Fiche de révision : Construction des enjeux environnementaux publics

Plan du Cours

  1. Environnement comme problème public et agenda politique
  2. Processus de mise à l’agenda par naming blaming claiming
  3. Acteurs de la publicisation entrepreneurs de cause
  4. Rôle des médias, experts et pouvoirs publics
  5. Action publique mondiale et biens communs universels
  6. Accords multilatéraux et COP pour le climat
  7. Externalités négatives et justification des politiques climatiques
  8. Réglementation normes d’émissions, procédés et produits
  9. Taxation et quotas d’émission droits à polluer
  10. Complémentarité des instruments réglementation taxation quotas
  11. Dysfonctionnements de l’action publique absence de gouvernance
  12. Tragédie des biens communs et passager clandestin

1. Environnement comme problème public et agenda politique

Notions clés & Définitions

  • Loi Barnier : Loi française de 1995 qui définit l’environnement comme un patrimoine commun de la nation incluant milieux, ressources, qualité de l’air et diversité biologique.
  • Patrimoine commun de la nation : Notion juridique selon laquelle l’environnement appartient collectivement à la nation, ce qui fonde sa prise en charge par l’action publique.
  • Problème privé : Situation initiale où une nuisance ou un risque reste perçu comme relevant d’intérêts particuliers, sans débat public structuré.
  • Problème public : Problème devenu visible dans l’opinion et discuté publiquement, ouvrant la voie à une réponse collective via l’action publique.
  • Agenda politique : Liste des sujets traités par les décideurs publics à un moment donné, préalable à toute politique environnementale.

Points essentiels

  • L’environnement combine une dimension de patrimoine commun et une dimension de ressource mobilisée pour soutenir la croissance, ce qui crée des tensions d’intérêts.
  • L’inscription d’un enjeu environnemental à l’agenda politique ne va pas de soi car les acteurs concernés n’ont pas les mêmes intérêts et stratégies.
  • Un problème privé devient public seulement s’il gagne en visibilité et déclenche un débat dans l’opinion.
  • La construction d’un problème public repose sur trois opérations : naming pour qualifier, blaming pour dénoncer et désigner des responsables, claiming pour exiger des solutions.
  • Les défenseurs des océans ont utilisé le cas des sacs plastiques pour rendre le problème visible : ils ont relié l’usage des sacs à des effets sur tortues et micro-organismes.
  • Une fois le problème suffisamment construit et débattu, il peut être transformé en objet d’action publique (ex. mesures d’interdiction ou de remplacement).

Astuce mémo

Naming = nommer, Blaming = accuser, Claiming = réclamer : c’est le passage du privé au public puis à l’agenda.

2. Processus de mise à l’agenda par naming blaming claiming

Notions clés & Définitions

  • Naming : Processus de mise en visibilité d’un problème en le définissant et en le rendant identifiable dans le débat public.
  • Blaming : Étape de désignation de responsables d’un problème, afin de créer une lecture morale et politique qui mobilise l’opinion.
  • Claiming : Étape où des acteurs formulent des demandes et des solutions pour transformer le problème en objet de négociation politique.
  • Entrepreneurs de cause : Acteurs qui cherchent à transformer un problème en enjeu public en mobilisant des ressources et des moyens d’action variés.
  • GIEC : Institution créée en 1988 pour cadrer et populariser scientifiquement le problème climatique, ce qui contribue à sa diffusion dans l’opinion.

Points essentiels

  • Le processus naming-blaming-claiming décrit le passage d’un problème environnemental à un problème public puis à son inscription sur l’agenda politique.
  • Le naming s’appuie sur un cadrage qui rend le problème compréhensible et visible pour l’opinion, notamment via des récits et des explications.
  • Le blaming consiste à dénoncer des acteurs (industrie, distributeurs, utilisateurs) pour sensibiliser et créer une pression sociale.
  • Le claiming aboutit à des propositions négociables, qui peuvent entrer à l’agenda politique et conduire à des actions publiques.
  • Exemple des sacs plastiques : dénonciation par images choc, puis réclamation du remplacement par papier ou sacs réutilisables, avant l’interdiction des sacs à usage unique en 2014.
  • Tous les problèmes environnementaux n’atteignent pas le même niveau de succès dans l’opinion : certains restent peu présents (ex. bruit et dégradation des paysages).

