Fiche de révision : Critique de la métaphysique et dépassements

📋 Plan du Cours

  1. Fin de la métaphysique comme double
  2. Pistes de dépassement chez Aristote et Platon
  3. Premier objet Dieu : aporie du penser
  4. Théologie rationnelle et suprématie du logos
  5. Voie centrifuge : altérité de la transcendance
  6. Dieu des philosophes et Dieu du Livre
  7. Analogie de proportion et problème de l’être
  8. Métaphysique comme science première théologie
  9. Oubli de l’être et métaphysique de la présence
  10. Onto-théologie médiévale et modèles de l’étant suprême
  11. Primauté du Même et appel du Visage
  12. Critique derridienne et tournant vers Autrement qu’être

📖 1. Fin de la métaphysique comme double

🔑 Notions clés & Définitions

  • Fin de la métaphysique : Notion désignant non pas une simple clôture historique, mais la mise au jour des limites internes de l’entreprise métaphysique.
  • Métaphysique comme double : Hypothèse selon laquelle la « fin » accompagne la métaphysique dès son déploiement, comme un redoublement contemporain plutôt qu’un après-coup.
  • Désir de l’infini : Mouvement du penser qui vise l’infini sans en faire un objet, car l’ideatum déborde la capacité de la pensée.
  • Étranger : Terme pour désigner ce qui excède les linéaments de l’objet et rend le penser plus qu’un simple calcul d’objets.
  • Herméneutique non-métaphysique : Démarche consistant à interpréter la métaphysique sans la reconduire comme cadre totalisant, afin de faire apparaître son autre.

📝 Points essentiels

  • La « fin » est pensée comme contemporaine de la métaphysique, car elle se déploie dans le mouvement même de celle-ci.
  • Le dépassement vise les limites de l’entreprise métaphysique, limites qui empêchent une intrigue souterraine strictement non-métaphysique.
  • Penser l’infini n’est pas penser un objet, car l’idée visée déborde la capacité de la pensée.
  • L’infini, le transcendant et l’Étranger indiquent une présence dans la pensée qui ne se laisse pas réduire à des déterminations objectives.
  • L’herméneutique non-métaphysique sert à montrer que la fin ne suit pas la métaphysique dans le temps, mais la double comme son écho.
  • La métaphysique spéciale (Dieu, âme, monde) et l’ontologie (être en tant qu’être) structurent le problème de la « fin » à l’intérieur même du champ métaphysique.

💡 Astuce mémo

Double = « fin » en écho : la métaphysique porte sa propre limite comme une ombre portée.

📖 2. Pistes de dépassement chez Aristote et Platon

🔑 Notions clés & Définitions

  • Sens irréductible : Notion selon laquelle le sens ne se laisse pas réduire au logos philosophique, et peut donc rester au-delà de la philosophie.
  • Sens premier : Hypothèse selon laquelle la philosophie produit un sens, mais pas le sens originaire, qui demeure irréductible.
  • Transcendance : Notion désignant ce qui excède l’immanence de la pensée et se manifeste comme venant du dehors.
  • Centrifuge : Modalité de la pensée où l’ego repousse les contenus autour de lui, formant un cercle de cogitata.
  • Centripète : Modalité de l’apparaître où la transcendance vient du dehors et se donne à l’ego sans être captée par son seul mouvement.

📝 Points essentiels

  • Levinas propose que la philosophie ne confisque pas tout le sens : elle pose un sens, mais pas le sens premier, irréductible à la philosophie.
  • Le problème cartésien est lu phénoménologiquement : si seul le pensé est, alors l’être devient être-cogité, ce qui rend la transcendance d’autrui difficile à penser.
  • Chez Descartes, l’ego est seul avec Dieu dans les Méditations, et autrui n’y est pas thématisé, ce qui illustre la logique centrifuge de la cogitation.
  • Levinas veut sortir de la boucle de l’infini cartésien : l’idée d’infini y reste formelle, cogitable mais non pleinement saisissable, et ne produit qu’un constat de dépassement.
  • Levinas remplace l’« idée d’infini » par le « Visage » : la transcendance se donne comme révélation centripète, et non comme simple cercle de cogitata.

