📋 Plan du Cours
- Définition HAS de la dénutrition
- Mécanismes de la dénutrition : apports, pertes, besoins
- Formes historiques : marasmique et hypoalbuminémique
- Continuum physiologique des formes de dénutrition
- Adaptation à la dénutrition : masse grasse et masse maigre
- Cachexie : catabolisme et inflammation
- Étiologie multifactorielle de la dénutrition au cancer
- Dépistage systématique et facteurs de risque
- Conséquences cliniques de la dénutrition
- Dépistage et diagnostic de la dénutrition
- Évaluation clinique et biologique de la dénutrition
- Index de dénutrition et pièges diagnostiques
📖 1. Définition HAS de la dénutrition
🔑 Notions clés & Définitions
- Dénutrition HAS : La dénutrition est l’état d’un organisme en déséquilibre nutritionnel caractérisé par un bilan énergétique et/ou protéique négatif.
- Bilan énergétique négatif : Le bilan énergétique négatif correspond à des dépenses supérieures aux apports, entraînant une perte nutritionnelle mesurable en calories.
- Bilan protéique négatif : Le bilan protéique négatif correspond à des pertes ou besoins protéiques supérieurs aux apports, conduisant à une dégradation des réserves protéiques.
- Dénutrition aiguë : La dénutrition aiguë décrit un déséquilibre nutritionnel sur une période courte, avec dépenses et/ou pertes dépassant les apports.
- Dénutrition chronique : La dénutrition chronique décrit un déséquilibre nutritionnel persistant, où les apports restent insuffisants face aux dépenses et/ou pertes.
📝 Points essentiels
- La définition HAS repose sur une logique de balance : dépenses (et/ou besoins) > apports, avec bilan énergétique et/ou protéique négatif.
- La dénutrition peut être aiguë ou chronique, selon la durée du déséquilibre nutritionnel.
- Trois causes majeures sont possibles : déficit d’apports, augmentation des besoins/dépenses, ou augmentation des pertes énergétiques et/ou protéiques.
- Les pertes peuvent être digestives ou urinaires (maldigestion, malabsorption, diarrhée importante) et aussi cutanées (ex : grands brûlés).
- La dénutrition entraîne des effets délétères : modification de la composition corporelle et/ou de fonctions physiologiques, avec aggravation du pronostic de la maladie sous-jacente.
- L’obésité et la dénutrition peuvent coexister : un patient peut rester obèse tout en ayant perdu une partie significative de sa masse, notamment lors d’une maladie comme un cancer.
💡 Astuce mémo
Balance = Dépenses/Per tes > Apports : Énergie et/ou Protéines en négatif (aigu ou chronique).
📖 2. Mécanismes de la dénutrition : apports, pertes, besoins
🔑 Notions clés & Définitions
- Carences d’apports : Les carences d’apports correspondent à une diminution de l’ingestion alimentaire, due à des facteurs psychogènes, somatiques ou environnementaux.
- Augmentation des pertes digestives : L’augmentation des pertes digestives regroupe les situations où l’intestin perd ou n’absorbe pas correctement des nutriments, entraînant une perte énergétique et protéique.
- Augmentation des pertes urinaires : L’augmentation des pertes urinaires correspond à une perte de calories et/ou de protéines par les urines, notamment lors de certaines maladies métaboliques ou rénales.
- Augmentation des besoins : L’augmentation des besoins correspond à une hausse des dépenses énergétiques de l’organisme, souvent liée à une inflammation, une agression ou des dérèglements endocriniens.
📝 Points essentiels
- La dénutrition repose sur 3 mécanismes pouvant être intriqués : baisse des apports, augmentation des pertes, augmentation des besoins.
- La limitation des apports peut venir du jeûne (examens à jeun, jeûne intermittent), de régimes trop restrictifs, ou de la précarité sociale avec une alimentation à la fois déséquilibrée et parfois hyper-énergétique.
- Les troubles digestifs peuvent pousser à restreindre l’alimentation pour éviter diarrhée, nausées/vomissements ou constipation.
- La perte d’appétit peut être centrale (anorexie liée à l’inflammation via cytokines pro-inflammatoires sur l’hypothalamus) ou secondaire (douleur, constipation) et parfois iatrogène.