Astuce mémo

N-B-C : Nommer (rendre visible) → Blâmer (désigner des coupables) → Revendiquer (demander des solutions à l’État).

3. Acteurs de la publicisation entrepreneurs de cause

Notions clés & Définitions

  • Médias : Acteurs qui enquêtent et diffusent des images ou interviews, contribuant à rendre un problème environnemental visible et compréhensible.
  • Experts : Acteurs qui évaluent les risques et produisent des recommandations, donnant une base scientifique aux causes portées.
  • GIEC : Institution d’expertise climatique dont les travaux servent à cadrer les risques et à orienter des décisions publiques.
  • Greenwashing : Technique de communication qui utilise un argument écologique de façon trompeuse pour améliorer l’image d’une entreprise.
  • Partis politiques écologistes : Acteurs qui animent le débat public sur l’environnement et intègrent ensuite ces thèmes dans leurs programmes.

Points essentiels

  • Les médias participent à la vulgarisation d’un problème en diffusant des contenus (enquêtes, images, interviews) qui sensibilisent l’opinion et les pouvoirs publics.
  • Les médias peuvent jouer un rôle de « boîte de résonance » en amplifiant la parole d’un entrepreneur de cause, comme dans l’interview d’Allain Bougrain-Dubourg par France Info sur l’échouage des dauphins.
  • Les experts (ex. membres du GIEC) donnent une épaisseur au problème en évaluant les risques et en formulant des recommandations réutilisables par les pouvoirs publics.
  • Les accords de Paris fixent un objectif de réchauffement maximal à 2° d’ici 2100, en s’appuyant sur des évaluations scientifiques.
  • Les entreprises peuvent agir pour l’environnement sous l’effet de l’opinion et des autorités, ou volontairement, mais certaines recourent au greenwashing.
  • Le greenwashing consiste à présenter des engagements écologiques comme plus importants qu’ils ne le sont réellement, par exemple via une gamme « éco responsable » ne représentant qu’une faible part des collections (cas H

Astuce mémo

Médias = caisse de résonance ; Experts = boussole scientifique ; Entreprises = choix ou vernis (greenwashing).

4. Rôle des médias, experts et pouvoirs publics

Notions clés & Définitions

  • Entrepreneurs de cause : Acteurs qui cherchent à transformer un problème privé en problème public en faisant exister la cause dans l’espace médiatique et politique.
  • Réseau relationnel étendu : Ensemble de contacts mobilisables qui fournit des ressources et des expertises utiles pour donner de la visibilité à une cause.
  • Expertise scientifique : Savoir produit par des chercheurs utilisé pour renforcer la crédibilité d’une cause et influencer l’opinion et les gouvernants.
  • Conflits d’intérêts : Oppositions entre groupes dont les objectifs divergent, qui structurent la construction des problèmes environnementaux et des solutions.

Points essentiels

  • Les entrepreneurs de cause réussissent d’autant mieux à publiciser un problème qu’ils disposent d’un réseau relationnel fournissant des ressources mobilisables.
  • L’accès à des expertises via le réseau sert à donner un caractère plus sérieux à la cause et à sensibiliser l’opinion et les gouvernants.
  • Exemple d’expertise mobilisée : Daniel Pauly est cité pour l’idée que 75% des poissons ont disparu, afin d’appuyer une cause sur les océans.
  • Les problèmes environnementaux déclenchent souvent des conflits car les solutions peuvent heurter des intérêts économiques de court terme.
  • Les débats opposent fréquemment des camps via des sorties médiatiques et des expertises contestées ou jugées « fumeuses ».
  • Exemple de conflit d’intérêts : les lobbies agricoles et chimiques ont fait refuser l’interdiction du glyphosate par l’Assemblée nationale en 2018, alors que l’interdiction devait théoriquement intervenir au niveau UE en

Astuce mémo

Cause→publicisation : Réseau + Expertise = Crédibilité → Opinion/Gouvernants.

