📋 Plan du Cours
- Criminologie non reconnue en France
- Obstacles à la criminologie en France
- Querelle politique autour de la criminologie
- Définition et finalités de la criminologie
- Droit de punir et contrat social
- Écoles utilitariste et rétributive du droit de punir
- Pensée darwinienne et évolution du crime
- Positivisme italien et création de la criminologie
- Théories racialistes et école d’anthropologie de Paris
- Criminalité comme pathologie sociale et médecine criminologique
- Crime comme phénomène social et explication sociologique
- Défense sociale et défense sociale nouvelle
📖 1. Criminologie non reconnue en France
🔑 Notions clés & Définitions
- Criminologie : La criminologie est l’étude scientifique du phénomène criminel, incluant ses causes, ses manifestations et les moyens de prévention.
- Criminis logos : L’expression latine et grecque à l’origine du mot criminologie renvoie à l’idée d’un discours sur le crime.
- Section 75 Criminologie : La section 75 Criminologie est une section nationale du CNRS créée dans le cadre de la conception de son promoteur, puis supprimée après la défaite politique associée.
- CESDIP : Le CESDIP est un centre d’étude qui regroupe plusieurs disciplines (historiens, politistes, sociologues et juristes) autour du droit et des institutions pénales.
- Controverse criminologie : La controverse criminologie désigne les débats sur la définition et le périmètre de la discipline, opposant plusieurs conceptions concurrentes.
📝 Points essentiels
- En France, la criminologie n’apparaît pas comme discipline autonome dans les listes institutionnelles (sections CNU et sections CNRS), contrairement à d’autres pays.
- Le mot criminologie est présenté comme une invention du XIXe siècle, construit à partir de criminis et logos, et renvoie à une science du crime et de ses moyens de prévention.
- La création de la discipline en France est freinée par un manque d’interdisciplinarité structurel dans les universités et grandes écoles, alors que la criminologie est transversale.
- Les pouvoirs publics mobilisent surtout la recherche de droit pour produire des normes, mais associent peu les universitaires aux choix de politique pénale, ce qui réduit l’incitation à financer des centres dédiés.
- Historiquement, une partie de la communauté universitaire française a été décrite comme réticente à l’importation de modèles étrangers, ce qui a contribué à la difficulté de stabiliser une criminologie autonome.
- Une controverse majeure est liée à la section 75 Criminologie, portée par Alain Bauer, avec contestations universitaires et suppression après 2012.
💡 Astuce mémo
Institutions sans case : pas de “case criminologie” au CNRS/CNU → donc discipline non consacrée en France.
📖 2. Obstacles à la criminologie en France
🔑 Notions clés & Définitions
- Conception subjective de la criminologie : La criminologie est pensée comme centrée sur l’individu criminel, ce qui rend l’objet d’étude dépendant de l’observé personnel.
- Conception objective de la criminologie : La criminologie est pensée comme centrée d’abord sur le délit, ce qui déplace l’explication du crime vers des éléments extérieurs à la personne.
- Criminologie étiologique : La criminologie étiologique étudie les causes de la délinquance et les lois de son développement pour expliquer le passage à l’acte.
- Criminologie dynamique : La criminologie dynamique remplace l’explication par les causes par l’analyse du processus qui conduit à l’acte délinquant.
- Réaction sociale : La réaction sociale désigne l’ensemble des réponses et contrôles qui, en qualifiant un individu, produisent ou renforcent la déviance.
📝 Points essentiels
- La criminologie a longtemps été divisée entre une approche centrée sur l’individu et une approche centrée sur le délit, ce qui structure encore les débats.
- Le passage d’une criminologie centrée sur les causes à une criminologie centrée sur le processus s’opère progressivement après la Seconde Guerre mondiale sous influence psychiatrique.
- La criminologie dynamique traite le phénomène criminel comme le résultat d’une suite d’interactions plutôt que comme une simple conséquence d’un facteur unique.
- La criminologie du passage à l’acte a été contestée à partir des années 70 par des approches critiques qui inversent le sens du lien déviance→contrôle.
- Lemert affirme que le contrôle social induit la déviance, et non l’inverse, ce qui change l’objet prioritaire de l’enquête criminologique.
- Becker soutient que la déviance n’est pas une propriété intrinsèque de l’acte mais une conséquence de la qualification et des sanctions appliquées par autrui.
