. L’ancrage historique constitue précisément ce qui la distingue du mythe anonyme et cosmogonique.

7. Quelle forme narrative se reconnaît à une moralité explicitement énoncée ?

La légende, qui amplifie les exploits d’un personnage historique
Le mythe, qui organise une explication cosmogonique collective
La fable, qui propose un récit bref et allégorique
Le conte, qui présente une fiction merveilleuse assumée comme telle

La fable, qui propose un récit bref et allégorique

Explication

La fable est un récit bref et allégorique dont la moralité est explicitement formulée. Dans le mythe, la portée prescriptive reste plutôt implicite, tandis que les autres formes reposent sur des caractéristiques différentes.

8. Qu’est-ce qu’un mythème dans l’analyse structuraliste du mythe ?

Une unité minimale de sens comparable au phonème
Une opposition générale entre la nature et la culture
Une unité sonore minimale comparable à une syllabe
Un récit complet consacré à un dieu ou à un héros

Une unité minimale de sens comparable au phonème

Explication

Le mythème est la plus petite unité de sens permettant d’analyser la structure d’un mythe, par analogie avec le phonème en linguistique. Le phonème relève de la langue et ne constitue pas une unité de sens mythique.

9. Sur quel principe Claude Lévi-Strauss fonde-t-il principalement l’analyse structuraliste des mythes ?

Les mythes transmettent une moralité formulée dans une conclusion explicite
Les mythes organisent le réel par des oppositions binaires
Les mythes reposent sur des personnages dont l’existence est historiquement attestée
Les mythes reproduisent fidèlement les événements de l’histoire politique

Les mythes organisent le réel par des oppositions binaires

Explication

Lévi-Strauss analyse les mythes comme des systèmes de pensée structurés par des oppositions binaires, telles que nature et culture ou vie et mort. La fidélité historique et la moralité explicite caractérisent d’autres formes ou d’autres démarches.

10. Comment le mythe aide-t-il une société à traiter ses contradictions fondamentales selon l’approche structuraliste ?

Il les remplace par une moralité clairement énoncée à la fin du récit
Il les supprime en imposant une interprétation unique des événements
Il les organise dans une structure logique qui permet de les penser et de les gérer
Il les transforme en faits historiques vérifiables par la communauté

Il les organise dans une structure logique qui permet de les penser et de les gérer

Explication

Dans l’approche structuraliste, le mythe fournit une structure logique grâce à laquelle une société peut penser et gérer ses contradictions fondamentales. Il ne les supprime pas et ne les réduit pas à une vérification historique ou à une moralité explicite.

11. Selon Roland Barthes, comment un mythe moderne transforme-t-il une construction culturelle ou historique ?

Il la transforme en récit poétique détaché de toute idéologie
Il la réduit à une croyance religieuse liée aux origines
Il la soumet à une démonstration rationnelle et expérimentale
Il la présente comme une évidence naturelle et intemporelle

Il la présente comme une évidence naturelle et intemporelle

Explication

Pour Barthes, le mythe moderne naturalise une construction historique, culturelle ou idéologique en la faisant paraître évidente et éternelle. Le récit poétique détaché de toute croyance correspond plutôt à la transformation esthétique des mythes chez Ovide.

12. Quelle relation distingue le mythe du rite dans de nombreuses sociétés ?

Le rite justifie le mythe, tandis que le mythe répète son déroulement
Le mythe remplace le rite, tandis que le rite critique son contenu
Le mythe justifie le rite, tandis que le rite met son récit en acte
Le rite transforme le mythe, tandis que le mythe abandonne sa fonction sociale

Le mythe justifie le rite, tandis que le rite met son récit en acte

Explication

Le mythe fournit une justification narrative au rite, alors que le rite reproduit cette narration sous une forme accomplie. Confondre leurs fonctions revient à attribuer au rite le rôle explicatif du mythe.

13. Quelle évolution historique caractérise la transformation du mythe jusqu’au rationalisme des Lumières ?

Il passe d’une construction politique à une pratique rituelle, puis à une œuvre morale
Il passe d’une superstition populaire à un rite sacré, puis à une croyance cosmologique
Il passe d’un jeu littéraire à une doctrine religieuse, puis à une vérité scientifique
Il passe d’une croyance religieuse à une matière esthétique, puis à une superstition

Il passe d’une croyance religieuse à une matière esthétique, puis à une superstition

Explication

Le mythe devient progressivement une matière esthétique et ludique après avoir été un objet de croyance religieuse et cosmogonique, avant d’être perçu comme superstition par les Lumières. La vérité scientifique ne constitue pas l’aboutissement indiqué par cette évolution.

