SES Terminale — programme officiel

Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ? : fiche de révision

Égalité des droits, des chances, des situations ; Rawls, méritocratie, redistribution et leurs débats : la fiche complète du chapitre justice sociale.

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1Mesurer et qualifier les inégalités

Les inégalités économiques (revenu, patrimoine) et sociales (école, santé, logement, culture) sont multiformes et cumulatives : elles s'engendrent mutuellement (le revenu conditionne le logement, qui conditionne la scolarité…). Elles se mesurent par les rapports interdéciles (D9/D1), la courbe de Lorenz et le coefficient de Gini, ou la part du revenu captée par les plus riches (top 1 %).

Grandes tendances : sur un siècle, forte réduction des inégalités dans les pays développés jusqu'aux années 1980 (guerres, fiscalité progressive, État social), puis remontée — spectaculaire dans les pays anglo-saxons, plus contenue en France où la redistribution amortit — avec une dynamique patrimoniale de fond analysée par Piketty : quand le rendement du capital excède la croissance, le patrimoine hérité se concentre. Le patrimoine reste bien plus inégal que les revenus.

2Les conceptions de la justice sociale

Que faut-il égaliser ? L'égalité des droits (égalité juridique et civique — acquise formellement) ; l'égalité des chances (que les positions soient ouvertes à tous selon le mérite — la méritocratie) ; l'égalité des situations (réduire les écarts réels de revenus et de conditions). Ces objectifs peuvent entrer en tension : l'égalité des chances tolère de fortes inégalités d'arrivée si la compétition est équitable ; l'égalité des situations peut exiger de traiter inégalement (discrimination positive) pour compenser les handicaps de départ.

Grandes doctrines : l'utilitarisme (est juste ce qui maximise le bien-être total), le libertarisme (Nozick : seule compte la justice des procédures d'acquisition — l'État doit être minimal, la redistribution est une atteinte à la propriété), l'égalitarisme strict, et la théorie de la justice de Rawls (1971) : sous « voile d'ignorance », des individus rationnels choisiraient d'abord les libertés de base égales pour tous, puis le principe de différence — les inégalités ne sont justes que si elles profitent aux plus défavorisés et sont attachées à des positions ouvertes à tous. Amartya Sen déplace enfin le regard vers les « capabilités » : ce qui compte est la liberté réelle de chacun d'accomplir ce qu'il valorise.

3Comment les pouvoirs publics agissent-ils ?

Les instruments : la fiscalité (impôts progressifs — l'impôt sur le revenu — contre impôts proportionnels et taxes indirectes régressives comme la TVA) ; la redistribution monétaire (prestations sociales : assurance — retraites, chômage — fondée sur les cotisations, et assistance — RSA, minima — fondée sur la solidarité) ; les services collectifs et la protection sociale (école, santé gratuites : la redistribution « en nature », très égalisatrice) ; la lutte contre les discriminations (droit, testing, actions de groupe) et les mesures de discrimination positive (bourses, éducation prioritaire, quotas — débattus).

En France, la redistribution réduit fortement les inégalités : le rapport interdécile des niveaux de vie est à peu près divisé par deux entre revenus primaires et revenus disponibles, et les services publics prolongent l'égalisation.

4Les débats sur l'action publique

L'intervention publique fait l'objet de contestations croisées. Sur l'efficacité : la redistribution pourrait désinciter au travail et à l'investissement (trappes à inactivité, arbitrage équité/efficacité), argument nuancé par les travaux montrant que les inégalités excessives nuisent elles-mêmes à la croissance. Sur la soutenabilité financière : vieillissement, dette et concurrence fiscale contraignent l'État social. Sur la légitimité : consentement à l'impôt fragilisé quand les contreparties paraissent opaques ou les prélèvements injustes (sentiment que les classes moyennes paient pour les autres) ; critiques du paternalisme et de l'assistanat d'un côté, dénonciation de la sous-protection réelle et du non-recours aux droits (une part importante des ayants droit du RSA ne le demande pas) de l'autre. La discrimination positive cristallise le débat entre correction réelle des inégalités des chances et risques de stigmatisation.

Sujets types : « Les inégalités sont-elles toutes injustes ? », « Comment les pouvoirs publics contribuent-ils à la justice sociale ? », « L'action publique en faveur de la justice sociale est-elle contestée ? ».

Définitions à connaître par cœur

Égalité des chances
Situation où l'accès aux positions dépend du seul mérite, indépendamment de l'origine — idéal méritocratique.
Principe de différence
Chez Rawls : les inégalités ne sont justes que si elles bénéficient aux membres les plus défavorisés de la société.
Voile d'ignorance
Fiction rawlsienne : choisir les principes de justice sans connaître sa future place dans la société.
Redistribution
Transferts opérés par prélèvements et prestations (monétaires ou en nature) réduisant les inégalités de revenus primaires.
Discrimination positive
Traitement préférentiel accordé à des groupes défavorisés pour rétablir l'égalité des chances (quotas, bourses, éducation prioritaire).
Non-recours
Situation où des ayants droit ne perçoivent pas les prestations auxquelles ils peuvent prétendre (information, complexité, stigmatisation).

