Quelle action publique pour l'environnement ? : fiche de révision
Externalités, biens communs, taxe carbone contre marché de quotas, négociations climatiques : la fiche complète du dernier chapitre de SES.
1Pourquoi une action publique ? Les défaillances du marché
L'environnement est le terrain type des défaillances du marché. La pollution est une externalité négative : un coût infligé à des tiers sans compensation, absent des prix — le marché produit donc « trop » de pollution. Le climat stable, la biodiversité ou la haute mer sont des biens communs (rivaux mais non excluables) exposés à la « tragédie des communs » : chacun a intérêt à surexploiter ce que nul ne peut clôturer ; certains sont des biens collectifs purs (non rivaux, non excluables) que le marché ne fournit pas.
La question environnementale est construite comme problème public par une pluralité d'acteurs en interaction — et parfois en conflit : mouvements citoyens et ONG (lanceurs d'alerte, contentieux climatiques comme « l'Affaire du siècle »), experts (GIEC), partis, médias, entreprises (lobbying, greenwashing, mais aussi innovation verte), pouvoirs publics à toutes les échelles. L'action publique environnementale s'étage du local (mobilités, urbanisme) au national et à l'Europe (normes, marché du carbone) jusqu'au mondial (négociations climatiques) — avec des frictions entre échelles.
2Les instruments de la politique environnementale
Trois grands instruments, souvent combinés. La réglementation : normes d'émission, interdictions (véhicules thermiques neufs programmés à 2035 dans l'UE), obligations — simple et prévisible, mais uniforme et parfois coûteuse. La taxation : la taxe carbone internalise l'externalité en donnant un prix à la tonne de CO2 (taxe pigouvienne) ; efficace (chacun réduit là où c'est le moins coûteux) et source de recettes, mais politiquement sensible — son caractère anti-redistributif (elle pèse relativement plus sur les ménages modestes et dépendants de la voiture) a nourri le mouvement des Gilets jaunes après la hausse prévue de 2018, gelée depuis.
Le marché de quotas d'émission : l'autorité fixe un plafond global décroissant (cap) et distribue ou vend des quotas échangeables (trade) — le prix du carbone émerge du marché ; c'est le système européen SEQE/ETS (2005), longtemps affaibli par un excès de quotas gratuits, réformé depuis (prix remonté, extension sectorielle, mécanisme d'ajustement carbone aux frontières). S'y ajoutent les subventions à l'innovation et aux comportements verts (rénovation, véhicules propres) et les investissements publics. Chaque instrument a ses limites : information imparfaite du régulateur, effets redistributifs, risque de fuites de carbone (délocalisation des émissions).
3L'action publique à l'échelle mondiale
Le climat est un bien commun mondial : l'action climatique d'un pays profite à tous, d'où une incitation généralisée au passager clandestin et la difficulté des négociations. Jalons : sommet de la Terre de Rio (1992, convention-cadre), protocole de Kyoto (1997 : engagements contraignants des seuls pays développés, sans les États-Unis), accord de Paris (2015 : quasi-universel, objectif « nettement en dessous de 2 °C », mais contributions nationales volontaires sans sanction).
Difficultés structurelles : justice climatique (responsabilités historiques des pays riches contre besoins de développement du Sud, financement promis de 100 milliards de dollars par an), hétérogénéité des intérêts (pétromonarchies, États insulaires menacés), absence d'autorité mondiale capable de contraindre, arbitrages entre court terme politique et long terme climatique. Les avancées passent par des « clubs » d'États ambitieux, la conditionnalité commerciale (ajustement carbone aux frontières européen) et la dynamique technologique qui abaisse le coût des renouvelables.
Sujets types : « Pourquoi l'environnement est-il un défi pour l'action publique ? », « Taxe carbone ou marché de quotas ? », « Pourquoi la coopération climatique internationale est-elle difficile ? ».
4À l'épreuve : pièges et exemples
Pièges : confondre taxe (prix fixé, quantité incertaine) et marché de quotas (quantité fixée, prix incertain) ; oublier la dimension redistributive des instruments (l'acceptabilité est une contrainte majeure — Gilets jaunes) ; présenter les acteurs comme unanimes alors que l'action publique environnementale naît de leurs conflits et coopérations ; traiter l'échelle mondiale sans le passager clandestin.
Exemples à jour : SEQE européen réformé et mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, interdiction des ventes de voitures thermiques neuves en 2035, contentieux climatiques (condamnation de l'État français dans « l'Affaire du siècle », 2021), plans d'investissement verts (NextGenerationEU, IRA américain de 2022).
Définitions à connaître par cœur
Quiz : teste-toi sur quelle action publique pour l'environnement ?
9 questions corrigées. Réponds avant d'ouvrir la correction !
1. La pollution est une défaillance du marché car…
- A.elle est illégale
- B.c'est une externalité négative absente des prix
- C.elle enrichit l'État
- D.elle est invisible
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Réponse : B. c'est une externalité négative absente des prix
Le pollueur n'en supporte pas le coût social : sans intervention, le marché produit trop de pollution.