- Les troubles de la bouche et de la dentition réduisent les prises alimentaires car la gêne à mâcher/avaler diminue l’envie de s’alimenter, même sans manque de faim.
- Les pertes digestives incluent la malabsorption (ex : maladie cœliaque, résection du grêle), la maldigestion (ex : insuffisance pancréatique exocrine avec selles grasses par déficit enzymatique comme la lipase) et les ch
💡 Astuce mémo
Apports ↓, Pertes ↑, Besoins ↑ : 3 leviers à chercher et à combiner.
🔑 Notions clés & Définitions
- Forme marasmique : Forme historique de dénutrition liée surtout à un déficit énergétique et protéique progressif, sans agression majeure associée.
- MF-PCM : Abréviation de la forme marasmique pure, caractérisée par une insuffisance d’apport énergétique et protéique très progressive et équilibrée.
- Forme hypoalbuminémique : Forme historique de dénutrition associée à une agression avec inflammation, où la perte de poids touche rapidement la masse maigre et s’accompagne d’une hypoalbuminémie.
- HAF-PCM : Abréviation de la forme hypoalbuminémique de malnutrition protéino-énergétique, plus grave, avec stress métabolique et atteinte rapide de la masse maigre.
📝 Points essentiels
- La forme marasmique survient sans agression et avec une restriction progressive et plutôt équilibrée des apports énergétique et protéique.
- La perte de poids marasmique dépasse 20% du poids idéal et touche surtout la masse grasse, avec une morbidité/mortalité initialement moins marquées grâce à l’adaptation.
- L’exemple typique de marasme est l’anorexie mentale au début, avec baisse des apports (souvent aussi des protéines) et parfois activité physique augmentée.
- La forme hypoalbuminémique est liée à des situations aiguës, subaiguës ou chroniques avec agression et inflammation, entraînant un stress métabolique.
- La perte de poids hypoalbuminémique est plus modeste mais plus brutale et touche d’emblée la masse maigre, ce qui dégrade rapidement le pronostic (morbidité et mortalité).
- Dans la forme hypoalbuminémique, l’hypoalbuminémie favorise des œdèmes via une baisse de la pression oncotique et une hyperperméabilité capillaire.
💡 Astuce mémo
Marasme = « calme et gras » (progressif, masse grasse, albumine longtemps normale) ; Hypoalbuminémie = « agression et maigre » (brutal, masse maigre, œdèmes).
🔑 Notions clés & Définitions
- Cachexie : La cachexie est une dénutrition associée à une inflammation chronique, avec une résistance à la renutrition liée à un hypermétabolisme permanent.
- Anorexie mentale : L’anorexie mentale est une cause de dénutrition sans inflammation systémique, pouvant évoluer vers un marasme.
- Marasme : Le marasme correspond à une dénutrition liée à une absence d’inflammation, souvent en contexte de restriction alimentaire.
- Insulino-résistance : L’insulino-résistance est un état où l’organisme répond moins à l’insuline, entraînant une lipolyse freinée et un recours accru au glucose via la néoglucogenèse.
- Shift métabolique glucose vers lipides : Le shift métabolique est le passage d’une utilisation préférentielle du glucose vers l’utilisation d’acides gras puis de corps cétoniques comme substrats énergétiques.
📝 Points essentiels
- La dénutrition peut se rapprocher de formes avec inflammation (ex : cachexie) ou sans inflammation, et on peut passer d’une forme à l’autre lors de complications.
- La cachexie s’observe notamment dans le cancer et d’autres maladies avec inflammation systémique, avec une dépense énergétique telle que la renutrition ne suffit pas.
- Dans les formes sans inflammation, la dénutrition est liée à une baisse progressive des apports (anorexie, grève de la faim) et le corps adapte son métabolisme.
- Dans les formes avec agression, l’inflammation s’accompagne d’une insulino-résistance, avec sécrétion d’insuline augmentée mais efficacité diminuée.
- Sans agression, la lipolyse augmente, les acides gras remplacent le glucose, puis en cas de prolongation ils sont oxydés en corps cétoniques.
- Le pronostic sans agression dépend surtout de la masse grasse : tant qu’il reste du gras, l’énergie peut être compensée, puis la situation devient péjorative quand la masse grasse s’épuise et que le muscle est mobilisé.
