Fiche de révision : Les enjeux du costume en scène

📋 Plan du Cours

  1. Origines du terme costume et enjeux picturaux
  2. Du tailleur au costumier : recherche et mutation
  3. Barthes et le costume comme argument dramaturgique
  4. Former le corps : corporalité, volume et mécanique
  5. Matière et transformation : glaise, masque et interface
  6. Couleur : perception, teinture et programmation du sens
  7. Nu et nudité : corps culturalisé et enjeux politiques

📖 1. Origines du terme costume et enjeux picturaux

🔑 Notions clés & Définitions

  • Costume : Terme lié à la discipline picturale, utilisé pour désigner une représentation vraisemblable des objets et des vêtements dans l’image.
  • Costumé : Principe pictural qui impose de représenter les éléments de manière vraisemblable en se renseignant sur les façons de s’habiller et l’époque représentée.
  • Hypertrophie du costume : Défaut de lecture scénique où le costume prend trop de place et empêche de comprendre ses liens avec le jeu, le corps et l’œuvre.

📝 Points essentiels

  • Le chevalier de Jaucourt atteste le terme « costume » dans l’Encyclopédie et l’inscrit du côté de la peinture, pas de la fabrication théâtrale.
  • À partir du 17e siècle, les tableaux habillent les personnages selon le temps de la peinture pour viser la vraisemblance plutôt que le rêve.
  • Pour Barthes, un mauvais costume vient de l’hypertrophie historique, de la beauté formelle sans lien avec l’œuvre ou de la somptuosité qui écrase le corps et l’action.

💡 Astuce mémo

Vraisemblance = « costumé » ; Trop de costume = « hypertrophie » (on perd les liens avec jeu et œuvre).

📖 2. Du tailleur au costumier : recherche et mutation

🔑 Notions clés & Définitions

  • Syndrome haute-couture : Syndrome : dérive où le costume privilégie la beauté formelle au détriment du sens de l’œuvre.
  • Costume argument : Costume argument : idée selon laquelle le costume doit raconter l’histoire et participer à la dramaturgie.
  • Corporalité : Corporalité : prise en compte de la morphologie et de l’expérience corporelle de l’interprète pour façonner la perception du spectateur.

📝 Points essentiels

  • Le costume doit être un travail de la matière qui produit une sensation d’époque via la façon dont le tissu est travaillé.
  • Le costume doit être une humanité : la matière est posée sur un corps vivant, donc la forme et les qualités doivent viser le corps réel.
  • Chez Oskar Schlemmer, le passage du plan au volume se fait par la stéréométrie et l’espace, avec une logique mécanique du corps (marionnette vs danseur).

💡 Astuce mémo

Matière → époque ; Corps → humanité ; Espace (Schlemmer) → plan→volume.

📖 3. Barthes et le costume comme argument dramaturgique

🔑 Notions clés & Définitions

  • Principe du faux corps : Principe où l’interprète est invité à « rentrer » à l’intérieur d’un costume pour produire un corps représenté plutôt qu’un corps vécu.
  • Régime du dessin : Méthode de costumier où le dessin se fait directement sur le corps, afin de faire croire au spectateur qu’il pourrait caresser le costume.

📝 Points essentiels

  • Schlemmer oppose le danseur faillible à la marionnette manipulable, mécanique et infatigable, pensée pour faire « voir » l’espace.
  • Maguy Marin reprend l’idée de corps augmenté avec des costumes qui élargissent les limites corporelles, modifient les mouvements et rendent la danse moins académique.
  • Odile Duboc propose une corporalité modulée par la respiration, tandis que Fabrègue conçoit des coupes en un seul morceau et travaille les lignes de couture pour faire circuler une seule surface de tissu sur le corps.

📖 4. Former le corps : corporalité, volume et mécanique

🔑 Notions clés & Définitions

  • Glaise : Matière modelable utilisée pour transformer l’apparence du corps par le geste et par ses réactions pendant l’expérience.
  • Corporalité : Dimension du corps pensée comme matière agissante, capable de produire des formes, des traces et des effets dans l’espace.

📝 Points essentiels

  • Olivier de Sagazan transforme le visage en appliquant puis détruisant la glaise et des volumes, ce qui fait apparaître de nouvelles formes (bouche/mâchoire) par le geste et la réaction de la matière.
  • La matière appelle des formes et des gestes : le costumier choisit une substance qui tient, correspond à l’action scénique et rend possible la transformation du masque.
  • Chez Roland Barthes, le costume signifie aussi par sa matérialité : il relie corps, substance du costume et milieu, et l’usure n’a de sens que si la matière est travaillée.