💡 Astuce mémo
Individu vs délit ; Causes vs processus ; Acte vs réaction sociale : trois inversions qui changent l’objet de la criminologie.
📖 3. Querelle politique autour de la criminologie
🔑 Notions clés & Définitions
- Contrat social : Notion politique selon laquelle les individus s’associent pour protéger leurs droits naturels, et dont la préservation justifie l’existence d’un pouvoir chargé de régler les conflits.
- Droit de résistance : Principe juridique selon lequel les membres d’une société peuvent se rebeller quand le gouvernement trahit les droits naturels qui fondent sa légitimité.
- Volonté générale : Principe rousseauiste selon lequel la légitimité du pouvoir vient de l’intérêt commun exprimé par une norme élaborée collectivement.
- Échelle des peines : Idée montesquieusienne selon laquelle les peines doivent être graduées pour proportionner la sanction à la gravité du crime et éviter l’arbitraire.
- Utilitarisme pénal : Courant selon lequel la peine n’est justifiée que par l’utilité de ses effets sur la société, notamment la prévention.
📝 Points essentiels
- Chez Locke, l’état de nature est prospère et heureux, mais l’absence de juge impartial conduit à des conflits et à la guerre, ce que le contrat social vise à résoudre.
- La légitimité de l’État chez Locke dépend de la protection des lois naturelles, et la souveraineté est limitée par la finalité de préserver sûreté et propriété.
- Le gouvernement doit être fractionné chez Locke en trois fonctions : législative, fédérative et exécutrice, pour éviter la dérive tyrannique.
- Si le pouvoir empiète sur les droits naturels (notamment la propriété) ou cesse de les protéger, le droit de résistance à l’oppresseur fonde la rébellion.
- Chez Rousseau, la société corrompt l’homme, et la légitimité ne vient pas de la force mais de la souveraineté populaire fondée sur l’intérêt public.
- Le pacte social produit un corps moral collectif et fait de chaque individu à la fois souverain et sujet, la volonté générale devenant le principe de l’État.
💡 Astuce mémo
Locke : juge absent → guerre ; contrat → État limité ; Rousseau : force ≠ droit → volonté générale ; Montesquieu : peines graduées → liberté protégée.
📖 4. Définition et finalités de la criminologie
🔑 Notions clés & Définitions
- Légitimité du droit de punir : Notion de justification du pouvoir de punir, fondée sur l’idée que la loi commune a une valeur que l’infraction met en péril.
- Peine juridique : Peine infligée par l’État au nom de la loi, distincte d’une punition spontanée et justifiée par la transgression.
- Peine naturelle : Punition spontanée liée au vice lui-même, que le législateur ne prend pas en considération pour fonder la peine.
- Juge répressif : Tiers au contentieux pénal, chargé d’infliger une peine sans caractère émotionnel, pour remplacer la vengeance par une décision légale.
- Réconciliation pénale : Finalité de la peine visant la restauration des rapports sociaux et la réhabilitation civile du condamné, au-delà du jugement moral.
📝 Points essentiels
- Chez Kant, la justice pénale vise la loi et relie le respect de la loi au respect de la personne.
- La peine juridique se justifie parce que l’auteur s’est placé lui-même dans la situation en violant la loi.
- Chez Kant, la peine doit être infligée pour le seul fait d’avoir commis le crime, et non pour réparer autrement que par la souffrance équivalente.
- Chez Hegel, le crime est une lacération de la vie et la peine apparaît comme une négation du droit, donc une opération juridiquement problématique.
- La justice pénale est supérieure à la vengeance par sa modalité : elle dépersonnalise l’acte grâce à l’arbitre qu’est le juge répressif.
- La répression étatique devient pleinement légitime quand elle sauvegarde la coexistence entre individus, c’est-à-dire le contrat social, et vise la liberté du criminel via la réconciliation.
💡 Astuce mémo
Kant = loi d’abord, Hegel = juge-arbitre contre la vengeance, réconciliation = liberté du condamné.
📖 5. Droit de punir et contrat social
🔑 Notions clés & Définitions
- Positivisme : Approche qui traite le crime comme un fait social observable et explicable par une méthode scientifique.
- Positivisme italien : Mouvement de fin XIXe qui fonde la criminologie en étudiant le crime à partir de l’individu, avec des explications biologiques.
