La justice : fiche de révision
Légal et légitime, égalité et équité, justice et force : la fiche complète sur la justice avec Aristote, Pascal, Rawls et Marx, quiz corrigé inclus.
1Le problème philosophique
La justice désigne à la fois une institution (les tribunaux, le droit) et un idéal moral (ce qui est juste). Ce dédoublement crée le problème : le droit positif réalise-t-il la justice, ou peut-il être injuste ? Trois problématiques. Fondement : la justice est-elle une convention humaine variable, ou existe-t-il un juste par nature (droit naturel) ? Contenu : être juste, est-ce traiter tout le monde également, ou donner à chacun selon ses besoins, ses mérites, sa situation (équité) ? Application : peut-on, doit-on désobéir à une loi injuste ?
Pascal noue le nœud du problème : « ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste » — la justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique.
2Les thèses essentielles
Platon (République) : la justice est l'harmonie — dans la cité, chaque classe accomplit sa fonction propre ; dans l'âme, la raison gouverne le courage et les désirs. L'injustice est un dérèglement interne avant d'être un tort fait à autrui.
Aristote (Éthique à Nicomaque, V) analyse la justice comme égalité proportionnelle et distingue : la justice distributive (répartir honneurs et richesses selon le mérite — une égalité géométrique), et la justice corrective ou commutative (rétablir l'égalité arithmétique dans les échanges et les torts). Il ajoute l'équité (epieikeia) : correctif de la loi là où sa généralité la rend injuste dans un cas singulier — « comme la règle de plomb des architectes de Lesbos, qui s'adapte à la forme de la pierre ».
Pascal (Pensées) : les hommes n'ayant pu fonder la justice, ils ont fondé la coutume — « plaisante justice qu'une rivière borne ! vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà ». Le droit repose sur la force et l'imagination, mais il faut le suivre pour éviter la guerre civile — tout en sachant qu'il n'est pas la justice.
Rawls (Théorie de la justice, 1971) refonde le contractualisme : sous « voile d'ignorance » (j'ignore ma place future dans la société), des individus rationnels choisiraient deux principes — 1) libertés de base égales pour tous ; 2) les inégalités ne sont justes que si elles profitent aux plus défavorisés (principe de différence) et s'attachent à des positions ouvertes à tous. La justice comme équité (justice as fairness).
Marx : le droit égal est en réalité un « droit inégal » car il applique une mesure identique à des individus inégaux ; horizon : « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».
3Distinctions conceptuelles
Légal / légitime : conforme au droit positif / reconnu comme juste — une loi peut être légale et illégitime. Droit positif / droit naturel : règles en vigueur ici et maintenant / normes idéales valables en tout temps qui permettent de juger les lois. Égalité / équité : traitement identique / traitement proportionné aux situations (Aristote). Justice / vengeance : la justice est impartiale, mesurée, institutionnelle ; la vengeance est passionnelle, privée, illimitée. Désobéissance civile : violation publique, non violente et assumée d'une loi jugée injuste, en appel au droit lui-même.
4À la dissertation
Sujets types : « Peut-on désobéir à la loi au nom de la justice ? » (légal/légitime, Antigone, désobéissance civile), « La justice se réduit-elle à l'égalité ? » (Aristote, Marx, Rawls), « La justice n'est-elle qu'une convention ? » (Pascal contre le droit naturel), « Se faire justice soi-même » (justice/vengeance).
Conseil : le couple légal/légitime est ton outil universel sur cette notion. Attention au contresens sur Pascal : il ne célèbre pas la force, il constate tragiquement que la justice humaine repose sur elle — et recommande de suivre les coutumes en connaissant leur fondement fragile.
Définitions à connaître par cœur
Quiz : teste-toi sur la justice
8 questions corrigées. Réponds avant d'ouvrir la correction !