📖 5. Matière et transformation : glaise, masque et interface

🔑 Notions clés & Définitions

  • Argile : Matière première qui, une fois transformée en milieu scénique, permet de faire émerger une autre temporalité par le travail du costume.
  • Temps (substance première) : Principe central de la pièce, rendu visible par la contamination de l’espace par le corps et par les traces matérielles laissées.
  • Couleur : Phénomène lié à la lumière et à la perception, mais aussi à une composition calculable qui dépend des conditions d’éclairage et de l’œil.

📝 Points essentiels

  • Louise Marin formalise le temps via le costume : le corps ne raconte pas le temps, il laisse des traces et la poussière matérialise la durée.
  • Descartes définit la matière comme propriété de mesurabilité, chaque matière ayant ses qualités de mesurabilité, ce qui relie extension du corps et matériau signifiant le passage du temps.
  • La couleur n’est pas un simple code symbolique : elle dépend de la lumière, de la perception et de la composition, donc une couleur choisie au plateau peut ne pas correspondre à celle visée.

📖 6. Couleur : perception, teinture et programmation du sens

🔑 Notions clés & Définitions

  • Symbolique des couleurs : Système où une couleur est chargée de significations, ce qui peut enfermer l’interprétation et biaiser le discours scénique.
  • Héraldique : Étude des blasons qui sert de point de départ pour analyser les couleurs elles-mêmes plutôt que leurs seuls symboles.
  • Programmation du sens : Production de sens par le costumier via des rapports entre couleurs, vêtements, carnations, espace et progression temporelle.

📝 Points essentiels

  • La couleur évolue chimiquement avec le temps, ce qui complique le discours si on ignore la fabrication réelle des teintes.
  • Le sens ne vient pas d’une couleur isolée mais des rapports entre vêtements, carnations et scénographie, puis de leur progression.
  • Teindre est un geste dramaturgique : le costumier analyse le matériau (fibres, absorption), choisit pigments et temps de teinture pour obtenir intensité puis croisements de couleurs.

📖 7. Nu et nudité : corps culturalisé et enjeux politiques

🔑 Notions clés & Définitions

  • Nu : Le nu est l’apparence du corps sans vêtements, perçue comme acceptable dans un cadre culturel donné.
  • Nudité : La nudité est l’état d’être dépouillé de ses vêtements, associé à une gêne ressentie dans cette situation.
  • Corps culturalisé : Le corps culturalisé est un corps rendu lisible par des codes (lumière, blancheur, lissage, âge, signes) qui orientent son interprétation.

📝 Points essentiels

  • Dans l’idéologie nazie, le corps est présenté comme idéal à atteindre (lisse, blanc, imberbe) et relié à une mission politique de « construction ».
  • Le nu et la nudité sont traités comme une dialectique : les œuvres cherchent à produire une expression du nu plutôt qu’un simple état de nudité.
  • Dans Jérôme Bel (1994), la mise en scène vise un spectacle « nu » (lumière simple, voix, corps peu sémantisé) mais le corps reste malgré tout porteur d’indices comme l’âge.

📅 Repères chronologiques

DateÉvénement
17e siècleDébut de la représentation « costumé » : habiller les personnages selon le temps où le tableau est peint pour viser la vraisemblance.
18ème siècleTexte publié dans l’Encyclopédie : l’article « Costumé » du chevalier de Jaucourt atteste le terme et le rattache à la discipline picturale.
1921-1929Oskar Schlemmer enseigne au Bauhaus (1921-1929).
1927Danse des bâtons (1927) : abstraction/schématisation du corps via le costume et le bâton.
1955Roland Barthes publie « Les Maladies du costume de théâtre ».
1989Maguy Marin : Groosland (1989) et May b (1989).
1994Jérôme Bel : Jérôme Bel (1994).
11/02/2026Séance : « Les gestes qui ont vocation à former le costume ».
15/04/2026Séance : « La matière ».
29/04/2026Séance : « La couleur ».