- Criminologie clinique : Courant qui voit le crime comme une pathologie sociale et le délinquant comme un objet d’étude médico-biologique.
- Déterminisme : Idée selon laquelle les actes humains résultent de causes qui s’imposent à l’individu, rendant le libre-arbitre peu pertinent.
- Irresponsabilité morale : Thèse positiviste selon laquelle on ne raisonne pas en culpabilité ou responsabilité morale car l’homme est déterminé.
📝 Points essentiels
- Le positivisme en criminologie vise l’explication des faits sociaux par une démarche scientifique, plutôt que par des spéculations abstraites.
- Le positivisme italien naît comme rupture face à la rationalité pénale classique, en passant d’une analyse du phénomène à une analyse empirique de l’individu.
- La criminologie clinique relie troubles sociaux et crime à des pathologies sociales, et confie aux médecins un rôle d’éclairage de la politique pénale.
- L’idée de « soulagement du juge » apparaît quand l’expertise remplace le jugement en donnant une fonction de « soigner » au lieu de trancher.
- Les positivistes italiens opposent au néoclassicisme l’exigence d’un examen empirique des causes et la recherche d’une défense sociale combinant moyens juridiques, sociaux et prophylactiques.
- Pour Lombroso, le crime découle de causes exogènes et endogènes qui déterminent l’individu, et l’irresponsabilité morale découle de l’absence de libre-arbitre.
💡 Astuce mémo
Positivisme = « science du crime » : du juge vers l’expert, de l’acte vers l’individu.
📖 6. Écoles utilitariste et rétributive du droit de punir
🔑 Notions clés & Définitions
- Goring : Le concept de Goring renvoie à l’idée que la délinquance ne serait pas héréditaire, ce qui oriente vers une approche centrée sur les « mauvaises souches » plutôt que sur la fatalité biologique.
- Physiognomonie criminelle : La physiognomonie criminelle désigne une méthode visant à appréhender les criminels à partir de caractéristiques physiques, notamment développée au milieu du XXe siècle.
- Théorie de l’anomalie fonctionnelle : La théorie de l’anomalie fonctionnelle explique la délinquance par un dysfonctionnement biologique organique, ouvrant la voie à des traitements techniques pour réduire l’anomalie.
- Eugénisme de la délinquance : L’eugénisme de la délinquance regroupe des doctrines qui cherchent à « corriger » biologiquement les criminels, notamment via des pratiques comme la lobotomie et la stérilisation.
- Atavisme criminel : L’atavisme criminel désigne l’idée que le crime serait une régression vers une forme de sauvagerie primitive, attribuée à des traits hérités ou à une proximité avec l’animal.
📝 Points essentiels
- Goring soutient que la délinquance ne peut pas être uniquement héréditaire, ce qui motive des travaux orientés vers l’idée de « mauvaises souches » à traiter.
- Au milieu du XXe siècle, l’alliance de Hooton et Sheldon perfectionne l’appréhension physiognomonique en classant l’humanité en endomorphes, mésomorphes et ectomorphes.
- La théorie physiognomonique attribue une délinquance surtout aux mésomorphes, une faible délinquance aux ectomorphes, et une délinquance « astucieuse » davantage aux endomorphes.
- La médecine criminologique relie la délinquance à un dysfonctionnement biologique et justifie l’existence d’un traitement technique pour réduire l’anomalie.
- Les théories eugéniques associées à l’anomalie fonctionnelle recourent à la lobotomie et à la stérilisation.
- Trois types d’anomalies sont formulés : cérébrale (lésions), hormonale/neurotransmetteurs (endocrinologie), et génétique (études sur des populations).
💡 Astuce mémo
Anomalie → traitement : dysfonction biologique = cible (médicaments/chirurgie) ; eugénisme = « corriger » (lobotomie, stérilisation).
📖 7. Pensée darwinienne et évolution du crime
🔑 Notions clés & Définitions
- Monomanie intellectuelle : Désordre mental où le sujet raisonne à partir d’un principe faux, ce qui rend ses conclusions erronées.
- Monomanie affective : Désordre de l’affection qui fausse le raisonnement des sentiments et sert à excuser la conduite.
- Monomanie instinctive : Trouble de la volonté qui empêche de maîtriser des actions instinctives violentes.
- Dégénérescence : Idée selon laquelle la folie serait une déviation morbide, assimilée à une dégénérescence pathologique ou héréditaire d’un type d’esprit.
