📋 Plan du Cours
- Origines modestes
- Décentralisation théâtrale
- Théâtre de la Comédie Lyon
- Esthétique brechtienne
- Collaboration René Allio
- Schweyk et la guerre
- Mise en scène symbolique
- Mise en scène classique
- Historisation des classiques
- Lecture politique de Tartuffe
📖 1. Origines modestes
🔑 Notions clés & Définitions
- Origines très modestes : Origines familiales de Roger Planchon, issues d’un milieu paysan ardéchois et d’un père bistrotier lyonnais, marquées par un faible accès à l’éducation formelle. (source)
- Autodidacte : Personne qui apprend par elle-même, sans formation officielle, comme Planchon qui découvre tardivement la littérature, la peinture, le cinéma, et les textes classiques, en les lisant comme des auteurs contemporains. (source)
- Volonté d’un théâtre accessible aux pauvres mais riche : Projet de créer un théâtre qui parle à tous, en affirmant que les grands auteurs comme Shakespeare, Schiller, Kleist ont écrit pour les classes populaires, et que le théâtre doit être à la fois populaire et d’une grande richesse artistique. (source)
- Découverte du cinéma et de la peinture : Influences culturelles majeures pour Planchon, notamment le choc de Citizen Kane, qui façonnent sa culture et sa vision artistique. (source)
- Désir de décentralisation : Volonté de faire sortir le théâtre de Paris pour implanter des maisons de création en province, en réponse à l’absence de théâtre de création hors de la capitale dans les années 1950. (source)
📝 Points essentiels
- Roger Planchon possède des origines paysannes ardéchoises et une famille peu scolarisée, ce qui influence sa conception d’un théâtre populaire mais riche. Son père, bistrotier à Lyon, et ses grands-parents paysans illustrent cette modestie.
- Autodidacte, il découvre la littérature et la peinture tardivement, notamment par le cinéma (citant Citizen Kane comme choc culturel). Il lit les classiques sans regard scolaire, en les inscrivant dans leur contexte historique, ce qui lui donne une vision vivante et contemporaine des textes.
- Son projet de théâtre vise à rendre accessible la culture aux pauvres tout en maintenant une exigence artistique élevée, s’opposant à l’idée d’un théâtre élitiste.
- La découverte du cinéma et de la peinture, notamment par des influences comme le cinéma américain, contribue à sa culture visuelle et à sa conception du spectacle.
- La volonté de décentraliser le théâtre, en fondant le Théâtre de la Comédie à Lyon en 1952, s’inscrit dans sa critique de l’urbanisme culturel parisien et dans sa volonté de démocratiser l’accès au théâtre.
💡 À retenir
Roger Planchon, issu d’un milieu modeste et autodidacte, a voulu bâtir un théâtre populaire, riche et accessible, en s’inspirant de ses découvertes artistiques et en luttant contre la centralisation culturelle.
📖 2. Décentralisation théâtrale
🔑 Notions clés & Définitions
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Absence de théâtre de création en province dans les années 1950 : Situation où la majorité des productions théâtrales et des créations nouvelles se concentrent à Paris, laissant peu ou pas de lieux dédiés dans les régions, ce qui limite la diversité et la diffusion du théâtre hors capitale.
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Bataille pour implanter des maisons de création hors Paris : Mouvement visant à établir des centres de création théâtrale dans les grandes villes de province afin de favoriser la décentralisation, la production locale et la démocratisation du théâtre, en opposition à la centralisation parisienne.
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Rôle de Planchon dans la décentralisation théâtrale : Engagement de Roger Planchon à développer le théâtre en dehors de Paris, notamment par la fondation du Théâtre de la Comédie à Lyon, en insistant sur la création locale, la formation d’une troupe permanente, et la diffusion du théâtre dans les régions.
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Théâtre des Célestins accueillant seulement Paris : Institution théâtrale lyonnaise, initialement dédiée à accueillir uniquement des spectacles venus de Paris, symbolisant la centralisation du théâtre français dans la capitale, avant la volonté de décentraliser.
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Statut de troupe permanente à partir de 1959 : Reconnaissance officielle d’une troupe de théâtre comme entité stable et durable, permettant une programmation régulière, la formation continue des acteurs, et une meilleure structuration de la vie théâtrale en province, notamment à Lyon avec le Théâtre de la Cité.