📊 Tableaux de synthèse

Critères d’un « bon » vs « mauvais » costume (Barthes)

TypeCe qui pose problème / ce qui doit être faitEffet sur le sens
Mauvais costumeHypertrophie historique : éléments trop présents qui empêchent de lire les liens costume/jeu ; hypertrophie de beauté formelle sans rapport ; hypertrophie de somptuositéEnferme le costume dans une dimension muséale ou dans l’excès : le costume ne raconte rien et écrase le corps et l’action
Bon costumeLe costume doit être un argument ; travail de la matière pour donner la sensation d’une époque ; prise en compte de la corporalité (corps en vie, morphologie)Le costume devient un élément qui raconte l’œuvre et relie corps, matière et milieu

⚠️ Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre « costume » (terme pictural, vraisemblance) et « costume de théâtre » (fabrication d’habits) : le cours insiste sur l’origine encyclopédique picturale.
  2. Croire que le « costumé » vise le rêve : en réalité, il s’agit de vraisemblance (habiller selon le temps de peinture, recherches historiques).
  3. Penser que le costumier fait surtout des dessins/maquettes : le métier est présenté comme un ensemble de pratiques, et Barthes critique le plan au profit du volume et du travail matériel.
  4. Réduire le « mauvais costume » à un problème de goût : pour Barthes, c’est surtout l’hypertrophie (historique, beauté formelle, somptuosité) qui coupe les liens avec jeu et œuvre.
  5. Confondre corporalité et simple apparence : c’est une expérience (perception spectateur + expérience corporelle interprète) et une prise en compte de la morphologie.
  6. Croire que la couleur est un code symbolique fixe : le cours montre qu’elle dépend de la lumière, de la perception, de la composition et de la fabrication (teinture, fibres, pigments).
  7. Opposer nu et nudité comme deux états identiques : le cours insiste sur une dialectique (nu acceptable/culturel vs nudité comme gêne) et sur l’enjeu de l’expression du nu plutôt que de la nudité.

✅ Checklist Examen

  1. Définir « costume », « costumé » et « hypertrophie du costume » en reliant le tout à la vraisemblance picturale.
  2. Expliquer ce que dit Jaucourt dans l’Encyclopédie : attestation du terme « Costumé » et rattachement à la discipline picturale (pas à la fabrique théâtrale).
  3. Décrire le principe du « costumé » : recherches sur les manières de s’habiller/époques et objectif de vraisemblance dans les tableaux.
  4. Retracer la mutation du métier : tailleurs-costumiers (recherche historique) puis « costumier » et bascule vers une œuvre plus technique à la fin du XIXe siècle, avec féminisation.
  5. Résumer la problématique de Barthes : ce qu’est un bon vs mauvais costume et pourquoi le costume doit devenir un « argument ».
  6. Lister les trois hypertrophies du mauvais costume (historique, beauté formelle, somptuosité) et donner l’effet produit sur la lecture de l’œuvre.
  7. Expliquer les deux définitions du cours : costume comme outil de travail pour l’interprète et « costumer » comme qualification d’un corps sur scène (forme/couleur/matière).
  8. Expliquer pourquoi former un corps ne revient pas seulement à le déformer : plan vs volume, et rôle de la corporalité (expérience du corps).
  9. Présenter Schlemmer : passage du plan au volume par stéréométrie, logique mécanique (marionnette vs danseur), et le principe du faux corps.
  10. Relier Maguy Marin à l’idée de corps augmenté : Groosland (1989) et modification des mouvements ; puis May b (1989) et la contamination de l’espace par l’argile/poussière matérialisant le temps.
  11. Expliquer le « régime du dessin » chez Fabrègue : dessin sur le corps, coupe en un seul morceau, lignes de couture comme « caresse » et circulation d’une surface de tissu.
  12. Décrire l’apport de Sagazan sur la matière : glaise/volume/masque comme interface transformable par le geste et la réaction de la matière.
  13. Expliquer la thèse de Louise Marin : le corps ne raconte pas le temps, il laisse des traces et la poussière matérialise la durée.
  14. Expliquer le rôle du milieu chez Barthes : lien substantiel entre corps, substance du costume et milieu (matérialité de l’environnement).

Testez vos connaissances

Testez vos connaissances sur Les enjeux du costume en scène avec 11 questions à choix multiples avec corrections détaillées.

1. Dans quel domaine le terme « costume » est-il d’abord rattaché, avant d’être associé à la fabrication théâtrale ?

2. Quelle est la définition principale de 'costume' dans le contexte pictural ?

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Mémorisez les concepts clés de Les enjeux du costume en scène avec 9 flashcards interactives.

Origines du terme costume

Lié à la peinture, désigne une représentation vraisemblable.

Origines du costume

Lié à la peinture, représenter objets et vêtements.

Mutation du métier de costumier

Passage du tailleur à une pratique plus technique et artistique.

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