5. Action publique mondiale et biens communs universels

Notions clés & Définitions

  • Biens communs universels : Ressources environnementales nécessaires au développement de tous les êtres humains, partagées à l’échelle de l’humanité.
  • Amazonie : Forêt amazonienne présentée comme un exemple de ressource environnementale majeure, notamment pour la production d’oxygène.
  • Bien excluable et rival : Type de bien où l’accès peut être limité et où l’usage par un acteur réduit la disponibilité pour les autres.
  • Bien non excluable et rival : Type de bien où personne ne peut être facilement exclu et où la consommation/usage affecte la disponibilité globale.
  • Accords multilatéraux : Accords conclus entre plusieurs États pour coordonner des politiques face à des enjeux environnementaux communs.

Points essentiels

  • Les problèmes environnementaux opposent souvent intérêts économiques de court terme et objectifs de long terme.
  • Le Brésil a un intérêt immédiat à déforester l’Amazonie pour exporter des produits agricoles, alors que cela aggrave le réchauffement à long terme.
  • Un accord de libre-échange UE–MERCOSUR peut encourager indirectement les exportations agricoles sud-américaines et donc la déforestation.
  • La construction des politiques environnementales résulte de conflits et de coopérations entre acteurs aux intérêts parfois divergents, parfois convergents.
  • À long terme, les acteurs ont intérêt à coopérer car la trajectoire de croissance actuelle menace l’avenir commun de l’humanité.
  • L’Amazonie est décrite comme produisant 20% de l’oxygène de la planète, ce qui en fait un enjeu global pour l’humanité.

Astuce mémo

Court terme vs long terme : déforester rapporte maintenant, mais détruit le climat ensuite.

6. Accords multilatéraux et COP pour le climat

Notions clés & Définitions

  • Conférence de Stockholm : Événement de 1972 qui place les enjeux environnementaux à l’agenda politique international.
  • Rapport Meadows : Rapport du Club de Rome publié en 1972 qui alerte sur les conséquences de la croissance sur la population, les sols et les ressources vers 2100.
  • Protocole de Montréal : Accord multilatéral qui interdit les CFC pour restaurer la couche d’ozone filtrant les UV.
  • Conférence des parties COP : Cadre de négociation climat qui se tient depuis le sommet de Rio et réunit les États signataires pour préciser et faire évoluer les engagements.
  • Accord de Paris : Accord signé en 2015 qui engage 195 pays à limiter l’augmentation des températures à 2°C.

Points essentiels

  • En 1972, l’environnement devient un problème public international grâce à Stockholm et au Rapport Meadows.
  • Le Protocole de Montréal interdit les CFC afin de restaurer la couche d’ozone, décrite comme redevenue intègre en 2022.
  • La COP 3 (Kyoto, 1997) vise une réduction de 5,2% des émissions de GES d’ici 2010 pour les pays signataires.
  • La COP 21 (Paris, 2015) engage 195 pays à ne pas dépasser 2°C d’augmentation des températures.
  • La COP 24 précise le contenu des accords issus des COP précédentes.
  • Les accords ne sont pas contraignants pour les États, ce qui s’accompagne d’une hausse des émissions de CO2 de 1,5% par an alors qu’une baisse d’au moins 3,5% (jusqu’à 7,6%) serait nécessaire pour viser 1,5°C.

Astuce mémo

Stockholm + Meadows (1972) = l’environnement devient public ; Montréal = succès ; COP = négocier mais sans contrainte forte, CO2 continue d’augmenter.