📝 Points essentiels
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La situation en France dans les années 1950 est caractérisée par une absence notable de théâtre de création en province, contrairement à l’Allemagne où la décentralisation est déjà en place. La majorité des spectacles et des créations se concentrent à Paris, avec des institutions comme le Théâtre des Célestins qui n’accueillent que des productions parisiennes.
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Roger Planchon, autodidacte et engagé dans la décentralisation, fonde le Théâtre de la Comédie à Lyon en 1952, avec un répertoire alternant burlesque et textes peu connus, visant à faire du théâtre une œuvre accessible et riche pour tous, notamment les classes populaires.
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La tournée du Berliner Ensemble en 1954, avec l’esthétique réaliste et politique de Brecht, influence fortement Planchon dans sa démarche de décentralisation, en insistant sur la nécessité d’un théâtre populaire, accessible, mais aussi réflexif.
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La mise en place d’un statut de troupe permanente en 1959 à Lyon, avec le Théâtre de la Cité, marque une étape clé dans la structuration du théâtre régional, permettant une continuité artistique et une reconnaissance institutionnelle.
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La décentralisation théâtrale est aussi un combat contre la centralisation parisienne, visant à faire rayonner la création dans toute la France, en particulier dans les grandes villes, pour démocratiser l’accès au théâtre et favoriser la production locale.
💡 À retenir
La décentralisation théâtrale, portée par Roger Planchon, vise à instaurer des centres de création en province pour démocratiser le théâtre, lutter contre la centralisation parisienne, et favoriser une vie théâtrale riche et accessible dans tout le territoire français.
📖 3. Théâtre de la Comédie Lyon
🔑 Notions clés & Définitions
- Fondation du Théâtre de la Comédie à Lyon (1952) : Création officielle du théâtre situé rue des Marronniers, avec une capacité de 98 à 120 places, visant à décentraliser le théâtre en province et à proposer un répertoire alternant burlesque et textes peu connus ou nouveaux.
- Répertoire alterné : Organisation du programme théâtral combinant des pièces burlesques, caractérisées par une simplicité scénique et un accent sur le jeu et le timing, et des textes peu joués ou récents, comme ceux d’Adamov ou Kleist.
- Vie de troupe soudée et travail alimentaire : La troupe, composée d’acteurs et de Roger Planchon, travaille de manière très cohésive, exerçant des activités pour financer le théâtre, notamment en effectuant des travaux alimentaires et en assurant une vie collective intense, souvent tard dans la nuit.
- Endettement et sacrifices : La mise en place et le développement du théâtre ont nécessité des sacrifices financiers importants, avec des acteurs acceptant de travailler sans subventions, en assumant des dettes pour assurer la pérennité de la troupe et du lieu.
- Capacité de 98-120 places : Taille du théâtre permettant une proximité entre acteurs et spectateurs, favorisant une expérience théâtrale intime et accessible, essentielle à la démarche de décentralisation et de théâtre populaire.
📝 Points essentiels
Le Théâtre de la Comédie, fondé en 1952 par Roger Planchon à Lyon, marque une étape majeure dans la décentralisation du théâtre en France, en proposant une alternative aux institutions parisiennes. Son répertoire, alternant burlesque et textes peu connus ou contemporains, reflète la volonté de rendre le théâtre accessible tout en conservant une exigence artistique. La vie de troupe, très soudée, repose sur un travail collectif intense, souvent au prix de sacrifices financiers et personnels, notamment par l’endettement. La capacité modeste du lieu favorise une proximité avec le public, renforçant son aspect populaire. La démarche s’inscrit dans une volonté de renouvellement et de décentralisation, en opposition à la centralisation parisienne, tout en affirmant une identité artistique forte.
💡 À retenir
Le Théâtre de la Comédie à Lyon, fondé en 1952 par Roger Planchon, incarne la décentralisation théâtrale en proposant un répertoire innovant et une vie de troupe soudée, malgré les sacrifices financiers, pour rendre le théâtre accessible et engagé.
📖 4. Esthétique brechtienne
🔑 Notions clés & Définitions
- Choc esthétique du Berliner Ensemble en 1954 : Réaction visuelle et scénique radicale lors de la tournée en France, caractérisée par des vêtements usés, un cadre juste et dépouillé, visant à rendre la scène plus réaliste et concrète, tout en étant accessible et révolutionnaire.
