★ À maîtriser
Dans l’Orestie d’Eschyle, Agamemnon sacrifie Iphigénie, Clytemnestre assassine Agamemnon, Oreste tue sa mère pour venger son père, puis les Érinyes le poursuivent pour matricide.
Le matricide d’Oreste est présenté comme exigé par la piété filiale, par l’adage grec selon lequel le sang doit être payé par le sang et par l’ordre d’Apollon transmis par l’oracle de Delphes.
Dans la vengeance, le châtiment produit un nouveau crime et perpétue ainsi le cycle de violence qu’il était censé abolir.
🔄 La logique de rétribution enchaîne :
Compléments
📌 Dans l’Orestie, le droit de Clytemnestre à tuer Agamemnon pour le sacrifice d’Iphigénie entre en conflit avec le droit d’Oreste à venger son père et à obéir au commandement divin.
📌 La vengeance prétend réparer un tort par un châtiment, mais son caractère de volonté particulière transforme cette réparation en nouvelle infraction. - G.W. HEGEL, Principes de la philosophie du droit, §102-103
Dans la justice grecque archaïque, la justice est un ordre cosmique, civil et familial qui attribue à chacun la place qui lui revient dans un système hiérarchisé.
Dans la justice grecque archaïque, l’impartialité signifie que la justice s’applique à tous les coupables et ne se confond pas avec la neutralité.
Dans la justice grecque archaïque, la transgression de l’ordre appelle une sanction dont le châtiment constitue la juste réparation.
Dans les Principes de la philosophie du droit, §102-103, G.W. HEGEL décrit la vengeance comme un progrès à l’infini qui se transmet de génération en génération tant que la contradiction n’est pas résolue.
Dans l’Orestie, Clytemnestre justifie le meurtre d’Agamemnon par le sacrifice d’Iphigénie, Oreste justifie le meurtre de Clytemnestre par l’assassinat de son père, et les Érinyes réclament le châtiment d’Oreste pour le meurtre de sa mère.
Les symboles traditionnellement attribués à la justice sont :
Le châtiment produit un nouveau crime, qui appelle à son tour un châtiment.
★ À maîtriser
📌 La justice recourt à une procédure codifiée et à une institution judiciaire, tandis que la vengeance relève de l’initiative personnelle de celui qui a subi le tort.
La justice institutionnelle substitue à l’usage physique de la force une force persuasive fondée sur le jugement et vise à mettre fin au cycle de violence arbitraire.
Dans l’Orestie, Athéna institue un tribunal pour juger Oreste et apaiser les Érinyes, faisant passer la justice de l’initiative personnelle à une justice pénale institutionnalisée et codifiée.
Compléments
Le tribunal transfère le conflit de la sphère intime et familiale vers une procédure pénale collective où les juges interviennent comme tiers étrangers au conflit.
La justice vise la rétribution et la réparation du tort, tandis que la vengeance vise la satisfaction et la restauration de l’honneur blessé.
La justice doit juger le coupable de façon impersonnelle et rationnelle plutôt que l’exécuter de manière arbitraire et passionnelle.
La sentence judiciaire vise à mettre fin au cycle de vengeance, tandis que la vengeance risque d’entretenir indéfiniment ce cycle en réparant un tort par un nouveau tort.
Une réparation judiciaire jugée insuffisante par la victime peut faire renaître la vengeance.
Se faire justice relève de l’initiative personnelle ; rendre la justice relève d’un tribunal impartial.
★ À maîtriser
📌 La force physique obtient l’obéissance par la puissance et exerce une domination, tandis que la justice demande l’obéissance par la reconnaissance et repose sur la liberté.
📌 La justice vise à mettre fin aux rapports de force en réglant rationnellement les conflits, mais son efficacité dépend d’une force coercitive dans ses moyens et dans ses effets.
Compléments
La force légale est présentée comme le principe de coexistence des libertés.
Nier le droit d’autrui revient à se nier soi-même comme sujet de droit.
La force coercitive de la justice agit dans ses moyens en rendant les décisions exécutoires, y compris par la force publique lorsque leur destinataire refuse de s’y soumettre.
La force coercitive de la justice agit dans ses effets en punissant et en contraignant les conduites, notamment par la prison ou le retrait du bien foncier, du droit de vote ou du droit d’enseigner.
Le paradoxe est que la force semble être la condition d’application de la justice alors que celle-ci est censée abolir les rapports de force et la violence arbitraire.
📌 La justice institutionnelle peut être comprise comme une forme institutionnalisée du désir de vengeance, puisqu’elle a aussi pour tâche de faire payer les criminels.
