★ À maîtriser
Après les Trois Glorieuses, la monarchie de Juillet maintient un suffrage censitaire qui réserve le vote national à environ 240 000 électeurs, alors que la population dépasse 30 millions d’habitants.
François Guizot s’oppose au suffrage universel masculin, estimant que les électeurs insuffisamment indépendants intellectuellement et financièrement sont incapables de choisir raisonnablement et peuvent être manipulés.
Les opposants mobilisent plusieurs formes d’action :
Compléments
Sous la monarchie de Juillet, certaines fonctions, notamment celles de docteur, d’avocat ou d’officier retraité, ouvrent le droit de vote, et le corps électoral municipal compte environ 3 millions de personnes.
Alexandre Ledru-Rollin est l’un des principaux organisateurs des banquets républicains, organisés sous couvert de réunions privées dans un contexte où la liberté de réunion est restreinte.
★ À maîtriser
📌 Le suffrage universel masculin exclut les femmes, les personnes trop jeunes et les personnes ne satisfaisant pas au critère de résidence.
Compléments
Alphonse de Lamartine présente la loi du 5 mars 1848 comme abolissant le prolétariat, alors que le suffrage ne supprime pas la dépendance de ceux qui ne disposent que de leur force de travail.
Le Code civil de 1804 maintient la minorité juridique des femmes, et les mouvements féministes réclament sa réforme pour sortir de cette situation.
La mise en place du suffrage universel masculin fait craindre des difficultés d’organisation, des votes par méconnaissance et un fort abstentionnisme, tandis que l’enthousiasme démocratique nourrit l’espoir d’un âge nouveau égalitaire et pacifique.
L’urne doit remplacer le fusil comme source de légitimité.
★ À maîtriser
Le scrutin législatif doit pourvoir 900 sièges, dont 884 en France métropolitaine, 4 en Algérie et 12 dans les autres colonies.
Les électeurs s’inscrivent sur des listes alphabétiques tenues dans les mairies, peuvent recevoir un billet d’inscription et se rendent voter au chef-lieu du canton, où sont regroupées plusieurs communes.
📌 Le scrutin législatif de 1848 est un scrutin de liste à un tour : chaque département élit ses candidats les mieux classés en voix, l’électeur peut inscrire moins de candidats que de sièges à pourvoir et voter pour une personne qui ne s’est pas présentée.
Compléments
Le regroupement des communes au chef-lieu de canton répond au manque de locaux et de personnel fiable dans certaines communes et vise aussi à limiter l’influence des notables locaux.
Garnier-Pagès veut rompre avec les « élections de clocher soumises à toutes les influences locales » en faisant voter les électeurs au chef-lieu du canton.
Les électeurs peuvent apporter un bulletin préparé à l’avance, et des bulletins imprimés circulent notamment pour permettre aux personnes illettrées de voter.
★ À maîtriser
Les républicains avancés contestent la date rapprochée du scrutin parce que les travailleurs ont besoin de temps pour s’inscrire et que les électeurs, notamment ruraux, doivent être informés des modalités du vote.
Les principales options politiques sont : les républicains légalistes et démocratiques, les républicains avancés favorables à l’égalité sociale, les républicains minimaux attachés à l’ordre traditionnel, les candidats ouvertement monarchistes
Environ 40 % de la population masculine est illettrée, si bien que les consignes électorales passent aussi par des relais oraux comme les notables, les curés et les patrons.
Compléments
En l’absence de partis et d’étiquettes politiques stables, presque tous les candidats peuvent se dire républicains, ce qui rend les choix opaques et favorise les influences locales.
En 1848, les journaux informent sur les règles électorales et les inscriptions, mais prennent aussi parti et appellent à voter pour certains candidats.
★ À maîtriser
Le scrutin législatif se déroule le 23 avril 1848, dimanche de Pâques, et les processions se dirigent souvent vers les chefs-lieux de canton après la messe.
Olivier Ihl dénombre, dans un échantillon partiel des violences électorales du 23 avril 1848, 49 morts, 237 blessés et 981 arrestations. - L’Urne et le fusil : Sur les violences électorales lors du scrutin du 23 avril 1848, 2010
📌 Une élection n’est annulée que si l’on peut démontrer qu’un fait comme la destruction de bulletins a modifié le résultat en provoquant un écart de voix suffisant.