- Esthétique brechtienne : Approche théâtrale mêlant réalisme, mise en scène concrète, et dimension politique, visant à désaliéner le spectateur pour encourager la réflexion politique et sociale. Elle privilégie la simplicité des moyens, le réalisme, et l'intégration d'une dimension politique forte.
- Refus du dogmatisme brechtien chez Planchon : Critique de l'application rigide et doctrinaire de l'esthétique brechtienne, notamment dans "Le Petit organon", considéré comme menant à des dérives. Planchon s'inspire de Brecht tout en adaptant et en refusant une lecture strictement dogmatique.
- Dimension politique et désaliénation : Objectif central de l'esthétique brechtienne, visant à faire prendre conscience au spectateur de ses conditions sociales et politiques, en utilisant des moyens scéniques concrets et réalistes pour provoquer une réflexion critique.
- Théâtre populaire et raffiné : Concept selon lequel le théâtre brechtien doit être à la fois accessible au grand public et doté d'une sophistication artistique, mêlant plaisir scénique et engagement politique.
- Réalisme scénique : Mise en scène qui privilégie la représentation fidèle de la vie quotidienne, avec des éléments tels que vêtements usés, décors simples mais précis, et une mise en scène qui évite l'illusion dramatique pour renforcer la dimension politique et critique.
📝 Points essentiels
- Le choc esthétique du Berliner Ensemble en 1954, lors de leur tournée en France, marque une rupture avec les conventions théâtrales traditionnelles, en proposant un cadre dépouillé, réaliste, et une mise en scène qui privilégie la simplicité et la véracité.
- L'esthétique brechtienne, selon Brecht (voir section 3), vise à désaliéner le spectateur en utilisant des moyens concrets, tels que vêtements usés, décors justes, et une scénographie qui met en avant la réalité sociale plutôt que l'illusion dramatique.
- Planchon, tout en admirant Brecht (notamment sa malice, son travail du détail, et sa direction d’acteurs), critique le dogmatisme de certains aspects de l’esthétique brechtienne, notamment dans "Le Petit organon", qu'il considère comme pouvant mener à des dérives.
- La dimension politique dans le théâtre brechtien est essentielle : il cherche à provoquer une réflexion critique et une prise de conscience chez le spectateur, en inscrivant la scène dans un contexte social précis, avec une mise en scène qui peut inclure des éléments symboliques et réalistes.
- La mise en scène de Planchon s’inscrit dans cette logique, en mêlant réalisme, simplicité, et engagement politique, tout en évitant le dogmatisme et en adaptant l’esthétique brechtienne à ses propres visions et contextes.
💡 À retenir
L’esthétique brechtienne, telle que déployée par Planchon, repose sur un réalisme concret, une simplicité scénique, et une dimension politique forte, visant à désaliéner le spectateur pour encourager la réflexion critique sur la société.
📖 5. Collaboration René Allio
🔑 Notions clés & Définitions
- Partage des responsabilités entre mise en scène et décors : Collaboration étroite où le metteur en scène et le scénographe (ici René Allio) interviennent conjointement dans la conception et la réalisation de la scène, permettant une cohérence artistique et une influence mutuelle sur le sens de la pièce.
- Influence des expériences constructivistes et de Piscator : Adoption de techniques scéniques innovantes inspirées des expérimentations constructivistes et de l’approche de Piscator (1928), notamment l’utilisation de mécanismes mobiles comme le plateau tournant pour modifier l’angle de vue et dynamiser la scène.
- Utilisation du plateau tournant : Dispositif scénique permettant de faire pivoter le plateau pour changer rapidement de lieu ou modifier la perspective, favorisant une mise en scène dynamique et une spatialisation innovante, notamment dans Schweyk.
- Déploiement d’une esthétique scénique réaliste et symbolique : Combinaison d’un réalisme dans la représentation (décors, costumes) avec des éléments symboliques (projecteurs évoquant les camps, décor non illusionniste) pour renforcer la dimension politique et historique de la pièce.
- Questionnement sur la représentation : Après sa rencontre avec le Berliner Ensemble, la réflexion sur ce que l’on représente et comment le représenter, aboutissant à une mise en scène qui privilégie la mise en valeur du jeu et du sens plutôt que l’illusion dramatique.