Face à une institution judiciaire corrompue, la vengeance ou d’autres pouvoirs peuvent prétendre prendre en charge la légitimité et l’exigence de justice, comme le montre la figure du justicier.
Face à une erreur judiciaire ou à une loi scélérate, la vengeance peut apparaître comme la seule voie d’action droite.
Antigone de Sophocle et Le Parrain de Francis Ford Coppola (1972) illustrent l’ambiguïté entre le légal et le légitime.
Le légal suit la loi écrite ; le légitime s’appuie sur des valeurs morales.
★ À maîtriser
Dans les Pensées, fragment 94, Pascal écrit que la justice sans la force est impuissante et que la force sans la justice est tyrannique.
Pascal affirme qu’il faut unir justice et force en faisant que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. - Pensées
Une force qui prétend rendre justice hors de la loi risque d’instaurer une nouvelle domination répressive.
Un acte moralement juste tire sa légitimité de sa reconnaissance, et non d’une force qui l’impose, car un acte accompli sous la contrainte ou la peur n’est pas libre.
Compléments
Pascal oppose la justice, sujette à dispute, à la force, qui est très reconnaissable et sans dispute. - Pensées
Selon Pascal, faute de pouvoir rendre la justice forte, les hommes ont fait que ce qui est fort soit tenu pour juste. - Pensées
Un idéal de justice qui ne recourt jamais à la force risque de ne pas être appliqué face aux résistances de l’expérience.
La force sans justice domine ; la justice sans force reste impuissante.
★ À maîtriser
📌 Dans le Gorgias de Platon, Calliclès oppose la justice selon la nature (phusis), libre affirmation de puissance, à la justice selon la loi (nomos), qui cherche à contenir les puissants.
Compléments
Pour Calliclès, les lois sont des conventions établies par les hommes et ne sont pas des faits de nature. - Gorgias
Selon Calliclès, la loi du plus fort s’observe :
Dans la conception de Calliclès, la justice légitime l’inégalité naturelle entre les êtres comme une relation de commandement entre un principe supérieur et un élément inférieur. - Gorgias
Phusis affirme la puissance ; nomos la contient par convention.
★ À maîtriser
Dans Surveiller et punir, Foucault présente la loi comme la volonté du roi : transgresser la loi revient donc à offenser personnellement le souverain.
Dans le régime du supplice décrit par Foucault, le souverain répond à l’offense par une contre-force et punit le criminel comme un ennemi. - Surveiller et punir
Le supplice est un rituel politique public qui restaure et glorifie la puissance blessée du souverain, et sa peine peut être démesurée. - Foucault, Surveiller et punir
Compléments
La force judiciaire s’exerce selon trois rapports (Foucault) :
🔄 Le supplice suit une chaîne politique (Foucault) :
Infraction → offense → réplique → spectacle.
★ À maîtriser
📌 Dans la justice spectaculaire, le pouvoir se montre et les sujets sont peu visibles, tandis que dans la justice disciplinaire le pouvoir devient invisible et les sujets sont observés. - Foucault, Surveiller et punir
Dans la modernité, l’établissement du droit ne supprime pas les rapports de force, mais les transforme en dispositif disciplinaire d’obéissance, de surveillance et de contrôle. - Foucault, Surveiller et punir
Le pouvoir disciplinaire produit l’obéissance par la menace de la sanction et une surveillance permanente, plutôt que par le supplice spectaculaire. - Foucault, Surveiller et punir
Compléments
La force du supplice est publique, rituelle et démesurée, tandis que celle du pouvoir disciplinaire est douce, continue et diffuse. - Foucault, Surveiller et punir
Le pouvoir souverain revendique le droit de faire mourir et de laisser vivre, tandis que le pouvoir moderne cherche à faire vivre et à laisser mourir en assujettissant les corps et en contrôlant les populations. - Foucault, Surveiller et punir
La justice spectaculaire juge le crime comme offense au souverain, tandis que la justice disciplinaire cible le criminel, sa dangerosité, ses conduites et son âme au moyen d’experts et de savoirs. - Foucault, Surveiller et punir
Le supplice recherche la terreur et l’obéissance par le spectacle de la force, tandis que le pouvoir disciplinaire vise l’intériorisation de la surveillance et la production de corps dociles et utiles. - Foucault, Surveiller et punir
Le dispositif disciplinaire s’appuie sur (Foucault) :
Le pouvoir classique se montre ; le pouvoir disciplinaire rend visibles les sujets.
★ À maîtriser
📌 La discipline rend les corps prévisibles et utiles en organisant l’espace, le temps, les activités et la composition des forces.
