📋 Plan du Cours
- Gaullisme triomphant et signes d’affaiblissement
- Bipolarisation politique et recomposition de l’opposition
- Prospérité économique et fragilités sociales
- Ennui de 1968 et pressentiments de crise
- Divisions de l’extrême gauche et influence situationniste
- Crise universitaire de Nanterre à la Sorbonne
- Seuils du mouvement étudiant vers la rue
- Modalités d’action universitaires et comités d’action
- Crise sociale et transformation en mouvement national
- Conjoncture fluide et crise politique du pouvoir gaulliste
- Oubli du mouvement ouvrier et controverses mémorielles
- Jonction des crises universitaire et sociale en crise politique
📖 1. Gaullisme triomphant et signes d’affaiblissement
🔑 Notions clés & Définitions
- Gaullisme triomphant : Image politique dominante des années 1960, où le pouvoir gaulliste semble consolidé et la prospérité économique renforce sa légitimité.
- Trente glorieuses : Période de forte croissance économique d’après-guerre, souvent associée à une amélioration du niveau de vie et à une stabilité sociale relative.
- Bipolarisation 1962-1967 : Organisation du paysage politique autour de deux grands pôles entre 1962 et 1967, avec une opposition qui se recompose progressivement.
- FGDS : Fédération de la gauche démocrate et socialiste, qui émerge comme force d’opposition principale en 1967 après des recompositions.
- Centre démocratique : Formation centriste issue du MRP, devenue Centre démocrate en 1966, présente dans l’opposition parlementaire.
📝 Points essentiels
- Présidentielle de 1965 : de Gaulle est en ballotage face à Mitterrand, avec 55,20% pour de Gaulle au 2nd tour contre 44,8% pour Mitterrand.
- Législatives de 1967 : la gauche sort renforcée, avec environ deux fois plus de sièges qu’en 1962.
- Croissance économique moyenne : elle dépasse 5% par an pendant la période décrite.
- Chômage : il est d’environ 1,5% dans l’image de prospérité associée aux années gaullistes.
- Signes économiques nuancés : stagnation des bas-salaires sous le niveau de l’inflation malgré la croissance.
- Signes politiques et économiques qualifiés de « faibles » : en mars-avril 1968, on ne voit pas encore de signes de crise au sens d’une évidence immédiate.
💡 Astuce mémo
Triomphe en chiffres, fissures en détails : 55,20% (1965) et 1,5% (chômage) mais bas salaires et chômage qui reviennent.
📖 2. Bipolarisation politique et recomposition de l’opposition
🔑 Notions clés & Définitions
- Bipolarisation politique : Tendance à structurer le champ politique autour de deux pôles dominants, au détriment des positions intermédiaires.
- UNEF : Principal syndicat étudiant de la période, qui rassemble une part importante des étudiants avant de s’affaiblir.
- Extrême-gauche étudiante : Courants politiques radicaux présents dans le mouvement étudiant, organisés en groupes concurrents et souvent divisés.
- Situationnisme : Courant politique et culturel issu de l’Internationale lettriste, qui critique la passivité du public et la domination du capitalisme.
- Internationale situationniste : Organisation issue du situationnisme, dirigée notamment par Guy Debord, active de 1957 à 1972.
📝 Points essentiels
- Les effectifs étudiants passent de 137 000 en 1951 à 245 000 en 1961 puis 500 000 en 1967, avec un doublement en six ans (1961-1967).
- En 1967, les effectifs atteignent environ 0,5 million d’étudiants, dans un contexte de sous-administration universitaire.
- Le public étudiant devient socialement plus diversifié, avec en 1966 10% d’origine ouvrière, 9% d’employés, 7% d’agriculteurs, 16% de cadres moyens, 15% de professions intellectuelles et cadres, et 30% de professions lib
- Les enseignants sont décrits comme porteurs d’un élitisme lettré, valorisant un idéal intellectuel bourgeois du XIXe et des modes d’enseignement qui (sur)mettent en scène les différences de statut.
- L’UNEF reste le 1er syndicat étudiant avec environ 10% d’adhérents, mais elle perd des membres (100k en 1960 contre 50k en 1965).
- Le mouvement étudiant à la veille de Mai 68 est fragmenté et concurrentiel, avec des divisions internes (PSU, UEC, CLER, situationnistes à Strasbourg).