14. Quelle est la particularité de l’usage de soi chez Montaigne dans les Essais ?

Il remet en cause l’unité du sujet en affirmant que le moi est un autre
Il expose son intimité avec l’ambition de révéler chaque honte personnelle
Il fait de lui-même une matière d’écriture orientée vers une portée morale générale
Il présente le moi souffrant comme un sujet littéraire inadapté au monde

Il fait de lui-même une matière d’écriture orientée vers une portée morale générale

Explication

Montaigne fait de lui-même l’objet de son livre, mais cette démarche vise une réflexion morale de portée générale plutôt qu’une intimité moderne. L’ambition de tout dire, y compris la honte, caractérise plutôt Rousseau.

15. Quelle ambition fait des Confessions de Rousseau un texte fondateur de l’autobiographie ?

Décrire les divisions du sujet produites par les événements historiques
Observer ses propres habitudes pour dégager une morale générale
Dire de soi toute l’expérience vécue, y compris les épisodes honteux
Célébrer la souffrance d’un individu inadapté à la société moderne

Dire de soi toute l’expérience vécue, y compris les épisodes honteux

Explication

Rousseau donne aux Confessions l’ambition de tout dire de lui-même, y compris ce qui peut susciter la honte. La visée morale générale correspond davantage au projet de Montaigne qu’à celui de Rousseau.

16. Pourquoi le romantisme des années 1800-1830 renouvelle-t-il les sujets littéraires ?

Il remplace l’expression personnelle par une réflexion morale indépendante de l’intimité
Il élève le moi souffrant et inadapté au monde au rang de sujet littéraire noble
Il définit l’écriture de soi par l’identité entre auteur, narrateur et personnage
Il transforme les récits mythologiques en œuvres ludiques détachées de toute croyance

Il élève le moi souffrant et inadapté au monde au rang de sujet littéraire noble

Explication

Le romantisme valorise le moi souffrant, notamment chez Chateaubriand, Lamartine et Musset, et en fait un sujet littéraire digne d’être représenté. L’identité entre auteur, narrateur et personnage relève plutôt du pacte autobiographique théorisé par Lejeune.

17. Quelle trajectoire décrit le mieux l’évolution du moi littéraire présentée dans cette histoire des formes de l’écriture de soi ?

Du moi intime au moi rituel, puis héroïque, ludique et autobiographique
Du moi religieux au moi mythologique, puis esthétique, rationnel et scientifique
Du moi collectif au moi moral, puis mythique, romantique et expérimental
Du moi moral au moi souffrant, puis inconscient, historique et collectif

Du moi moral au moi souffrant, puis inconscient, historique et collectif

Explication

L’évolution va de l’objet moral chez Montaigne au moi souffrant des romantiques, puis à un sujet inconscient, fracturé par l’Histoire et enfin politisé et collectif. Les autres trajectoires mélangent des notions qui ne décrivent pas cette succession.

18. Sur quelle identité repose le pacte autobiographique théorisé par Lejeune ?

Sur la séparation entre l’auteur, le narrateur et le personnage
Sur l’identité entre l’auteur, le narrateur et le personnage
Sur l’alternance entre plusieurs auteurs et plusieurs personnages
Sur la fusion du narrateur avec un personnage entièrement fictif

Sur l’identité entre l’auteur, le narrateur et le personnage

Explication

Le pacte autobiographique garantit une identité commune entre l’auteur réel, le narrateur et le personnage raconté. Le brouillage de cette identité caractérise plutôt l’autofiction.

19. Comment l’autofiction se distingue-t-elle de l’autobiographie classique ?

Elle reproduit au jour le jour les événements vécus par le narrateur
Elle organise des souvenirs réels selon une chronologie rétrospective stable
Elle mêle des éléments autobiographiques et fictionnels en brouillant le pacte
Elle raconte des événements fictifs sans rapport avec l’expérience de l’auteur

Elle mêle des éléments autobiographiques et fictionnels en brouillant le pacte

Explication

L’autofiction associe des éléments issus de la vie de l’auteur à des procédés fictionnels, ce qui brouille l’identité garantie par le pacte autobiographique. L’écriture au jour le jour définit plutôt le journal intime.

