Fiche de révision : Histoire de la psychopathie

Plan du Cours

  1. Psychopathie comme construit clinique
  2. Antiquité et conceptions de la personnalité
  3. Moyen Âge et Siècle des Lumières
  4. Premières conceptions psychiatriques
  5. Aliénation morale et monomanie
  6. Approches biologiques et sociales
  7. Psychanalyse et formes cliniques
  8. Cleckley et modèles de personnalité
  9. Évaluation moderne de la psychopathie

1. Psychopathie comme construit clinique

Notions clés & Définitions

  • Construit clinique : Concept façonné avec le temps, dont la définition reflète l’époque, la conception de l’Homme et le rapport à la science, à la religion, aux maladies mentales et à la folie.

Points essentiels

📌 Dans le DSM-5-Tr, le terme de psychopathie n’apparaît plus, car la psychopathie est considérée comme un concept distinct du trouble de la personnalité antisociale.

📌 La psychopathie conceptualisée par Hare comprend un facteur affectivo-interpersonnel et un facteur lié au style de vie et aux comportements antisociaux, tandis que le TPA/APD du DSM-V met surtout l’accent sur les comportements antisociaux.

Astuce mémo

Époque et conception de l’Homme → définition clinique de la psychopathie

2. Antiquité et conceptions de la personnalité

★ À maîtriser

  • Dans l’Antiquité, le concept de psychopathie n’existait pas et les troubles de la personnalité n’étaient pas distingués des troubles mentaux.

  • Hippocrate, vers 400 avant J.-C., reliait différents tempéraments à des humeurs dominantes et au fonctionnement de fluides corporels associés à des traits de personnalité.

Compléments

  • Certains écrits anciens, notamment la Bible, décrivent des individus présentant des traits pouvant s’apparenter à la psychopathie, selon Rotenberg et Diamond (1971).

3. Moyen Âge et Siècle des Lumières

Points essentiels

  • Au Moyen Âge, les troubles de la personnalité et la folie n’étaient pas distingués, et les événements hors norme étaient souvent associés au mal, à la sorcellerie, aux démons ou aux esprits maléfiques.

  • Au XVIIIe siècle, le recul de l’emprise de l’Église favorise une vision de l’Homme comme être rationnel et déplace l’accent vers l’administration du droit.

  • Les peines doivent être (Beccaria, 1764):

    • publiques
    • promptes
    • nécessaires
    • les moins sévères possible
    • proportionnelles au délit
    • déterminées par la loi

📌 Après la Révolution française de 1789, la distinction entre le fou et le criminel fonde l’idée de responsabilité criminelle : le fou est retenu et soigné, tandis que le criminel est puni.

Astuce mémo

Moyen Âge : mal surnaturel ; Lumières : Homme rationnel et responsabilité

4. Premières conceptions psychiatriques

Notions clés & Définitions

  • Manie sans délire : PHILIPPE PINEL, Manie sans délire, 1801 — Forme de folie raisonnante caractérisée par une violence extrême, un manque d’empathie et une perversion des fonctions affectives sans altération cognitive ni atteinte du jugement.
  • Dérangement de la volonté : Benjamin Rush, Dérangement de la volonté, 1812 — Personnes malicieuses dont les comportements criminels et amoraux nuisent aux autres parce qu’elles satisfont leurs désirs sans effort pour respecter les règles et les lois.

Points essentiels

  • Pour Pinel, la cause de la manie sans délire est biologique et se situe au niveau des viscères, considérés comme la source des passions et des émotions. — PHILIPPE PINEL, 1801

5. Aliénation morale et monomanie

Notions clés & Définitions

  • Aliénation morale : James Cowles Prichard, Aliénation morale, 1835 — Incapacité à contrôler sa conduite et à respecter les règles légales, sociales ou morales, malgré la capacité à distinguer le bien du mal et la responsabilité criminelle.
  • Monomanie raisonnante : Jean-Étienne Dominique Esquirol, Monomanie Raisonnante, 1838 — Personnes présentant des comportements criminels, une hyperactivité et une difficulté à persévérer dans une activité, sans que l’auteur précise leurs causes.

