Fiche de révision : Francophonie et relations franco-africaines

Plan du Cours

  1. Définitions et hiérarchie de la francophonie
  2. Naissance historique du français
  3. Le mot francophonie en 1880
  4. Senghor et la réappropriation du français
  5. Humanisme et déterritorialisation linguistique
  6. Vers une organisation francophone
  7. De l’ACCT à l’OIF
  8. Objectifs et moyens de l’OIF
  9. Tensions politiques et Rwanda
  10. Statuts et composition de l’OIF
  11. Absences et adhésions stratégiques
  12. Qatar et respectabilité internationale
  13. OIF et Commonwealth
  14. Décolonisation française en Afrique
  15. Réseaux politiques de la Françafrique
  16. Interventions françaises et coups d’État
  17. Bokassa et la rupture française
  18. Héritage politique et perte de confiance

Repères chronologiques

  1. 842Les serments de Strasbourg constituent un texte où sont identifiables les prémices de la langue française.
  2. 1880Le mot « francophonie » est forgé dans un sens centré sur l’usage de la langue et la culture de la France.
  3. 1883L’Alliance française est créée pour diffuser la langue et la culture françaises.
  4. 1934Les Britanniques créent le British Council, après une période où l’Alliance française est relativement seule dans la diffusion culturelle évoquée.
  5. 1945Senghor devient député à l’Assemblée nationale constituante représentant le Sénégal.
  6. 1960Senghor et d’autres dirigeants craignent de perdre la langue française ou d’être critiqués pour continuer à l’utiliser.
  7. 1962Dans un article publié dans la revue Esprit, Senghor propose de concevoir la francophonie comme un « humanisme intégral » et une communauté internationale de valeurs.
  8. 1965Un accord culturel signé par la France avec le Canada et le Québec reconnaît que la langue française est partagée entre ces espaces.
  9. 1966Une rencontre entre le président tunisien et Senghor, président du Sénégal, vise à faire avancer la création d’une organisation francophone.
  10. 1970L’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), institution précédant l’OIF, est créée pour regrouper des pays autour de la coopération culturelle et technique.

1. Définitions et hiérarchie de la francophonie

Notions clés & Définitions

  • Francophonie linguistique : Ensemble des individus qui parlent ou utilisent la langue française.
  • Francophonie culturelle : Ensemble des populations et des territoires liés par une éventuelle culture francophone.
  • Francophonie institutionnelle : Ensemble des institutions francophones, dont l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Points essentiels

  • Le cours distingue les catégories suivantes :
    • les langues mondiales
    • les langues internationales
    • les langues nationales
    • les langues régionales

2. Naissance historique du français

★ À maîtriser

  • La diffusion progressive du latin dans les interactions entre populations parlant des langues différentes conduit au recul du gaulois, puis à son remplacement par un latin vulgaire.

📌 Les inscriptions officielles sont rédigées en latin correct, contrairement au latin vulgaire parlé dans la rue.

Compléments

  • L’urbanisation entraîne un brassage de populations dans des villes où coexistent notamment garnisons et élites romaines.

  • Vers 150, le latin est présenté comme la langue du commerce et comme la langue parlée par tous dans le contexte évoqué.

  • Les serments de Strasbourg sont prononcés par deux frères, petits-fils de Charlemagne.

Astuce mémo

Gaulois + latin → latin vulgaire → prémices du français

3. Le mot francophonie en 1880

★ À maîtriser

📌 À son origine, la francophonie désigne une extension de la puissance et de l’influence culturelle françaises, sans supposer un partage égal de la langue.

📌 Le substantif « francophonie » peut construire l’idée d’une réalité collective unique à partir d’un ensemble de francophones hétérogène qui ne partage pas nécessairement une identité commune.

  • La redéfinition de la francophonie comme réalité collective attend la décolonisation, car le mot forgé en 1880 ne correspond pas encore à une communauté commune.

Compléments

  • En 1880, le français est présenté comme une langue internationale par défaut, une langue diplomatique et une grande langue de culture utilisée notamment par l’aristocratie russe.

  • Pendant la période coloniale, la diffusion française est surtout destinée aux pays développés et occidentaux, et l’alphabétisation générale des populations colonisées n’est pas menée.

Astuce mémo

En 1880, la francophonie est centrée sur la France ; après la décolonisation, elle devient partageable

4. Senghor et la réappropriation du français

Notions clés & Définitions

  • Léopold Sédar Senghor : Poète et romancier sénégalais qui construit sa carrière littéraire et politique en français tout en parlant aussi le wolof.

Points essentiels

  • Pour Senghor, le français est sa langue au même titre que le wolof, mais ni plus ni moins : le wolof est sa langue maternelle et le français sa langue d’écrivain.