💡 Astuce mémo
Sans agression = « jeûne intelligent » (gras puis cétones) ; avec agression = « jeûne forcé » (muscle cassé via insulino-résistance).
📖 5. Adaptation à la dénutrition : masse grasse et masse maigre
🔑 Notions clés & Définitions
- Jeûne : Le jeûne correspond à une restriction calorique avec une baisse marquée de la dépense énergétique et une moindre dégradation des protéines.
- Agression : L’agression correspond à une restriction calorique associée à une dépense énergétique augmentée et à une dégradation protéique plus importante.
- Cachexie : La cachexie est un syndrome multifactoriel associant perte de poids, catabolisme accru et inflammation en lien avec une maladie sous-jacente.
- Sarcopénie : La sarcopénie désigne la perte de masse et de fonction musculaires observée dans la cachexie.
- Cachexie réfractaire : La cachexie réfractaire est une forme grave où l’hypermétabolisme dépasse les apports possibles, rendant la prise en charge inefficace.
📝 Points essentiels
- En jeûne, la dépense énergétique diminue fortement et l’organisme réduit à la fois la synthèse et la dégradation des protéines.
- En agression, la dépense énergétique augmente et la dégradation des protéines est plus marquée, avec une synthèse protéique diminuée.
- La distinction jeûne vs agression aide à comprendre la prise en charge et les complications, même si la réalité clinique n’est pas toujours binaire.
- La cachexie n’est pas synonyme de cancer : elle peut survenir avec une insuffisance rénale grave ou une insuffisance hépato-cellulaire grave.
- La cachexie associe perte de poids surtout musculaire (avec ou sans perte de masse grasse) et inflammation, ce qui aggrave morbidité et mortalité.
- Les facteurs contributifs majeurs incluent anorexie/inappétence, insulino-résistance et inflammation, conduisant à une protéolyse musculaire accrue et à une sarcopénie.
💡 Astuce mémo
Jeûne = « repos protéique » ; Agression = « brûle et casse » (dépense ↑, protéolyse ↑).
📖 6. Cachexie : catabolisme et inflammation
🔑 Notions clés & Définitions
- Cachexie : Syndrome de perte de masse corporelle lié à un état catabolique, souvent associé à une inflammation chronique et à une augmentation des dépenses énergétiques.
- Hypercatabolisme : État métabolique où l’organisme dégrade davantage ses réserves, entraînant une perte de gras et surtout de masse musculaire.
- Syndrome inflammatoire : Réaction chronique caractérisée par une hausse des dépenses énergétiques, qui entretient le catabolisme et aggrave la dénutrition.
- Sarcopénie : Diminution de la masse et de la force musculaires, responsable de troubles de marche, d’équilibre, de chutes et de perte d’autonomie.
📝 Points essentiels
- La cachexie s’accompagne d’un catabolisme majoré par l’inflammation, ce qui augmente les dépenses énergétiques et accélère la perte de masse.
- Les MICI et la pancréatite chronique peuvent favoriser la dénutrition via des mécanismes digestifs (inflammation chronique et/ou déficit exocrine pancréatique limitant l’absorption).
- Le diabète déséquilibré peut provoquer une perte de gras et de muscles par hypercatabolisme et glycosurie.
- Les infections sévères, le polytraumatisme, le choc, les brûlures (2e-3e degré) et la chirurgie lourde augmentent fortement les besoins énergétiques et le catabolisme.
- La cachexie est associée à des conséquences majeures : infections plus fréquentes (immunosuppression), complications post-opératoires et retard de cicatrisation.
- Le pronostic dépend fortement de la masse musculaire : la mortalité est décrite comme survenant quand la masse protéique corporelle est réduite de moitié.
💡 Astuce mémo
Inflammation = “facture énergétique” qui fait brûler le muscle : inflammation → hypercatabolisme → sarcopénie → complications.
📖 7. Étiologie multifactorielle de la dénutrition au cancer
🔑 Notions clés & Définitions
- Chimiothérapie : Traitement anticancéreux pouvant majorer la toxicité chez un patient déjà dénutri, ce qui complique l’optimisation des doses.
- Infections nosocomiales : Infections acquises à l’hôpital favorisées par la baisse des défenses liée à la dénutrition.