📝 Points essentiels
- La collaboration entre René Allio et Roger Planchon a permis de développer une esthétique scénique mêlant réalisme et symbolisme, en s’inspirant des expériences constructivistes et de Piscator (1928). La mise en scène de Schweyk, créée en 1961, illustre cette démarche par l’utilisation du plateau tournant, qui modifie l’angle de vision pour dynamiser la scène et représenter la longue marche de Schweyk dans la guerre.
- La réflexion après la rencontre avec le Berliner Ensemble a conduit à questionner la représentation : il ne s’agit pas seulement de reproduire une illusion, mais de mettre en avant le jeu, la dimension fictionnelle, et de faire du décor un outil de sens.
- La scénographie privilégie des éléments mobiles, rangés en demi-cercle, visibles et modulables, pour permettre une mise en scène flexible et expressive. La palette de gris, noir et blanc, ainsi que l’absence d’illusionnisme, renforcent la dimension symbolique et historique, tout en conservant une esthétique moderne.
- La mise en scène de Schweyk, par René Allio, s’appuie sur une conception constructiviste, utilisant le plateau tournant pour alterner entre différents lieux et perspectives, évoquant à la fois la réalité et le fantasme, dans une démarche qui dépasse la simple reconstitution historique pour souligner la portée symbolique et politique.
💡 À retenir
La collaboration entre René Allio et Roger Planchon a permis d’intégrer une esthétique scénique innovante, mêlant réalisme et symbolisme, grâce à l’usage du plateau tournant et à une conception constructiviste, afin de renforcer la dimension politique et expressive de leurs mises en scène.
📖 6. Schweyk et la guerre
🔑 Notions clés & Définitions
- Personnage Schweyk : Personnage inventé par Jaroslav Hasek (1883-1923), un soldat naïf et ingénu, qui ridiculise la guerre par son optimisme imbécile et sa soumission enthousiaste aux idéaux de l’occupant, révélant une ruse ambiguë.
- Caractère naïf et ingénu de Schweyk : Traits du personnage qui, par sa simplicité et son innocence, sert à dénoncer la folie de la guerre et à faire une résistance subtile, tout en étant un outil de critique sociale.
- Adaptation par Erwin Piscator avec Brecht (1928) : Mise en scène de Piscator (1923-1966) en collaboration avec Brecht (1898-1956), utilisant des dispositifs scéniques innovants comme tapis roulants pour illustrer l’errance de Schweyk dans la guerre, dans une optique de théâtre engagé et constructiviste.
- Transposition de Schweyk à la Seconde Guerre mondiale par Brecht : Mise en scène de la pièce entre 1941 et 1944 aux États-Unis, où Brecht transpose l’univers de Hasek à la réalité de l’occupation nazie, intégrant des éléments contemporains comme l’attentat de Sarajevo devenu contre Hitler, pour dénoncer la barbarie et la résistance.
- Multiplication des lieux réels et fantasmés dans la mise en scène : Dispositifs scéniques symboliques et théâtraux qui alternent entre lieux concrets (cafés, prisons, gares) et lieux imaginaires, utilisant notamment un décor symbolique avec projecteurs évoquant les camps de concentration, pour souligner la dimension allégorique et critique de la pièce.
- Symbolisme des projecteurs évoquant camps de concentration : Utilisation de lumières et projecteurs sur scène pour faire référence aux camps nazis, renforçant la dimension politique et historique de la mise en scène, tout en soulignant la mémoire collective et la souffrance.
📖 7. Mise en scène symbolique
🔑 Notions clés & Définitions
- Décor symbolique et théâtral pour Schweyk : Un dispositif scénique qui utilise des éléments visuels et symboliques pour représenter la guerre, l’occupation et la condition humaine, en s’éloignant du réalisme pour privilégier la charge poétique et allégorique (voir section 2).
- Plateau tournant modifiant l’angle de vision du spectateur : Un plateau tournant qui permet de changer l’angle de vue, créant une dynamique visuelle et dramatique, et renforçant la dimension baroque et fantasque de la mise en scène (voir section 2).
- Couleurs grisées pour évoquer la mémoire de la guerre : Utilisation de tons gris, blanc, noir et gris vifs pour créer une atmosphère de distance, de mémoire et de réalisme historique, tout en évitant l’illusionnisme (voir section 2).
- Dispositif fictionnel exposant le jeu dès le départ : Un aménagement scénique où tous les éléments sont visibles et disposés dès le début, soulignant la nature artificielle et fictionnelle du spectacle, à la manière d’un cirque ou d’un théâtre de marionnettes (voir section 2).