5. Humanisme et déterritorialisation linguistique

Notions clés & Définitions

  • Appropriation linguistique : Possibilité pour toute personne qui parle français de faire de cette langue la sienne, sans qu’elle appartienne exclusivement à la France.
  • Déterritorialisation linguistique : Consiste à ne plus considérer le français prioritairement comme la langue d’un peuple ou d’un territoire particulier.

★ À maîtriser

📌 Dans la conception de Senghor, parler français relève d’un choix et non de la naissance, du territoire ou de l’appartenance à un État particulier.

Compléments

📌 Senghor décrit la colonisation comme un « torrent de boue », mais considère que les populations colonisées peuvent rejeter ses violences et se réapproprier certains héritages comme la langue française.

Astuce mémo

Langue héritée d’un territoire ≠ langue appropriable par ceux qui la parlent

6. Vers une organisation francophone

★ À maîtriser

📌 La France préfère préserver des relations bilatérales privilégiées avec ses anciennes colonies plutôt que rejoindre une organisation multilatérale où celles-ci pourraient défendre une position commune.

  • La France craint qu’une organisation francophone permette au Canada, au Québec et à la Suisse de concurrencer sa position privilégiée auprès de ses anciennes colonies africaines.

Compléments

📌 La France est réticente à reconnaître une organisation francophone dans laquelle elle serait un pays parmi d’autres plutôt que la puissance qui en maîtrise l’organisation.

7. De l’ACCT à l’OIF

★ À maîtriser

📌 Dans l’ACCT, les pays participent sur un principe d’égalité et la France dispose d’une voix comme les autres, malgré sa contribution financière beaucoup plus importante.

  • En 1986, à l’initiative de François Mitterrand, le premier sommet de la Francophonie reconnaît la francophonie comme une réalité collective, sans être encore organisé dans le cadre de l’ACCT.

Compléments

  • L’ACCT ne mentionne pas directement la francophonie dans son intitulé, car la France refuse encore de rejoindre une organisation explicitement francophone.

  • En 1973, la France organise des sommets de chefs d’État afin notamment de maintenir des liens avec ses anciennes colonies sans passer nécessairement par une organisation collective indépendante.

Astuce mémo

ACCT (1970) → Agence intergouvernementale (1997) → OIF (2007)

8. Objectifs et moyens de l’OIF

★ À maîtriser

  • En 1998, l’ACCT devient l’Agence intergouvernementale de la Francophonie, où les gouvernements participent directement.

  • En 2005, l’organisation devient l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), structurée notamment autour d’un secrétariat général et d’institutions.

  • L’OIF vise à donner à la francophonie une existence globale et autonome qui ne dépende plus uniquement de la France.

📌 L’OIF promeut la langue française tout en défendant la diversité linguistique et culturelle, sans chercher à remplacer les langues menacées par le français.

  • Lors de sa création en 2006, l’OIF dispose d’un budget d’un peu plus de 80 millions d’euros, contre environ 67 millions d’euros aujourd’hui, ce qui limite ses capacités d’action.

Compléments

  • Les objectifs de l’OIF comprennent : la défense des droits humains, notamment ceux des femmes, la promotion de l’éducation et de l’alphabétisation, le développement durable

  • Les moyens de l’OIF comprennent la mise en réseau d’acteurs, l’attribution de labels, le soutien institutionnel ou moral et l’encouragement de projets, mais pas nécessairement leur financement.

Astuce mémo

Promouvoir le français sans sacrifier la diversité des autres langues

9. Tensions politiques et Rwanda

★ À maîtriser

  • En 2006, le Rwanda abandonne le français comme langue officielle au profit de l’anglais.

  • En 2018, une Rwandaise devient secrétaire générale de l’OIF, avec notamment le soutien de la France, qui cherche à renouer le dialogue avec le Rwanda.

Compléments

  • Les premiers secrétaires généraux de l’OIF sont généralement désignés par consensus, c’est-à-dire qu’un candidat reçoit progressivement le soutien des États jusqu’à l’acceptation des autres.

  • L’élection de 2026 est prévue le 30 novembre et met plusieurs candidats en compétition.

  • Le génocide de 1994 dégrade fortement les relations entre le Rwanda et la France pendant plusieurs années.

Astuce mémo

Le choix géopolitique de la secrétaire générale rwandaise révèle que les intérêts politiques peuvent primer sur la langue

10. Statuts et composition de l’OIF

★ À maîtriser

📌 Les États membres participent pleinement à l’OIF et à ses décisions, tandis que les États observateurs prennent part à certaines activités de manière plus limitée.