💡 Astuce mémo
UNEF en déclin + étudiants qui se diversifient = terrain d’une opposition plus radicalisée et éclatée.
📖 3. Prospérité économique et fragilités sociales
🔑 Notions clés & Définitions
- Mustapha Khayati : Mustapha Khayati : auteur de De la misère en milieu étudiant (1966), texte qui critique la transformation de l’université et ses effets sur les étudiants.
- De la misère en milieu étudiant : De la misère en milieu étudiant : pamphlet (1966) qui dénonce l’université comme organisation de l’ignorance subordonnée au système économique.
- Servitude volontaire : Servitude volontaire : mécanisme par lequel les étudiants consentent à leur propre domination en se soumettant à l’aura et au mythe universitaire.
- Enseignement mécanique : Enseignement mécanique : type de formation présenté comme dégradé, centré sur des apprentissages sans réflexion et sans esprit critique.
- Peur du chômage : Peur du chômage : sentiment mobilisé pour discipliner les jeunes diplômés, avant même la hausse observable du chômage.
📝 Points essentiels
- Khayati affirme que le système économique exige une fabrication massive d’étudiants incapables de penser, ce qui dégrade l’enseignement et le niveau intellectuel des étudiants.
- L’université est décrite comme une organisation de l’ignorance, où même la « haute culture » se dissout au rythme de la production en série des professeurs.
- L’étudiant est présenté comme volontairement soumis à l’illusion d’être devenu un « étudiant » sérieux, en cherchant à perdre son esprit critique.
- L’enseignement est dénoncé comme subordonné aux intérêts économiques via une transmission de techniques utiles à l’efficacité de la production capitaliste.
- Khayati critique aussi les coteries intellectuelles et la starification du savoir, liées à des chapelles universitaires et à la canonisation de références jugées légitimes.
- La « crise de l’Université » est rattachée à une crise plus générale du capitalisme moderne : l’université dépend des besoins de la société et se transforme en professionnalisation des masses.
💡 Astuce mémo
Servitude volontaire = l’étudiant consent : il croit au temple du savoir, mais il apprend à ne plus penser.
📖 4. Ennui de 1968 et pressentiments de crise
🔑 Notions clés & Définitions
- Peur du chômage des diplômés : La peur du chômage des diplômés est utilisée comme levier de disciplinarisation des jeunes avant même la hausse réelle du chômage des années 1970.
- Sur-éducation : La sur-éducation désigne le décalage entre le niveau de diplôme et l’emploi réellement accessible, alimentant la crainte de frustrations et de radicalisation.
- Crise universitaire de Nanterre : La crise universitaire de Nanterre désigne l’escalade de grèves et d’occupations à partir de novembre 1967, culminant avec le mouvement du 22 mars.
- Mouvement de 22 mars : Le mouvement de 22 mars est une mobilisation étudiante déclenchée par l’arrestation de cinq étudiants liés au Comité Vietnam et à la Jeunesse Communiste Révolutionnaire.
- Privé est politique : « Privé est politique » résume l’idée que la sexualité et la vie intime deviennent des enjeux politiques, notamment via le féminisme et les droits des homosexuels.
📝 Points essentiels
- L’affiche relie la peur du chômage à une fonction de disciplinarisation des jeunes, alors que la hausse du chômage réel survient surtout dans les années 1970.
- Le thème de la sur-éducation est présenté comme ancien, réactivé depuis l’élargissement d’accès aux diplômes au XVIIIe siècle et associé à la crainte de diplômés « frustrés » et « révolutionnaires ».
- Dans les années 1920-1930, l’administration étatique moderniste (Alfred Rosiere) développe des outils pour améliorer l’adéquation diplôme-emploi.
- Entre 2005 et 2012, la généralisation des stages rend ces derniers quasi indispensables dans de nombreux secteurs, sans garantir l’emploi.
- Le taux de chômage des diplômés d’ES reste globalement stable depuis les années 1980, malgré des fluctuations conjoncturelles.
- À Nanterre, l’occupation et les protestations démarrent à partir de novembre 1967 et s’inscrivent dans une crise universitaire allant de Nanterre à la Sorbonne.
