📋 Plan du Cours
- Politiques linguistiques
- Histoire de la LSF
- Communauté sourde
- Méthodes éducatives
- Signes méthodiques
- Déclin de la LSF
- Congrès de Milan
- Législation sur la surdité
- Gallaudet University
- Linguistique des LS
📖 1. Politiques linguistiques
🔑 Notions clés & Définitions
- Philosophie et surdité : Ensemble des réflexions philosophiques sur la nature, la capacité et la reconnaissance de la langue et de la pensée chez les sourds, influencées par des conceptions antiques et religieuses, notamment celles de l’Antiquité et du Moyen Âge.
- Influence de la vision catholique sur l’éducation des sourds : Impact des doctrines religieuses, notamment celles de Saint Jérôme et Saint Augustin, qui considéraient la gestualité et la langue comme des moyens d’accéder à la foi et à l’âme, influençant la perception et l’éducation des sourds.
- Débats sur la nature du langage et pensée chez les sourds : Disputes philosophiques sur si les sourds possèdent une langue propre, leur capacité à penser sans langage oral, et si la langue des signes peut véhiculer du sens et permettre la pensée abstraite, comme discuté par Aristote, Platon, et Saint Augustin.
- Réflexions antiques sur la capacité de langage : Pensées d’Aristote (IVe siècle avant J.-C.) et de Platon (Ve siècle avant J.-C.) sur la relation entre parole, pensée, et la nature innée ou acquise du langage, notamment la distinction entre la gestualité et la parole.
- Impact des conceptions philosophiques sur les droits des sourds : Influence des idées sur la reconnaissance ou la marginalisation des sourds, notamment à travers la classification du handicap dans la Loi et le rôle des doctrines religieuses dans la légitimité des droits civils et spirituels des sourds.
📝 Points essentiels
- La philosophie antique a toujours considéré la langue comme un critère de l’humanité, notamment par la capacité de produire du sens, ce qui a conduit à une vision négative des sourds, perçus comme incapables de langage ou d’âme (ex : Saint Jérôme, Saint Augustin).
- La vision catholique a profondément marqué l’éducation des sourds, avec l’idée que la gestualité pouvait être une langue à part entière permettant d’accéder à la foi et aux droits civils, comme le soutiennent Saint Jérôme et Saint Augustin.
- Les débats philosophiques antiques, notamment ceux d’Aristote et de Platon, ont posé la question de savoir si la pensée peut exister sans parole ou son, et si la langue des signes peut véhiculer du sens, influençant ainsi la reconnaissance ou la marginalisation des langues gestuelles.
- La classification du handicap dans le Code Justinien (529 ap. J.-C.) reflète une conception hiérarchique de la capacité de langage, où le sourd muet était considéré comme privé de droits, illustrant l’impact des idées philosophiques sur la législation.
- La réflexion de Saint Augustin sur la transmission du langage familial et la capacité éducative des sourds a contribué à la reconnaissance de la langue des signes comme un vecteur de communication et de culture.
💡 À retenir
Les conceptions philosophiques antiques et religieuses ont façonné la perception des sourds comme incapables de langage ou d’âme, influençant durablement l’éducation, la législation et la reconnaissance de leurs droits. La reconnaissance ou la marginalisation des langues des signes en découle directement.