7. Externalités négatives et justification des politiques climatiques

Notions clés & Définitions

  • Externalités négatives : Effets négatifs d’une activité sur des tiers qui ne sont pas compensés par le prix payé par ceux qui produisent l’activité.
  • Taxes sur les énergies fossiles : Taxes qui renchérissent les carburants les plus polluants afin de réduire leurs usages et donc les émissions associées.
  • Bonus-malus automobile : Système qui modifie le coût d’achat des véhicules selon leurs émissions pour orienter les choix vers des modèles moins émetteurs.
  • Marché des quotas de CO2 : Mécanisme qui fixe un cadre d’émissions et échange des droits afin de stabiliser ou réduire les émissions de CO2.

Points essentiels

  • L’action publique environnementale peut être jugée à partir d’indicateurs mesurés, par exemple -19% de pesticides dans les rivières (2008-2018), -48% de particules fines (2000-2017) et -18% de GES depuis 1990.
  • Des mesures nationales combinent interdictions de produits chimiques, taxes sur les énergies fossiles les plus polluantes, subventions (isolation, panneaux solaires) et interdiction de certains feux, avec des résultats à
  • La lutte climatique se décline aussi localement via des politiques municipales et régionales (transports en commun gratuits, réseaux RER/TER, réduction de la voiture).
  • Les communes peuvent agir sur la pollution urbaine avec des outils comme vignettes Crit’Air, péages urbains et circulation alternée pour limiter les émissions de particules fines.
  • Les politiques locales sur les bâtiments (neuf et rénovation) et sur l’énergie (solaire, pistes cyclables, cantines favorisant les produits locaux) contribuent aussi à réduire les GES liés au chauffage.
  • Les dépenses de protection de l’environnement sont majoritairement portées par les administrations publiques locales : environ 2424 sur (2424+1272), et leur poids relatif augmente par rapport à l’État central (hausse d’1

Astuce mémo

Externalités négatives → l’État corrige par des règles + des prix + des investissements, et l’échelle locale complète l’échelle nationale.

8. Réglementation normes d’émissions, procédés et produits

Notions clés & Définitions

  • Normes d’émissions et de rejets : Normes environnementales qui plafonnent ou interdisent certaines émissions afin de réduire l’impact sur l’environnement.
  • Normes de procédé ou de processus : Normes environnementales qui imposent des technologies ou méthodes précises pour produire ou limiter les émissions polluantes.
  • Famille de normes ISO 1406X : Ensemble de normes ISO visant une gestion environnementale, dont des textes dédiés à l’écoconception et au bilan des émissions de GES.
  • Normes de produits : Normes environnementales qui fixent des caractéristiques obligatoires que les produits doivent respecter pour limiter leur impact.
  • Normes de qualité : Normes environnementales qui imposent des seuils de polluants à ne pas dépasser dans les milieux récepteurs.

Points essentiels

  • La réglementation vise à rapprocher la quantité produite de la quantité socialement optimale Q** en réduisant les externalités négatives.
  • Les normes d’émissions et de rejets consistent à plafonner ou interdire des émissions (ex. NOx, HC, particules) pour réduire fortement les rejets sur la durée.
  • Entre Euro 0 et Euro VI (sur 23 ans), les NOx sont divisés par 36, les HC par 18 et les particules par 35.
  • Depuis le 1er juillet 2022, les nouvelles installations de chauffage fonctionnant exclusivement au fioul (ou au charbon) sont interdites.
  • Les normes de procédé imposent des technologies spécifiques pour produire ou réduire les émissions polluantes.
  • La famille ISO 1406X inclut notamment l’ISO 14062 (écoconception) et l’ISO 14064 (bilan d’émissions de gaz à effet de serre).

Astuce mémo

Émissions = on coupe le “trop”, Procédés = on impose la “méthode”, Produits = on règle le “contenu”, Qualité = on fixe le “niveau dans l’air/eau/sol”.