- Rupture avec les indications scéniques de Brecht : Une déviation par rapport aux recommandations de Brecht, notamment l’absence du Calice, pour accentuer la dimension décousue, fantasque et baroque de la mise en scène, tout en conservant une dimension politique et symbolique (voir section 2).
📝 Points essentiels
- La mise en scène de Schweyk par Planchon s’appuie sur un décor symbolique et théâtral, utilisant des éléments visuels pour renforcer la dimension allégorique et poétique de la pièce, en rupture avec le réalisme traditionnel (voir section 2).
- Le plateau tournant modifie l’angle de vision, permettant de varier la perception du spectateur et d’intensifier la dynamique de la scène, tout en soulignant la nature fantasque et baroque de l’œuvre (voir section 2).
- La palette de couleurs grisées crée un effet de mémoire et de distance, évoquant la guerre tout en évitant l’illusionnisme, ce qui renforce la dimension symbolique et historique du spectacle (voir section 2).
- Le dispositif fictionnel, avec tous les éléments visibles dès le départ, met en avant la nature artificielle du théâtre, rappelant le fonctionnement du cirque ou de la marionnette, et soulignant la dimension fictionnelle de la représentation (voir section 2).
- La rupture avec les indications scéniques de Brecht, notamment l’absence du Calice, traduit la volonté de Planchon d’inscrire la mise en scène dans une esthétique décousue, fantasque et baroque, tout en conservant une portée politique et symbolique (voir section 2).
💡 À retenir
La mise en scène de Schweyk par Planchon privilégie un décor symbolique, un plateau tournant et une palette grisée pour créer une atmosphère allégorique, tout en rompant avec les conventions de Brecht pour accentuer la dimension fantasque, poétique et politique de la pièce.
📖 8. Mise en scène classique
🔑 Notions clés & Définitions
- Primauté de l’auteur : La conception selon laquelle le texte original de l’auteur doit primer sur l’interprétation du metteur en scène, même si celui-ci peut proposer une lecture originale. Planchon revendique cette primauté, affirmant que ses interprétations sont déjà présentes dans le texte.
- Travail à la table : Phase préparatoire où comédiens et metteur en scène discutent et analysent le texte sans jouer, afin de comprendre la pièce en profondeur. Planchon y consacre environ un mois, estimant que cela permet de révéler la force du texte et de réduire les a priori.
- Compréhension de la rhétorique du XVIIe siècle : Apprentissage du système de jeu et des codes discursifs propres à cette époque, considéré comme une langue étrangère à maîtriser pour parler et interpréter authentiquement le théâtre classique. Planchon insiste sur cette étape pour une lecture fidèle et vivante des classiques.
- Mise en scène visible et originale : Approche qui privilégie une scénographie claire, expressive et souvent innovante, permettant au spectateur de percevoir la construction scénique comme un acte de création à part entière. Planchon revendique cette visibilité pour souligner la dimension artistique et critique de la mise en scène.
- Historisation des classiques : Technique consistant à situer le texte dans son contexte social, économique et historique, afin de révéler sa dimension politique et sa portée idéologique. Planchon applique cette méthode pour donner aux œuvres classiques une lecture contemporaine et engagée.
📝 Points essentiels
- La mise en scène classique selon Planchon ne se limite pas à une simple reproduction du texte, mais implique une écriture scénique qui doit être visible et originale, en accord avec la responsabilité de la mise en scène comme acte créatif.
- La primauté de l’auteur est revendiquée, mais elle coexiste avec une lecture personnelle du texte, notamment à travers un travail approfondi à la table, où comédiens et metteur en scène s’approprient le texte avant de le jouer.
- La compréhension de la rhétorique du XVIIe siècle est fondamentale pour parler cette langue théâtrale, en utilisant un système de jeu spécifique, ce qui permet une interprétation fidèle et vivante des œuvres classiques.
- La démarche d’historicisation consiste à inscrire le texte dans son époque pour en révéler la dimension politique et sociale, permettant ainsi une lecture renouvelée et engagée.
- La mise en scène des classiques doit faire preuve d’originalité pour mesurer l’impact du travail scénique, tout en respectant l’intégrité du texte et de l’auteur.
💡 À retenir
La mise en scène classique selon Planchon repose sur une lecture fidèle du texte, un travail approfondi à la table, et une scénographie visible et innovante, afin de révéler la richesse et la dimension politique des œuvres tout en affirmant la primauté de l’auteur.