💡 Astuce mémo
Peur → discipline; Sur-éducation → frustration; Nanterre → occupation; 22 mars → arrestation; Privé → politique.
📖 5. Divisions de l’extrême gauche et influence situationniste
🔑 Notions clés & Définitions
- Mouvement du 22 Mars : Collectif étudiant né à Nanterre, rassemblant des groupes aux orientations diverses sous une même dynamique de contestation.
- Le Mouvement de 22 Mars – Nanterre : Dénomination utilisée pour unifier plusieurs groupuscules étudiants autour d’une direction et d’un cadre commun d’action.
- Georges Marchais : Dirigeant du Parti communiste français qui critique le Mouvement du 22 Mars en soulignant ses composantes hétérogènes.
- Cohn-Bendit : Anarchiste allemand présenté comme dirigeant du Mouvement de 22 Mars – Nanterre dans le récit cité.
- Médiatisation RTL et Europe 1 : Couverture médiatique des événements par RTL et Europe 1, décrite comme un facteur de circulation de l’information et d’adhésion.
📝 Points essentiels
- Le 3 mai, Georges Marchais dénonce la diversité du Mouvement du 22 Mars à Nanterre (maoïstes, Jeunesses communistes révolutionnaires, trotskystes, anarchistes et autres groupes).
- Les groupuscules décrits comme quelques centaines d’étudiants s’unifient dans « Le Mouvement de 22 Mars – Nanterre » présenté comme dirigé par Cohn-Bendit.
- Le 3 mai, l’évacuation policière de la Sorbonne agit comme un effet de seuil en élargissant la contestation au-delà des militants les plus organisés et des enceintes universitaires.
- La nuit des barricades (10-11 mai) est associée à une médiatisation continue par RTL et Europe 1, avec retransmission dès les premières barricades.
- Le 10 mai, le gouvernement interdit à l’ORTF de couvrir les événements, ce qui renforce le rôle des chaînes mentionnées dans la diffusion.
- Bilan chiffré de la nuit des barricades (10-11 mai) : 367 blessés, 460 interpellations et 188 voitures endommagées.
💡 Astuce mémo
Effet seuil : police à la Sorbonne (3 mai) → contestation qui déborde ; puis médias (RTL/Europe 1) → information circule et rallie.
📖 6. Crise universitaire de Nanterre à la Sorbonne
🔑 Notions clés & Définitions
- Crise universitaire : Crise universitaire : transformation d’un dysfonctionnement structurel de l’université en contestation étudiante organisée et radicalisée.
- UNEF : UNEF : syndicat étudiant majoritaire affaibli et divisé, jouant un rôle dans la recomposition du mouvement.
- Bouillonnement à l’extrême-gauche : Bouillonnement à l’extrême-gauche : effervescence contestataire qui se développe quand les organisations dominantes perdent de la cohérence.
- Fermeté : Fermeté : stratégie de réponse répressive qui, en durcissant le traitement des étudiants, contribue à amplifier la mobilisation.
- Comités d’action : Comités d’action : structures souples d’organisation étudiante, liées à l’éclatement des organisations contestataires et à la lutte contre la bureaucratisation.
📝 Points essentiels
- Hausse des effectifs et diversification des publics étudiants déstabilisent l’institution universitaire et accentuent les difficultés d’adaptation des enseignements.
- Sous-administration et enseignements jugés inadaptés alimentent l’interrogation sur les missions de l’université (culture, économie, émancipation).
- Le mouvement étudiant se recombine quand l’UNEF, syndicat majoritaire, est affaibli et divisé.
- La recomposition s’accompagne d’un bouillonnement à l’extrême-gauche, créant un terrain plus favorable à la radicalisation.
- Le passage vers un mouvement insurrectionnel repose sur des facteurs multiples et une contingence historique, mais aussi sur des réponses répressives jugées contre-productives.
- La stratégie de « fermeté » (répression à Nanterre, fermetures à Sorbonne et Quartier Latin) déclenche une escalade, renforcée par la médiatisation et l’appel à la grève générale du 13 mai.
💡 Astuce mémo
Répression + médiatisation = escalade : « fermeté » → radicalisation (Nanterre → Sorbonne → Quartier Latin).