9. Taxation et quotas d’émission droits à polluer

Notions clés & Définitions

  • Taxation des externalités : Mécanisme où l’État impose un prix aux émissions pour faire supporter aux pollueurs le coût social de la pollution.
  • Quotas d’émission : Système où des droits à polluer sont distribués puis échangés sur un marché, afin d’inciter à réduire les émissions.
  • Droits à polluer négociables : Droits échangeables sur le marché du CO2 qui donnent le droit d’émettre une quantité de pollution.
  • Externalités positives : Situation où les effets d’une activité génèrent un bénéfice social supérieur au coût privé supporté par l’agent.
  • Externalités négatives : Situation où l’activité impose un coût social supérieur au coût privé supporté par l’agent.

Points essentiels

  • Taxer les externalités vise à rapprocher le coût marginal privé du coût marginal social, noté O=OO^*=O^{**}, pour atteindre l’équilibre P,QP^{**},Q^{**}.
  • La taxe réduit la pollution en augmentant le prix, ce qui diminue la quantité produite via le recul de l’offre.
  • Avec les quotas, le prix de la pollution est déterminé par le marché des droits, pas par l’administration.
  • Taxe et quotas sont présentés comme incitatifs : les entreprises dépolluent tant que le coût marginal de dépollution reste inférieur au prix du signal (taxe ou droit).
  • Pour un même niveau de dépollution, la taxe peut donner un meilleur résultat économique que la norme car elle permet d’ajuster les efforts selon les coûts des entreprises.
  • Les subventions à l’innovation verte visent les externalités positives : elles réduisent le coût marginal privé pour rejoindre le bon équilibre quand le coût marginal social est inférieur au coût marginal privé.

Astuce mémo

Taxe/quotas = prix du dommage ; innovation verte = subvention du bénéfice social.

10. Complémentarité des instruments réglementation taxation quotas

Notions clés & Définitions

  • Taxe incitative : Une taxe fixe un prix par unité polluante, ce qui pousse les agents à dépolluer jusqu’à ce que leur coût marginal de dépollution atteigne le niveau de la taxe.
  • Quotas d’émission : Un système de quotas impose un plafond d’émissions, avec des droits échangeables permettant aux acteurs de réduire ou d’acheter des droits selon leur situation.
  • Acceptabilité sociale : L’acceptabilité sociale désigne l’acceptation par les ménages et l’opinion publique d’une politique environnementale, notamment quand elle touche différemment les revenus.
  • Fuite de carbone : Une fuite de carbone correspond au déplacement de la production vers des pays moins contraignants, réduisant l’effet environnemental global de la politique.

Points essentiels

  • La taxe est plus efficace économiquement que la norme quand les entreprises peuvent dépolluer au-delà de la norme tant que le coût marginal reste inférieur au prix de la taxe.
  • Exemple chiffré : pour un objectif de 14 unités sur 28, la norme coûte 6,25€ pour dépolluer les deux dernières unités (entreprise 1 et 2), alors qu’avec une taxe à 3€ le coût total est de 6€.
  • Avec une taxe à 3€, les entreprises s’arrêtent quand le coût marginal de dépollution atteint 3, ce qui donne 6 unités (entreprise 1) et 8 unités (entreprise 2) dépolluées.
  • Une taxe peut devenir trop laxiste si son prix est trop bas ou trop sévère si son prix est trop élevé, ce qui affaiblit l’incitation ou rend la contrainte excessive.
  • La taxe peut poser un problème d’acceptabilité car elle pèse autant sur les ménages modestes que sur les ménages aisés, illustré par le mouvement des gilets jaunes.
  • La taxe peut créer des distorsions de concurrence avec les pays sans taxe, favorisant des fuites de carbone via des IDE vers des pays moins-disant.

Astuce mémo

Taxe = coût marginal = prix ; si prix mal calibré → incitation fausse ; si concurrence inégale → fuite.