💡 Astuce mémo

Centrifuge = ego au centre (autrui absent) ; Centripète = transcendance qui vient du dehors (Visage).

📖 3. Premier objet Dieu : aporie du penser

🔑 Notions clés & Définitions

  • Transcendance : La transcendance se manifeste dans son propre apparaître, au-delà des mouvements ordinaires de l’esprit, et résiste à une appropriation par ses puissances habituelles.
  • Métaphysique : La métaphysique est une disposition de l’esprit qui tente de penser la transcendance en la saisissant par des modalités intelligibles et idéales.
  • Aporie du penser : L’aporie du penser désigne l’impasse où la pensée cherche à fonder une science de l’être ou de la transcendance, mais se heurte à des conditions impossibles.
  • Métaphysique spéciale : La métaphysique spéciale regroupe des enquêtes portant sur des objets comme Dieu, l’âme et le monde, distincts de l’ontologie générale.
  • Onto-théologie : L’onto-théologie est la configuration où la question de l’être se trouve prise dans une théologie, faisant de Dieu un principe pour l’ensemble des étants.

📝 Points essentiels

  • La transcendance est dite se révéler dans un apparaître propre, ce qui empêche une pensée qui voudrait la réduire aux fonctionnements habituels de l’esprit intelligible et idéal.
  • La métaphysique est présentée comme un « premier ou bien » : elle vise à s’approprier la transcendance par les puissances et modalités de l’esprit.
  • Sortir de la métaphysique suppose deux tâches : définir la métaphysique dans son essence (avec son idéalité/intelligibilité) puis chercher des chemins de sortie de la domination de l’intelligible.
  • La définition heideggérienne de la métaphysique : à la question de l’Être, elle répond par l’étant, et l’ontologie générale se déploie en métaphysique spéciale (Dieu, âme, monde).
  • Chez Aristote, la métaphysique se lit à travers des livres aux fonctions distinctes : A (causes), G (être en tant qu’être), E (causes premières immobiles séparées), Z (substance).
  • La séparation historique en deux camps se formule ainsi : ontologie (être en tant qu’être) et théologie (êtres immobiles et séparés).

💡 Astuce mémo

Transcendance = « hors prise » : l’esprit veut saisir, la transcendance échappe → aporie.

📖 4. Théologie rationnelle et suprématie du logos

🔑 Notions clés & Définitions

  • Philosophie première : La philosophie première est la science la plus haute dont l’objet est l’étant le plus élevé, donc assimilée à une théologie.
  • Primauté ontique : La primauté ontique désigne le fait que le premier est déterminé par le caractère suprême de l’étant, et non par l’ordre de ce qu’on connaît d’abord.
  • Catholou-protologique : La structure catholou-protologique décrit une métaphysique où l’étude du premier permet de comprendre l’ensemble des êtres.
  • Premier moteur : Le premier moteur est l’étant suprême, immobile et séparé, qui meut les autres par la cause finale plutôt que par un mouvement.
  • Onto-théologie : L’onto-théologie est la constitution de la métaphysique où l’être et Dieu sont articulés par le logos, faisant de l’essence la voie d’accès au divin.

📝 Points essentiels

  • En Métaphysique E, la philosophie est dite « première » parce que son objet est le plus haut ontiquement, ce qui la rend théologique.
  • La primauté cartésienne est épistémologique (ce qui se connaît en premier), alors qu’ici la primauté est ontique (ce qui est suprême dans l’être).
  • La philosophie première est dite universelle car le premier sert de principe pour comprendre ce qui en découle, selon une structure catholou-protologique.
  • Le premier moteur est immobile : s’il bouge, il aurait une cause, et le mouvement renvoie à la puissance, alors que le premier moteur doit être en acte.
  • Le premier moteur meut comme cause finale (par exemple l’amour) et il est unique, sans être lui-même cause motrice.
  • Le Dieu aristotélicien ne crée pas et ne connaît que lui-même, ce qui rend la théologie négative plus plausible que la connaissance positive du monde.

💡 Astuce mémo

Aristote : « Premier = suprême » (ontique), Dieu = « immobile + cause finale », Métaphysique = « être→Dieu par logos » (onto-théologie).