📖 7. Seuils du mouvement étudiant vers la rue
🔑 Notions clés & Définitions
- Crise sociale : Crise sociale : transformation d’un mouvement universitaire en conflit touchant plusieurs régions et secteurs professionnels.
- Sociologie des mobilisations collectives : Sociologie des mobilisations collectives : approche qui étudie comment les mobilisations se forment, se structurent et se hiérarchisent.
- Mouvement ouvrier : Mouvement ouvrier : ensemble des actions collectives menées par les travailleurs, notamment via grèves, occupations et manifestations.
- Grève intersyndicale : Grève intersyndicale : mobilisation coordonnée par plusieurs syndicats, ici associée à une journée précise.
- Rendez-vous manqué : Rendez-vous manqué : thèse selon laquelle les rencontres entre étudiants et ouvriers n’auraient pas eu lieu comme attendu.
📝 Points essentiels
- Le passage du mouvement universitaire à une crise sociale se lit à travers la question de sa diffusion à l’échelle des régions et des professions.
- Les analyses socio-politiques portent sur les modalités d’action, les revendications, et les points communs entre secteurs et territoires.
- La structuration des mobilisations implique d’étudier hiérarchies et rapports de pouvoir à l’intérieur du mouvement.
- Parmi les actifs en 68, les ouvriers représentent 39,4% (en hausse, soit 7M), tandis que les agriculteurs sont à 14% (en baisse) et les cadres autour de 5%.
- Les étudiants sont évalués à 0,5M et sont décrits comme se vivant et se projetant souvent comme futurs cadres, ce qui renvoie à une convergence avec les ouvriers via le franchissement de barrières de classe.
- Le 13 mai, une journée de grève intersyndicale est annoncée sans suite prévue, mais elle s’accompagne d’occupations et de grèves dans tout le pays.
💡 Astuce mémo
Diffusion + structure + pouvoir : « crise sociale = qui rejoint, où, et qui décide ».
📖 8. Modalités d’action universitaires et comités d’action
🔑 Notions clés & Définitions
- Métissage social : Métissage social : processus de circulation entre mondes ouvriers et mondes étudiants, surtout pour des jeunes ouvriers dont l’usinisation est partielle.
- Désenclavement des appartenances : Désenclavement des appartenances : moment où des appartenances sociales jusque-là séparées se recomposent, plutôt qu’un simple « rendez-vous manqué ».
- Accords de Grenelle : Accords de Grenelle : accords conclus en mai 1968 qui répondent surtout à des revendications quantitatives sans refondre l’architecture des rapports de pouvoir.
- Désectorisation : Désectorisation : phénomène de crise où les secteurs sociaux deviennent moins étanches et où les frontières entre arènes s’estompent.
- Transactions collusives : Transactions collusives : mécanisme ordinaire par lequel des gouvernants de secteurs différents respectent l’autonomie des autres et échangent des services en tolérant des écarts.
📝 Points essentiels
- Pudal et Retiére insistent sur le fait que les « métissages » concernent surtout des jeunes ouvriers à usinisation partielle, ce qui rend l’analyse des effets sur les parcours politiques décisive.
- L’accent mis sur ces déplacements sociaux permet de dépasser l’idée d’un rendez-vous manqué et de voir un moment critique de désenclavement des appartenances sociales.
- Les accords de Grenelle se tiennent du 25 au 27 mai au ministère des Affaires Sociales et réunissent PM, organisations patronales (CNPF, PME) et syndicats salariés (CGT, CFDT, FEN, FO, CFTC, CGC).
- Les revendications quantitatives portent sur le SMIG (+35%) et sur les salaires du privé (+7% en juin, +3% en octobre), avec satisfaction partielle.
- Les accords de Grenelle n’ouvrent pas de réforme législative ou réglementaire majeure et ne traitent pas plusieurs sujets clés comme la diminution du temps de travail, le paiement des jours de grève, ni les rapports de l
- Michel Dobry qualifie la crise de « désectorisation » : les secteurs deviennent moins autonomes, les frontières se fluidifient, et les transactions collusives se raréfient ou disparaissent.
💡 Astuce mémo
Métissage = pont ouvrier↔étudiant ; Désectorisation = frontières qui fondent (collusion en panne).