Points essentiels

  • Selon Prichard, l’aliénation morale résulte à la fois d’un dérèglement biologique des passions et des émotions et d’un déficit éducatif de la volition morale. — James Cowles Prichard, 1835

6. Approches biologiques et sociales

Notions clés & Définitions

  • Psychopathie de Kraepelin : Emil Kraepelin, 1909 — Classes de sa classification des troubles mentaux proches de la psychopathie et du trouble antisocial actuels, avec une cause biologique non localisée et une atteinte de la volition.
  • Sociopathe : Karl Birnbaum, Sociopathe, 1914 — Personne qui commet des comportements criminels et antisociaux en raison d’un apprentissage insuffisant des comportements prosociaux, causé par des facteurs sociaux microsociaux ou macrosociaux.
  • Délinquance caractérielle : August Aichhorn, Délinquance caractérielle, 1925 — Association d’un surmoi faible, d’un moi faible et d’un ça fort, ce qui produit une impulsivité centrée sur les besoins immédiats.

Astuce mémo

Kraepelin : cause biologique ; Birnbaum et Aichhorn : cause sociale

7. Psychanalyse et formes cliniques

Notions clés & Définitions

  • Névrose de caractère : Franz Alexander, Névrose de caractère, 1930 — Déplacement vers la société de la colère ressentie envers le père, colère liée à un traumatisme intrapsychique infantile.

Points essentiels

📌 Selon Karpman, la psychopathie primaire est idiopathique et biologique, avec un répertoire émotionnel limité et une violence instrumentale, tandis que la psychopathie secondaire est symptomatique et psychologique, avec un répertoire émotionnel large et une violence expressive. — Benjamin Karpman, 1941

Astuce mémo

Karpman : violence instrumentale primaire ; violence expressive secondaire

8. Cleckley et modèles de personnalité

Notions clés & Définitions

  • Psychopathie selon Cleckley : Hervey Cleckley, The Mask of Sanity, 1941 — Le psychopathe porte un masque en mimant ce qu’un être humain normal devrait faire, tout en présentant intelligence, charme, manipulation, absence d’émotion et absence de honte.

★ À maîtriser

  • Les critères comprennent notamment (Hervey Cleckley, 1941):

    • l’égocentrisme pathologique
    • les réactions affectives pauvres
    • l’incapacité d’introspection
    • le charme superficiel
    • l’absence de remords et de honte
    • le comportement antisocial non motivé
    • l’incapacité d’apprendre de ses expériences
  • Selon Beck et Freeman, la personnalité antisociale se caractérise par une perception de soi comme autonome, forte et victime de la société, une perception des autres comme victimes à exploiter et des comportements de prédation visant la satisfaction des besoins immédiats.

Compléments

  • Les trois facteurs sont (Hans Eysenck):

    • l’extraversion
    • le névrotisme
    • le psychotisme
  • Costa et Widiger ont développé un modèle des traits de personnalité à cinq facteurs, décrit comme l’un des modèles les plus connus et influents dans l’étude de la personnalité. — Paul Costa et Thomas Widiger

Astuce mémo

Un masque social recouvre une pauvreté émotionnelle

9. Évaluation moderne de la psychopathie

Points essentiels

  • Avant la PCL-R, l’évaluation de la psychopathie reposait sur l’expérience clinique, les connaissances théoriques et les 16 critères de Cleckley ; Hare et ses collègues ont ensuite élaboré une mesure commune, fiable et raisonnablement objective. — Robert Hare, Hare Psychopathy Checklist Revised, 1980

  • La Hare Psychopathy Checklist Revised (PCL-R) comporte 20 items évalués sur une échelle de 0, 1 ou 2, dont la somme produit un score permettant d’évaluer la présence ou l’absence de psychopathie. — Robert Hare, 1980

Astuce mémo

Expérience clinique → critères de Cleckley → PCL-R

Tableaux de synthèse

Psychopathie primaire et secondaire

DimensionForme primaireForme secondaire
CauseBiologiquePsychologique
ÉmotionsRépertoire limitéRépertoire large
ViolenceInstrumentale, orientée vers un objectifExpressive, liée à une explosion de rage

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Histoire de la psychopathie avec 23 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Pourquoi un construit clinique peut-il avoir une définition qui évolue au fil du temps ?

2. Quelle distinction le DSM-5-Tr établit-il concernant la psychopathie et le trouble de la personnalité antisociale ?

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Qu'est-ce qu'un construit clinique ?

Un concept façonné avec le temps reflétant l'époque et les rapports à la science et à la folie.

Pourquoi le terme psychopathie n'apparaît-il plus dans le DSM-5-Tr ?

Parce que la psychopathie est distincte du trouble de la personnalité antisociale.

Quels sont les deux facteurs de la psychopathie selon Hare ?

Un facteur affectivo-interpersonnel et un facteur lié au style de vie et aux comportements antisociaux.

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