📖 2. Histoire de la LSF
🔑 Notions clés & Définitions
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Vie et rôle de l’Abbé de l’Epée : Fondateur de la première école pour sourds à Paris, il a institutionnalisé l’usage des gestes pour l’éducation des sourds, permettant la reconnaissance d’une langue des signes. Il a voulu éduquer tous les sourds, notamment les pauvres, en créant une communauté linguistique et culturelle. (Source : Contenu source)
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Premiers recueils de signes au Moyen Âge : Environ du Xe siècle, des gestes non élaborés ont été consignés dans des recueils, notamment par les bénédictins, pour faciliter la communication des sourds, sans constituer une langue codifiée. Ces gestes précèdent la naissance de la LSF et sont liés à une utilisation religieuse ou pratique. (Source : Contenu source)
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Évolution historique de l’éducation des sourds avant 1850 : Passage d’un enseignement basé sur la parole et l’écriture, avec des méthodes orales ou gestuelles, à la création d’écoles institutionnelles comme celle de l’Abbé de l’Epée. La langue des signes commence à se structurer, mais reste diversifiée selon les régions et les écoles. (Source : Contenu source)
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Contributions de figures historiques comme Ponce de Léon : Moine bénédictin espagnol (1520-1584), il a préconisé l’enseignement par gestes, en insistant sur la lecture et l’articulation, et a promu l’utilisation de l’alphabet manuel pour l’éducation des sourds, influençant la pédagogie orale. (Source : Contenu source)
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Débuts de la reconnaissance de la LSF : La langue des signes commence à émerger comme une langue à part entière avec l’institutionnalisation par l’Abbé de l’Epée au XVIIIe siècle, puis se stabilise dans les écoles, mais reste diversifiée. La terminologie « LSF » est inventée en 1976 par B. Mottez. (Source : Contenu source)
📝 Points essentiels
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La vie et rôle de l’Abbé de l’Epée ont été déterminants dans la reconnaissance de la langue des signes comme outil éducatif et dans la valorisation de la culture sourde, en créant la première école pour sourds, la rue des Moulins, en 1756, puis à Saint-Jacques. Il a permis la transformation des gestes en une langue structurée, favorisant l’émancipation des sourds.
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Au Moyen Âge, les premiers recueils de signes étaient principalement liés à des usages religieux ou pratiques, sans une codification linguistique systématique. Ces gestes précèdent la naissance de la LSF, mais posent les bases de la communication gestuelle.
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L’évolution de l’éducation des sourds avant 1850** montre une transition progressive, avec des méthodes variées (orale, gestuelle, écrite), et l’émergence d’une communauté linguistique et culturelle sourde, notamment grâce aux travaux de figures comme Ponce de Léon (XVIe siècle) et l’Abbé de l’Epée (XVIIIe siècle).
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La contribution de Ponce de Léon a été essentielle dans la mise en place d’une pédagogie basée sur la lecture labiale, l’articulation, et l’alphabet manuel, influençant la pédagogie orale et la formation des éducateurs.
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La reconnaissance de la LSF débute avec l’institutionnalisation par l’Abbé de l’Epée, qui établit une langue gestuelle structurée, mais la terminologie « LSF » n’apparaît qu’en 1976. La langue se diversifie selon les écoles et les régions, mais reste un vecteur essentiel de la culture sourde.
💡 À retenir
L’histoire de la LSF est marquée par l’émergence progressive d’une langue gestuelle structurée, grâce aux efforts de pionniers comme l’Abbé de l’Epée, qui ont permis de valoriser la culture sourde et de poser les bases d’une langue à part entière, tout en étant influencée par des traditions religieuses et éducatives anciennes.
📖 3. Communauté sourde
🔑 Notions clés & Définitions
- Communauté Sourde : groupe social constitué de personnes sourdes partageant une culture, une langue (LSF) et des revendications communes, distinctes de la majorité entendante. Elle se construit à travers l’histoire, la langue et la culture, et revendique la reconnaissance de ses spécificités.
- Culture Sourde : ensemble de pratiques, valeurs, traditions, et normes propres à la communauté sourde, notamment la langue des signes, la solidarité, et l’identité collective. Elle se transmet par la socialisation et l’éducation, et constitue un élément central de l’appartenance communautaire.
- Importance de la culture sourde et ses revendications : reconnaissance de la langue des signes comme langue à part entière, valorisation de l’identité sourde, lutte contre la marginalisation, et revendication de droits civiques, éducatifs et linguistiques. La communauté insiste sur la légitimité de sa culture comme patrimoine distinct.
- Concept de CODA (Child Of Deaf Adult) : enfant de parents sourds, souvent bilingue en LS et en langue orale, qui joue un rôle de pont entre la communauté sourde et la société entendante. Selon Saint Augustin (354-430), la transmission de la LS familiale contribue à la continuité de la culture sourde.
- Impact social et culturel de la surdité : la surdité n’est pas seulement une déficience mais aussi un facteur d’appartenance à une culture spécifique, avec ses propres codes, valeurs et revendications. La reconnaissance de cette spécificité permet de lutter contre la stigmatisation et de renforcer l’identité collective.
