Fiche de révision : Cours sur l'Anémie Hémolytique Immunitaire

Plan du Cours

  1. Définitions et physiopathologie
  2. Signes cliniques et particularités
  3. Diagnostic de l'anémie
  4. Confirmation immunitaire
  5. Causes associatives et non associatives
  6. Différentiel des anémies
  7. Traitement et immunosuppression
  8. Suivi, rechutes et pronostic

1. Définitions et physiopathologie

Notions clés & Définitions

  • Anémie : L’anémie correspond à une baisse du nombre de globules rouges, du taux d’hémoglobine ou de l’hématocrite, avec au moins deux paramètres concordants.
  • Anémie hémolytique : L’anémie hémolytique correspond à une destruction accélérée des globules rouges.
  • Système des phagocytes mononuclés (SPM) : Le SPM est le système de macrophages (foie, rate, moelle osseuse) qui reconnaît et phagocyte des globules rouges opsonisés ou trop vieux.
  • Band 3 : Band 3 est une protéine transmembranaire des globules rouges reconnue lors du stress oxydatif physiologique, ce qui déclenche leur prise en charge par le SPM.

Points essentiels

  • La durée de vie d’un globule rouge est de 100–120 jours chez le chien et de 60–75 jours chez le chat.
  • L’hémolyse peut être intravasculaire ou extravasculaire, l’extravasculaire étant la forme prédominante dans l’AHMI.
  • Les globules rouges trop âgés deviennent opsonisés puis leur hémoglobine est clivée en hème et globine.
  • La bilirubinurie précède l’hyperbilirubinémie car le recyclage physiologique produit d’abord des formes éliminées par les urines.
  • Lors d’hémolyse intravasculaire, le complément est activé, et cette activation est un signe de gravité si elle est présente.

2. Signes cliniques et particularités

Notions clés & Définitions

  • Pigmenturie : La pigmenturie correspond à la présence de pigments liés à l’hémolyse dans les urines.
  • Syndrome d’Evans : Le syndrome d’Evans est une association d’atteintes auto-immunes incluant une thrombopénie et pouvant s’accompagner d’une AHMI.
  • PICA : La PICA est un comportement d’ingestion de litière ou de léchage des murs observé chez plus de 1/4 des chats, sans spécificité pour l’AHMI.

Points essentiels

  • Les signes de décompensation d’une anémie incluent tachypnée, tachycardie, abattement, pâleur des muqueuses, pouls frappé et souffle cardiaque.
  • Des signes d’hémolyse peuvent inclure pigmenturie, ictère, splénomégalie ou hépatomégalie.
  • La bilirubine est toxique pour les cellules tubulaires rénales, ce qui explique la PUPD.
  • L’ictère clinique est rare chez le chat.
  • En aigu (<7 jours), l’atteinte est surtout retrouvée lors d’AHMI périphérique, avec comme premier signe souvent l’abattement.

3. Diagnostic de l'anémie

Notions clés & Définitions

  • Hémogramme : L’hémogramme est l’examen systématique utilisé pour identifier une anémie et caractériser les paramètres globulaires.
  • Anémie régénérative : Une anémie régénérative correspond à une réponse médullaire suffisante mise en évidence par l’augmentation des réticulocytes.
  • Anémie arégénérative : Une anémie arégénérative correspond à une absence de réponse médullaire, nécessitant souvent un myélogramme pour confirmer une anémie centrale.
  • Myélogramme : Le myélogramme est l’examen réalisé pour caractériser une anémie centrale quand la régénération n’est insuffisante.

Points essentiels

  • Ne pas se fier au HT calculé automatiquement : des erreurs peuvent survenir avec agglutination, microcytose raciale ou artefacts, nécessitant un microhématocrite.
  • L’anémie est régénérative dans 70% des cas, et l’indicateur principal est le nombre de réticulocytes par microlitre.
  • Seuil chien : 150 000 réticulocytes/µL pour distinguer régénérative et arégénérative, seuil chat : 70 000–80 000 réticulocytes/µL.
  • Les faux positifs de réticulocytes existent avec piroplasmose, érythroblastose ou corps d’Howell-Jolly.
  • Le délai de réponse médullaire est de 3–5 jours chez le chien et 4–7 jours chez le chat après une anémie régénérative.
  • Si l’anémie est régénérative, le TC est >0,4% chez le chien et >1% chez le chat, mais l’évaluation réelle nécessite un frottis.

