Fiche de révision : Suffrage universel et élections de 1848

Plan du Cours

  1. Les revendications du suffrage universel
  2. L’instauration du suffrage universel masculin
  3. La préparation du scrutin législatif
  4. Les calendriers et options politiques
  5. Les pratiques et violences électorales
  6. Résultats et représentation des élus
  7. La prolongation de la séquence électorale
  8. L’urne contre le fusil

Repères chronologiques

  1. mai 1840François Arago défend à la Chambre des députés l’idée d’ériger le droit de vote au rang des droits naturels.
  2. 25 février 1848Alphonse de Lamartine promet l’instauration du suffrage universel masculin, sans que cette promesse ait encore de valeur officielle.
  3. 5 mars 1848Le gouvernement provisoire instaure officiellement le suffrage universel masculin par une décision associée à Louis de Cormenin.
  4. 17 mars 1848Une manifestation parisienne de plus de 200 000 personnes réclame le report des élections législatives.
  5. 5 avril 1848L’élection des officiers de la garde nationale à Paris ne donne aucun poste à un ouvrier et contribue à une révolte qui renforce l’image de Paris comme bastion rouge.
  6. 9 avril 1848Le gouvernement fixe les élections législatives afin de légitimer rapidement le régime et de former un gouvernement définitif.
  7. 23 avril 1848Le gouvernement accepte de reporter les élections législatives, alors que les républicains avancés demandaient de les tenir le 31 mai.
  8. 15 mai 1848Une manifestation parisienne tente d’envahir l’Assemblée nationale pour faire pression sur les députés, mais échoue face à la garde nationale.
  9. 4 juin 1848Victor Hugo, Adolphe Thiers et Louis-Napoléon Bonaparte sont élus à Paris lors d’élections partielles.
  10. 17 et 18 septembre 1848Louis-Napoléon Bonaparte est élu de nouveau et son élection est cette fois validée après sa démission préventive de juin.

1. Les revendications du suffrage universel

★ À maîtriser

  • Après les Trois Glorieuses, la monarchie de Juillet maintient un suffrage censitaire qui réserve le vote national à environ 240 000 électeurs, alors que la population dépasse 30 millions d’habitants.

  • François Guizot s’oppose au suffrage universel masculin, estimant que les électeurs insuffisamment indépendants intellectuellement et financièrement sont incapables de choisir raisonnablement et peuvent être manipulés.

  • Les opposants mobilisent plusieurs formes d’action :

    • les insurrections
    • les sociétés de droits de l’homme
    • les journaux républicains
    • les pétitions électorales
    • les banquets républicains de 1847-1848

Compléments

  • Sous la monarchie de Juillet, certaines fonctions, notamment celles de docteur, d’avocat ou d’officier retraité, ouvrent le droit de vote, et le corps électoral municipal compte environ 3 millions de personnes.

  • Alexandre Ledru-Rollin est l’un des principaux organisateurs des banquets républicains, organisés sous couvert de réunions privées dans un contexte où la liberté de réunion est restreinte.

2. L’instauration du suffrage universel masculin

★ À maîtriser

  • L’instauration du suffrage universel masculin fait passer le corps électoral français à environ 9 millions d’électeurs.

📌 Le suffrage universel masculin exclut les femmes, les personnes trop jeunes et les personnes ne satisfaisant pas au critère de résidence.

Compléments

  • Alphonse de Lamartine présente la loi du 5 mars 1848 comme abolissant le prolétariat, alors que le suffrage ne supprime pas la dépendance de ceux qui ne disposent que de leur force de travail.

  • Le Code civil de 1804 maintient la minorité juridique des femmes, et les mouvements féministes réclament sa réforme pour sortir de cette situation.

  • La mise en place du suffrage universel masculin fait craindre des difficultés d’organisation, des votes par méconnaissance et un fort abstentionnisme, tandis que l’enthousiasme démocratique nourrit l’espoir d’un âge nouveau égalitaire et pacifique.

Astuce mémo

L’urne doit remplacer le fusil comme source de légitimité.

3. La préparation du scrutin législatif

★ À maîtriser

  • Le scrutin législatif doit pourvoir 900 sièges, dont 884 en France métropolitaine, 4 en Algérie et 12 dans les autres colonies.

  • Les électeurs s’inscrivent sur des listes alphabétiques tenues dans les mairies, peuvent recevoir un billet d’inscription et se rendent voter au chef-lieu du canton, où sont regroupées plusieurs communes.

📌 Le scrutin législatif de 1848 est un scrutin de liste à un tour : chaque département élit ses candidats les mieux classés en voix, l’électeur peut inscrire moins de candidats que de sièges à pourvoir et voter pour une personne qui ne s’est pas présentée.

Compléments

  • Le regroupement des communes au chef-lieu de canton répond au manque de locaux et de personnel fiable dans certaines communes et vise aussi à limiter l’influence des notables locaux.

  • Garnier-Pagès veut rompre avec les « élections de clocher soumises à toutes les influences locales » en faisant voter les électeurs au chef-lieu du canton.

  • Les électeurs peuvent apporter un bulletin préparé à l’avance, et des bulletins imprimés circulent notamment pour permettre aux personnes illettrées de voter.

4. Les calendriers et options politiques

★ À maîtriser

  • Les républicains avancés contestent la date rapprochée du scrutin parce que les travailleurs ont besoin de temps pour s’inscrire et que les électeurs, notamment ruraux, doivent être informés des modalités du vote.