- Surinfections : Complications infectieuses pouvant prolonger la durée d’hospitalisation chez les patients dénutris.
- Thermorégulation altérée : Dérèglement de la gestion de la température pouvant conduire à une hypothermie pathologique chez certains patients dénutris.
📝 Points essentiels
- La dénutrition au cancer a une origine multifactorielle combinant facteurs liés au traitement, aux apports et aux conséquences physiopathologiques.
- Lors d’une chimiothérapie chez un patient dénutri, l’ajustement des doses peut être limité par une toxicité plus précoce, ce qui réduit l’efficacité attendue.
- La dénutrition augmente les coûts médico-économiques via des prolongations de séjour hospitalier, notamment à cause de surinfections.
- La convalescence est souvent plus difficile chez les patients dénutris, ce qui favorise des hospitalisations itératives.
- La dénutrition entraîne des dépenses élevées car elle peut nécessiter des traitements coûteux comme des antibiotiques et des nutritions artificielles.
- La perte de masse musculaire ne concerne pas seulement les jambes : elle touche aussi les muscles respiratoires, cardiaques et digestifs, avec constipation et retard de digestion qui aggravent la baisse d’appétit.
💡 Astuce mémo
Chimio→toxicité + muscles→respiratoire/cardio/digestif + défenses↓→infections + séjour↑→coûts↑.
📖 8. Dépistage systématique et facteurs de risque
🔑 Notions clés & Définitions
- Dénutrition : État de déficit nutritionnel qui impose un dépistage précoce pour adapter la prise en charge et limiter la dégradation clinique.
- Interrogatoire : Étape initiale du diagnostic fondée sur les symptômes rapportés, le contexte et la présence de mécanismes expliquant la dénutrition.
- Examen clinique : Évaluation au lit du patient recherchant des signes physiques et fonctionnels compatibles avec une dénutrition.
- Demi-vie biologique : Durée pendant laquelle un marqueur sanguin diminue de façon caractéristique, utile pour choisir la fréquence de dosage.
- Index de dénutrition : Système de critères non biologiques qui classe la dénutrition chez l’adulte, le sujet âgé et l’enfant, avec une logique étiologique puis phénotypique.
📝 Points essentiels
- Le dépistage vise un diagnostic le plus précoce possible afin de permettre une prise en charge adaptée.
- Le diagnostic commence par l’interrogatoire (asthénie, troubles cognitifs, baisse des capacités physiques, désintérêt, troubles sexuels, signes digestifs) puis se complète par l’examen clinique.
- L’examen clinique recherche une fonte adipeuse et musculaire, des anomalies cutanées/phanères (cheveux/ongles, queue du sourcil), un lanugo ou une hypertrichose, un visage émacié et une pâleur.
- Les signes circulatoires et vasomoteurs incluent pétéchies et hématomes, et l’hypométabolisme peut donner hypotension orthostatique, bradycardie et hypothermie (adaptation jusqu’à un seuil).
- Une tachycardie inadaptée est un signe de gravité car elle peut traduire une infection.
- Le patient peut être dénutri malgré un IMC normal ou élevé : la dynamique de perte de poids (ex. 12 kg en 3 mois sans volonté) est un élément clé, notamment en contexte de cancer.
💡 Astuce mémo
Perte de poids + symptômes digestifs + peau/cheveux + NFS/TP = penser dénutrition tôt.
📖 9. Conséquences cliniques de la dénutrition
🔑 Notions clés & Définitions
- Critères étiologiques : Critères décrivant la cause de la dénutrition, basés sur la baisse des apports, l’absorption réduite ou une situation d’agression hypercatabolique.
- Critères phénotypiques : Critères décrivant l’expression clinique de la dénutrition, centrés sur l’IMC, la cinétique de perte de poids et la baisse de la masse ou fonction musculaire.
- Hand-grip test : Test de force musculaire par dynamomètre de préhension, utilisé pour objectiver une diminution de la force.
- Vitesse de marche : Mesure fonctionnelle de la marche, utilisée comme indicateur de baisse de la force musculaire.
- Albuminémie : Dosage sanguin de l’albumine, désormais utilisé comme marqueur de sévérité et de pronostic plutôt que comme critère diagnostique.