📖 9. Historisation des classiques
🔑 Notions clés & Définitions
- Procédé d’historicisation (Brecht, 20e siècle) : méthode consistant à représenter un événement ou un personnage en le situant dans son contexte social, historique et économique, permettant de révéler sa dimension évolutive et relative, plutôt que de se limiter à une lecture psychologique ou intemporelle.
- Inscription dans le contexte social et économique (Planchon) : démarche visant à replacer le texte classique dans ses conditions historiques spécifiques, afin de mieux comprendre ses enjeux et ses significations, en évitant une lecture figée ou anachronique.
- Lecture évolutive des classiques : approche qui considère les œuvres comme documents historiques vivants, susceptibles d’être interprétés différemment selon les époques, en intégrant notamment l’influence de la psychanalyse et du marxisme dans leur lecture.
- Exemple : Georges Dandin vs Le Mariage de Figaro : illustration que la lecture d’une œuvre peut révéler une dimension révolutionnaire plus ou moins apparente, selon le contexte historique et social dans lequel elle est analysée.
- Influence de la psychanalyse et du marxisme : approches théoriques qui modifient la lecture des classiques en insistant sur les enjeux inconscients (psychanalyse) ou les rapports de pouvoir et de classe (marxisme), permettant une lecture plus critique et contextualisée.
📝 Points essentiels
- La démarche d’historicisation, développée notamment par Brecht (20e siècle), consiste à représenter un événement ou un personnage dans son éclairage social, historique et relatif, afin de montrer sa dimension évolutive.
- Planchon applique cette méthode aux classiques en inscrivant leurs textes dans leur époque précise, en tenant compte des rapports sociaux et économiques, plutôt que de se limiter à une lecture psychologique ou formelle.
- La lecture des classiques comme documents historiques évolutifs permet de révéler des aspects plus révolutionnaires ou pertinents selon le contexte, par exemple en montrant que Georges Dandin est plus révolutionnaire que Le Mariage de Figaro dans certaines lectures.
- L’influence de la psychanalyse et du marxisme sur l’interprétation permet d’élargir la compréhension des œuvres, en insistant sur les enjeux inconscients, les rapports de pouvoir, et les conditions sociales.
- Cette approche favorise une lecture dynamique et critique, où le texte devient un vecteur de compréhension des enjeux sociaux et historiques, plutôt qu’un simple objet esthétique ou littéraire.
💡 À retenir
L’historisation des classiques, selon Brecht et Planchon, consiste à replacer les œuvres dans leur contexte social et économique pour révéler leur dimension évolutive et révolutionnaire, en intégrant notamment les influences de la psychanalyse et du marxisme.
📖 10. Lecture politique de Tartuffe
🔑 Notions clés & Définitions
- Lecture historique et sociale : Approche qui inscrit la pièce dans son contexte social, économique et politique, permettant de révéler des enjeux contemporains à l’époque de sa mise en scène, comme le souligne Planchon en insistant sur l’historicisation (voir section 9).
- Interprétation scandaleuse et novatrice : Représentation qui bouscule les conventions, provoque la controverse, et introduit de nouvelles lectures du texte, notamment en abordant des thèmes comme l’homosexualité ou la critique du pouvoir, comme dans la version de 1962.
- Dimension politique et désaliénation : Objectif de faire du théâtre un outil de réflexion politique et de libération des spectateurs, en dépassant la simple lecture littéraire pour engager une critique de la société, en lien avec l’horizon marxiste (voir section 4).
- Autonomie de l’œuvre scénique : La mise en scène est considérée comme une création à part entière, capable d’interpréter le texte tout en lui apportant une lecture propre, tout en respectant la primauté de l’auteur (voir section 8).
- Temporalité et actualisation : La pièce est adaptée à chaque époque, permettant une lecture renouvelée, notamment en 1962 avec une lecture critique du colonialisme et du moralisme, et en 1973 avec une mise en scène qui reflète un nouvel ordre social en construction.
📝 Points essentiels
- La mise en scène de Tartuffe par Planchon en 1962 et 1973 est considérée comme mythique, notamment par sa durée exceptionnelle de représentations et de tournées, ce qui a largement contribué à sa renommée internationale.