  • Les principales options politiques sont : les républicains légalistes et démocratiques, les républicains avancés favorables à l’égalité sociale, les républicains minimaux attachés à l’ordre traditionnel, les candidats ouvertement monarchistes

  • Environ 40 % de la population masculine est illettrée, si bien que les consignes électorales passent aussi par des relais oraux comme les notables, les curés et les patrons.

Compléments

  • En l’absence de partis et d’étiquettes politiques stables, presque tous les candidats peuvent se dire républicains, ce qui rend les choix opaques et favorise les influences locales.

  • En 1848, les journaux informent sur les règles électorales et les inscriptions, mais prennent aussi parti et appellent à voter pour certains candidats.

5. Les pratiques et violences électorales

★ À maîtriser

  • Le scrutin législatif se déroule le 23 avril 1848, dimanche de Pâques, et les processions se dirigent souvent vers les chefs-lieux de canton après la messe.

  • Olivier Ihl dénombre, dans un échantillon partiel des violences électorales du 23 avril 1848, 49 morts, 237 blessés et 981 arrestations. - L’Urne et le fusil : Sur les violences électorales lors du scrutin du 23 avril 1848, 2010

📌 Une élection n’est annulée que si l’on peut démontrer qu’un fait comme la destruction de bulletins a modifié le résultat en provoquant un écart de voix suffisant.

Compléments

  • Les violences électorales comprennent les intimidations, les affrontements entre électeurs ou villages, les altercations liées au contexte social, la destruction de bulletins et les fraudes.

  • À Nîmes, la victoire légitimiste déclenche des violences lors d’un cortège de victoire qui provoquent deux morts.

  • Les 27 et 28 avril 1848, des combats de rue opposent à Rouen des ouvriers et partisans de la liste Deschamps aux gardes nationaux et à la troupe, faisant environ 30 morts.

  • À Limoges, les rouges prennent le pouvoir par les armes le 27 avril et le conservent pendant trois semaines, jusqu’à l’intervention de l’armée qui fait 44 morts au total.

6. Résultats et représentation des élus

★ À maîtriser

  • Les élections législatives de 1848 connaissent une participation importante sans basculer dans l’anarchie, mais la participation dépasse 90 % dans les grandes villes sauf Paris et descend sous 70 % dans certaines villes rurales.

  • Sur les 900 sièges à pourvoir, 851 députés sont élus lors du premier scrutin en raison des candidatures multiples.

  • Les républicains modérés sont probablement majoritaires, tandis que les républicains avancés obtiennent de meilleurs résultats dans les grandes villes ouvrières.

  • Sur les 851 députés élus, environ 700 auraient rempli les conditions censitaires d’éligibilité sous la monarchie de Juillet, et l’assemblée compte 165 députés de la chambre précédente ainsi que plus de 250 anciens élus locaux.

  • La Constituante ne compte aucun député paysan et ne compte qu’une vingtaine d’ouvriers et d’artisans.

Compléments

  • Les estimations de Maurice Agulhon donnent environ 500 républicains modérés, 250 réactionnaires ou conservateurs et 150 républicains avancés.

  • La représentation comprend 122 propriétaires, 235 avocats, 16 prêtres, 3 évêques et 30 officiers, dont 13 généraux.

7. La prolongation de la séquence électorale

Points essentiels

  • Les élections municipales ont lieu en juillet 1848 et les élections cantonales en août et septembre, prolongeant la normalisation du suffrage universel et les conflits politiques locaux.

8. L’urne contre le fusil

★ À maîtriser

  • Le 4 mai 1848, l’Assemblée proclame la République, donnant une légitimité symbolique au régime fondée sur le vote plutôt que sur la violence insurrectionnelle.

  • Les clubistes considèrent que les combattants de février 1848 ont été privés de leur victoire et défendent une légitimité politique issue de l’insurrection et de la participation à la rue.

  • Du 21 au 26 juin 1848, la fermeture des ateliers nationaux déclenche l’insurrection ouvrière parisienne et sa répression par le général Cavaignac, qui fait environ 5 500 morts et entraîne 18 000 arrestations.

Compléments

  • Émile de Girardin compare l’élection à une guerre civile où les bulletins remplacent les cartouches.

  • Après les journées de juin 1848, les clubs sont pour la plupart interdits, des chefs révolutionnaires comme Raspail sont arrêtés et l’action insurrectionnelle est délégitimée au nom du respect des décisions issues du vote.

Astuce mémo

L’urne fonde la souveraineté par le vote ; le fusil revendique la légitimité de l’insurrection.

Tableaux de synthèse

Deux sources de légitimité politique

SourceFondementActeurs associés
Légitimité électoraleSuffrage universel et décisions des élusRépublicains légalistes et modérés
Légitimité insurrectionnelleParticipation aux barricades et action de la rueClubistes et républicains avancés

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Suffrage universel et élections de 1848 avec 11 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Sous la monarchie de Juillet, le suffrage censitaire permet à environ 240 000 personnes de voter aux élections nationales dans un pays de plus de 30 millions d’habitants. Quelle caractérisation de ce système est correcte ?

2. Quelle raison François Guizot avançait-il pour s’opposer au suffrage universel masculin ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Suffrage universel et élections de 1848 avec 10 flashcards interactives.

Combien d’électeurs votent aux élections nationales sous la monarchie de Juillet, pour quelle population ?

Environ 240 000 électeurs pour plus de 30 millions d’habitants.

Quelle promesse Alphonse de Lamartine fait-il le 25 février 1848 ?

L’instauration du suffrage universel masculin, sans valeur officielle immédiate.

Qui est associé à l’instauration officielle du suffrage universel masculin le 5 mars 1848 ?

Louis de Cormenin.

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