La discipline vise à faire croître proportionnellement l’obéissance et l’efficience sans que la docilité entrave la productivité.
Les opérations disciplinaires consistent à surveiller, examiner et consigner, classer et hiérarchiser, normaliser et corriger, puis individualiser les sujets en dossiers, cas ou profils.
Compléments
Le quadrillage de l’espace attribue une place à chaque individu afin de localiser les personnes et de repérer les présences et les absences.
Le contrôle disciplinaire décompose les actes en éléments afin qu’aucun geste ne reste inutile ou oisif.
L’aménagement disciplinaire du temps segmente les durées par des emplois du temps et organise des exercices progressifs en séries orientées vers un point terminal.
Le pouvoir disciplinaire produit un savoir sur les individus, qui permet en retour d’exercer plus finement la force sur eux.
★ À maîtriser
Compléments
📌 Le panoptique est le modèle technique de la surveillance, tandis que le carcéral en est l’extension à l’ensemble du corps social.
L’examen expose les individus contrôlés tandis que le pouvoir se retire dans l’ombre, créant une dissymétrie entre contrôleur et contrôlé.
L’examen transforme le sujet en cas et en document, notamment sous la forme d’un dossier, d’un registre, d’un bulletin ou d’une expertise.
Le panoptique surveille ; le carcéral étend cette surveillance à toute la société.
★ À maîtriser
📌 La violence peut détruire l’oppresseur sans détruire le rapport de domination, et rien ne garantit qu’une force émancipatrice ne produise pas une nouvelle oppression.
La colonisation nie le droit des individus à disposer de leur territoire, leur liberté en les réduisant à l’esclavage et leur droit de propriété en exploitant leurs ressources et en soumettant leurs possessions.
Selon Fanon, la violence n’est ni une tempête absurde, ni la résurrection d’instincts sauvages, ni l’expression d’un ressentiment, mais une manière pour l’homme meurtri de se recomposer et de reconquérir sa dignité. - Les Damnés de la terre
La violence coloniale commence par une agression physique et militaire, s’intériorise chez les colonisés sous forme de terreur, puis peut resurgir contre le colonisateur.
Compléments
La violence rendue au colonisateur est, le reflet de celle qu’il a lui-même infligée.
Selon Fanon, la douceur ne peut guérir les marques de la violence subie et la violence seule purifie la souffrance. - Les Damnés de la terre
Dans la préface aux Damnés de la terre, Sartre affirme que tuer l’oppresseur reviendrait, au premier temps de la révolte, à supprimer ensemble un oppresseur et un opprimé, en laissant un homme mort et un homme libre.
Violence coloniale subie → intériorisée → retournée contre l’oppresseur.
★ À maîtriser
📌 La force relève de l’ordre physique des causes et des effets et entraîne une soumission par crainte ou prudence, tandis que le droit relève de l’ordre moral de la liberté et des devoirs et permet une obéissance consentie.
📌 Le « droit du plus fort » prétend que la force donne une raison légitime d’obéir, alors que la force fait obéir contre son gré et ne produit aucun devoir, lequel suppose une volonté libre.
Selon Rousseau dans Du contrat social, I, 3, céder à la force est un acte de nécessité ou de prudence, jamais un devoir.
La force ne fonde aucun droit : rien n’oblige à obéir au tyran sinon la peur, et la force supprime la liberté que le droit doit garantir. - Rousseau
Si la force faisait droit, le droit changerait dès qu’une force supérieure remplacerait la précédente, et celui qui peut désobéir impunément pourrait alors désobéir légitimement. - Rousseau, Du contrat social
Dans le syllogisme de Rousseau, la force, parce qu’elle impose l’obéissance contre le gré, produit l’asservissement plutôt qu’une obéissance légitime.
Compléments
L’obligation provient de la responsabilité, qui s’enracine dans la liberté.
Rousseau demande : « Qu’est-ce qu’un droit qui périt quand la force cesse ? » et conclut qu’il ne s’agit pas d’un droit, mais de règles imposées par une volonté tyrannique. - Du contrat social
L’argument contre le droit du plus fort réfute aussi le droit divin des rois, selon lequel « tout pouvoir vient de Dieu ». - Rousseau
Pour Rousseau, l’obéissance à la loi que l’on s’est prescrite est liberté.
Dans l’exemple de Rousseau, donner sa bourse à un brigand qui vous surprend au coin d’un bois sous la contrainte n’oblige pas en conscience à la lui donner. - Du contrat social
Tenir une promesse parce qu’on s’est engagé à la tenir illustre une obligation fondée sur un engagement libre.