- Relations entre sourds et entendants : dynamique souvent marquée par une coexistence conflictuelle ou complémentaire, où la communauté sourde revendique une reconnaissance de ses droits linguistiques et culturels face à la majorité entendante, parfois perçue comme dominante ou marginalisante. La relation évolue avec la reconnaissance de la LSF et la valorisation de la culture sourde.
📝 Points essentiels
- La Communauté Sourde se construit historiquement à partir de l’émergence de la langue des signes, notamment avec l’institutionnalisation de la LS par l’Abbé de l’Epée (1712-1789), qui a permis de valoriser une culture spécifique.
- La culture sourde inclut la langue, les pratiques sociales, les traditions, et la solidarité, qui forment un ensemble cohérent et distinct de la majorité entendante.
- La revendication principale concerne la reconnaissance officielle de la LSF comme langue à part entière, ce qui permettrait de préserver la culture et d’assurer l’égalité des droits civiques, éducatifs et sociaux.
- La figure du CODA illustre la transmission intergénérationnelle de la culture sourde, tout en étant souvent bilingue et biculturelle, jouant un rôle crucial dans la médiation entre deux mondes.
- La relation entre sourds et entendants a été marquée par des conflits liés à l’éducation (oralisme vs langue des signes), mais évolue vers une reconnaissance mutuelle et une collaboration pour la défense des droits.
- La culture sourde est aujourd’hui reconnue comme patrimoine immatériel, et ses revendications s’inscrivent dans une lutte pour l’égalité, la visibilité et la valorisation de la diversité linguistique et culturelle.
💡 À retenir
La communauté sourde, à travers sa culture et sa langue, revendique la reconnaissance de ses spécificités comme éléments fondamentaux de son identité, face à une majorité entendante qui a longtemps marginalisé ses droits et sa langue.
📖 4. Méthodes éducatives
🔑 Notions clés & Définitions
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Méthodes éducatives orales vs gestuelles : Approches pédagogiques opposant l’enseignement basé sur la parole orale (oralisme) à celui utilisant la gestualité et la langue des signes (signes méthodiques ou LSF). L’oralisme privilégie la reproduction de la parole, tandis que la gestualité valorise la communication par gestes et signes (voir aussi "Techniques d’apprentissage de la parole et de l’écriture").
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Techniques d’apprentissage de la parole et de l’écriture : Méthodes visant à enseigner la production orale et la lecture/écriture aux sourds, notamment par l’articulation, l’alphabet manuel, et la lecture labiale. Exemple : méthode de Juan Pablo Bonnet (1620) utilisant l’alphabet manuel et la position de la langue/lèvres.
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Utilisation de l’alphabet manuel dans l’enseignement : Système codifié permettant de représenter chaque lettre de l’alphabet par un geste spécifique, facilitant l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, et de la parole chez les sourds (voir "Techniques d’apprentissage de la parole et de l’écriture").
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Rôle des précepteurs comme Juan Pablo Bonnet : Figures éducatives du XVIIe siècle qui ont développé des méthodes d’enseignement basées sur l’articulation, l’alphabet manuel, et la phonétique pour apprendre la parole et l’écriture aux sourds, en insistant sur la communication gestuelle comme étape préalable à la parole.
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Approches pédagogiques historiques : Évolutions des méthodes d’éducation des sourds, depuis les gestes individuels et les home signs au Moyen Âge, jusqu’aux méthodes structurées du XVIIe siècle (ex : Bonnet, Amman, Wallis), en passant par la création de l’école de la Rue des Moulins par l’Abbé de l’Epée, jusqu’aux tensions entre oralistes et défenseurs de la langue des signes (voir "Approches pédagogiques historiques").
📝 Points essentiels
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La distinction fondamentale entre méthodes orales et gestuelles remonte à l’histoire de l’éducation des sourds, avec une opposition entre l’apprentissage de la parole orale (méthodes orales) et l’utilisation de la langue des signes ou gestes (méthodes gestuelles). La méthode de l’Abbé de l’Epée, par exemple, valorise la langue des signes comme langue naturelle et véhicule des idées, contrairement aux méthodes orales qui tentent de faire acquérir la parole par articulation et alphabet manuel.