📖 5. Voie centrifuge : altérité de la transcendance

🔑 Notions clés & Définitions

  • Métaphysique de la présence : La métaphysique est dite « de la présence » parce qu’elle fait dépendre l’être de la mise en présence par la représentation rationnelle.
  • Représenter : Représenter est l’acte par lequel l’étant est remis en présence dans l’espace de la représentation, afin d’être justifié par le logos.
  • Causa sui : La Causa sui désigne un Dieu compris comme se fondant en lui-même et fondant le reste, donc déterminé dans l’ordre du fondement rationnel.
  • Différence ontologique : La différence ontologique est le rapport entre être et étant, que la métaphysique tend à effacer en identifiant l’être à l’étant.
  • Idée d’infini : L’idée d’infini est une représentation qui ouvre une sortie de la métaphysique, car elle ne se laisse pas enfermer dans la logique du fondement par le présent.

📝 Points essentiels

  • Le logos gouverne la métaphysique en exigeant une justification rationnelle de ce qui est représenté.
  • Penser revient à faire advenir l’étant dans l’espace de la représentation, ce qui rend la métaphysique fondamentalement affaire de présence.
  • La conciliation être/étant fait apparaître l’être comme fond qui présente, puis l’identifie à un étant suprême permettant à « l’être d’être ».
  • En déterminant Dieu comme Causa sui dans le logos, on risque de perdre la transcendance de l’Indéterminé.
  • La métaphysique réduit l’être à l’étant en interprétant l’être « en raison », donc comme fondement, ce qui empêche l’accès à l’être « dans sa vérité ».
  • Pour sortir de la métaphysique, il faut sortir du joug de la présence et retrouver un temps qui ne se comprend pas dans le présent de la présence, au sens d’un « temps originaire ».

💡 Astuce mémo

Présence = représentation : si tu « remets en présence » par le logos, tu restes dans la métaphysique.

📖 6. Dieu des philosophes et Dieu du Livre

🔑 Notions clés & Définitions

  • Idée d’infini : L’idée d’infini est une représentation qui ouvre une difficulté pour la métaphysique, car elle ne se laisse pas réduire à un objet pleinement représentable.
  • Cogito : Le cogito est l’ego pensant conçu comme l’étant qui se représente les étants, ce qui déplace l’ontologie vers le pensé.
  • Infini ontique : L’infini ontique est une infinité comprise comme intensité de la représentation, où Dieu représente absolument ce qu’est l’étant.
  • Dépassement horizontal : Le dépassement horizontal est une sortie de la métaphysique par un récit linéaire menant à un point de rupture où la métaphysique « sonne son glas ».
  • Dépassement vertical : Le dépassement vertical est une sortie de la métaphysique par des percées internes, repérées au sein même du déroulement métaphysique.

📝 Points essentiels

  • L’infini, dans sa représentation, est présenté comme une « fenêtre » qui rend possible une sortie de la métaphysique plutôt qu’un simple objet de connaissance.
  • La lecture modérée proposée consiste à ne pas rejeter Heidegger, mais à se méfier des heideggériens et à poser la question d’une imprégnation conceptuelle du nazisme.
  • Chez Duns Scot, la métaphysique vise l’étant le plus général, ce qui tend à faire oublier l’être au profit de l’étant et du concept représentable.
  • Le représentable est ce qui se détermine comme venant à la présence, et Levinas doit s’en extraire car l’infini ne peut être compris comme chose représentable subséquente au cogito.
  • Descartes est décrit comme ayant un rapport ambigu à l’histoire de la métaphysique : il rompt avec la vision classique des puissances, mais fonde ontiquement sa philosophie via l’ego cogito.
  • Kant disqualifie l’ontologie au profit de l’analytique de l’entendement pur, en orientant l’analyse vers le sujet connaissant et ses catégories plutôt que vers l’être en soi (Ding an sich).

💡 Astuce mémo

Infini = fenêtre de sortie ; Cogito = l’étant qui se représente ; Vertical = percées internes.