Force → nécessité ou prudence ; liberté → devoir et obligation.
★ À maîtriser
📌 La liberté naturelle est illimitée mais précaire car elle dépend de la volonté et de la force d’autrui, tandis que la liberté juridique est limitée mais garantie contre la violence d’autrui. - Kant, Doctrine du droit
Une faculté de contraindre est immédiatement associée au droit, qui constitue un obstacle à ce qui fait obstacle à la liberté. - Kant, Doctrine du droit
La constitution oppose les égoïsmes individuels sous une loi commune : les forces se neutralisent et la conduite publique peut être ordonnée sans que les hommes deviennent bons. - Kant, Projet de paix perpétuelle
Compléments
Dans l’état de nature, la guerre constitue une sphère de non-droit où seule la force impose son ordre. - Kant, Projet de paix perpétuelle
Le droit exclut la violence en empêchant chacun de nier la liberté d’autrui pour imposer la sienne. - Kant, Doctrine du droit
Force de la violence → contrainte de la loi
★ À maîtriser
Dans une cité juste, la force n’est pas exclue, mais occupe une place déterminée et subordonnée à la raison. - Platon, La République
Pour Platon, la justice intérieure est la condition de la justice politique : il faut ordonner la force en soi avant de l’exercer sur autrui. - Gorgias ; La République
L’éducation ordonne progressivement l’âme par la musique et les récits épurés, la gymnastique, puis les sciences et la dialectique, avant d’éprouver la capacité à gouverner dans les fonctions publiques et les commandements militaires. - Platon, La République
Compléments
📌 Dans la cité, la justice est l’ordre de la cité, tandis que dans l’âme, la vertu de justice est l’harmonie de l’âme. - Platon, La République
Chez Platon, la raison délibère et commande en vue du bien du tout, et sa vertu est la sagesse. - La République
Chez Platon, le thumos représente la force, l’ardeur et l’indignation ; il exécute et défend, et sa vertu est le courage. - La République
Chez Platon, les désirs assurent la subsistance et recherchent le plaisir, et leur vertu est la tempérance. - La République
Chez Platon, le tyran est maître de tous mais esclave de lui-même lorsqu’il est soumis à ses passions. - Gorgias ; La République
Se gouverner soi-même ne consiste pas à éradiquer ses désirs, mais à en jouir avec mesure : la justice est harmonie, non mutilation. - Platon, Gorgias ; La République
Chez Platon, le pouvoir est une charge et non un privilège. - La République
Selon Platon, un homme libre ne doit rien apprendre en esclave. - La République
Dans la cité, la raison tient les rênes du thumos
★ À maîtriser
Les institutions et agents chargés d’appliquer la loi comprennent :
L’État détient le monopole de la violence légitime à travers les institutions qui font appliquer le droit.
L’usage public de la raison, chez Kant, ménage un espace où les individus peuvent critiquer librement et sans crainte du danger l’autorité de l’État.
Compléments
Raison publique libre → critique des dérives de l’État
| Dimension | Justice | Vengeance |
|---|---|---|
| Moyens | Procédure codifiée et institution judiciaire | Initiative personnelle de la victime |
| Fins | Rétribution et réparation du tort | Satisfaction et restauration de l’honneur blessé |
| Effets | Vise à interrompre le cycle de violence | Risque de perpétuer le cycle de violence |
| Risque | Une réparation jugée insuffisante peut relancer la vengeance | Un nouveau tort appelle un nouveau châtiment |
| Dimension | Justice spectaculaire | Justice disciplinaire |
|---|---|---|
| Visibilité | Le pouvoir se montre | Le pouvoir est invisible et les sujets sont observés |
| Force | Publique, rituelle et démesurée | Douce, continue et diffuse |
| Objet du jugement | Le crime comme offense au souverain | Le criminel, ses conduites et sa dangerosité |
| Effet recherché | Terreur et obéissance par le spectacle | Surveillance intériorisée et corps dociles et utiles |
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1. Dans l’Orestie, quelle suite d’événements conduit les Érinyes à poursuivre Oreste ?
2. Oreste hésite à tuer Clytemnestre après le meurtre d’Agamemnon : quel ensemble de raisons présente son matricide comme exigé ?
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Dans l’Orestie d’Eschyle, pourquoi Oreste tue-t-il Clytemnestre ?
Pour venger son père, Agamemnon.
Selon quel oracle le matricide d’Oreste est-il ordonné ?
L’oracle d’Apollon à Delphes.
Que désigne le droit ?
Un ensemble de règles délimitant le permis et le défendu.
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