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Les techniques d’apprentissage de la parole et de l’écriture ont été développées dès le XVIIe siècle par des précepteurs comme Juan Pablo Bonnet, qui utilisaient l’alphabet manuel, la position de la langue et des lèvres, ainsi que la phonétique pour enseigner la parole. Ces méthodes insistaient sur la nécessité de comprendre la langue orale avant de la produire.
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L’utilisation de l’alphabet manuel a permis de représenter chaque lettre par un geste spécifique, facilitant la lecture, l’écriture, et la production orale. Elle a été intégrée dans diverses méthodes éducatives pour surmonter l’isolement linguistique des sourds et leur permettre d’accéder à la parole.
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Les approches pédagogiques historiques montrent une évolution des stratégies éducatives, passant de gestes individuels et home signs à des méthodes structurées et institutionnalisées, avec une forte influence de figures comme l’Abbé de l’Epée, Sicard, et Bonnet, qui ont contribué à la stabilisation et la diffusion des méthodes gestuelles et orales.
💡 À retenir
Les méthodes éducatives des sourds ont évolué d’approches gestuelles naturelles à des techniques structurées combinant alphabet manuel, articulation, et lecture labiale, reflétant une tension historique entre la valorisation de la langue des signes et la promotion de la parole orale.
📖 5. Signes méthodiques
🔑 Notions clés & Définitions
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Signes méthodiques de De l’Epée (1776) : Système de signes inventé par l’Abbé de l’Epée pour enseigner la langue des signes, basé sur une découpe conceptuelle des idées, permettant de représenter des notions abstraites ou complexes par une combinaison de signes simples. De l’Epée (1776) explique que ces signes permettent de transmettre des concepts précis en utilisant une série de gestes structurés.
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Caractéristiques des signes méthodiques : Signes artificiels, structurés, et délibérément simplifiés pour l’enseignement, ne correspondant pas à la langue naturelle ou à la LSF. Ils sont conçus pour plier la langue des signes à la syntaxe du français, ce qui dénature leur nature originelle. Ces signes sont souvent une représentation conceptuelle plutôt que naturelle.
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Différence entre signes naturels et signes méthodiques : Les signes naturels (ou "langues gestuelles") sont spontanés, évolutifs, et reflètent la culture et la communauté sourde. Les signes méthodiques, quant à eux, sont artificiels, créés pour l’enseignement, et souvent déformés ou simplifiés, visant à transmettre des idées précises plutôt que la communication naturelle.
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Utilisation des signes méthodiques dans l’éducation : Adoptés par De l’Epée et Sicard pour structurer l’enseignement des sourds, ces signes servent à enseigner le français en utilisant une langue gestuelle adaptée, mais leur découpe conceptuelle et leur structure syntaxique sont souvent critiquées pour leur artificialité et leur dénaturation de la langue des signes.
📝 Points essentiels
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Les Signes Méthodiques de De l’Epée (1776) sont une invention pédagogique visant à représenter des idées et concepts par une série de gestes structurés, permettant d’enseigner le français aux sourds. De l’Epée insiste sur le fait que ces signes sont une langue de contact, conçue pour transmettre des idées plutôt que pour refléter la langue naturelle des sourds.
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Ces signes ne correspondent pas à la Vraie LSF et ne sont pas issus de la langue naturelle ou communautaire. Ils ont été conçus pour plier la langue des signes à la syntaxe du français, ce qui a été critiqué comme une dénaturation de la langue gestuelle.
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La méthode de De l’Epée a été largement diffusée en Europe, avec une exportation de ses signes et de ses principes pédagogiques, mais elle a aussi suscité des critiques, notamment sur la découpe conceptuelle des signes qui rend leur compréhension difficile et leur évolution indépendante de leur origine naturelle.
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Sicard, successeur de De l’Epée, a poursuivi dans cette voie en élaborant un dictionnaire des signes méthodiques, mais en considérant que la langue des signes était inférieure à la parole et qu’elle devait être remplacée ou complétée par l’enseignement de la langue orale.