🔑 Notions clés & Définitions
- Frontière normal/pathologique : Frontière normal/pathologique : séparation socialement incorporée entre le « normal » et le « pathologique » qui devient contestée pendant la crise.
- Tutelle coloniale : Tutelle coloniale : domination présentée comme une prise en charge imposée, dénoncée comme instrument d’exploitation et d’oppression coloniale.
- Statut spécial oppressif : Statut spécial oppressif : régime administratif dénoncé comme discriminatoire, combinant contrôle (séjour/travail) et menaces d’expulsion.
- Allégeance : Allégeance : obligation de fidélité et d’obéissance envers un souverain ou un groupe, pouvant aussi désigner une soumission/soutien.
- Désobjectivation : Désobjectivation : processus de crise où les rapports sociaux cessent d’apparaître comme des évidences impersonnelles et deviennent à renégocier par choix et alliances.
📝 Points essentiels
- La contestation du clivage « bien-portant »/« infirme » s’inscrit dans une remise en cause plus large de la frontière normal/pathologique.
- Le slogan « le jeune valide d’aujourd’hui » pouvant devenir « l’infirme » et « le vieux de demain » sert à contester la séparation entre catégories de corps.
- La dénonciation de la tutelle coloniale s’appuie sur des mobilisations antillo-guyanaises et sur des organisations étudiantes mentionnées dans la section.
- Le 19 mai 1968, l’occupation des locaux de « Pour la jeune Guyane » vise une association qualifiée de « gouvernementale et colonialiste » et présentée comme symbole d’exploitation.
- La contestation de l’oppression des immigrés passe par la dénonciation d’un « statut spécial oppressif » incluant carte de séjour, carte de travail et menaces d’expulsion.
- Les femmes sont parfois cantonnées à des tâches subalternes ou exclues des occupations nocturnes, mais la crise ouvre des prises de parole et des actions collectives inédites en public et face à l’autorité masculine.
💡 Astuce mémo
Normal ≠ patho : la crise rend visible ce qui semblait « aller de soi » ; colonie et statut spécial = mêmes mécanismes d’emprise ; désobjectivation = les rôles cessent d’être des évidences.
📖 10. Conjoncture fluide et crise politique du pouvoir gaulliste
🔑 Notions clés & Définitions
- Déroutinisation : La déroutinisation désigne l’abandon des comportements habituels quand les repères sociaux et politiques cessent de fonctionner.
- Crise généralisée du consentement : La crise généralisée du consentement correspond à l’érosion de l’adhésion à l’ordre établi, qui oblige à renégocier valeurs et pratiques.
- Légitimité du pouvoir : La légitimité du pouvoir renvoie à la reconnaissance sociale de ceux qui gouvernent, mise en cause lors des crises politiques et sociales.
- Conjoncture fluide : La conjoncture fluide désigne une période d’incertitude où plusieurs solutions politiques concurrentes restent ouvertes avant la stabilisation.
- Résolution institutionnelle : La résolution institutionnelle est le choix d’une sortie par les institutions, notamment via la dissolution puis les élections législatives.
📝 Points essentiels
- Les crises font disparaître l’impersonnalité des rapports sociaux et l’évidence des rôles, obligeant les individus à choisir et à renégocier leurs alliances.
- La déroutinisation se manifeste par la (ré)-invention des positions et des comportements, comme lors des déplacements du gouvernement et de l’Assemblée nationale en 1940 puis de la fin du travail parlementaire.
- En mai 68, la crise politique se caractérise par des critiques et renégociations de la légitimité du pouvoir dans de nombreux secteurs, sans intervention de l’armée.
- La crise sociale se résume aussi comme une crise généralisée du consentement à l’ordre établi, avec renégociation des valeurs et mise en question de la légitimité du pouvoir.
- Le mouvement ouvrier et étudiant se structure de façon variable selon régions et usines, avec des initiatives venant de la base mais un encadrement syndical présent dans les usines.
- Les modalités de la crise sociale combinent grèves et occupations, avec des effectifs pouvant atteindre 7 à 10 millions de grévistes au XXe siècle, malgré une forte diversité locale.
💡 Astuce mémo
Crise = fin du « ça va de soi » → choix + alliances à inventer (déroutinisation) ; puis incertitude (conjoncture fluide) avant la sortie par les institutions (résolution institutionnelle).