- Dangerosité sociale : Notion utilisée quand les catégories psychiatriques ne permettent pas de classer un comportement, pour justifier l’élimination d’individus jugés dangereux.
📝 Points essentiels
- Morel distingue des folies selon l’ordonnancement des troubles : intellectuelle, affective et instinctive, avec des formes comme érotomanie, nymphomanie/satyrriasis et délires instinctifs (pyromanie, cleptomanie).
- Morel attribue surtout les causes de la folie à trois facteurs : éléments géographiques et sociaux, hérédité (notamment inflations et troubles héréditaires), et chagrins/revers de fortune.
- Morel (Traité des dégénérescences, 1843) propose une théorie en 4 stades de la dégénérescence, dont un groupe d’« idiots » et l’idée que les aliénés du 3e groupe sont souvent criminels.
- Fere combine les analyses de Morel et les conclusions de Lombroso : crime et folie sont liés à la dégénérescence, mais aussi à l’évolution de la civilisation et aux conditions sociales urbaines.
- Magnan (1893) sépare les aliénés délinquants des individus lucides agissant sous une obsession morbide, tout en soulignant l’absence de critère clair de distinction.
- L’affaire Vacher (fin XIXe) conduit, sur le fondement des théories de Magnan, à considérer la responsabilité pleine et à aboutir à une condamnation à mort.
💡 Astuce mémo
Monomanies = 3 étages : idée fausse (intellectuelle), sentiment excusant (affective), volonté sans frein (instinctive).
📖 8. Positivisme italien et création de la criminologie
🔑 Notions clés & Définitions
- Déterminisme biologique : Notion positiviste selon laquelle la tendance au passage à l’acte dépend de facteurs internes liés à la biologie de l’individu.
- Facteurs exogènes : Notion positiviste selon laquelle le passage à l’acte ne se produit que si des causes externes agissent sur l’individu dans son environnement.
- Loi de saturation criminelle : Principe positiviste selon lequel, dans une société donnée, le volume de délits suit une régularité tant que les conditions ordinaires de la vie sociale restent stables.
- École du milieu social : Courant criminologique lyonnais qui met l’accent sur l’influence criminogène du milieu social plutôt que sur une seule prédisposition individuelle.
- Principe de Locard : Principe de police scientifique selon lequel toute action criminelle laisse des traces multiples, sur les lieux ou par transfert sur le corps et les vêtements.
📝 Points essentiels
- Ferri articule explication médico-psychologique et explication sociologique en reliant l’acte à des facteurs endogènes et exogènes.
- Les facteurs exogènes se déclinent en anthropologiques, cosmo-telluriques et sociaux, et la criminalité peut évoluer de formes violentes vers des formes plus rusées quand les mœurs s’immunisent.
- La loi de saturation criminelle prévoit un niveau ordinaire de criminalité, puis une hausse au-delà du seuil lors d’événements anormaux (guerre, crises), avant un retour à l’état chronique.
- Lacassagne reprend Ferri en affirmant que le milieu social est le bouillon de culture de la criminalité et que le criminel n’est décisif que lorsqu’il rencontre ce bouillon.
- Lacassagne distingue plusieurs types de criminels (criminel de pensée, criminel d’acte, criminel d’instinct) et relie la prévention à des réformes sociales.
- Tarde explique la criminalité par des mécanismes d’imitation et distingue imitation-mode et imitation-coutume, avec des vagues successives liées au remplacement d’un modèle par un autre.
💡 Astuce mémo
Endogène = biologique, Exogène = environnement ; Saturation = niveau ordinaire + choc anormal puis retour.
📖 9. Théories racialistes et école d’anthropologie de Paris
🔑 Notions clés & Définitions
- Interactionnisme : Approche sociologique où chaque situation produit un résultat différent selon les interactions entre individus, milieux et société.
- Ordre écologique : Vision de la ville comme un système d’interdépendances et de compétition entre groupes, qui structure les positions sociales.
- Ordre moral : Principe selon lequel les rapports de force sociaux produisent des normes et des comportements qui orientent la vie collective.
- Bande interstitielle : Groupe qui apparaît dans les zones de transition et sert de frontière économique, morale et culturelle au sein d’une société en mutation.