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La critique principale porte sur le fait que plier la langue des signes à la syntaxe du français dénature la langue naturelle, la rend artificielle, et limite son évolution autonome. La structure des signes méthodiques est souvent perçue comme peu compréhensible et peu fidèle à la réalité linguistique des communautés sourdes.
💡 À retenir
Les signes méthodiques de De l’Epée, conçus pour l’enseignement du français, sont une représentation artificielle et dénaturée de la langue des signes naturelle, dont l’objectif était de structurer la communication pour faciliter l’apprentissage, mais qui ont été largement critiqués pour leur artificialité et leur déconnexion avec la culture sourde.
📖 6. Déclin de la LSF
🔑 Notions clés & Définitions
- Conflits entre oralistes et défenseurs de la LSF : opposition historique entre ceux qui prônent l’oralité (méthodes centrées sur la parole) et ceux qui défendent la reconnaissance et l’usage de la langue des signes (voir aussi "Impact du Congrès de Milan"). Ces conflits ont marqué la marginalisation de la LSF dans l’éducation et la société.
- Impact du Congrès de Milan (1880) : décision officielle lors du Congrès de privilégier l’oralisme au détriment de la LSF, ce qui a accéléré son déclin, en imposant l’enseignement oral dans la majorité des écoles pour sourds.
- Rôle des médecins et opposants à la LSF : figures médicales ou éducatives (ex : Itard, Blanchard, De Gerando) qui ont soutenu l’oralisme, considérant la LSF comme inférieure ou inappropriée, contribuant ainsi à la marginalisation de la langue des signes.
- Conséquences sociales du déclin : marginalisation accrue des sourds signants, diminution de la reconnaissance de leur culture, et renforcement des pratiques orales qui ont fragmenté la communauté sourde et affaibli la transmission de la culture sourde.
- Déclin progressif (1850-1960) : période où la LSF a été progressivement remplacée par l’oralisme dans l’éducation, renforcée par des décisions politiques et scientifiques, notamment lors du Congrès de Milan, et par la domination des discours médicalisés.
📝 Points essentiels
- La décision du Congrès de Milan (1880) a été un tournant majeur, imposant l’oralisme comme seule méthode officielle, ce qui a marginalisé la LSF (voir aussi "Position officielle sur l’oralisme et la LSF").
- Les conflits entre oralistes et défenseurs de la LSF ont été alimentés par des figures comme Itard, Blanchard et De Gerando, qui ont considéré la langue des signes comme inférieure ou inadaptée à l’intégration sociale et professionnelle des sourds.
- La vision médicalisée a joué un rôle clé dans le déclin, avec des médecins et éducateurs qui ont considéré la LSF comme un obstacle à l’apprentissage de la parole, renforçant la stigmatisation.
- La socialisation des sourds a été fortement affectée : la perte de la LSF a fragmenté la communauté sourde, affaiblissant leur identité culturelle et leur autonomie.
- La période de déclin s’étend de 1850 à 1960, période durant laquelle la majorité des écoles ont adopté l’oralisme, entraînant une marginalisation durable de la langue des signes.
💡 À retenir
Le déclin de la LSF, accéléré par le Congrès de Milan de 1880 et soutenu par des figures médicales et éducatives, a profondément marginalisé la communauté sourde en détruisant leur langue, leur culture et leur identité, mais a aussi préparé le terrain pour la renaissance ultérieure de la culture sourde.
📖 7. Congrès de Milan
🔑 Notions clés & Définitions
- Congrès de Milan (1880) : Conférence internationale réunissant des experts en éducation des sourds, qui a décidé de privilégier l’oralisme au détriment de la langue des signes, marquant un tournant dans l’histoire de l’éducation des sourds.
- Décisions prises lors du Congrès : Adoption de la méthode orale comme seule approche éducative officielle pour les sourds, avec une interdiction de l’usage systématique de la langue des signes dans les écoles.
- Conséquences immédiates et à long terme du Congrès : Déclin de la reconnaissance et de l’usage de la LSF, renforcement de l’oralisme, marginalisation de la culture sourde, et influence durable sur les politiques éducatives et sociales.
- Position officielle sur l’oralisme et la LSF : La position adoptée privilégie l’apprentissage de la parole orale, considérée comme la seule méthode légitime, au détriment de la langue des signes, perçue comme une langue inférieure ou non scientifique.
