Fiche de révision : Histoire, mémoire et justice internationale

Plan du Cours

  1. Histoire et mémoire
  2. Mémoire officielle et mémoires concurrentes
  3. Devoir de mémoire et lois mémorielles
  4. Liberté de l’historien
  5. Procès de Nuremberg
  6. Crime contre l’humanité et génocide
  7. Justice pénale internationale
  8. Historiens aux procès nationaux

1. Histoire et mémoire

Notions clés & Définitions

  • Histoire : Approche scientifique des faits passés qui vise un récit objectif grâce à la critique et à la confrontation des sources pour expliquer le passé de façon neutre.
  • Mémoire : Ensemble de souvenirs liés à un événement vécu par un individu ou un groupe, porté par un lien affectif et donc subjectif et partiel.
  • Sources : Eléments utilisés par l’historien (archives, témoignages, etc.) qu’il doit critiquer et replacer dans leur contexte de production.

Points essentiels

  • L’histoire étudie et explique le passé à partir d’une exigence d’objectivité, alors que la mémoire reconstruit le vécu à partir d’un attachement affectif.
  • L’historien s’appuie sur la critique des sources, notamment des témoignages, qu’il doit replacer dans leur contexte de création.
  • La mémoire est à la fois un objet d’histoire (l’évolution des mémoires) et une source pour l’historien.

Astuce mémo

Histoire = critique des sources ; Mémoire = souvenir affectif (et donc partiel).

2. Mémoire officielle et mémoires concurrentes

Notions clés & Définitions

  • Mémoire officielle : Mémoire reconnue et mise en scène par l’État, qui valorise certains récits et en minore d’autres dans l’espace public.
  • Mémoires émancipées : Processus par lequel des mémoires auparavant étouffées émergent et entrent en conflit avec le récit dominant.
  • Mémoires de la Seconde Guerre mondiale : Ensemble de mémoires liées à l’événement, plurielles, qui peuvent se contredire et devenir des objets d’histoire.

Points essentiels

  • Jusqu’aux années 1970, les mémoires de la Seconde Guerre mondiale sont étouffées par une mémoire officielle mise en scène par l’État.
  • À partir des années 1970, des mémoires étouffées se réveillent, notamment grâce aux travaux d’historiens et à certains procès.
  • Les mémoires entrent en conflit quand l’événement est traumatique, en particulier entre groupes et parfois entre États.

Astuce mémo

Mémoire officielle étouffe ; années 1970 réveillent puis conflit.

3. Devoir de mémoire et lois mémorielles

Notions clés & Définitions

  • Devoir de mémoire : Obligation morale de se souvenir d’un événement tragique afin qu’il ne se reproduise pas.
  • Lois mémorielles : Textes de loi promulgués au nom du devoir de mémoire, pour encadrer la reconnaissance et la discussion de certains faits du passé.
  • Loi Gayssot : Loi de 1990 qui condamne le négationnisme de la Shoah et vise à empêcher la manipulation de l’histoire par des groupes de mémoire.
  • Loi Taubira : Loi de 2001 qui qualifie la traite et l’esclavage de crime contre l’humanité.

Points essentiels

  • Le conflit mémoriel produit dans les années 1980 l’idée de devoir de mémoire, en lien avec la contestation négationniste des génocides.
  • La loi Gayssot de 1990 condamne le négationnisme de la Shoah afin d’éviter des manipulations de l’histoire.
  • La loi Taubira de 2001 fait de la traite et de l’esclavage un crime contre l’humanité, au service d’une demande de reconnaissance.

Astuce mémo

Devoir de mémoire → lois : 1990 (Gayssot) puis 2001 (Taubira).

4. Liberté de l’historien

Notions clés & Définitions

  • Liberté pour l’histoire : Association fondée en 2005 qui défend l’autonomie de l’histoire face aux interventions politiques et judiciaires.
  • Pierre Nora : Historien mentionné comme fondateur, en 2005, de l’association Liberté pour l’histoire.
  • Libération : Média où est publiée la tribune citée, datée du 13 décembre 2005, qui défend la liberté du travail historique.

Points essentiels

  • Pierre Nora critique les interventions politiques dans l’appréciation du passé et soutient des principes pour protéger l’histoire.
  • La tribune affirme que l’histoire n’est ni une religion, ni la morale, ni un objet juridique relevant du Parlement ou de la justice.
  • La position est que l’historien établit des faits par confrontation des souvenirs et des documents, pas une vérité imposée par une juridiction.