📖 7. Analogie de proportion et problème de l’être

🔑 Notions clés & Définitions

  • Mort de Dieu : La mort de Dieu désigne, chez Nietzsche, l’effondrement de la croyance au Dieu chrétien et du monde suprasensible qui portait les valeurs.
  • Monde suprasensible : Le monde suprasensible est l’arrière-plan métaphysique des Idées, présenté comme source d’obligation, d’éveil et d’orientation.
  • Nihilisme : Le nihilisme est le mouvement où les valeurs suprêmes se dévalorisent, ouvrant la possibilité d’un effondrement des repères ou d’une reconfiguration.
  • Volonté de puissance : La volonté de puissance est le principe qui fixe et institue les valeurs, comme un « je veux » producteur de sens.
  • Oubli de l’être : L’oubli de l’être est, chez Heidegger, le fait que la pensée métaphysique reconduit l’être à l’étant, en le dissimulant derrière la valeur.

📝 Points essentiels

  • Dans le Gai savoir, le forcené annonce un événement que la foule ne comprend pas encore, car l’absolu reste pour elle une évidence.
  • « Dieu est mort » signifie que le monde suprasensible n’a plus de pouvoir efficient : il ne donne plus vie ni élévation.
  • La mort de Dieu est l’auto-annihilation des croyances aux valeurs suprêmes (Vrai, Bien, Beau), et non une simple opinion athée.
  • Le nihilisme est lié à la dévalorisation des valeurs : les valeurs ne peuvent se dévaluer que parce qu’elles ont d’abord été valorisées.
  • Nietzsche distingue un nihilisme passif (fardeau), un nihilisme négatif (dévaluation active) et un nihilisme positif (création).
  • Chez Heidegger, le nihilisme est plus radical que chez Nietzsche : il vise l’oubli de l’être, pas seulement la dévaluation des valeurs.

💡 Astuce mémo

Mort de Dieu = fin du suprasensible → fin des valeurs → entrée du nihilisme; Heidegger ajoute : l’être est oublié derrière la valeur.

📖 8. Métaphysique comme science première théologie

🔑 Notions clés & Définitions

  • Métaphysique : La métaphysique est, chez Heidegger, une compréhension de l’être qui se déploie historiquement et peut être traversée par l’oubli de l’être.
  • Oubli de l’être : L’oubli de l’être désigne le fait que la philosophie occidentale laisse l’être se retirer au profit d’autres déterminations de l’étant.
  • Dasein : Le Dasein est l’étant où la question de l’être se joue, en tant qu’il se projette dans ses possibilités et comprend l’être à partir de son mode d’existence.
  • Être et Temps : Être et Temps est l’ouvrage de 1927 où Heidegger relance la question de l’être par une analytique existentiale du Dasein et une destruction de l’histoire de la métaphysique.
  • Tournant (die Kehre) : Le tournant est le déplacement de Heidegger qui cherche à repenser le sens de l’être à partir de l’être lui-même plutôt que depuis le Dasein.

📝 Points essentiels

  • Heidegger élargit la notion de métaphysique par rapport à Nietzsche, ce qui permet d’y inclure Nietzsche plutôt que de le repousser hors de la métaphysique.
  • Dans Sein und Zeit, l’être n’est pas d’abord défini comme ce qui se montre, mais comme ce qui donne le coup d’envoi à l’étant, sans se manifester comme être.
  • L’oubli de l’être n’est pas présenté comme l’essence fondatrice de la métaphysique dans SZ, mais comme une remarque sur le déploiement historique de la philosophie.
  • Pour sortir du joug de l’étant, Heidegger produit une analyse existentiale du Dasein, l’étant qui se pose la question de l’être dans son être.
  • Le Dasein est caractérisé par le projet (entwerfen) et par une existence toujours déjà située, ce qui rend l’ouverture du monde dépendante de la projection.
  • Le souci (die Sorge) structure la temporalité du Dasein via trois ek-stases : en-avant-de-soi, toujours-déjà-là, et être préoccupé, ce qui articule futur, passé et présent dans l’existence.

💡 Astuce mémo

Dasein = Projet + Monde : le souci temporise (futur/passe/présent) pour ouvrir l’être.