- Lien entre Congrès de Milan et eugénisme : La décision du Congrès s’inscrit dans une logique eugéniste, visant à « améliorer » la race humaine en favorisant l’assimilation des sourds à la société entendante, en marginalisant leur langue et culture propres.
📝 Points essentiels
- Le Congrès de Milan (1880) a été organisé à l’initiative de représentants de l’éducation des sourds, principalement européens et américains, avec une majorité d’orthophonistes et médecins.
- La majorité des délégués ont voté en faveur de l’oralisme, considérant la parole orale comme la seule méthode valable, ce qui a conduit à l’interdiction officielle de l’usage de la langue des signes dans les écoles.
- La décision a été fortement influencée par des théories eugénistes, qui visaient à « améliorer » la société en assimilant les sourds à la norme entendante, en niant leur identité linguistique et culturelle.
- Les conséquences immédiates ont été la fermeture ou la marginalisation des écoles utilisant la LSF, ainsi qu’un déclin de la culture sourde et de la reconnaissance de la LSF comme langue à part entière.
- Sur le long terme, cette décision a renforcé l’idéologie de l’oralité, retardé la reconnaissance officielle de la LSF, et alimenté les débats sur la légitimité des langues des signes, influençant les politiques éducatives jusqu’au XXe siècle.
💡 À retenir
Le Congrès de Milan (1880) a marqué un tournant décisif en faveur de l’oralisme, au détriment de la langue des signes, avec des répercussions durables sur la reconnaissance de la culture et de la langue sourde, tout en étant lié à une idéologie eugéniste visant à assimiler les sourds à la société entendante.
📖 8. Législation sur la surdité
🔑 Notions clés & Définitions
- Code Justinien (529 ap. J.-C.) : texte législatif romain qui, pour la première fois, classe la surdité comme un handicap avec des implications juridiques, notamment en distinguant différents types de surdité et en leur attribuant des droits spécifiques.
- Droits selon le type de surdité : distinction légale entre sourds muets, sourds parlant, et autres, avec des droits variés en matière de mariage, testament, et héritage, notamment dans le cadre du Code Justinien.
- Évolution des droits civils des sourds : processus historique où, à travers les lois et la reconnaissance sociale, les sourds ont progressivement obtenu des droits civils, notamment avec la reconnaissance de leur langue et culture dans la législation moderne.
- Impact juridique des classifications médicales : les classifications médicales de la surdité influencent directement la reconnaissance juridique et les droits accordés, en particulier dans la législation contemporaine, en définissant notamment l'accessibilité et la protection sociale.
- Influence des lois sur l’éducation et la reconnaissance : les lois ont façonné l’accès à l’éducation des sourds, en valorisant ou en limitant l’usage de la langue des signes, et ont contribué à la reconnaissance officielle de la communauté sourde comme groupe linguistique et culturel.
📝 Points essentiels
- La législation romaine, notamment le Code Justinien, a été pionnière en classant la surdité comme un handicap avec des droits spécifiques, en distinguant notamment le sourd muet du sourd parlant, ce qui a influencé la reconnaissance juridique de leurs droits civils (voir aussi "Impact juridique des classifications médicales").
- La classification selon le Code Justinien a permis d’attribuer des droits différenciés, par exemple, le droit de se marier ou de faire un testament pour les sourds entendants ou muets, ce qui a marqué une étape importante dans la reconnaissance juridique de leur humanité.
- La progression historique des droits civils des sourds a été influencée par l’évolution législative, notamment avec la reconnaissance de leur langue et culture, et la lutte pour leur intégration sociale et éducative.
- Les lois modernes continuent d’être influencées par les classifications médicales, notamment pour l’accès aux dispositifs d’aide, à l’éducation spécialisée, et à la protection contre la discrimination.
- La reconnaissance légale de la langue des signes comme langue à part entière, notamment dans les lois récentes, a été un facteur clé dans l’amélioration des droits et de la reconnaissance de la communauté sourde.
💡 À retenir
La législation sur la surdité, depuis le Code Justinien jusqu’aux lois contemporaines, a permis de définir et d’améliorer les droits civils des sourds en fonction de leur classification, tout en influençant leur reconnaissance sociale, culturelle et éducative.