  • L’OIF compte environ 80 membres, mais seule une trentaine de pays ont le français comme langue officielle ou une part significative de francophones.

Compléments

  • Le statut d’État associé, introduit plus récemment, permet d’intégrer à l’OIF des États qui n’ont pas nécessairement une tradition francophone importante.

Astuce mémo

Membres : décisions pleines ; observateurs : participation limitée ; associés : catégorie élargie

11. Absences et adhésions stratégiques

★ À maîtriser

  • L’Algérie, malgré une population francophone importante et un usage répandu du français, ne fait pas partie de l’OIF.

  • L’Algérie refuse de rejoindre l’institution francophone créée en 1970, notamment parce qu’elle ne veut pas siéger avec la France en raison du passé colonial et de la guerre d’Algérie.

📌 L’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie ne font pas partie de l’OIF, alors que certains pays membres ou observateurs comptent moins de francophones.

  • Les proportions de francophones citées sont :

    • environ 6 % en Grèce
    • environ 2 % en Bulgarie
    • environ 1 % en Moldavie
    • environ 24 % au Portugal
    • environ 27 % en Espagne
    • environ 23 % en Allemagne
    • environ 17 % au Royaume-Uni
    • environ 20 % aux Pays-Bas
  • L’adhésion de certains pays à l’OIF répond à des intérêts diplomatiques et de visibilité plutôt qu’à un enjeu linguistique, et n’entraîne pas nécessairement une hausse de l’apprentissage du français.

Compléments

📌 L’absence de l’Algérie réduit la représentativité de l’OIF, puisqu’un pays africain important par sa superficie et sa population francophone en est exclu.

  • Les pays cités sont :
    • la Serbie
    • le Monténégro
    • la Slovaquie
    • la Croatie
    • la Slovénie
    • l’Ukraine
    • la Lituanie
    • la Lettonie

12. Qatar et respectabilité internationale

★ À maîtriser

  • Le Qatar rejoint l’OIF en 2012, malgré des critiques portant notamment sur les droits humains et les conditions de travail des travailleurs migrants.

📌 L’adhésion du Qatar répond à la recherche de respectabilité internationale, tandis que les autres membres peuvent y voir des occasions de rencontres, de partenariats et d’investissements grâce à ses ressources financières.

Compléments

  • L’adhésion du Qatar vise à renforcer sa visibilité et sa respectabilité internationales, dans un contexte où le pays accroît sa présence en Europe et rachète le Paris Saint-Germain quelques mois auparavant.

Astuce mémo

Adhésion du Qatar → visibilité et respectabilité pour Doha, partenariats possibles pour les membres

13. OIF et Commonwealth

★ À maîtriser

  • Le Gabon est membre à la fois de l’OIF et du Commonwealth, ce qui montre qu’un État peut appartenir à plusieurs organisations internationales.

Compléments

  • L’appartenance à l’OIF et au Commonwealth peut répondre à des objectifs diplomatiques et de visibilité, sans supposer que tous les membres soient fortement francophones ou anglophones.

Astuce mémo

Une même appartenance peut servir la diplomatie sans supposer une forte pratique de la langue

14. Décolonisation française en Afrique

★ À maîtriser

  • En septembre 1958, les populations des territoires africains concernés votent sur la Constitution de la Ve République et le principe de la Communauté française, avec la possibilité d’une indépendance immédiate en cas de refus.

  • En 1958, la Guinée de Sékou Touré est le seul territoire d’Afrique subsaharienne française à rejeter la Communauté française et devient indépendante.

  • La plupart des anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne deviennent indépendantes en 1960, notamment Madagascar, le Niger, le Tchad, le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

  • Les nouveaux États adoptent des institutions inspirées du modèle français, notamment des présidents disposant de pouvoirs importants, de sorte que l’indépendance n’entraîne pas une rupture complète avec l’ancien système colonial.

  • Les accords bilatéraux portent notamment sur : la coopération militaire, la coopération économique, le développement, les relations diplomatiques, l’exploitation de certaines ressources naturelles

Compléments

  • Après le refus guinéen de 1958, la France retire rapidement ses fonctionnaires ainsi que ses personnels administratifs et militaires, ce qui entraîne des difficultés pour le nouvel État.

  • Les indépendances s’échelonnent au Ghana en 1957, au Nigeria en 1960 et au Kenya en 1963.

  • Élu en 1959, Léon Mba demande avant l’indépendance la départementalisation du Gabon, mais la France refuse cette demande.