Compléments
Les violences électorales comprennent les intimidations, les affrontements entre électeurs ou villages, les altercations liées au contexte social, la destruction de bulletins et les fraudes.
À Nîmes, la victoire légitimiste déclenche des violences lors d’un cortège de victoire qui provoquent deux morts.
Les 27 et 28 avril 1848, des combats de rue opposent à Rouen des ouvriers et partisans de la liste Deschamps aux gardes nationaux et à la troupe, faisant environ 30 morts.
À Limoges, les rouges prennent le pouvoir par les armes le 27 avril et le conservent pendant trois semaines, jusqu’à l’intervention de l’armée qui fait 44 morts au total.
★ À maîtriser
Les élections législatives de 1848 connaissent une participation importante sans basculer dans l’anarchie, mais la participation dépasse 90 % dans les grandes villes sauf Paris et descend sous 70 % dans certaines villes rurales.
Sur les 900 sièges à pourvoir, 851 députés sont élus lors du premier scrutin en raison des candidatures multiples.
Les républicains modérés sont probablement majoritaires, tandis que les républicains avancés obtiennent de meilleurs résultats dans les grandes villes ouvrières.
Sur les 851 députés élus, environ 700 auraient rempli les conditions censitaires d’éligibilité sous la monarchie de Juillet, et l’assemblée compte 165 députés de la chambre précédente ainsi que plus de 250 anciens élus locaux.
La Constituante ne compte aucun député paysan et ne compte qu’une vingtaine d’ouvriers et d’artisans.
Compléments
Les estimations de Maurice Agulhon donnent environ 500 républicains modérés, 250 réactionnaires ou conservateurs et 150 républicains avancés.
La représentation comprend 122 propriétaires, 235 avocats, 16 prêtres, 3 évêques et 30 officiers, dont 13 généraux.
★ À maîtriser
Le 4 mai 1848, l’Assemblée proclame la République, donnant une légitimité symbolique au régime fondée sur le vote plutôt que sur la violence insurrectionnelle.
Les clubistes considèrent que les combattants de février 1848 ont été privés de leur victoire et défendent une légitimité politique issue de l’insurrection et de la participation à la rue.
Du 21 au 26 juin 1848, la fermeture des ateliers nationaux déclenche l’insurrection ouvrière parisienne et sa répression par le général Cavaignac, qui fait environ 5 500 morts et entraîne 18 000 arrestations.
Compléments
Émile de Girardin compare l’élection à une guerre civile où les bulletins remplacent les cartouches.
Après les journées de juin 1848, les clubs sont pour la plupart interdits, des chefs révolutionnaires comme Raspail sont arrêtés et l’action insurrectionnelle est délégitimée au nom du respect des décisions issues du vote.
L’urne fonde la souveraineté par le vote ; le fusil revendique la légitimité de l’insurrection.
Deux sources de légitimité politique
| Source | Fondement | Acteurs associés |
|---|---|---|
| Légitimité électorale | Suffrage universel et décisions des élus | Républicains légalistes et modérés |
| Légitimité insurrectionnelle | Participation aux barricades et action de la rue | Clubistes et républicains avancés |
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1. Sous la monarchie de Juillet, le suffrage censitaire permet à environ 240 000 personnes de voter aux élections nationales dans un pays de plus de 30 millions d’habitants. Quelle caractérisation de ce système est correcte ?
2. Quelle raison François Guizot avançait-il pour s’opposer au suffrage universel masculin ?
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Combien d’électeurs votent aux élections nationales sous la monarchie de Juillet, pour quelle population ?
Environ 240 000 électeurs pour plus de 30 millions d’habitants.
Quelle promesse Alphonse de Lamartine fait-il le 25 février 1848 ?
L’instauration du suffrage universel masculin, sans valeur officielle immédiate.
Qui est associé à l’instauration officielle du suffrage universel masculin le 5 mars 1848 ?
Louis de Cormenin.
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