📖 9. Oubli de l’être et métaphysique de la présence

🔑 Notions clés & Définitions

  • Phénoménologie de la nourriture : Approche levinasienne où le sujet ne constitue pas le monde par lui-même, mais est mis en mouvement par un besoin venant d’une extériorité.
  • Intentionnalité husserlienne : Thèse phénoménologique selon laquelle la conscience vise un objet comme « conscience de », en partant de l’activité du sujet.
  • Transcendance d’autrui : Idée selon laquelle autrui demeure radicalement extérieur au sujet et ne se laisse pas réduire à une simple donnée interne du monde.
  • Mit-Dasein : Notion heideggérienne de l’« être-avec » qui décrit la co-présence des autres comme structure existentielle du Dasein.
  • Visage : Chez Levinas, figure d’autrui qui nous appelle au-delà de l’être et de l’immanence du monde, sans se laisser figer en objet.

📝 Points essentiels

  • Levinas oppose à l’ouverture du monde par le sujet une ouverture par le besoin : le monde est « appelé » par une extériorité qui demande réponse.
  • Répondre signifie arriver en second, ce qui implique la primauté de l’Autre sur l’initiative du sujet.
  • Levinas récuse l’intentionnalité husserlienne car elle repart de la projection du sujet comme conscience de.
  • Dans SZ §26, « les autres » ne désignent pas des hommes séparés de moi, mais ceux parmi lesquels je me trouve aussi le plus souvent sans me distinguer.
  • Le « avec » et le « aussi » doivent être compris existentialement : le monde du Dasein est toujours déjà monde commun.
  • Le monde partagé ne permet pas une véritable transcendance d’autrui : autrui apparaît depuis « mon monde », donc depuis mes possibilités, ce qui fait esquiver la question plutôt que la résoudre.

💡 Astuce mémo

Besoin → appel → réponse : l’Autre vient avant le sujet, donc l’ouverture du monde n’est pas auto-produite.

📖 10. Onto-théologie médiévale et modèles de l’étant suprême

🔑 Notions clés & Définitions

  • Dépassement vertical : Le dépassement vertical est un dépassement de la métaphysique qui ne se contente pas d’une progression interne, mais vise une exigence plus haute que le simple mouvement horizontal.
  • Visage : Le Visage est la manifestation d’autrui qui troue l’horizon phénoménologique et inverse le rapport intentionnel du sujet au monde.
  • Contre-intentionnalité : La contre-intentionnalité est l’idée que le Je n’est pas seulement celui qui vise, mais celui qui est visé par autrui.
  • Dette infinie envers autrui : La dette infinie envers autrui désigne l’assignation éthique qui m’oblige sans terme et déplace la logique de l’être-en-dette.
  • Phénomène saturé : Le phénomène saturé est un phénomène riche en intuition mais pauvre en justification, qui déborde les cadres de la phénoménalité ordinaire.

📝 Points essentiels

  • Le dépassement vertical, chez Levinas, exige de s’arracher à la subjectivité transcendantale en prenant le Dasein comme dernier nom.
  • Le Visage brise le con-texte de l’interprétation du monde par la conscience, en perturbant l’homogénéité du texte phénoménologique.
  • Le Visage inverse l’intentionnalité : l’Autre n’est pas d’abord un objet visé, mais ce qui me regarde et me met en question.
  • La dette envers autrui remplace l’être-en-dette heideggérien envers soi, en la rendant infinie et assignée par l’Autre.
  • Levinas distingue sacré et saint : le sacré renvoie à des extrapolations mystiques, tandis que le saint discute Dieu en conservant sa transcendance.
  • Dans « Le temps et l’autre » (conférence de 1947), Levinas critique une raison qui écrase autrui en le ramenant au Même, tout en reconnaissant en elle la possibilité de la transcendance; la raison peut donc aussi devenir

📖 11. Primauté du Même et appel du Visage

🔑 Notions clés & Définitions

  • Entendement actif : L’entendement est une puissance active qui produit les catégories et organise le donné, au lieu de seulement recevoir passivement des impressions.
  • Catégories de l’entendement : Les catégories sont des formes conceptuelles forgées par l’entendement et qui ne s’appliquent qu’à la matière du donné.
  • Dynamique de l’esprit : Connaître n’est pas un état contemplatif mais une activité structurante de l’esprit, où l’unité du savoir se fait par synthèse.
  • Tournant transcendantal : Le tournant transcendantal est le déplacement qui permet à la métaphysique de se constituer comme science en rapportant la connaissance aux conditions de l’esprit.
  • Ego cogito : L’ego cogito est la puissance de conceptualisation et de représentation qui rend possible la formation du concept d’étant.