- Anomie : État social où la société valorise fortement des buts mais offre des moyens légitimes insuffisants ou inaccessibles, ce qui fragilise l’ajustement des individus.
📝 Points essentiels
- Park et Burgess (1921, puis 1929) déplacent l’étude du criminel vers l’étude des comportements criminels situés dans les interactions du milieu urbain.
- La ville est pensée comme un ordre écologique (compétition) et un ordre moral (découlant du rapport de force), dont la combinaison permet d’analyser les phénomènes sociaux.
- Quatre formes d’interactions structurent l’analyse : compétition, conflit, compromis, assimilation.
- Dans l’étude de Trashers « The gang » (1927), la bande est d’abord un groupe ludique spontané, puis devient un gang quand elle rencontre une opposition institutionnelle, notamment la police.
- Le gang fonctionne comme insertion urbaine et comme substitution de règles : les activités illégales deviennent « naturelles » à l’intérieur du groupe, produisant une organisation de la désorganisation sociale.
- Pour Merton (1938), la délinquance devient « normale » quand les buts socialement valorisés ne sont pas atteignables par des moyens légitimes, réels ou perçus comme tels, ce qui crée l’anomie critique renforcée par des «
💡 Astuce mémo
Interactionnisme = « situation différente → résultat différent ».
📖 10. Criminalité comme pathologie sociale et médecine criminologique
🔑 Notions clés & Définitions
- Neutralisation : Mécanisme par lequel un individu réduit la charge morale négative liée à son acte en se donnant des justifications.
- Déni de responsabilité : Forme de neutralisation consistant à attribuer l’acte à d’autres personnes ou à des circonstances plutôt qu’à soi.
- Déni de victime : Forme de neutralisation qui nie l’existence de la victime ou la rend responsable de ce qui lui arrive.
- Associations différentielles : Principe selon lequel l’apprentissage du comportement criminel dépend des contacts et communications favorables ou défavorables au crime.
- État dangereux : Idée selon laquelle certains individus présentent un danger durable pour la société, justifiant une réaction sociale visant leur neutralisation.
📝 Points essentiels
- L’installation dans la transgression s’accompagne de l’apprentissage de mécanismes de neutralisation, qui rendent l’illégitime perçu comme normal.
- Les neutralisations reposent sur cinq dénis : responsabilité, faute, victime, condamnation de ceux qui condamnent, et loyauté supérieure.
- Le sentiment d’arbitraire augmente quand l’individu est plus en contact avec des institutions répressives, ce qui affaiblit la force morale attribuée à la loi.
- Le processus de neutralisation est tissé dans le système légal lui-même, notamment via des occasions comme la multiplication des contrôles d’identité.
- L’étude 2024 sur la relation police-population est menée du point de vue des gendarmes et policiers, et non de celui de la population.
- Dominique Monjardet décrit un paradoxe policier : respecter la loi tout en étant poussé à en maximiser l’efficacité pratique en la poussant aux limites de l’illégalité.
💡 Astuce mémo
Neutralisation = 5 dénis : Responsabilité, Faute, Victime, Condamnants, Loyauté supérieure.
📖 11. Crime comme phénomène social et explication sociologique
🔑 Notions clés & Définitions
- Défense sociale : Approche qui légitime l’intervention pénale par la dangerosité de l’auteur et la réaction de la société, plutôt que par la seule logique du châtiment.
- Principe de défense sociale : Idée selon laquelle la société neutralise certains individus en raison de leur état dangereux, avec des mesures distinctes du système ordinaire des peines.
- Défense sociale nouvelle : Courant présenté comme une politique criminelle humaniste, centrée sur l’individualisation et la réinsertion, en rupture avec le dogmatisme légaliste.
- Individualisation de la peine : Principe qui ajuste la sanction à la personnalité et à l’évolution du condamné, pour rendre la peine proportionnée et utile socialement.
- Consensus sécuritaire : Ensemble de discours et de politiques qui déplacent progressivement l’accent vers la sécurité, en reconfigurant le débat public et l’action pénale.
📝 Points essentiels
- Chez la défense sociale, la légitimité de l’intervention étatique repose sur la réaction sociale face à l’auteur dangereux, et non sur le dommage causé.
- La récidive sert d’indicateur de l’« état dangereux » et justifie le passage du système ordinaire à des mesures de sûreté.
- La défense sociale distingue des délinquants « normaux » (peine ordinaire) et des délinquants socialement dangereux (neutralisation fondée sur un état jugé permanent).