📝 Points essentiels
- Chez l’adulte < 70 ans, la dénutrition repose sur des critères non biologiques : un seul critère étiologique suffit pour conclure.
- Critères étiologiques communs à tout âge : réduction de la prise alimentaire ≥ 50% pendant > 1 semaine, ou réduction des apports > 2 semaines par rapport aux apports habituels quantifiés ou aux besoins estimés.
- Critères étiologiques : absorption réduite (malabsorption/maldigestion) et situation d’agression avec hypercatabolisme protéique, avec ou sans syndrome inflammatoire (aigu, subaigu, chronique évolutif, pathologie maligne
- Critères phénotypiques chez l’adulte < 70 ans : IMC < 18,5 kg/m2 ou perte de poids ≥ 5% en 1 mois, ou ≥ 10% en 6 mois, ou ≥ 10% vs poids habituel.
- Sévérité chez l’adulte : un seul critère suffit pour une dénutrition sévère, avec IMC ≤ 17 kg/m2, ou perte de poids ≥ 10% en 1 mois / ≥ 15% en 6 mois / ≥ 15% vs poids habituel, ou albuminémie ≤ 30 g/L.
- Chez l’adulte > 70 ans, il faut au moins 1 critère étiologique et au moins 1 critère phénotypique (le phénotype change).
💡 Astuce mémo
Étiologie = Apports/Absorption/Agression ; Phénotype = IMC/Poids/Muscle ; Sévérité = IMC bas ou Perte forte ou Albumine ≤ 30.
📖 10. Dépistage et diagnostic de la dénutrition
🔑 Notions clés & Définitions
- Dénutrition : Problème de santé publique caractérisé par une altération de l’état nutritionnel liée à des facteurs phénotypiques et étiologiques.
- Albuminémie : Marqueur biologique qui reflète surtout la sévérité et le pronostic de la dénutrition, pas son diagnostic.
- Diagnostic clinique : Approche diagnostique fondée sur l’examen et l’association de critères phénotypiques et étiologiques.
- Maigreur constitutionnelle : État de faible poids stable depuis toujours, sans critères étiologiques de dénutrition et avec force musculaire conservée.
- Aménorrhée : Absence de règles qui peut aider à distinguer une maigreur constitutionnelle d’une dénutrition chez les filles.
📝 Points essentiels
- Le diagnostic de la dénutrition repose exclusivement sur des critères cliniques, en associant un critère phénotypique et un critère étiologique chez l’enfant comme chez l’adulte.
- L’albuminémie n’est pas un critère diagnostique : elle sert de marqueur de sévérité et de pronostic.
- Le poids doit être mesuré à chaque consultation et/ou hospitalisation et renseigné dans le dossier médical.
- Un IMC normal ou élevé n’exclut pas une dénutrition, car une personne en surpoids/obésité peut aussi être dénutrie.
- Le dépistage/diagnostic peut être faussé par des situations qui sous-estiment la taille (ex : fausses scolioses, rétractions tendineuses), ce qui sur-estime l’IMC.
- Le diagnostic différentiel principal est la maigreur constitutionnelle : IMC souvent autour de 16–17, stable, sans maladie ajoutée ni problème d’absorption, avec force musculaire conservée et pas de critères étiologiques
💡 Astuce mémo
Albumine = Sévérité (pas Diagnostic) ; Maigreur constitutionnelle = Stable + Force OK ; Taille fausse → IMC trop haut.
📖 11. Évaluation clinique et biologique de la dénutrition
🔑 Notions clés & Définitions
- Dénutrition : État pathologique caractérisé par un manque d’apports et/ou une mauvaise utilisation des nutriments, entraînant une dégradation de l’état général.
- IMC : Indice de masse corporelle calculé à partir du poids et de la taille, utilisé pour objectiver l’état nutritionnel.
- Ingestas : Quantités alimentaires réellement consommées par le patient, évaluées pour apprécier l’adéquation des apports aux besoins.
- CNO : Compléments Nutritionnels Oraux, produits hyper-énergétiques et/ou hyperprotidiques prescrits pour augmenter les apports sans remplacer les repas.
- Nutrition entérale : Apport nutritionnel administré directement dans le tube digestif via sonde ou stomie, utilisé quand la voie orale est insuffisante ou impossible.