📖 11. Oubli du mouvement ouvrier et controverses mémorielles
🔑 Notions clés & Définitions
- CGT : Organisation syndicale qui appelle à la reprise du travail et encadre la poursuite ou l’arrêt du mouvement dans plusieurs secteurs.
- Dissolution des organisations gauchistes : Mesure gouvernementale visant des organisations qualifiées de « gauchistes » et assortie d’une interdiction des manifestations.
- Élections législatives : Scrutin présenté comme un moyen de stabiliser le pouvoir en consolidant le camp gaulliste et en redéfinissant le rapport de forces.
- « Elections-trahison » : Formule de Jean-Paul Sartre qui critique le vote comme symbole de trahison envers les groupes d’appartenance.
- Routinisation du charisme : Hypothèse sociologique (Max Weber) expliquant comment le charisme d’un dirigeant peut se transformer en organisation politique durable.
📝 Points essentiels
- Le 30/05, un rassemblement pro-gaulliste réunit environ 400 000 personnes à Paris, avec peu de références personnelles au chef.
- Le 01/06, les principales organisations politiques se rallient à la résolution institutionnelle via la perspective des élections législatives.
- Malgré la reprise progressive, les grèves, manifestations et affrontements se poursuivent jusqu’au mi-juin.
- Le 05/06, la CGT appelle à la reprise du travail, puis le mouvement connaît encore des pics de mobilisation.
- Le 10/06, environ 1 million de grévistes sont recensés et le lycéen Gilles Tautin meurt après des affrontements avec la police.
- Le 12/06, à Sochaux (Peugeot), des affrontements font 2 ouvriers morts et des dizaines de blessés, avant une répression politique le même jour ou dans la foulée (dissolution et interdiction).
💡 Astuce mémo
CGT = « reprise » ; 10/06 = « 1 million + Tautin » ; 12/06 = « Sochaux, 2 morts + interdiction ».
📖 12. Jonction des crises universitaire et sociale en crise politique
🔑 Notions clés & Définitions
- Crise généralisée du consentement : Notion de sociologie politique désignant l’érosion collective de l’adhésion à l’ordre établi pendant Mai 68.
- Désectorisation : Mécanisme de mobilisation qui fait sortir la contestation du seul cadre étudiant pour toucher de nombreux secteurs professionnels.
- Intersyndical : Coordination syndicale qui relie des acteurs du monde du travail et contribue à l’extension du mouvement.
- Dissolution de l’AN : Acte institutionnel de la Ve République qui déclenche des élections législatives et reconfigure le rapport de force politique.
- Critique de « la pensée Mai 68 » : Lecture politique et médiatique qui réduit Mai 68 à un hédonisme et un individualisme destructeurs des valeurs.
📝 Points essentiels
- À partir des années 1980, une critique médiatique et politique présente Mai 68 comme une déconstruction hédoniste et individualiste des valeurs culturelles et civilisationnelles.
- Des travaux de sociologues, historiens et politistes (notamment autour du 40e anniversaire en 2008) contestent cette vision en la jugeant réductrice et souvent fausse.
- Au sein d’une partie de la gauche socialiste, un rapport interne du Parti Socialiste (2004) évoque une « correction de trajectoire » et reproche à la « génération 68 » un relativisme culturel jugé destructeur pour l’exig
- Le mouvement étudiant suit une séquence Nanterre → fermeture de la Sorbonne → évacuation à Quartier latin → médiatisation → diffusion → appel intersyndical → grève générale.
- La grève générale du 13 mai entraîne un mouvement de grèves et d’occupations avec une part de spontanéité, puis une désectorisation vers de multiples métiers mobilisés.
- La crise politique se forme dans une conjoncture fluide du 24 au 30 mai, avec une tension entre gaullisme partisan et gaullisme personnel.
💡 Astuce mémo
Consentement cassé → secteurs multiples → politique en bascule (13 mai puis 24-30 mai).