- Filippo Gramatica critique le droit pénal comme obsolète et vise un droit de la défense sociale, où l’exception remplace la réponse pénale classique.
- Marc Ancel refuse une doctrine figée et promeut une politique criminelle humaniste fondée sur le pragmatisme et l’individualisation.
- Ancel veut restaurer le juge comme tiers entre société et délinquant, pour constater l’infraction puis individualiser la sanction afin d’éviter la vengeance sociale et favoriser la réinsertion.
💡 Astuce mémo
Danger → réaction sociale : récidive = bascule vers neutralisation ; Ancel = juge + individualisation ; consensus sécuritaire = sécurité prend le dessus.
📖 12. Défense sociale et défense sociale nouvelle
🔑 Notions clés & Définitions
- Droit à la sécurité : Droit fondamental consacré par le droit interne, dont la portée sert surtout à légitimer l’action étatique et l’ordre public plutôt qu’à créer de nouveaux pouvoirs.
- Défense sociale : Idée selon laquelle la réponse pénale vise la protection sociale, en justifiant l’intervention de l’État contre les risques et menaces perçus.
- Défense sociale nouvelle : Transformation de la politique pénale qui réoriente la sécurité vers la gestion des risques et l’efficacité répressive, en s’appuyant sur des doctrines pénales contemporaines.
- Réalismes pénal : Courant qui justifie la punition et l’action policière par la réalité perçue de la délinquance, en minimisant l’intérêt d’une recherche des causes criminologiques.
- Paniques morales : Mécanisme politique consistant à amplifier la peur collective autour d’une menace, pour rendre acceptables des mesures sécuritaires.
📝 Points essentiels
- La politique pénale peut être orientée vers l’électeur via l’invocation de la sécurité, même si l’effet réel des mesures peut être différent de l’objectif affiché.
- Le droit à la sécurité n’est pas consacré comme droit fondamental par la protection des droits fondamentaux, mais principalement par la première disposition du code de la sécurité intérieure reprenant la définition de la
- La loi du 21 janvier 1995 vise l’efficacité des forces de sécurité intérieure, l’identification et la recherche des auteurs, et la modernisation du droit contre certaines formes de délinquance.
- La loi dite Vaillant (15 novembre 2001) reconfigure le droit à la sécurité : il reste fondamental, mais devient une condition de l’exercice des libertés et de la réduction des inégalités, avec un devoir de l’État sur l’«
- En 2003 (adoption après le retour de la droite en 2022), la définition est modifiée pour faire de la sécurité une condition d’exercice des libertés et pour recentrer l’État sur la défense des institutions et des intérêts
- Le Conseil constitutionnel (décision n°2003-467 DC, 13 mars 2003) juge que le droit à la sécurité ne confère aucune autorité nouvelle ni aucun pouvoir que l’État ne posséderait déjà.
💡 Astuce mémo
Sécurité = État + ordre public : le droit sert surtout à autoriser l’ingérence, pas à créer de nouveaux pouvoirs.
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| 13 mai | Criminologie Olivier Cahn : date du partiel (1h30) |
| mai 1968 | (Aucune occurrence verbatim dans le contenu source fourni) |
| 1843 | Morel publie le Traité des dégénérescences |
| 1895 | Lombroso publie L’homme criminel |
| 1905 | Ferri : Sociologie criminelle (définition « somme de toutes les sciences criminelles ») |
| 1651 | Hobbes : Le Léviathan |
| 1690 | Locke : Traité du gouvernement civil |
| 1762 | Rousseau : Du contrat social |
| 1748 | Montesquieu : De l’esprit des lois |
| 1796 | Kant : Métaphysique des mœurs |
📊 Tableaux de synthèse
Controverses sur l’objet de la criminologie
| Axe | Position 1 | Position 2 |
|---|
| Science du délit / science du délinquant | L’objet est d’abord le délit | L’objet inclut le délinquant (individu) |
| Facteurs / processus | Criminologie étiologique : causes et lois de développement | Criminologie dynamique : processus du passage à l’acte |
| Passage à l’acte / réaction sociale | Étudier l’acte et le passage à l’acte | Étudier la réaction sociale et la criminalisation (contrôle social → déviance) |
Écoles du droit de punir (justification)
| École | Justification | Finalité |
|---|
| Utilitariste (Beccaria) | Utilité pour préserver le contrat social | Dissuasion/prévention générale (certitude, rapidité, proportion) |
| Rétributive (Kant) | Mérite de la loi transgressée | Punir pour le seul fait d’avoir commis le crime (souffrance équivalente) |
| Hégélienne (justice pénale) | Justice par la loi contre la vengeance | Réconciliation et restauration des rapports sociaux |
⚠️ Pièges & confusions fréquents
- Confondre l’absence de « section criminologie » au CNRS/CNU avec l’absence totale de travaux : le cours distingue discipline autonome et recherches criminologiques.