1. La justice distributive d'Aristote répartit les biens selon…
- A.une égalité stricte
- B.le mérite (égalité proportionnelle)
- C.le tirage au sort
- D.les besoins
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Réponse : B. le mérite (égalité proportionnelle)
Elle est « géométrique » : à contributions inégales, parts inégales — contrairement à la justice corrective, arithmétique.
2. L'équité chez Aristote sert à…
- A.remplacer la loi
- B.corriger la généralité de la loi dans un cas singulier
- C.punir plus fort
- D.égaliser les richesses
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Réponse : B. corriger la généralité de la loi dans un cas singulier
Comme la règle de plomb de Lesbos, elle épouse le cas concret que la loi générale ne pouvait prévoir.
3. « Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà » signifie que…
- A.la géographie crée la vérité
- B.la justice humaine varie selon les coutumes
- C.les lois espagnoles sont fausses
- D.la vérité n'existe pas
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Réponse : B. la justice humaine varie selon les coutumes
Pascal : faute de justice fondée en raison, les hommes ont pris la coutume — variable — pour la justice.
4. Sous le voile d'ignorance de Rawls, j'ignore…
- A.les lois de mon pays
- B.ma place future dans la société
- C.les principes de justice
- D.l'existence d'autrui
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Réponse : B. ma place future dans la société
Ne sachant pas si je serai riche ou pauvre, je choisis des principes acceptables même pour les plus défavorisés.
5. Le principe de différence de Rawls admet les inégalités si…
- A.elles sont méritées
- B.elles profitent aux plus défavorisés
- C.elles sont votées
- D.elles sont faibles
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Réponse : B. elles profitent aux plus défavorisés
Une inégalité n'est juste que si elle améliore le sort des plus mal lotis et s'attache à des positions ouvertes à tous.
6. Une loi peut-elle être légale et illégitime ?
- A.Non, par définition
- B.Oui : conformité au droit et justice sont distinctes
- C.Seulement en dictature
- D.La question est absurde
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Réponse : B. Oui : conformité au droit et justice sont distinctes
C'est la distinction fondatrice : le droit positif peut contredire l'idéal de justice — d'où le droit de résistance.
7. La justice se distingue de la vengeance parce qu'elle est…
- A.plus rapide
- B.impartiale, mesurée et institutionnelle
- C.plus sévère
- D.privée
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Réponse : B. impartiale, mesurée et institutionnelle
Un tiers impartial applique une peine proportionnée ; la vengeance est passionnelle et sans mesure.
8. Pour Marx, le « droit égal » est…
- A.l'idéal accompli
- B.un droit inégal appliqué à des individus inégaux
- C.une invention féodale
- D.impossible
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Réponse : B. un droit inégal appliqué à des individus inégaux
Mesurer des individus inégaux à la même aune consacre l'inégalité — d'où « à chacun selon ses besoins ».
Questions fréquentes
Quelles références essentielles sur la justice ?
Aristote (distributive/corrective, équité), Pascal (justice et force), Rawls (voile d'ignorance) forment un excellent trio ; ajoute Marx en critique et l'exemple d'Antigone ou de la désobéissance civile.
Comment traiter « peut-on désobéir à la loi » ?
1) L'obéissance est la condition de l'ordre (Hobbes, Pascal). 2) Une loi peut être illégitime : le droit de résistance (Locke) et la désobéissance civile. 3) Conditions d'une désobéissance juste : publique, non violente, en appel à des principes universalisables.
Égalité et équité, lequel est le plus juste ?
Question piège : l'égalité stricte peut être injuste (mêmes règles pour situations inégales) et l'équité risque l'arbitraire. Aristote les articule : l'équité ne contredit pas la loi, elle l'accomplit dans le cas singulier.
La justice est-elle liée à l'État au programme ?
Oui, les deux notions se croisent constamment (« Pourquoi obéir aux lois ? », « L'État doit-il être juste ? ») : révise-les ensemble avec légal/légitime comme charnière.
