Titrages : suivi pH-métrique, conductimétrique et colorimétrique : fiche de révision
Équivalence, repérage du saut de pH, choix de l'indicateur coloré, ruptures de pente en conductimétrie : la méthode complète du titrage avec exemple corrigé.
1Principe et équivalence
Un titrage détermine la quantité de matière (ou la concentration) d'une espèce en solution — l'espèce TITRÉE — grâce à une réaction avec une espèce TITRANTE de concentration connue, ajoutée progressivement à la burette. La réaction support de titrage doit être TOTALE, RAPIDE et UNIQUE.
L'ÉQUIVALENCE est l'état où les réactifs ont été mélangés dans les proportions stœchiométriques : le réactif titré est entièrement consommé. Pour une réaction 1:1 (par exemple H₃O⁺ + HO⁻ → 2 H₂O), la relation à l'équivalence s'écrit : n(titré) initial = n(titrant) versé, soit C_A × V_A = C_B × V_E, où V_E est le volume équivalent. Pour d'autres stœchiométries, on écrit le tableau d'avancement ou la proportionnalité aux coefficients.
2Suivi pH-métrique
On enregistre pH = f(V versé) : la courbe présente un SAUT DE pH brutal autour de l'équivalence. Repérage de V_E : méthode des tangentes parallèles (deux tangentes de part et d'autre du saut, V_E à mi-distance sur la parallèle médiane), ou méthode de la dérivée (V_E correspond à l'extremum de dpH/dV).
Allure : titrage acide fort par base forte, pH à l'équivalence = 7 (à 25 °C) ; titrage acide FAIBLE par base forte, pH à l'équivalence > 7 (la base conjuguée formée rend le milieu basique) — et la courbe montre une zone tamponnée autour de pH = pKa à la demi-équivalence, où pH = pKa (repère utile pour déterminer expérimentalement un pKa).
3Suivis conductimétrique et colorimétrique
Conductimétrie : on suit la conductivité σ de la solution, qui dépend des ions présents (loi de Kohlrausch σ = Σ λᵢ[Xᵢ] pour les solutions diluées). La courbe σ = f(V) est formée de PORTIONS QUASI RECTILIGNES : l'équivalence se repère à la RUPTURE DE PENTE (les ions consommés et produits changent à l'équivalence). Astuce d'analyse : comparer les conductivités molaires ioniques (λ(H₃O⁺) et λ(HO⁻) sont très supérieures aux autres) pour prévoir le sens des pentes.
Colorimétrie : avec un indicateur coloré acido-basique bien choisi — sa ZONE DE VIRAGE doit contenir le pH à l'équivalence. Exemples : hélianthine (3,1-4,4), bleu de bromothymol (6,0-7,6), phénolphtaléine (8,2-10). Pour un titrage acide faible/base forte (pH_E > 7), la phénolphtaléine convient, pas l'hélianthine.
4Exemple corrigé et pièges
Énoncé : on titre V_A = 20,0 mL de vinaigre dilué (acide éthanoïque) par de la soude à C_B = 0,10 mol·L⁻¹ ; le saut de pH donne V_E = 12,4 mL. Concentration de l'acide ?
Réaction support : CH₃COOH + HO⁻ → CH₃COO⁻ + H₂O (totale, 1:1). À l'équivalence : C_A V_A = C_B V_E, donc C_A = (0,10 × 12,4)/20,0 = 6,2 × 10⁻² mol·L⁻¹. Si le vinaigre a été dilué 10 fois avant titrage, la concentration commerciale vaut 0,62 mol·L⁻¹.
Pièges : oublier le facteur de dilution dans la remontée au produit commercial ; confondre équivalence (proportions stœchiométriques) et neutralité (pH = 7) — elles ne coïncident que pour acide fort/base forte ; choisir l'indicateur sans comparer sa zone de virage au pH d'équivalence ; en conductimétrie, agiter insuffisamment ou négliger la dilution (on ajoute un grand volume d'eau pour rendre la dilution négligeable et garder des segments droits).