📖 9. Gallaudet University
🔑 Notions clés & Définitions
- Fondation de Gallaudet University : établissement créé en 1864 à Washington D.C. pour offrir une éducation spécialisée aux sourds, en lien avec la communauté sourde et la reconnaissance de la langue des signes (voir aussi "Contribution de Gallaudet à l’éducation des sourds").
- Rôle de Gallaudet dans l’éducation des sourds : premier université dédiée à la formation supérieure des sourds, elle a permis la reconnaissance de la langue des signes comme langue d’enseignement et a favorisé l’émancipation culturelle et linguistique de la communauté sourde.
- Importance historique de l’université : symbole de la lutte pour les droits linguistiques et culturels des sourds, elle a été un lieu de revendication pour la légitimité de la langue des signes et de la culture sourde à l’échelle internationale.
- Lien avec la communauté sourde internationale : Gallaudet est un centre de référence mondiale, favorisant les échanges, la recherche et la reconnaissance des langues des signes dans différents pays, contribuant à la solidarité et à la diffusion de la culture sourde.
- Développement de la linguistique des langues des signes : à travers ses recherches et ses formations, Gallaudet a été un acteur clé dans la reconnaissance de la structure linguistique des langues des signes, notamment par les travaux de chercheurs comme Stokoe (voir "Linguistique de la LSF").
📝 Points essentiels
- La création de Gallaudet en 1864, sous l’impulsion du président Abraham Lincoln, marque une étape majeure dans la reconnaissance institutionnelle de la langue des signes et de la culture sourde.
- Elle a permis la mise en place d’un modèle éducatif bilingue, intégrant la langue des signes et l’apprentissage du français ou de l’anglais, favorisant l’émancipation des sourds dans la société.
- La réputation de Gallaudet dépasse les frontières américaines, devenant un symbole mondial de la lutte pour les droits linguistiques et culturels des sourds.
- La contribution de Gallaudet à la linguistique des langues des signes a été significative, notamment par les travaux de Stokoe (1960), considéré comme le père de la linguistique des langues des signes, qui a démontré leur complexité grammaticale.
- La mobilisation lors du "Gallaudet University protests" (1988) a été un moment clé, revendiquant la reconnaissance de la langue des signes comme langue officielle et la nomination d’un président sourd, renforçant la légitimité de la communauté sourde.
💡 À retenir
Gallaudet University, fondée en 1864, est un symbole majeur de l’émancipation linguistique et culturelle des sourds, jouant un rôle clé dans la reconnaissance de la langue des signes comme langue à part entière et dans le développement de la linguistique des langues des signes à l’échelle mondiale.
📖 10. Linguistique des LS
🔑 Notions clés & Définitions
- Travaux de Stokoe (1960) : Pionnier de la linguistique des langues des signes, il a montré que la LSF possède une structure linguistique propre, avec une syntaxe, une morphologie et une phonologie spécifiques, comparable à celles des langues orales.
- Caractéristiques linguistiques des langues des signes : La LSF possède une grammaire, une syntaxe, une morphologie, et un lexique, avec des règles propres, distinctes des langues orales, mais tout aussi complexes et structurées.
- Systèmes de transcription et d’écriture des LS : Méthodes permettant de représenter graphiquement ou textuellement la structure des langues des signes, comme le système de notation de Stokoe ou d’autres systèmes phonétiques et morphologiques.
- Études sur la grammaire et la structure de la LSF : Recherches visant à analyser la syntaxe, la morphologie, et la phonologie de la LSF pour en établir la nature linguistique, comme celles de Stokoe (1960), qui ont permis de prouver que la LSF est une langue à part entière.
- Linguistique de la LSF (voir aussi travaux de Bianchini) : Discipline qui étudie la structure, la syntaxe, la morphologie et la phonologie de la langue des signes, confirmant sa status de langue naturelle et structurée.
📝 Points essentiels
- Stokoe (1960) : a démontré que la LSF possède une structure linguistique comparable à celle des langues orales, avec des unités distinctes (E, D, et C), permettant une analyse systématique.