📝 Points essentiels
- L’évaluation de la dénutrition repose sur l’IMC et sur les ingestas, avec l’équipe paramédicale pour quantifier la consommation réelle.
- Les CNO sont des mélanges polymériques hyper-énergétiques et/ou hyperprotidiques, prescrits médicalement et à prendre en plus des repas.
- Les CNO ne sont pas un gadget : leur efficacité est associée à une amélioration du pronostic avec moins de complications infectieuses et de mortalité.
- L’adhésion du patient conditionne l’efficacité des CNO : la prescription doit tenir compte des goûts et aversions, avec essais de parfums/marques.
- Les CNO sont généralement prescrits en première intention par voie orale, avec une lassitude possible et un arrière-goût métallique parfois réduit par le service frais.
- Quand la voie orale ne suffit pas, on passe à la nutrition entérale (physiologique, moins à risque infectieux et moins coûteuse), puis à la nutrition parentérale en dernière intention.
💡 Astuce mémo
IMC + ingestas = diagnostic; CNO = + aux repas; entérale = tube digestif; parentérale = dernier recours.
📖 12. Index de dénutrition et pièges diagnostiques
🔑 Notions clés & Définitions
- Nutrition parentérale périphérique : Voie veineuse périphérique utilisant des produits irritants, avec une tenue limitée à environ 1 semaine maximum.
- Nutrition entérale : Nutrition administrée via le tube digestif, considérée comme plus physiologique et généralement moins à risque infectieux que la parentérale.
- Nutrition orale : Voie d’apport alimentaire par le patient, à privilégier en première intention dans la hiérarchie des voies nutritionnelles.
- Syndrome de renutrition inappropriée : Ensemble de manifestations cliniques et biologiques délétères lors d’une réalimentation trop rapide chez des patients dénutris ou ayant jeûné longtemps.
📝 Points essentiels
- La nutrition parentérale périphérique est une option de dernière intention car elle est non physiologique et expose à des complications infectieuses, thrombotiques, métaboliques et hépatiques.
- La nutrition entérale est physiologique, moins coûteuse et globalement moins pourvoyeuse de complications infectieuses que la parentérale.
- Hiérarchie des voies : orale en priorité, puis entérale, et parentérale seulement si l’intestin n’est pas fonctionnel ou inutilisable.
- Arbre décisionnel : on évalue d’abord l’état nutritionnel (IMC), les ingestas et les besoins protéino-énergétiques (calorimétrie si disponible).
- Trois situations de prise en charge : suivi si apports suffisants, enrichissement si apports insuffisants ou dénutrition modérée avec bonne tolérance, puis test de fonctionnalité digestive avant choix entéral vs parentér
- Renutrition inappropriée : il n’y a pas d’urgence absolue, mais il ne faut pas retarder indûment ; la réalimentation doit être extrêmement progressive et prudente.
💡 Astuce mémo
Start slow, go slow : phosphore + K + Mg + vitamine B1, sinon pièges électrolytiques et Wernicke.
📊 Tableaux de synthèse
Mécanismes et effets : apports, pertes, besoins
| Levier | Exemples du cours | Conséquence clé |
|---|
| Carence d’apports | Jeûne (examens à jeun), régimes restrictifs, précarité, troubles digestifs/buccodentaires, perte d’appétit (anorexie mentale, dépression, cytokines), troubles de la déglutition | Bilan énergétique et/ou protéique négatif |
| Augmentation des pertes | Digestives (malabsorption, maldigestion, diarrhée/entéropathie exsudative), urinaires (diabète déséquilibré, syndrome néphrotique), cutanées (brûlures, escarres, plaies) | Pertes énergétiques et/ou protéiques |
| Augmentation des besoins | Hypercatabolisme/inflammation (cancer, infections, chirurgie lourde, polytraumatisme, brûlures, escarres/plaies), situations endocriniennes (hyperthyroïdie, phéochromocytome), thermogenèse, activité physique (endurance/anorexie mentale, démence) | Dépenses supérieures aux apports |
Formes historiques et continuum : inflammation vs adaptation
| Forme | Contexte | Pronostic/atteinte |
|---|
| Marasmique (MF-PCM) | Sans agression, restriction progressive et plutôt équilibrée | Perte surtout masse grasse, albumine reste normale un bon moment, morbi-mortalité initialement moins marquées |
| Hypoalbuminémique (HAF-PCM) | Avec agression et inflammation | Perte plus brutale, touche d’emblée masse maigre, hypoalbuminémie et œdèmes, pronostic plus défavorable |
| Cachexie (moderne) | Inflammation chronique, résistance à la renutrition | Catabolisme accru, sarcopénie, complications et mortalité liées à la masse protéique/musculaire |
⚠️ Pièges & confusions fréquents
- Confondre diagnostic et sévérité : l’albuminémie est un marqueur de sévérité/pronostic, pas un critère diagnostique.