📝 Points essentiels

  • Chez Kant, l’entendement n’est pas informé par les choses : il synthétise le donné avec des catégories qu’il produit.
  • La connaissance kantienne implique que les concepts ne jouent que lorsqu’ils se posent sur la matière du donné.
  • La métaphysique renonce à la contemplation : connaître devient une dynamique, jamais une réception passive.
  • Le projet métaphysique vise une science de l’étant en exigeant une puissance capable de produire le concept d’étant.
  • Nietzsche remplace le cogito par la Volonté de puissance, pensée comme puissance d’estimation et de production de l’étant.
  • La Volonté de puissance reste onto-théologique : elle évalue l’étant et se présente comme fondement du statut ontique des choses.

💡 Astuce mémo

Entendement = moteur : il fabrique les catégories et les applique au donné (pas un récepteur).

📖 12. Critique derridienne et tournant vers Autrement qu’être

🔑 Notions clés & Définitions

  • Transplantation : La transplantation est le déplacement d’un énoncé dans un autre contexte qui en modifie la portée et le sens.
  • Amour-propre : L’amour-propre est une dynamique du moi qui se replie sur soi et cherche l’estime, tout en découvrant ses défauts.
  • Désubstantialisation du moi : La désubstantialisation du moi consiste à retirer au moi toute substance stable, en montrant qu’il n’est pas saisissable comme un objet.
  • Jugement depuis la charité : Le jugement depuis la charité est l’idée que le moi est évalué à partir d’un critère éthique supérieur à la métaphysique.
  • Autrement qu’être : Autrement qu’être désigne un déplacement du regard philosophique vers une dimension qui ne se laisse pas réduire à l’ontologie de l’être.

📝 Points essentiels

  • La critique derridienne vise la manière dont l’ontologie organise la relation à l’autre en subordonnant la justice à une logique de savoir et de domination.
  • La transplantation montre que relire un auteur à travers un autre peut produire un sens nouveau, comme quand Augustin est lu à partir de Descartes au XVIIe siècle.
  • Le cogito peut être repris (transplanté) chez Pascal, mais il ne fonde pas une physique : il sert à faire surgir les contrariétés humaines.
  • Chez Pascal, l’amour-propre engendre une tension injuste : le moi veut être aimé et se voit petit, misérable et imparfait, ce qui alimente une haine contre la vérité.
  • Le dépassement pascalien consiste à juger la métaphysique depuis plus haut, par l’amour et la charité, plutôt que depuis la seule spéculation.
  • Le moi est dit insituable : il n’est trouvable ni dans le corps ni dans l’âme, car on n’aime que des qualités périssables, jamais une substance du moi.

💡 Astuce mémo

Transplantation = même phrase, autre “terrain” → autre sens ; Charité = tribunal au-dessus de la métaphysique.

📅 Repères chronologiques

DateÉvénement
27/01/2026Séance 1 : définition du dépassement/fin de la métaphysique et entrée par l’herméneutique non-métaphysique de la métaphysique
03/02/2026Séance 2 : philosophie de l’essence vs philosophie du moment ; discussion de la fin de la métaphysique
10/02/2026Séance 3 : dépassement via les objets de la métaphysique spéciale ; Levinas et le visage

📊 Tableaux de synthèse

Voies de dépassement de la métaphysique

TypeCaractérisationExemple
HorizontalRécit linéaire menant à un point de rupture où la métaphysique « sonne son glas »Nietzsche/Heidegger (dépassement horizontal)
VerticalPercées internes repérées au sein même du déroulement métaphysiqueLevinas (dépassement vertical)

Dieu : logos et transcendance

DieuRégimeRisque
Dieu des philosophesDieu rabattu à l’étant suprême et déterminé par le logos (onto-théologie)Perdre la transcendance de l’Indéterminé
Dieu du LivreTranscendance qui ne se laisse pas réduire au sens/concept du logosBasculer vers le refus de penser (scepticisme/abandon du questionnement)