- La première version de 1962 s’appuie sur une lecture qui intègre les travaux de Brecht, les approches marxistes et psychanalytiques, tout en restant fidèle à l’esprit de l’œuvre de Molière, sans dogmatisme.
- La mise en scène insiste sur l’historicisation du texte, en insérant des éléments de contexte social et politique, comme la critique du colonialisme ou la crise de l’OAS, permettant une lecture à la fois familière et critique du XVIIe siècle.
- La version de 1962 privilégie une lecture qui suggère, sans modifier le texte, en mettant en avant des scènes clés comme celle sous la table ou le dénouement, pour souligner des enjeux contemporains tels que l’homosexualité ou la manipulation politique.
- La version de 1973 introduit une lecture plus engagée, avec un décor en chantier et des références à la peinture religieuse, pour symboliser un nouvel ordre social en construction, tout en conservant une dimension critique et historique.
- La démarche de Planchon montre que le théâtre doit dépasser la simple représentation pour devenir un espace de réflexion sur la société, en utilisant la mise en scène comme un acte de création autonome, inscrivant l’œuvre dans son époque tout en restant fidèle à l’esprit de Molière.
💡 À retenir
La lecture politique de Tartuffe par Planchon repose sur une approche historicisée et engagée, utilisant la mise en scène pour renouveler le regard sur l’œuvre, tout en inscrivant ses représentations dans leur contexte social et politique, afin de faire du théâtre un outil de critique et de conscience collective.
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| 1952 | Fondation du Théâtre de la Comédie à Lyon par Roger Planchon |
| 1954 | Tournée du Berliner Ensemble en France, influence Brecht |
| 1959 | Statut de troupe permanente à Lyon avec le Théâtre de la Cité |
📊 Tableaux de Synthèse
| Thème | Notions clés | Auteur / Source | Commentaire |
|---|
| Origines modestes | Origines paysannes, autodidacte, théâtre populaire mais riche, influences cinéma et peinture | Roger Planchon | La culture de Planchon façonnée par ses origines et ses découvertes artistiques |
| Décentralisation théâtrale | Absence de création en province, lutte contre la centralisation parisienne, création du Théâtre de la Comédie à Lyon | Planchon, Brecht (Berliner Ensemble) | La décentralisation comme enjeu de démocratisation culturelle |
| Théâtre de la Comédie Lyon | Fondation 1952, répertoire alterné, vie de troupe intense, sacrifices financiers | Planchon | Un modèle de théâtre populaire et engagé en province |
⚠️ Pièges & Confusions Fréquentes
- Confondre autodidacte et formé officiellement : Planchon est autodidacte, non formé dans une école de théâtre.
- Assimiler décentralisation uniquement à la création de lieux : c’est aussi une lutte contre la centralisation parisienne.
- Confusion entre le théâtre de la Comédie Lyon et d’autres institutions lyonnaises, comme le Théâtre des Célestins.
- Mélanger influences de Brecht (théâtre politique, esthétique réaliste) avec d’autres courants sans distinction claire.
- Croire que la décentralisation a été immédiate ou facile : elle a nécessité des sacrifices et une lutte longue.
- Confondre la taille du théâtre (98-120 places) avec une grande salle, alors qu’il s’agit d’un théâtre modeste favorisant la proximité.
- Confondre la notion d’autodidacte avec celle d’autoformation sans influence extérieure.
✅ Checklist Examen
- Connaître la définition de Roger Planchon sur le théâtre populaire mais riche.
- Identifier les origines modestes de Planchon et leur influence sur sa conception du théâtre.
- Expliquer la notion de décentralisation théâtrale dans les années 1950 en France.
- Citer la date de fondation du Théâtre de la Comédie à Lyon (1952) et ses caractéristiques principales.
- Décrire le répertoire alterné du Théâtre de la Comédie (burlesque, textes peu connus).
- Analyser l’impact de la tournée du Berliner Ensemble en 1954 sur la décentralisation.
- Comprendre le rôle de la troupe permanente instaurée en 1959 à Lyon.
- Connaître les sacrifices financiers et la vie collective de la troupe.
- Identifier les influences esthétiques brechtiennes dans la mise en scène.
- Maîtriser la conception d’un théâtre accessible, populaire, mais exigeant artistiquement.
- Savoir que l’autodidacte découvre la littérature, la peinture, le cinéma, notamment Citizen Kane.
- Connaître la critique de la centralisation parisienne par Planchon.
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