La science : fiche de révision
Méthode expérimentale, falsifiabilité, révolutions scientifiques : la fiche complète sur la science avec Claude Bernard, Popper, Kuhn et Bachelard.
1Le problème philosophique
La science vise une connaissance objective, démontrée ou vérifiée, du réel. Trois problématiques. Démarcation : qu'est-ce qui distingue une science d'une pseudo-science ou d'une opinion — la méthode, la preuve, la réfutabilité ? Vérité : les théories scientifiques décrivent-elles le réel tel qu'il est, ou sont-elles des modèles provisoires destinés à être dépassés ? Portée : la science peut-elle tout connaître — et tout ce qu'elle peut faire, doit-elle le faire ?
La question moderne n'est plus « la science est-elle sûre ? » mais « comment une connaissance qui se corrige sans cesse peut-elle rester la plus fiable dont nous disposions ? »
2Les thèses essentielles
Claude Bernard (Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, 1865) codifie la méthode expérimentale : observation → hypothèse → expérience conçue pour juger l'hypothèse. « L'hypothèse est le point de départ de toute recherche » mais l'expérience est son juge : le savant « doit soumettre son idée au contrôle des faits ».
Popper (La Logique de la découverte scientifique, 1934) : le critère de scientificité n'est pas la vérification (on trouve toujours des confirmations) mais la falsifiabilité — une théorie est scientifique si elle interdit quelque chose, donc si une observation pourrait la réfuter. « Tous les cygnes sont blancs » est scientifique car un cygne noir la réfute ; la psychanalyse et l'astrologie, compatibles avec tout, ne le sont pas. La science ne prouve jamais définitivement : elle conjecture et réfute.
Bachelard (La Formation de l'esprit scientifique, 1938) : la connaissance scientifique se construit contre l'opinion et l'expérience première — « l'opinion pense mal ; elle ne pense pas ». Le progrès passe par des ruptures épistémologiques qui surmontent des obstacles (images familières, généralisations hâtives). « Le fait scientifique est conquis, construit, constaté. »
Kuhn (La Structure des révolutions scientifiques, 1962) : la science avance par paradigmes — cadres partagés qui définissent les problèmes légitimes (science normale) — jusqu'à ce que l'accumulation d'anomalies provoque une révolution scientifique (Copernic, Lavoisier, Einstein) et un changement de paradigme.
3Distinctions conceptuelles
Science / opinion : savoir construit, contrôlé, révisable / croyance première non interrogée. Vérifier / falsifier : chercher des confirmations (toujours trouvables) / chercher les conditions de réfutation (Popper). Loi / théorie : relation constante entre phénomènes / système explicatif articulant des lois. Fait brut / fait scientifique : le donné perçu / le fait construit par instruments et concepts (Bachelard). Science / technique : connaître / transformer — liées mais distinctes en droit. Déterminisme scientifique : postulat méthodologique (mêmes causes, mêmes effets), non dogme métaphysique.
4À la dissertation
Sujets types : « Une théorie scientifique peut-elle être définitivement vraie ? » (Popper, Kuhn), « La science peut-elle tout connaître ? » (limites : le sens, les valeurs, le singulier), « L'expérience suffit-elle à fonder la science ? » (rôle de l'hypothèse et de la théorie), « Y a-t-il des vérités définitives ? » (croisement avec la vérité).
Conseil : bannis l'image naïve du savant qui « observe puis conclut » — toute la philosophie des sciences du XXe siècle montre le primat de la théorie sur l'observation. Et distingue toujours la question de la connaissance (que peut la science ?) de la question éthique (que doit-elle faire ?).
Définitions à connaître par cœur
Quiz : teste-toi sur la science
8 questions corrigées. Réponds avant d'ouvrir la correction !
1. Pour Popper, une théorie est scientifique si…
- A.elle est prouvée
- B.elle peut être réfutée par une observation
- C.elle est utile
- D.tout la confirme
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Réponse : B. elle peut être réfutée par une observation
La falsifiabilité, non la vérification : une théorie compatible avec tout n'interdit rien, donc n'apprend rien.
2. Pourquoi l'astrologie n'est-elle pas une science selon Popper ?
- A.Elle est ancienne
- B.Ses prédictions vagues sont irréfutables
- C.Elle est impopulaire
- D.Elle utilise les astres
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Réponse : B. Ses prédictions vagues sont irréfutables
Ses énoncés s'accommodent de tout démenti : rien ne peut la falsifier.
3. « L'opinion pense mal ; elle ne pense pas » est une formule de…
- A.Popper
- B.Bachelard
- C.Kuhn
- D.Descartes
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Réponse : B. Bachelard
Bachelard : la science se construit contre l'évidence première — l'opinion traduit des besoins en connaissances.
4. Un paradigme chez Kuhn est…
- A.une erreur
- B.un cadre partagé définissant les problèmes légitimes
- C.un instrument
- D.une loi unique
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Réponse : B. un cadre partagé définissant les problèmes légitimes
La science normale travaille dans ce cadre jusqu'à ce que les anomalies imposent une révolution.
5. Chez Claude Bernard, le juge de l'hypothèse est…
- A.le consensus
- B.l'expérience
- C.l'intuition
- D.la tradition
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Réponse : B. l'expérience
L'hypothèse guide la recherche, mais seule l'expérimentation contrôlée la valide ou l'élimine.
6. « Le fait scientifique est conquis, construit, constaté » signifie que…
- A.les faits sont donnés
- B.le fait suppose instruments, concepts et rupture avec l'immédiat
- C.la science invente le réel
- D.l'observation suffit
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Réponse : B. le fait suppose instruments, concepts et rupture avec l'immédiat
Bachelard : pas de fait scientifique sans théorie ni dispositif — contre l'empirisme naïf.
7. La science ne peut par principe atteindre…
- A.les atomes
- B.les jugements de valeur (ce qui doit être)
- C.les lois
- D.le mouvement
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Réponse : B. les jugements de valeur (ce qui doit être)
Elle décrit ce qui est ; les fins et les normes relèvent d'un autre ordre — d'où la nécessité de l'éthique.
8. Dire que la science est révisable, c'est dire qu'elle est…
- A.fausse
- B.faible
- C.sa force : elle se corrige par la critique
- D.arbitraire
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Réponse : C. sa force : elle se corrige par la critique
Le savoir scientifique n'est pas infaillible mais auto-correctif — ce qui le distingue du dogme.
Questions fréquentes
Quelles références essentielles sur la science ?
Claude Bernard (méthode expérimentale), Popper (falsifiabilité), Bachelard (rupture avec l'opinion), Kuhn (paradigmes et révolutions) : quatre repères qui s'enchaînent naturellement en dissertation.
La science dit-elle la vérité ?
Elle produit les connaissances les mieux contrôlées, mais provisoires : « la science ne prouve pas, elle éprouve ». Distingue vérité définitive (inaccessible) et objectivité progressive (réelle) — c'est le cœur de la plupart des sujets.
Peut-on utiliser des exemples scientifiques précis ?
Oui, sobrement : Copernic/Galilée (révolution), le cygne noir (Popper), la flamme/l'électricité chez Bachelard, Newton→Einstein (changement de paradigme). Un exemple bien exploité vaut mieux que trois cités.
Science et croyance s'opposent-elles ?
La science n'est pas une croyance comme les autres (contrôle, réfutabilité), mais elle repose sur des postulats (le déterminisme, l'intelligibilité du réel) qu'elle ne démontre pas — nuance précieuse pour une troisième partie.