Astuce mémo

Ni dogmes, ni morale, ni droit : l’histoire explique, pas elle ne juge ni n’interdit.

5. Procès de Nuremberg

Notions clés & Définitions

  • Dénazification : Processus engagé par les Alliés après la Seconde Guerre mondiale pour juger, en partie, les plus hauts dignitaires nazis.
  • Tribunal pénal international : Juridiction créée pour juger les responsables nazis à Nuremberg, présentée comme une nouveauté.
  • Nuremberg : Ville où se tient le procès mené par les Alliés, entre 1945 et 1946.
  • Raphael Lemkin : Juriste polonais cité pour la création du terme génocide en 1944.

Points essentiels

  • Le procès de Nuremberg se tient de 1945 à 1946 et s’inscrit dans la dénazification engagée par les Alliés.
  • Le tribunal est composé de quatre juges représentant les quatre vainqueurs, à l’exception de la Chine.
  • De nouvelles notions juridiques sont créées pour juger des crimes d’une ampleur nouvelle : génocide (créé en 1944) et crime contre l’humanité (créé en 1945).

Astuce mémo

Nuremberg 1945-1946 = tribunal international + naissance juridique de génocide et crime contre l’humanité.

6. Crime contre l’humanité et génocide

Notions clés & Définitions

  • Crime contre l’humanité : Qualification juridique visant certaines exactions contre des populations civiles, utilisée comme chef d’accusation au tribunal de Nuremberg.
  • Crime de guerre : Qualification utilisée pour des crimes commis contre des militaires, distincte des crimes contre l’humanité.
  • Génocide : Catégorie de crime de masse visant la destruction méthodique d’un groupe humain selon des critères précis.
  • Cour pénale internationale : Premier tribunal international permanent lié à l’ONU, créé en 2002, avec un statut signé en 1998.

Points essentiels

  • Au départ, le crime contre l’humanité vise des exactions contre des populations civiles en temps de guerre : assassinat, extermination, réduction en esclavage, déportation et persécution.
  • Le crime contre l’humanité est imprescriptible, contrairement aux crimes de guerre commis contre des militaires.
  • Le génocide repose sur l’objectif d’anéantissement, des motifs raciaux, religieux ou ethniques, et une programmation organisée de cet anéantissement.

Astuce mémo

Génocide = intention d’anéantir + motifs + organisation ; Crime contre l’humanité = ciblage de civils + imprescriptible.

7. Justice pénale internationale

Notions clés & Définitions

  • Tribunaux internationaux exceptionnels : Tribunaux créés dans les années 1990 pour juger de nouveaux crimes de masse commis au Rwanda et en Ex-Yougoslavie.
  • Cour pénale internationale (CPI) : Institution permanente créée en 2002 et dépendante de l’ONU, dont les statuts sont signés en 1998.
  • Justice pénale internationale : Ensemble de mécanismes judiciaires mis en place après la Seconde Guerre mondiale pour juger certains crimes à l’échelle internationale.

Points essentiels

  • Après la Seconde Guerre mondiale, la justice pénale internationale se constitue pour juger les crimes de guerre commis par les forces de l’Axe, puis s’étend dans les années 1990.
  • La CPI est créée en 2002 après la création de tribunaux exceptionnels dans les années 1990, et les statuts sont signés en 1998.
  • L’efficacité de la CPI est fragilisée car elle ne peut juger que les crimes commis sur des territoires d’États ayant accepté sa compétence, comme illustré par États-Unis, Russie, Chine et Inde.

Astuce mémo

Années 1990 : tribunaux exceptionnels → besoin de permanence ; 2002 : CPI.

8. Historiens aux procès nationaux

Notions clés & Définitions

  • Procès de Maurice Papon : Procès national mentionné où un historien est appelé à témoigner en 1997 pour éclairer le contexte des faits.
  • Henry Rousso : Historien cité qui refuse de participer comme historien à un procès pour crime contre l’humanité (notamment le procès Papon).
  • Robert Paxton : Historien américain spécialiste du régime de Vichy cité comme appelé à témoigner en 1997 lors du procès de Maurice Papon.

Points essentiels

  • Comme les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles, des procès peuvent avoir lieu longtemps après les faits, ce qui motive un recours à des historiens pour contextualiser.
  • Robert Paxton est appelé à témoigner en 1997 lors du procès de Maurice Papon pour crimes contre l’humanité.
  • Henry Rousso estime que l’historien ne peut pas être un témoin au sens juridique ni un expert au sens judiciaire, car sa pratique ne correspond pas aux règles d’une juridiction de jugement.