Définitions à connaître par cœur
Quiz : teste-toi sur titrages : suivi ph-métrique, conductimétrique et colorimétrique
8 questions corrigées. Réponds avant d'ouvrir la correction !
1. Une réaction support de titrage doit être…
- A.lente et réversible
- B.totale, rapide et unique
- C.explosive
- D.à l'équilibre
Voir la réponse
Réponse : B. totale, rapide et unique
Sans ces trois conditions, la relation d'équivalence ne détermine pas la quantité titrée.
2. À l'équivalence d'un titrage 1:1, on a :
- A.C_A V_A = C_B V_E
- B.C_A V_E = C_B V_A
- C.C_A + V_A = C_B + V_E
- D.pH = 7 toujours
Voir la réponse
Réponse : A. C_A V_A = C_B V_E
Les quantités de matière des deux réactifs introduites sont égales : C_A V_A = C_B V_E.
3. Sur la courbe pH = f(V), l'équivalence se repère par…
- A.le plateau initial
- B.le saut de pH
- C.le point pH = pKa
- D.l'ordonnée à l'origine
Voir la réponse
Réponse : B. le saut de pH
Le saut brutal de pH, localisé par tangentes parallèles ou par le maximum de la dérivée.
4. À la demi-équivalence d'un titrage acide faible/base forte :
- A.pH = 7
- B.pH = pKa
- C.pH = 14
- D.σ est maximale
Voir la réponse
Réponse : B. pH = pKa
[AH] = [A⁻] à V_E/2, donc pH = pKa : méthode expérimentale de détermination d'un pKa.
5. En conductimétrie, l'équivalence correspond à…
- A.un saut de conductivité
- B.une rupture de pente
- C.un maximum de σ
- D.σ = 0
Voir la réponse
Réponse : B. une rupture de pente
Les ions consommés/produits changent à l'équivalence : la pente de σ = f(V) change.
6. Pour un titrage dont pH_E ≈ 8,5, l'indicateur adapté est…
- A.l'hélianthine (3,1-4,4)
- B.le bleu de bromothymol (6,0-7,6)
- C.la phénolphtaléine (8,2-10)
- D.n'importe lequel
Voir la réponse
Réponse : C. la phénolphtaléine (8,2-10)
La zone de virage doit contenir le pH à l'équivalence.
7. Le pH à l'équivalence d'un titrage acide fort/base forte (25 °C) vaut :
- A.< 7
- B.7
- C.> 7
- D.pKa
Voir la réponse
Réponse : B. 7
Il ne reste que de l'eau et des ions spectateurs : milieu neutre, pH = 7.
8. λ(H₃O⁺) et λ(HO⁻) sont…
- A.les plus faibles des conductivités molaires ioniques
- B.très supérieures à celles des autres ions
- C.égales à zéro
- D.identiques à λ(Na⁺)
Voir la réponse
Réponse : B. très supérieures à celles des autres ions
C'est ce qui rend les pentes très marquées quand ces ions apparaissent ou disparaissent.
Questions fréquentes
Comment déterminer le volume équivalent sur une courbe de pH ?
Deux méthodes : les tangentes parallèles (trace deux tangentes de part et d'autre du saut, V_E est sur la parallèle à mi-distance) ou la dérivée (V_E correspond au maximum de dpH/dV, souvent tracée par le tableur ou la calculatrice).
Comment choisir un indicateur coloré pour un titrage ?
Estime d'abord le pH à l'équivalence (7 pour fort/fort, > 7 pour acide faible/base forte, < 7 pour base faible/acide fort), puis choisis l'indicateur dont la zone de virage contient ce pH.
Pourquoi ajoute-t-on de l'eau dans un titrage conductimétrique ?
Un grand volume d'eau rend la dilution due aux ajouts de titrant négligeable : les concentrations ne varient plus que par la réaction, et la courbe σ = f(V) reste faite de segments de droite dont la rupture de pente localise l'équivalence.
Équivalence et neutralité, est-ce pareil ?
Non. L'équivalence est un état stœchiométrique (réactif titré épuisé) ; la neutralité est pH = 7. Elles coïncident uniquement pour un titrage acide fort/base forte à 25 °C.
