Le temps : fiche de révision
L'énigme d'Augustin, la durée de Bergson, le divertissement de Pascal et la sagesse face à la mort : la fiche complète sur le temps.
1Le problème philosophique
« Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus » (Augustin, Confessions, XI). Trois problématiques. Ontologique : le temps existe-t-il hors de nous (cadre du monde) ou en nous (forme de la conscience) ? Le présent seul est, mais il n'est qu'en cessant d'être. Existentielle : le temps est-il ce qui nous perd (fuite, vieillissement, mort) ou ce qui nous constitue (mémoire, projet, maturation) ? Pratique : faut-il fuir le temps (divertissement), s'y résigner, ou l'habiter (carpe diem, sagesse) ?
La mort est l'horizon de la notion : c'est parce que notre temps est compté que son usage devient une question morale.
2Les thèses essentielles
Augustin (Confessions, XI) : ni le passé (qui n'est plus) ni le futur (qui n'est pas encore) n'existent ; le présent, sans étendue, s'évanouit. Solution : le temps est une distension de l'âme (distentio animi) — il y a un triple présent : « un présent des choses passées, la mémoire ; un présent des choses présentes, l'attention ; un présent des choses futures, l'attente ».
Kant (Critique de la raison pure) : le temps n'est pas une réalité extérieure ni un concept, mais une forme a priori de la sensibilité — la condition sous laquelle tout phénomène nous apparaît. Nous ne percevons pas le temps : nous percevons tout dans le temps.
Bergson (Essai sur les données immédiates de la conscience) distingue le temps spatialisé de la science et de la vie sociale (homogène, mesurable, fait d'instants juxtaposés — celui des horloges) et la durée réelle de la conscience : hétérogène, continue, qualitative, où les états « se fondent les uns dans les autres » comme les notes d'une mélodie. Mesurer le temps, c'est déjà le trahir.
Pascal (Pensées) : « Nous ne nous tenons jamais au temps présent » — nous errons entre souvenir et anticipation, « ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ». Le divertissement nous détourne de la pensée de notre condition mortelle.
Épicure (Lettre à Ménécée) : « la mort n'est rien pour nous : quand nous sommes, la mort n'est pas là ; quand la mort est là, nous ne sommes plus ». Sénèque (De la brièveté de la vie) : la vie n'est pas courte, c'est nous qui la gaspillons — « ce n'est pas que nous ayons peu de temps, c'est que nous en perdons beaucoup ». Les stoïciens et le carpe diem d'Horace convergent : habiter le présent.
Heidegger (Être et temps, 1927) fait de la temporalité l'être même de l'existence humaine : le Dasein est un « être-pour-la-mort », et l'anticipation résolue de sa finitude est la condition d'une existence authentique.
3Distinctions conceptuelles
Temps objectif / temps vécu : celui des horloges, homogène / celui de la conscience, élastique (l'ennui allonge, la joie contracte). Instant / durée : coupe ponctuelle / continuité qualitative (Bergson). Passé / mémoire : ce qui n'est plus / sa présence en nous — le passé n'est pas aboli mais conservé et agissant. Attendre / espérer / projeter : trois rapports au futur. Éternité / immortalité : hors du temps / durée sans fin dans le temps. Divertissement (Pascal) : toute occupation qui détourne de penser notre condition.
4À la dissertation
Sujets types : « Peut-on échapper au temps ? » (mesure, mémoire, éternité — non sans se perdre), « Le temps est-il notre ennemi ? » (perte ET maturation : nul projet, nulle œuvre sans temps), « Faut-il craindre la mort ? » (Épicure contre Pascal/Heidegger), « Vivre au présent, est-ce la sagesse ? » (carpe diem contre le projet).
Conseil : appuie chaque partie sur une distinction (temps mesuré/durée, instant/projet) plutôt que sur des généralités sur « le temps qui passe » ; l'expérience concrète (l'attente, l'ennui, la mélodie bergsonienne) donne les meilleures accroches.
Définitions à connaître par cœur
Quiz : teste-toi sur le temps
8 questions corrigées. Réponds avant d'ouvrir la correction !