- La linguistique des LS a permis de dépasser la vision intuitive pour établir que la LSF est une langue à part entière, avec ses propres règles grammaticales, syntaxiques et morphologiques.
- La transcription de la LSF utilise des systèmes phonétiques et graphiques, tels que le système de notation de Stokoe, pour représenter ses unités de sens et ses règles.
- La grammaire de la LSF inclut des éléments comme la syntaxe spatiale, la morphologie verbale, et la structuration du discours, qui diffèrent mais complètent ceux des langues orales.
- La reconnaissance de la structure linguistique de la LSF a permis la création de dictionnaires, de grammaires et de systèmes éducatifs adaptés, renforçant la légitimité de la langue des signes dans la communauté sourde.
💡 À retenir
La linguistique de la LSF, notamment grâce aux travaux de Stokoe (1960), a prouvé que cette langue possède une structure propre, comparable à celle des langues orales, ce qui a permis sa reconnaissance comme langue naturelle et structurée.
📊 Tableaux de Synthèse
| Thème | Notions clés | Détails | Auteur / Source |
|---|
| Politiques linguistiques | Philosophie antique et religieuse | Perception négative des sourds, conception de la langue comme critère d'humanité | Saint Jérôme, Saint Augustin, Aristote, Platon |
| Débats philosophiques | Capacité de penser sans langage, rôle de la langue des signes | Aristote, Platon, Saint Augustin |
| Législation | Classification du handicap dans le Code Justinien (529 ap. J.-C.) | Justinien |
| Histoire de la LSF | Abbé de l’Epée | Création de la première école, structuration de la langue des signes | Abbé de l’Epée (1756) |
| Recueils de signes | Gestes religieux et pratiques, précurseurs de la LSF | Moyen Âge, Xe siècle |
| Évolution pédagogique | Transition entre oral, gestuel, écrit, création de la LSF | XVIIIe siècle, Ponce de Léon |
| Communauté sourde | Culture et identité | Langue, valeurs, traditions, revendications | - |
| CODA | Enfants de parents sourds, bilinguisme LS et oral | - |
⚠️ Pièges & Confusions Fréquentes
- Confondre la vision antique de la langue comme seule capacité humaine avec la reconnaissance moderne de la LSF.
- Assimiler tous les gestes du Moyen Âge à une langue codifiée, alors qu’il s’agissait principalement de gestes utilitaires.
- Confondre l’Abbé de l’Epée avec d’autres figures éducatives sans lien avec la création de la LSF.
- Croire que la LSF a été officiellement reconnue dès le XVIIIe siècle, alors que sa reconnaissance officielle date de 1976.
- Confondre la classification du handicap dans le Code Justinien avec la conception moderne des droits des sourds.
- Assimiler la culture sourde uniquement à la langue des signes, en oubliant ses autres dimensions culturelles.
- Confondre la communauté sourde avec les personnes sourdes isolément, sans reconnaissance de leur culture collective.
✅ Checklist Examen
- Connaître la définition de la philosophie antique sur la relation entre langage, pensée et âme, notamment chez Aristote et Platon.
- Identifier l’impact de la vision religieuse catholique sur l’éducation des sourds, notamment par Saint Jérôme et Saint Augustin.
- Expliquer comment la classification du handicap dans le Code Justinien a influencé la perception juridique des sourds.
- Décrire le rôle de l’Abbé de l’Epée dans la structuration de la langue des signes et la création de la première école pour sourds.
- Connaître la date de création de la terminologie « LSF » par B. Mottez (1976).
- Identifier les premiers recueils de gestes au Moyen Âge et leur usage.
- Expliquer l’évolution des méthodes éducatives des sourds avant 1850, en insistant sur la transition vers la langue des signes.
- Définir la communauté sourde, sa culture, et ses revendications principales.
- Connaître la notion de CODA et son importance dans la communauté sourde.
- Maîtriser les principaux concepts de la linguistique des LS, notamment la distinction entre langue des signes et gestes utilitaires.
- Connaître les enjeux de la reconnaissance officielle de la LSF en France.
- Connaître les auteurs clés : Saint Jérôme, Saint Augustin, Aristote, Platon, Abbé de l’Epée, B. Mottez.
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