- Penser que l’IMC normal exclut la dénutrition : le cours insiste sur la dénutrition possible avec IMC normal/élevé (ex cancer).
- Mélanger les mécanismes : une dénutrition peut venir d’apports ↓, pertes ↑ ou besoins ↑, et ils sont souvent intriqués.
- Inverser les atteintes : en agression/inflammation, le muscle (masse maigre) est engagé plus précocement que la masse grasse.
- Croire que cachexie = cancer : le cours précise que la cachexie peut survenir sans cancer (insuffisance rénale grave, insuffisance hépato-cellulaire grave).
- Se tromper sur la hiérarchie des voies : orale en priorité, puis entérale, et parentérale seulement si intestin inutilisable (et parentérale périphérique limitée ~1 semaine).
- Sous-estimer le syndrome de renutrition inappropriée : renutrition trop rapide = hypophosphorémie/hypokaliémie/hypomagnésémie + carence B1 (Wernicke) + rétention hydro-sodée/œdèmes.
✅ Checklist Examen
- Définir la dénutrition HAS : déséquilibre avec bilan énergétique et/ou protéique négatif, et distinguer aigu vs chronique.
- Citer les 3 mécanismes de la dénutrition (apports ↓, pertes ↑, besoins/dépenses ↑) et donner au moins un exemple pour chaque pilier.
- Décrire la forme marasmique (MF-PCM) : absence d’agression, perte surtout masse grasse, albumine restant normale un temps, et exemple type donné.
- Décrire la forme hypoalbuminémique (HAF-PCM) : agression + inflammation, perte plus brutale touchant masse maigre, hypoalbuminémie et œdèmes.
- Expliquer le continuum physiologique : passage possible entre formes et différence majeure œdèmes (albumine/pression oncotique) entre marasme et forme hypoalbuminémique.
- Expliquer l’adaptation SANS agression : lipolyse, shift métabolique glucose → acides gras → corps cétoniques, et pronostic conditionné par la masse grasse.
- Expliquer l’adaptation AVEC agression : insulino-résistance, néoglucogenèse, recours aux réserves protéiques et hypercatabolisme musculaire, pronostic conditionné par la masse maigre.
- Définir la cachexie et ses facteurs contributifs (anorexie/inappétence, insulino-résistance, inflammation) menant à sarcopénie et complications.
- Lister l’étiologie multifactorielle au cancer (traitements, maladie, syndrome paranéoplasique) et au moins 2 conséquences citées (défenses↓, infections, séjour↑, toxicité chimio).
- Décrire le dépistage systématique : quand le faire (hospitalisation systématique, à domicile 1 fois/an populations à risque) et ce qu’il faut mesurer (poids + taille, dynamique).
- Présenter l’évaluation clinique et biologique : interrogatoire (asthénie, capacités physiques, fonctions sexuelles, signes digestifs) + examen (peau/phanères, œdèmes, hypométabolisme, tachycardie inadaptée).
- Maîtriser l’index HAS : philosophie (critères cliniques non biologiques), adulte <70 ans (1 critère étiologique suffit + critères phénotypiques), adulte >70 ans (≥1 étiologique + ≥1 phénotypique), et sévérité (seuils IMC
- Perfectionner le diagnostic différentiel : maigreur constitutionnelle (stable, force musculaire conservée, absence de critères étiologiques) et marqueur rappelé chez les filles (absence d’aménorrhée).
- Connaître la stratégie de prise en charge : objectifs (kcal/kg/j et protéines/kg/j), priorité à l’oral, rôle des CNO, puis entérale si tube digestif fonctionnel, parentérale en dernier recours, et prévention du syndrome.
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