1. Pour Augustin, le temps existe comme…
- A.réalité physique
- B.triple présent dans l'âme
- C.illusion pure
- D.création du langage
Voir la réponse
Réponse : B. triple présent dans l'âme
Mémoire, attention, attente : le passé et le futur n'existent que comme présents de l'âme distendue.
2. Chez Kant, le temps est…
- A.un concept appris
- B.une forme a priori de la sensibilité
- C.une substance
- D.un phénomène parmi d'autres
Voir la réponse
Réponse : B. une forme a priori de la sensibilité
Condition de toute expérience : nous ne percevons pas le temps, nous percevons tout dans le temps.
3. La durée bergsonienne se caractérise par…
- A.sa mesurabilité
- B.sa continuité qualitative et hétérogène
- C.ses instants juxtaposés
- D.son homogénéité
Voir la réponse
Réponse : B. sa continuité qualitative et hétérogène
Comme une mélodie : les états de conscience se fondent l'un dans l'autre — les horloges spatialisent et trahissent ce vécu.
4. « Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre » : Pascal vise…
- A.les paresseux
- B.notre fuite du présent entre souvenir et anticipation
- C.les savants
- D.les enfants
Voir la réponse
Réponse : B. notre fuite du présent entre souvenir et anticipation
Toujours tournés vers hier ou demain, nous manquons le seul temps qui soit nôtre.
5. Pour Épicure, la mort n'est rien pour nous car…
- A.l'âme est immortelle
- B.nous ne coexistons jamais avec elle
- C.elle est douce
- D.les dieux nous protègent
Voir la réponse
Réponse : B. nous ne coexistons jamais avec elle
Tout bien et tout mal résident dans la sensation ; or la mort est privation de sensation.
6. Sénèque soutient que la vie…
- A.est trop courte par nature
- B.est assez longue si l'on sait l'employer
- C.n'a pas de valeur
- D.doit être prolongée à tout prix
Voir la réponse
Réponse : B. est assez longue si l'on sait l'employer
« La vie est assez longue […] si elle était bien employée » : c'est le gaspillage qui la rend brève.
7. Le temps objectif et le temps vécu diffèrent car…
- A.l'un est faux
- B.une heure d'ennui et une heure de joie n'ont pas la même épaisseur vécue
- C.les horloges se trompent
- D.le vécu est mesurable
Voir la réponse
Réponse : B. une heure d'ennui et une heure de joie n'ont pas la même épaisseur vécue
Même durée mesurée, expérience opposée : le temps de la conscience est qualitatif et élastique.
8. L'« être-pour-la-mort » signifie que…
- A.il faut mourir jeune
- B.l'existence se comprend depuis sa finitude
- C.la mort est un but
- D.la vie n'a pas de sens
Voir la réponse
Réponse : B. l'existence se comprend depuis sa finitude
Heidegger : assumer sa mortalité arrache à l'existence inauthentique du « on » et rend mes possibilités miennes.
Questions fréquentes
Quelles références essentielles sur le temps ?
Augustin (l'énigme et le triple présent), Kant (forme a priori), Bergson (durée contre temps spatialisé), Pascal (divertissement) et le couple Épicure/Sénèque sur la mort : de quoi couvrir tous les angles.
Faut-il parler de physique (relativité) ?
Prudence : une allusion au temps de la physique peut illustrer le temps objectif, mais le sujet du bac porte sur l'expérience et le sens du temps — Bergson et Augustin y sont plus rentables qu'Einstein mal digéré.
Comment traiter « faut-il craindre la mort ? » ?
1) La crainte est vaine : nous ne rencontrons jamais la mort (Épicure). 2) Mais sa pensée est féconde : le divertissement qui la fuit nous fait manquer la vie (Pascal), l'assumer rend authentique (Heidegger, stoïciens). 3) Craindre non la mort mais la vie non vécue (Sénèque).
Le temps et la mémoire sont-ils le même sujet ?
Ils se recoupent (le passé n'existe que par la mémoire) mais la mémoire ouvre des enjeux propres (fidélité, oubli, identité). Sur un sujet de temps, mobilise la mémoire comme mode d'existence du passé, sans y réduire le devoir.