Astuce mémo

Référendum de 1958 → indépendance guinéenne → indépendances africaines majoritairement en 1960

15. Réseaux politiques de la Françafrique

Notions clés & Définitions

  • Françafrique : Politique française en Afrique, principalement des années 1960 aux années 1990, fondée sur le maintien d’intérêts économiques, militaires et diplomatiques et sur des relations étroites avec certains dirigeants.

★ À maîtriser

  • En 1960, une cellule africaine est instituée à l’Élysée et Jacques Foccart la dirige de 1960 à 1980.

  • La cellule africaine dépend directement du président de la République, ce qui concentre à l’Élysée les décisions de politique africaine française.

  • La concentration des décisions à l’Élysée et le faible débat public entraînent un manque de transparence et limitent le contrôle démocratique de la politique africaine française.

Compléments

  • Les relations entre dirigeants français et africains reposent souvent sur des contacts interpersonnels directs plutôt que sur des procédures officielles passant par le Parlement français.

  • Les intérêts français en Afrique subsaharienne comprennent notamment le maintien de liens avec des dirigeants, des bases militaires au Gabon et au Tchad et l’accès à des ressources stratégiques comme l’uranium.

16. Interventions françaises et coups d’État

★ À maîtriser

  • En 1964, après le renversement de Léon Mba par un coup d’État au Gabon, la France intervient militairement pour le rétablir au pouvoir.

  • En décembre 1965 et janvier 1966, Jean-Bédel Bokassa mène un coup d’État en République centrafricaine, sans intervention française immédiate pour rétablir le président renversé.

  • Les réactions françaises variables aux coups d’État montrent que les décisions d’intervention dépendent aussi des relations entretenues avec les dirigeants concernés.

Compléments

  • En septembre 1966, Charles de Gaulle visite la République centrafricaine et rencontre Bokassa, ce qui contribue à lui donner une légitimité internationale sans constituer nécessairement une reconnaissance juridique formelle de son accession au pouvoir.

Astuce mémo

Gabon : intervention pour rétablir Léon Mba ; Centrafrique : reconnaissance de Bokassa après le coup d’État

17. Bokassa et la rupture française

★ À maîtriser

  • Le 4 décembre 1977, Bokassa est couronné empereur en s’inspirant notamment du sacre de Napoléon Ier du 2 décembre 1804.

  • Après s’être éloigné de la France et rapproché de la Libye, Bokassa est renversé en septembre 1979 lors d’une intervention française en République centrafricaine.

  • L’exemple de Bokassa montre que la France peut soutenir un dirigeant pendant plusieurs années, puis contribuer à sa chute lorsque ses intérêts changent.

Compléments

  • La France participe au couronnement de Bokassa par l’intermédiaire de son ministre de la Coopération, apportant un soutien politique symbolique à la cérémonie.

Astuce mémo

Soutien français → exigences de Bokassa → rapprochement libyen → intervention de 1979

18. Héritage politique et perte de confiance

★ À maîtriser

📌 Les populations peuvent percevoir une contradiction entre les discours français de défense de la démocratie et des interventions qui semblent dépendre des intérêts politiques français.

  • Le soutien français à des gouvernements peu démocratiques, suivi d’un changement d’allié lorsque les intérêts évoluent, peut alimenter la méfiance envers la France.

Compléments

  • Les interventions françaises peuvent être interprétées comme une ingérence et une menace pour l’autonomie politique des États concernés, même lorsqu’elles sont justifiées officiellement par le droit international.

  • La méfiance envers la France contribue à comprendre l’évolution des relations entre la France et plusieurs pays d’Afrique subsaharienne.

Astuce mémo

Interventions perçues comme intéressées → soupçon d’ingérence → méfiance envers la France

Tableaux de synthèse

Transformations des institutions francophones

DateInstitution ou événementÉvolution
1970ACCTCoopération culturelle et technique
1986Premier sommet de la FrancophonieReconnaissance collective
1997Agence intergouvernementaleParticipation directe des gouvernements
2007OIFOrganisation internationale structurée

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1. Une étude recense les personnes qui parlent ou utilisent le français, sans considérer leur appartenance culturelle ni les institutions auxquelles elles participent. Quelle notion décrit cet ensemble ?

2. Une organisation rassemble des institutions francophones, dont l’Organisation internationale de la Francophonie. À quelle dimension de la francophonie appartient-elle ?

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Mémorisez les concepts clés de Francophonie et relations franco-africaines avec 10 flashcards interactives.

Que désigne la francophonie linguistique ?

L’ensemble des individus qui parlent ou utilisent le français.

Que désigne la francophonie culturelle ?

L’ensemble des populations et des territoires liés par une éventuelle culture francophone.

Quelle langue remplace progressivement le gaulois après la diffusion du latin ?

Le latin vulgaire.

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