⚠️ Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre « fin de la métaphysique » avec une simple clôture historique : dans le cours, la fin est contemporaine et double, comme limite interne de l’entreprise métaphysique.
  2. Croire que l’idée d’infini est un objet représentable : elle déborde la capacité de la pensée et sert de « fenêtre »/porte de sortie, pas de contenu connaissable au même titre que les autres objets.
  3. Inverser centrifuge et centripète : chez Levinas, centrifuge = ego au centre et autrui absent (Descartes), centripète = transcendance venant du dehors (Visage).
  4. Réduire l’Autre à un autre Dasein chez Heidegger : le cours insiste que « les autres » sont compris existentialement depuis le monde commun, ce qui esquive la transcendance d’autrui.
  5. Penser que la métaphysique est seulement « oubli de l’être » au sens psychologique : chez Heidegger, l’oubli est un mode d’apparaître historial lié à la différence ontologique.
  6. Croire que « Dieu est mort » signifie seulement l’opinion athée : chez Nietzsche (et dans le cours), c’est l’auto-annihilation des croyances aux valeurs suprêmes et l’entrée du nihilisme.
  7. Confondre dépassement horizontal et vertical : le horizontal vise un point de rupture par récit, le vertical repère des percées internes contemporaines à la métaphysique.

✅ Checklist Examen

  1. Définir la « fin de la métaphysique » comme limite interne et expliquer la thèse de la « métaphysique comme double » (contemporanéité, écho/ombre portée).
  2. Expliquer pourquoi « penser l’infini » n’est pas penser un objet : mobiliser ideatum, débordement de la capacité de la pensée, et rôle de l’Étranger.
  3. Présenter le dépassement chez Aristote/Platon tel que formulé dans Totalité et infini : lien avec désir de l’infini et idée que ce n’est pas un objet mais « plus ou mieux que penser ».
  4. Exposer l’aporie du penser du « premier objet Dieu » : transcendance, métaphysique comme appropriation par l’intelligible, et impasse de la science de la transcendance.
  5. Décrire la structure onto-théologique : philosophie première comme théologie, primauté ontique, premier moteur (immobile, cause finale) et articulation être/Dieu par le logos.
  6. Expliquer la voie centrifuge : comment le logos gouverne la présence/représentation, et pourquoi la métaphysique réduit l’être à l’étant (différence ontologique effacée).
  7. Expliquer la voie centripète chez Levinas : remplacer l’idée d’infini par le Visage, et montrer l’inversion de l’intentionnalité (contre-intentionnalité, Je regardé).
  8. Justifier le dépassement vertical : dette infinie envers autrui, Visage trouant le con-texte, et sortie de la subjectivité transcendantale par le Dasein comme dernier nom.
  9. Expliquer la critique heideggérienne de la métaphysique de la présence : conciliation être/étant, Causa sui, et nécessité de sortir du joug du présent pour retrouver un temps originaire.
  10. Présenter « Dieu des philosophes » vs « Dieu du Livre » : totalisation par le logos (Dieu rabattu à l’étant) et alternative risquée (refus de penser vs maintien de la transcendance).
  11. Expliquer « Dieu est mort » et le nihilisme : mort du monde suprasensible (pouvoir efficient), dévalorisation des valeurs, et différence entre nihilisme passif/négatif/positif selon le cours.
  12. Décrire le dispositif de dépassement chez Marion/Levinas : deux onto-théologies chez Descartes (cogitation et cause) et pourquoi l’infini constitue une « porte de sortie » (dépassement vertical).

Testez vos connaissances

Testez vos connaissances sur Critique de la métaphysique et dépassements avec 24 questions à choix multiples avec corrections détaillées.

1. Chez Kant, comment l’entendement agit-il sur le donné ?

2. Que désigne la modalité « centripète » chez Levinas ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Critique de la métaphysique et dépassements avec 24 flashcards interactives.

Fin de la métaphysique — définition ?

Limite interne révélée par son propre déploiement.

Métaphysique comme double — signification ?

Elle accompagne sa propre fin comme un écho, pas une clôture.

Désir de l’infini — rôle ?

Vise l’infini sans en faire un objet, déborde la pensée.

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