- Croire que la criminologie « éclaire la norme » uniquement en droit pénal : elle peut aussi viser la compréhension du phénomène criminel pour élaborer politiques pénales.
- Mélanger criminologie étiologique et criminologie dynamique : l’une cherche des causes, l’autre analyse le processus menant à l’acte.
- Inverser la logique de Lemert/Becker : ce n’est pas la déviance qui produit le contrôle, mais le contrôle social qui induit la déviance.
- Confondre peine juridique et peine naturelle chez Kant : la peine juridique répare la transgression de la loi, la peine naturelle relève du vice qui se punit.
- Penser que la défense sociale nouvelle est une simple version plus « douce » : elle repose sur déjudiciarisation, individualisation et pragmatisme humaniste (Ancel).
- Confondre droit à la sûreté et droit à la sécurité : le cours insiste sur l’effet de bascule vers l’ingérence et la conciliation d’ordre public.
✅ Checklist Examen
- Expliquer pourquoi la criminologie est dite « non consacrée » en France (absence de section CNRS/CNU) et ce que cela implique pour l’étude de la matière.
- Donner la définition de la criminologie (étude scientifique du phénomène criminel) et citer au moins deux auteurs/versions du cours (Ferri ; Sutherland/Cressey ; Killias ; Cario).
- Maîtriser les 3 controverses structurantes : science du délit vs science du délinquant, facteurs vs processus, passage à l’acte vs réaction sociale (avec Lemert/Becker).
- Distinguer criminologie et droit pénal (nécessité de la norme d’incrimination mais finalités distinctes) et criminologie vs criminalistique/sciences forensiques.
- Décrire les contours internes : pénologie et victimologie comme branches autonomisées, et l’idée du « roi sans royaume » (qualificatif appliqué à une science).
- Présenter la légitimation du droit de punir « en absence de Dieu » via contrat social : Hobbes (Léviathan, monopole étatique), Locke (état de nature heureux, limitation et droit de résistance), Rousseau (volonté générale
- Expliquer la pensée pénale de Montesquieu : échelle des peines, légalité/nécessité/proportionnalité, procédure protectrice de la liberté.
- Comparer utilitarisme et rétribution : Beccaria (légalité, discontinuité, certitude, proportion) vs Kant (peine juridique, souffrance équivalente) vs Hegel (juge répressif, dépersonnalisation, réconciliation).
- Exposer le positivisme et ses effets : positivisme italien (Lombroso/Ferri/Garofalo), déterminisme/irresponsabilité morale, et la défense sociale (mesures de sûreté, dangerosité).
- Connaître les grandes théories du « phénomène criminel » : médical (phrénologie/cranioscopie, soulagement du juge), psychique/psychiatrique (Pinel/Esquirol/Morel, monomanies), et sociologique (Durkheim, Quetelet, Merton,
- Expliquer les théories interactionnistes : Park & Burgess (ordre écologique/moral, 4 interactions), Trashers (gang et substitution de règles), et l’idée d’imprévisibilité situationnelle.
- Maîtriser les théories de la déviance et de la criminalité comme construction sociale : Becker (entrepreneurs de morale, étiquetage, carrière déviante) et neutralisations (5 dénis).
- Présenter Sutherland : criminalité en col blanc, associations différentielles, apprentissage par communications favorables/défavorables, et rôle des neutralisations.
- Expliquer la bascule politique : défense sociale vs défense sociale nouvelle (Ancel : pragmatisme, individualisation, restauration du juge, déjudiciarisation) puis consensus sécuritaire (droit à la sécurité, réalisme pén
Crée tes propres fiches de révision
Importe ton cours et l'IA génère fiches, QCM et flashcards en 30 secondes.
Générateur de fiches