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| 1965 | Présidentielle : de Gaulle en ballotage face à Mitterrand (2nd tour : 55,20% / 44,8%) |
| 1967 | Législatives : la gauche sort renforcée (environ 2 fois plus de sièges qu’en 1962) |
| 15 mars 1968 | Énoncé sur « l’ennui » dans la vie publique et la jeunesse (France des trente glorieuses) |
📊 Tableaux de synthèse
Repères chronologiques du basculement (université → rue → politique)
| Date | Événement | Effet |
|---|
| 02/05 | Manifestation et fermeture de Nanterre | Déclenchement de la séquence de crise universitaire |
| 03/05 | Occupation et évacuation policière de la Sorbonne | Effet de seuil : contestation élargie vers la rue |
| 10-11/05 | Nuit des barricades dans le Quartier latin | Médiatisation + appel à la grève générale du 13 mai |
| 13/05 | Appel intersyndical à la grève générale | Transformation en crise sociale |
| 30/05 | Dissolution de l’AN | Résolution institutionnelle : élections législatives |
| 01/06 | Ralliement à la résolution institutionnelle | Stabilisation politique via les législatives (malgré poursuite des grèves) |
⚠️ Pièges & confusions fréquents
- Confondre « signes faibles » repérés a posteriori (bas-salaires, chômage) et l’idée qu’une crise est déjà évidente en mars-avril 1968.
- Croire que l’opposition est homogène : la bipolarisation 62-67 s’accompagne d’un éclatement de l’opposition en 62 puis d’un dégagement du FGDS en 67.
- Réduire Mai 68 à un hédonisme : le cours insiste sur une crise du consentement, des ruptures d’allégeance et des contestations de normes (normal/pathologique, tutelle coloniale, genre).
- Prendre « rendez-vous manqué » comme réalité générale : le cours oppose cette thèse à une variété de rencontres (souvent facilitées par la CFDT) et à l’idée de « métissage ».
- Interpréter la « fermeté » comme simple réaction policière : elle est présentée comme contreproductive, amplifiant l’escalade (Nanterre → Sorbonne → Quartier latin).
- Confondre crise sociale et crise politique : la première se lit par diffusion, grèves/occupations et désenclavement ; la seconde par critiques/renégociations de la légitimité du pouvoir et résolution institutionnelle.
- Penser que la crise s’arrête avec la dissolution : le cours précise que grèves, manifestations et affrontements continuent jusqu’au mi-juin.
✅ Checklist Examen
- Savoir présenter l’image du « gaullisme triomphant » et ses nuances : 1965 (55,20%/44,8%), 1967 (gauche renforcée), croissance >5%/an, chômage ~1,5%, bas-salaires sous l’inflation.
- Maîtriser la bipolarisation 62-67 et l’organisation de l’opposition : éclatement en 62, puis FGDS comme force d’opposition principale en 67, et absence d’ED.
- Expliquer pourquoi l’« ennui » (15 mars 1968) sert à montrer la difficulté à prévoir une crise tout en évoquant des pressentiments récurrents.
- Décrire la crise universitaire : effectifs (1951/1961/1967), sous-administration, public diversifié vs élitisme lettré, et passage d’une crise structurelle à un mouvement contestataire.
- Connaître le rôle de l’UNEF et de l’extrême-gauche étudiante : baisse d’adhérents (100k en 1960 à 50k en 1965) et divisions internes (PSU, UEC, CLER, situationnistes).
- Savoir résumer la critique de Khayati (De la misère en milieu étudiant, 1966) : enseignement mécanique, servitude volontaire, subordination à l’économie, starification/coteries, et crise de l’Université liée au capitalis
- Maîtriser la séquence Nanterre → Sorbonne → Quartier latin : 02/05 fermeture, 03/05 évacuation policière, 10-11/05 nuit des barricades, et l’idée d’effets de seuil + médiatisation (RTL/Europe 1).
- Expliquer le passage vers la crise sociale : 13/05 appel intersyndical, manifestations/occupations/grèves, effectifs de grévistes (7-10M), et modalités variables selon régions et secteurs.
- Savoir traiter la convergence étudiants-ouvriers : thèse du « rendez-vous manqué » vs rencontres effectives, rôle de la CFDT, et notion de « métissage » (jeunes ouvriers à usinisation partielle).
- Connaître les Accords de Grenelle : dates (25-27 mai), acteurs (PM, patronat, syndicats), revendications quantitatives (SMIG +35%, salaires privés +7% en juin +3% en octobre) et limites (pas de réforme majeure des temps/
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