Quiz : teste-toi sur quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ?

8 questions corrigées. Réponds avant d'ouvrir la correction !

1. Le coefficient de Gini mesure…

  • A.la croissance
  • B.le degré d'inégalité d'une distribution (0 = égalité parfaite)
  • C.le chômage
  • D.l'inflation
Voir la réponse

Réponse : B. le degré d'inégalité d'une distribution (0 = égalité parfaite)

Construit à partir de la courbe de Lorenz, il vaut 0 pour l'égalité parfaite et 1 pour l'inégalité maximale.

2. Chez Rawls, les inégalités sont justes si…

  • A.elles récompensent le mérite
  • B.elles profitent aux plus défavorisés et les positions sont ouvertes à tous
  • C.elles sont votées
  • D.elles sont faibles
Voir la réponse

Réponse : B. elles profitent aux plus défavorisés et les positions sont ouvertes à tous

C'est le principe de différence, choisi sous voile d'ignorance après la garantie des libertés de base égales.

3. Pour Nozick (libertarisme)…

  • A.la redistribution est une exigence de justice
  • B.seule compte la justice des procédures ; la redistribution viole la propriété
  • C.l'État doit tout égaliser
  • D.le marché est injuste
Voir la réponse

Réponse : B. seule compte la justice des procédures ; la redistribution viole la propriété

Si l'acquisition et les transferts sont légitimes, la répartition qui en résulte l'est aussi — l'État doit rester minimal.

4. Un impôt progressif se caractérise par…

  • A.un taux identique pour tous
  • B.un taux moyen qui augmente avec le revenu
  • C.un montant forfaitaire
  • D.une assiette sur la consommation
Voir la réponse

Réponse : B. un taux moyen qui augmente avec le revenu

Comme l'impôt sur le revenu : plus on gagne, plus la part prélevée est élevée — c'est lui qui redistribue, contrairement à la TVA.

5. La redistribution « en nature » désigne…

  • A.les dons alimentaires
  • B.l'accès gratuit ou quasi gratuit aux services collectifs (école, santé)
  • C.le troc
  • D.les allocations en espèces
Voir la réponse

Réponse : B. l'accès gratuit ou quasi gratuit aux services collectifs (école, santé)

Les services publics bénéficient proportionnellement davantage aux ménages modestes : puissant vecteur d'égalisation.

6. Logique d'assurance et logique d'assistance se distinguent par…

  • A.leur ministère de tutelle
  • B.cotisations ouvrant des droits vs solidarité sous conditions de ressources
  • C.le montant
  • D.leur date de création
Voir la réponse

Réponse : B. cotisations ouvrant des droits vs solidarité sous conditions de ressources

Retraites et chômage relèvent des cotisations (assurance) ; RSA et minima de la solidarité nationale (assistance).

7. La « trappe à inactivité » désigne le risque que…

  • A.les usines ferment
  • B.la reprise d'emploi ne soit pas financièrement avantageuse par rapport aux prestations
  • C.les impôts baissent
  • D.les retraites augmentent
Voir la réponse

Réponse : B. la reprise d'emploi ne soit pas financièrement avantageuse par rapport aux prestations

Argument d'efficacité contre certaines prestations, qui a inspiré les mécanismes d'intéressement type prime d'activité.

8. Le non-recours aux prestations montre que…

  • A.l'assistanat est généralisé
  • B.une part importante des ayants droit ne demande pas ses droits
  • C.les prestations sont trop généreuses
  • D.personne n'est pauvre
Voir la réponse

Réponse : B. une part importante des ayants droit ne demande pas ses droits

Complexité, information et stigmatisation privent de nombreux ménages du RSA ou d'aides auxquelles ils ont droit — l'inverse de l'« assistanat ».

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Questions fréquentes

Quelles sont les trois formes d'égalité à distinguer ?

L'égalité des droits (juridique et civique), l'égalité des chances (accès aux positions selon le seul mérite) et l'égalité des situations (réduction des écarts réels). Elles peuvent entrer en tension : viser l'égalité des chances tolère des inégalités d'arrivée, et l'égaliser réellement peut exiger des traitements différenciés (discrimination positive).

Comment présenter Rawls dans une copie ?

L'expérience de pensée du voile d'ignorance conduit à deux principes hiérarchisés : libertés de base égales pour tous, puis égalité équitable des chances et principe de différence (les inégalités doivent profiter aux plus défavorisés). Rawls justifie ainsi un État social sans égalitarisme strict — à confronter à Nozick et à l'utilitarisme.

Quels instruments de justice sociale connaître ?

La fiscalité progressive, la redistribution monétaire (assurance et assistance), les services collectifs (redistribution en nature), la lutte contre les discriminations et la discrimination positive. Savoir illustrer l'effet : en France, la redistribution divise à peu près par deux le rapport interdécile des niveaux de vie.

Quels débats sur l'action publique mobiliser ?

Efficacité (désincitations, trappes, mais aussi coût des inégalités excessives), soutenabilité financière (vieillissement, dette), légitimité (consentement à l'impôt, critique de l'assistanat contre réalité du non-recours), et controverses sur la discrimination positive (correction réelle vs stigmatisation).