4. Confirmation immunitaire

Notions clés & Définitions

  • Sphérocytose : La sphérocytose correspond à la présence augmentée de sphérocytes, traduisant une attaque membranaire des globules rouges.
  • Test d’agglutination : Le test d’agglutination met en évidence des anticorps anti-éléments des globules rouges via la réaction entre sang et sérum physiologique.
  • Test de Coombs : Le test de Coombs détecte la fixation d’anticorps anti-anticorps dirigés contre les globules rouges via un sérum comportant des anticorps adaptés.
  • Cytométrie en flux : La cytométrie en flux est une méthode quantitative en développement en médecine vétérinaire pour aider à trancher AHMI ou non.

Points essentiels

  • La sphérocytose est significative si >5 sphérocytes pour 100 globules rouges, mais elle n’est pas retrouvée chez le chat car les GR y sont physiologiquement petits.
  • Le test d’agglutination est positif dans 65 à 100% des cas, avec une procédure distincte selon chien ou chat (4 gouttes pour CN, 10 pour CT).
  • En cas de rouleaux, rechercher une hyper/dysprotéinémie ou une hyperfibrinogénémie, et envisager un lavage érythrocytaire qui augmente la spécificité mais diminue la sensibilité.
  • La sensibilité du test de Coombs est de 61–82% et la spécificité de 94–100%, mais les tests ne sont ni 100% spécifiques ni 100% sensibles pour une AHMI.
  • Des mycoplasmes ou TMPS peuvent entraîner des faux positifs car les anticorps peuvent réagir contre d’autres cibles que les seules antigènes érythrocytaires.
  • La destruction immunitaire peut être suspectée par hyperbilirubinémie, bilirubinurie, hémoglobine/hémoglobinurie et des fantômes de GR au frottis.

5. Causes associatives et non associatives

Notions clés & Définitions

  • AHMI non associative (primaire) : Une AHMI non associative résulte d’une anomalie de régulation et/ou d’activité des lymphocytes, sans antigène primaire partagé identifié avec la membrane des GR.
  • AHMI associative (secondaire) : Une AHMI associative est liée à une communauté antigénique entre un antigène primaire (par exemple une néoplasie) et une protéine de surface des globules rouges.
  • Piroplasmose : La piroplasmose est une cause infectieuse citée parmi les associations fréquentes à l’AHMI, surtout chez le chien.
  • Mycoplasma haemofilis : Mycoplasma haemofilis est un agent infectieux cité pour le chat comme association fréquente avec l’AHMI.

Points essentiels

  • Les AHMI non associatives (primaires) sont majoritaires et peuvent coexister avec d’autres maladies auto-immunes comme la thrombopénie (syndrome d’Evans), la polyarthrite ou le lupus.
  • La survenue d’une AHMI est multifactorielle : génétique, environnement et stimulations antigéniques chroniques, avec prédispositions chez cocker et border collie.
  • Parmi les médicaments associés, les bêta-lactamines et le TMPS sont plus fréquemment retrouvés dans l’AHMI.
  • Les AHMI associatives (secondaires) existent quand un antigène primaire et une protéine de surface des GR partagent une communauté antigénique.
  • Chez le chien, les associations infectieuses citées incluent surtout les piroplasmoses (Babesia gibsonie plus que Babesia canis) et chez le chat les mycoplasmes (Mycoplasma haemofilis).
  • En dehors de certains lymphomes ou leucémies chez le chat, les associations avec les néoplasies sont décrites comme relativement peu fréquentes.

6. Différentiel des anémies

Notions clés & Définitions

  • Anémie centrale : Une anémie centrale est une anémie d’origine médullaire, suspectée quand la réponse régénérative est absente ou insuffisante.
  • Anémie périphérique : Une anémie périphérique correspond à une anémie où la médulla répond, par exemple lors d’hémorragie ou d’hémolyse.
  • Hémorragie : L’hémorragie est une perte de sang pouvant entraîner une anémie dont la distinction avec l’hémolyse s’appuie sur des indices cliniques et biologiques.
  • Hypoprotéinémie : L’hypoprotéinémie oriente plutôt vers une hémorragie plutôt que vers une hémolyse lors d’un raisonnement différentiel.