20. Quelle caractéristique distingue principalement le journal intime de l’autobiographie classique ?

Il repose sur une identité fictionnelle entre l’auteur et le personnage principal
Il reconstruit après coup une existence selon une composition narrative globale
Il mélange des souvenirs réels avec des épisodes volontairement imaginaires
Il s’écrit au jour le jour sans organiser rétrospectivement l’ensemble de la vie

Il s’écrit au jour le jour sans organiser rétrospectivement l’ensemble de la vie

Explication

Le journal intime se construit dans une écriture quotidienne, tandis que l’autobiographie classique organise généralement les événements avec un regard rétrospectif. La reconstruction globale et rétrospective constitue précisément ce qui les différencie.

21. Quelle distinction Bergson établit-il en 1889 à propos du moi ?

Il décrit un moi public face à un moi juridiquement défini
Il distingue un moi profond d’un moi social
Il sépare un moi conscient d’un moi entièrement collectif
Il oppose un moi rationnel à un moi strictement corporel

Il distingue un moi profond d’un moi social

Explication

Bergson distingue le moi profond, lié à l’intériorité, du moi social, façonné par les relations et les conventions. Cette opposition ne correspond pas à une séparation entre raison et corps, qui relève d’une autre problématique.

22. Quelle conséquence la découverte de l’inconscient entraîne-t-elle pour la conception freudienne du moi ?

Le moi se réduit aux rôles sociaux assumés par l’individu
Le moi se confond avec l’image unifiée donnée par le miroir
Le moi devient une identité stable et pleinement consciente
Le moi n’est plus transparent à lui-même

Le moi n’est plus transparent à lui-même

Explication

Freud montre que l’inconscient empêche le moi d’avoir une connaissance entièrement claire de lui-même. L’image unifiée du miroir relève plutôt de la construction imaginaire étudiée par Lacan.

23. Comment Lacan caractérise-t-il l’image unifiée de soi formée au stade du miroir ?

Comme une construction imaginaire qui produit une illusion
Comme une expression sociale acquise par l’apprentissage du langage
Comme une connaissance intérieure accessible par l’introspection
Comme une donnée immédiate révélant fidèlement le moi

Comme une construction imaginaire qui produit une illusion

Explication

Pour Lacan, l’image unifiée du stade du miroir constitue un leurre imaginaire plutôt qu’une donnée spontanée du moi. Elle ne fournit donc pas une connaissance parfaitement fidèle et immédiate de soi.

24. Que montre le « je transpersonnel » développé par Ernaux entre les années 1980 et 2000 ?

Une confession personnelle détachée des réalités collectives
Une écriture du corps conçue comme fondement de l’identité
Une expérience individuelle qui exprime aussi la société
Une fiction historique indépendante de toute expérience vécue

Une expérience individuelle qui exprime aussi la société

Explication

Chez Ernaux, le « je transpersonnel » permet de partir de l’expérience individuelle pour faire apparaître des réalités sociales plus larges. Il ne s’agit donc pas d’une confession isolée des structures collectives.

25. Comment Perec représente-t-il le moi dans W ou le souvenir d’enfance, publié en 1975 ?

Comme un moi social, défini par les conventions de la vie quotidienne
Comme un moi corporel, exprimé par une écriture féminine
Comme un moi troué par l’Histoire, mêlant mémoire fragmentaire et fiction
Comme un moi continu, reconstitué par une mémoire parfaitement maîtrisée

Comme un moi troué par l’Histoire, mêlant mémoire fragmentaire et fiction

Explication

Perec présente un sujet marqué par les lacunes de la mémoire et par les effets de l’Histoire, en associant fragments autobiographiques et fiction. Cette représentation s’oppose à l’idée d’un récit personnel continu et totalement maîtrisé.

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Qu'est-ce qui distingue la littérature d'une langue écrite ordinaire ?

Un travail sur la forme et un usage esthétique du langage.

Quelle est la fonction poétique selon Jakobson ?

Un usage du langage où le message attire l’attention sur sa forme.

Quelle différence Aristote établit-il entre littérature et simple copie du réel ?

La littérature recompose, densifie et tire du sens ou de la beauté du réel.

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