2. La « tragédie des communs » menace les biens…
- A.non rivaux et excluables
- B.rivaux et non excluables
- C.privés
- D.de luxe
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Réponse : B. rivaux et non excluables
Chacun a intérêt à surexploiter une ressource épuisable dont personne ne peut être exclu (surpêche, climat).
3. Une taxe carbone est dite pigouvienne car elle…
- A.finance les retraites
- B.internalise l'externalité en donnant un prix à la tonne de CO2
- C.interdit d'émettre
- D.subventionne le pétrole
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Réponse : B. internalise l'externalité en donnant un prix à la tonne de CO2
Elle aligne le coût privé sur le coût social : chaque agent réduit ses émissions là où cela lui coûte le moins.
4. Dans un marché de quotas, l'autorité publique fixe…
- A.le prix du carbone
- B.la quantité totale d'émissions autorisées
- C.les salaires
- D.les technologies
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Réponse : B. la quantité totale d'émissions autorisées
Le plafond (cap) est fixé et décroît ; le prix émerge de l'échange des quotas (trade) — symétrique de la taxe.
5. La contestation de la taxe carbone en France (2018) s'explique surtout par…
- A.son inefficacité théorique
- B.ses effets anti-redistributifs sur les ménages modestes dépendants de la voiture
- C.son montant nul
- D.l'opposition des ONG
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Réponse : B. ses effets anti-redistributifs sur les ménages modestes dépendants de la voiture
Pesant relativement plus sur les budgets contraints, la hausse prévue a déclenché le mouvement des Gilets jaunes — l'acceptabilité exige des compensations.
6. L'accord de Paris (2015) repose sur…
- A.des sanctions automatiques
- B.des contributions nationales volontaires régulièrement relevées
- C.une taxe mondiale
- D.des quotas mondiaux
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Réponse : B. des contributions nationales volontaires régulièrement relevées
Quasi universel mais non contraignant : sa force est le mécanisme de revoyure, sa faiblesse l'absence de sanction.
7. Le comportement de « passager clandestin » climatique consiste à…
- A.voyager sans billet
- B.profiter des efforts des autres États sans contribuer
- C.polluer la nuit
- D.cacher ses émissions
Voir la réponse
Réponse : B. profiter des efforts des autres États sans contribuer
Le climat étant un bien commun mondial, chaque État est tenté de laisser les autres payer l'effort.
8. Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières vise à…
- A.subventionner les importations
- B.éviter les fuites de carbone en taxant le contenu carbone des importations
- C.fermer les frontières
- D.financer les compagnies aériennes
Voir la réponse
Réponse : B. éviter les fuites de carbone en taxant le contenu carbone des importations
Il égalise le prix du carbone entre production européenne et importations pour protéger l'efficacité du SEQE.
9. Parmi les acteurs de la construction du problème environnemental, on compte…
- A.uniquement l'État
- B.ONG, experts, médias, entreprises, mouvements citoyens et pouvoirs publics
- C.uniquement le GIEC
- D.uniquement les partis verts
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Réponse : B. ONG, experts, médias, entreprises, mouvements citoyens et pouvoirs publics
L'action publique naît de leurs interactions — coopérations et conflits (lobbying contre contentieux climatiques, par exemple).
Questions fréquentes
Taxe carbone ou marché de quotas : que répondre en dissertation ?
Les deux donnent un prix au carbone et sont efficaces en théorie ; la taxe fixe le prix (quantité incertaine), le marché fixe la quantité (prix incertain). En pratique, tout se joue sur le calibrage (excès de quotas du SEQE à ses débuts, gel de la taxe française en 2018) et l'acceptabilité redistributive : la bonne réponse compare mécanismes, avantages, limites et conditions politiques.
Pourquoi la coopération climatique internationale est-elle si difficile ?
Parce que le climat est un bien commun mondial (incitation au passager clandestin), que les responsabilités historiques et les capacités divergent (justice climatique Nord-Sud), qu'aucune autorité mondiale ne peut sanctionner, et que les horizons politiques courts s'accordent mal au long terme climatique — d'où des accords universels mais peu contraignants (Paris, 2015).
Quelles échelles de l'action publique environnementale distinguer ?
Locale (urbanisme, mobilités, zones à faibles émissions), nationale (fiscalité, réglementation, investissements), européenne (normes, SEQE, ajustement carbone aux frontières, interdiction des thermiques en 2035) et mondiale (COP, accord de Paris) — en montrant leurs complémentarités et leurs frictions (une ZFE peut heurter l'équité, une politique nationale être contournée par les fuites de carbone).
Quels exemples récents mobiliser ?
Le gel de la taxe carbone après les Gilets jaunes (2018), la réforme du SEQE et le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, l'interdiction des ventes de voitures thermiques neuves en 2035, la condamnation de l'État français dans « l'Affaire du siècle » (2021), et les grands plans verts (NextGenerationEU, IRA américain).