Points essentiels

  • Pour les muqueuses pâles, deux explications sont possibles : anémie ou vasoconstriction liée à un choc cardiogénique, hypovolémique ou hypotensif.
  • Le raisonnement clé est de demander s’il existe ou non une régénération médullaire avant d’orienter vers hémorragie/hémolyse ou vers une cause non régénérative.
  • En anémie non régénérative vraie, on distingue des causes extramédullaires (carences, MRC, maladies hormonales, insuffisance hépatique, maladies chroniques inflammatoires ou tumorales) et des causes médullaires (aplasie/hypoplasie, infiltration tumorale, myélodysplasies, carences B6-B9-B12, myélofibrose).
  • L’hémorragie peut être traumatique, chirurgicale, tumorale, parasitaire sévère, iatrogène ou liée à un trouble de coagulation avec diathèse hémorragique.
  • L’hémolyse peut être infectieuse, immunitaire (primaire ou secondaire), liée à une instabilité membranaire, traumatique (microangiopathies), congénitale/héréditaire, ou un syndrome hémophagocytaire.
  • Pour différencier hémorragie et hémolyse : en cas de suspicion d’hémolyse, rechercher bilirubine sanguine et urinaire et hémoglobine libre sanguine, alors qu’une hypoprotéinémie évoque plutôt l’hémorragie.

7. Traitement et immunosuppression

Notions clés & Définitions

  • Corticothérapie : La corticothérapie est l’immunosuppression de base utilisée dans l’AHMI, souvent associée à une prévention de l’état pro-coagulable induit par les corticoïdes.
  • Ciclosporine : La ciclosporine est un immunomodulateur utilisé comme second immunosuppresseur dans l’AHMI selon la gravité ou la réponse.
  • Mycophénolate mofétil : Le mycophénolate mofétil est un immunomodulateur utilisé comme alternative de second immunosuppresseur dans l’AHMI.
  • Immunoglobulines humaines IV : Les immunoglobulines humaines IV sont une thérapie de secours lorsque les corticoïdes ne suffisent pas dans l’AHMI.
  • Thromboprophylaxie : La thromboprophylaxie correspond à une prévention des événements thromboemboliques par anticoagulants/antiagrégants, sous conditions.

Points essentiels

  • L’oxygénothérapie aide seulement si l’animal décompense, et elle ne constitue pas le traitement causal de l’AHMI.
  • Une transfusion dépend des signes cliniques, de la rapidité d’évolution, de la sévérité de l’anémie, et de la lactatémie, avec groupage/crossmatch comme prérequis.
  • Le culot globulaire est préféré au sang total et doit être récent (<7–10 jours) pour la transfusion.
  • En traitement de l’AHMI primaire, une bithérapie peut être envisagée dès le début, et un second immunosuppresseur est ajouté si critères de gravité ou échec dans les 7 premiers jours.
  • Second immunosuppresseur le plus souvent choisi : ciclosporine ou mycophénolate mofétil.
  • Les corticoïdes sont ulcérogènes et nécessitent une association systématique avec un anti-acide comme le pantoprazole à 1 mg/kg SID.

8. Suivi, rechutes et pronostic

Notions clés & Définitions

  • Rechute : Une rechute correspond à la réapparition ou à l’aggravation d’un abaissement de l’hématocrite lors de la diminution du traitement.
  • Prédnisolone : La prednisolone est le glucocorticoïde utilisé avec des paliers de dose visant l’immunosuppression puis une réduction progressive.
  • Échec thérapeutique : L’échec thérapeutique correspond à une absence d’amélioration ou une dégradation sous la stratégie initiale, conduisant à réévaluer et intensifier.
  • Taux de survie à 15 jours : Le taux de survie à 15 jours est une mesure pronostique rapportée pour les AHMI primaires chez le chien.

Points essentiels

  • Une hospitalisation de 5 jours est recommandée avec suivi de l’hématocrite, protéines totales, ionogramme, test d’agglutination, bilirubinémie, CRP et hémogramme complet.
  • À J10, un contrôle (hémogramme, CRP, bilirubine) est utilisé pour réduire la prednisolone sous le palier de 2 mg/kg des immunosuppresseurs initiés au début.
  • À J20, la dose est réduite uniquement si l’hématocrite est normalisé.
  • En rechute, une démarche d’échec thérapeutique est reprise et on réinstaure la dernière dose efficace en la diminuant plus lentement, ou on intensifie en cas de rechute sévère.
  • Pronostic chien : 80% de survie à 15 jours pour une AHMI primaire, avec 30–50% de risque de décès dans les 2 premières semaines si on suit l’évolution rapportée.
  • Facteurs pronostiques négatifs cités : troubles de l’hémostase (hyperurémie, hypofibrinogénémie, thrombopénie, augmentation du TCA), pétéchies, ictère et hyperbilirubinémie, et facteurs positifs : jeune âge, ALAT dans l’intervalle de référence, absence d’auto-agglutination, et lymphocytose chez le chat.