Astuce mémo

Rousso refuse : l’historien n’est ni témoin juridique ni expert juridique.

Repères chronologiques

DateÉvénement
années 1970Réveil des mémoires étouffées de la Seconde Guerre mondiale.
1972Publication de La France de Vichy de Robert Paxton sur la participation à la déportation des Juifs.
1990Loi Gayssot contre le négationnisme de la Shoah.
2001Loi Taubira qualifiant la traite et l’esclavage de crime contre l’humanité.
2005Fondation de l’association Liberté pour l’histoire par Pierre Nora.
1945Création de la notion de crime contre l’humanité (et début du procès de Nuremberg).
1946Fin du procès de Nuremberg.
1944Création du terme génocide par Raphael Lemkin.
1997Témoignage de Robert Paxton lors du procès de Maurice Papon.
décembre 2005Publication de la tribune dans Libération (13 décembre 2005).

Tableaux de synthèse

Histoire vs Mémoire

AspectHistoireMémoire
StatutScience humaineEnsemble de souvenirs
ButExpliquer le passé avec un récit objectifFaire revivre le passé d’un groupe avec un récit subjectif
MéthodeCritique et confrontation des sourcesUtilisation sélective et approche affective des souvenirs
ProductionPar des historiens spécialistesLiée à un individu ou un groupe

Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre critique des sources (histoire) avec acceptation des témoignages sans contextualisation.
  2. Penser que toutes les mémoires se ressemblent alors que plusieurs récits concurrents existent, notamment autour de la Seconde Guerre mondiale.
  3. Croire que le devoir de mémoire vise une analyse scientifique : c’est d’abord une obligation morale, qui peut créer des tensions et des lois.
  4. Mélanger crimes contre l’humanité et crimes de guerre : les premiers visent des civils et sont imprescriptibles, les seconds visent des militaires.
  5. Réduire le génocide à “un crime de masse” sans l’intention d’anéantissement, les motifs et la programmation organisée.
  6. Penser que la CPI juge tous les crimes sur tous les territoires : sa compétence est fragilisée par l’absence de ratification ou d’engagement de certains États.
  7. Supposer que les historiens au procès “témoignent” comme des témoins juridiques : Henry Rousso distingue formellement expertise et rôle judiciaire.

Checklist Examen

  1. Définir l’histoire et la mémoire, en distinguant leur but et leur caractère (objectif vs subjectif).
  2. Expliquer comment l’historien traite les sources, notamment les témoignages, en les critiquant et en les replaçant dans leur contexte.
  3. Dire pourquoi la mémoire peut devenir un objet d’histoire et aussi une source pour l’historien.
  4. Caractériser la notion de mémoire officielle et indiquer à quel moment des mémoires étouffées se réveillent en France.
  5. Relier le conflit mémoriel à l’apparition du devoir de mémoire et citer l’idée centrale qui le fonde.
  6. Citer la loi Gayssot de 1990 et son objet (condamner le négationnisme de la Shoah).
  7. Citer la loi Taubira de 2001 et sa conséquence pénale (traite et esclavage comme crime contre l’humanité).
  8. Résumer les principes de Liberté pour l’histoire sur la séparation de l’histoire, de la morale et du juridique.
  9. Expliquer le cadre du procès de Nuremberg : période, tribunal et composition des juges.
  10. Définir crime contre l’humanité et donner les catégories d’exactions mentionnées au départ contre des populations civiles.
  11. Dire au moins une distinction entre crime contre l’humanité et crimes de guerre, en incluant l’imprescriptibilité.
  12. Donner les trois critères du génocide : objectif, motifs et programmation organisée d’anéantissement.
  13. Expliquer l’évolution de la justice pénale internationale : de la Seconde Guerre mondiale aux années 1990, puis à la CPI.
  14. Citer la fragilité de l’efficacité de la CPI et la relier à l’engagement/réserves des États mentionnés dans le cours.

Teste tes connaissances

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1. Quelle est la principale différence entre l’histoire et la mémoire ?

2. Que doit faire l’historien lorsqu’il utilise des témoignages comme sources ?

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Histoire — définition ?

Approche scientifique du passé, objectif.

Mémoire — définition ?

Souvenirs subjectifs liés à un vécu.

Sources — rôle ?

Fournissent les éléments pour l’historien.

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