Repères chronologiques

DateÉvénement
<7 joursPrésence d’une présentation aiguë quand l’évolution clinique est inférieure à 7 jours
A J10Premier suivi clinique/biologique en vue d’une réduction de prednisolone
A J20Suivi à J20 avec réduction de dose uniquement si normalisation de l’hématocrite
5 joursHospitalisation recommandée pour le suivi initial
15 joursTaux de survie rapporté à 15 jours pour l’AHMI primaire chez le chien
1 anSurvie rapportée après 1 an si l’animal survit aux premières semaines
3-5jDélai de régénération médullaire chez le chien
4-7jDélai de régénération médullaire chez le chat
<7-10 joursExigence de fraîcheur du culot globulaire pour une transfusion

Pièges & confusions fréquents

  1. Ne pas confondre bilirubinurie et hyperbilirubinémie : la bilirubinurie survient avant l’hyperbilirubinémie lors du recyclage.
  2. Oublier que les muqueuses pâles peuvent venir d’une vasoconstriction en choc et pas seulement d’une anémie.
  3. Croire que le test d’agglutination ou le Coombs est spécifique : des mycoplasmes ou TMPS peuvent donner de faux positifs.
  4. Prendre l’évaluation des réticulocytes à l’automate comme fiable : il faut un frottis pour éviter les faux positifs (piroplasmose, corps d’Howell-Jolly).
  5. Confondre sphérocytose et AHMI : chez le chat, elle n’est pas attendue car les GR sont physiologiquement petits.
  6. Réduire trop vite la corticothérapie : les récidives surviennent notamment quand les paliers sont trop fortement abaissés.

Checklist Examen

  1. Définir l’anémie et l’anémie hémolytique en précisant les critères nécessaires pour conclure à l’anémie.
  2. Citer la durée de vie des GR chez le chien et chez le chat et relier l’hémolyse aux notions intravasculaire/extravasculaire.
  3. Lister les signes de décompensation d’une anémie et les signes pouvant évoquer une hémolyse (pigments, splénomégalie/hépatomégalie).
  4. Reconnaître les particularités du chat : rareté de l’ictère clinique, comportement PICA sans spécificité, et règle générale aigu (<7 jours) surtout périphérique.
  5. Décrire la démarche diagnostique d’anémie : utiliser hématocrite/hémogramme, éviter les erreurs de calcul du HT automatique et recourir au microhématocrite si besoin.
  6. Déterminer si l’anémie est régénérative à partir des seuils de réticulocytes (chien vs chat) et expliquer ce qui invalide parfois l’interprétation (faux positifs).
  7. Prouver l’hémolyse et son orientation immunitaire : associer bilirubine/urines/hémoglobine et frottis aux tests d’agglutination et/ou de Coombs.
  8. Interpréter correctement les tests immunitaires : connaître sensibilité/spécificité du Coombs et comprendre les limites de spécificité/spécialement liées aux mycoplasmes/TMPS.
  9. Raisonner le différentiel des anémies selon régénération médullaire, et classer les causes non régénératives (extra-médullaires vs médullaires).
  10. Différencier hémorragie et hémolyse en intégrant l’examen clinique et des marqueurs biologiques attendus comme la bilirubine/urines/hémoglobine libre.
  11. Choisir une stratégie thérapeutique : oxygénothérapie et transfusion selon indications, et principes d’immunosuppression (corticothérapie ± second immunosuppresseur).
  12. Connaître les critères de gravité justifiant l’ajout d’un second immunosuppresseur et les options (ciclosporine, mycophénolate mofétil).
  13. Planifier le suivi : objectifs et examens sur 5 jours, contrôles à A J10 et A J20 avec règles de diminution de la prednisolone.
  14. Décrire la conduite en cas de rechute ou d’échec thérapeutique : intensification ou reprise de la dernière dose efficace avec diminution plus lente.

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Anémie — définition ?

Baisse du nombre de globules rouges ou d’hémoglobine.

Anémie hémolytique — mécanisme ?

Destruction accélérée des globules rouges.

Système des phagocytes — rôle ?

Reconnaître et phagocyter globules rouges vieux ou opsonisés.

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