11. Dysfonctionnements de l’action publique absence de gouvernance

Notions clés & Définitions

  • Absence de gouvernance mondiale : Situation où aucune organisation unique ne coordonne efficacement la gouvernance environnementale à l’échelle planétaire.
  • PNUE : Programme des Nations Unies pour l’Environnement, institution internationale chargée de traiter des enjeux environnementaux mais aux moyens limités.
  • Ineffectivité : Défaut où une loi est adoptée sans que les mesures d’application entrent réellement en vigueur.
  • Inefficacité : Défaut où des mesures d’application existent mais ne produisent pas l’effet attendu sur le terrain.
  • Inefficience : Défaut où l’application d’une politique entraîne des coûts trop élevés, rendant la mise en œuvre impossible ou abandonnée.

Points essentiels

  • Les enjeux environnementaux majeurs (réchauffement climatique et chute de la biodiversité) sont liés à des externalités négatives et à la tragédie des biens communs.
  • Le PNUE ne dispose pas de ressources et de pouvoirs suffisants pour corriger efficacement les défaillances du marché.
  • En l’absence d’une gouvernance environnementale mondiale structurée, on se retrouve avec un enchevêtrement d’environ 200 accords multilatéraux, ce qui réduit l’efficacité.
  • Au niveau national, l’ineffectivité correspond à une loi votée mais sans entrée en vigueur des mesures d’application.
  • Exemple d’ineffectivité : la France n’a pas respecté ses obligations d’adaptation de la directive européenne de 2008 sur la protection de l’air, ce qui conduit l’UE à la sanctionner.
  • L’inefficacité correspond à des mesures d’application présentes mais sans résultats suffisants, comme pour l’usine Synthron malgré la réglementation (quarantaine de pollutions et deux incendies graves depuis 1963).

Astuce mémo

Gouvernance mondiale absente → accords enchevêtrés ; au pays : ineffectivité (pas appliqué), inefficacité (appliqué mais inutile), inefficience (trop cher).

12. Tragédie des biens communs et passager clandestin

Notions clés & Définitions

  • Biens communs : Biens communs : ressources non excluables et rivales, dont l’usage par chacun accélère leur dégradation ou disparition.
  • Passager clandestin : Passager clandestin : comportement consistant à profiter d’un bien collectif sans en supporter les coûts de production.
  • Bien public mondial : Bien public mondial : bien accessible à tous les États, non rival et non excluable, dont la production dépend d’une coopération collective.
  • Stratégies de passager clandestin : Stratégies de passager clandestin : en l’absence de régulation, les États comptent sur les autres pour dépolluer tout en évitant de contribuer.
  • Écarts de développement : Écarts de développement : différences de niveau de développement entre pays qui compliquent la répartition des efforts climatiques et la signature d’accords.

Points essentiels

  • Un bien commun est non excluable et rival, donc chacun a intérêt à l’exploiter avant les autres, ce qui mène à sa destruction.
  • La lutte contre le réchauffement climatique est un bien public mondial, mais sans régulation mondiale aucun État n’a intérêt à dépolluer seul.
  • Les États espèrent bénéficier du bien public sans payer les coûts, en laissant les autres produire l’effort de dépollution.
  • Les disparités de développement créent un désaccord sur les contraintes : le Sud demande à ne pas être soumis avant d’atteindre un niveau de développement jugé acceptable.
  • Exemple chiffré : un PIB/hab en $ PPA 2011 d’un Ougandais est de 1807 contre 55681 pour un Nord-Américain, soit environ 30 fois plus.
  • Les pays en développement invoquent une charge injuste : ils contestent que la dépollution pèse sur eux alors que les émissions passées viennent surtout des pays développés, ce qui nourrit des comportements de passager.

Astuce mémo

Biens communs = rivalité (je prends vite) ; climat = bien public mondial (je profite sans payer) ; développement = conflit sur qui paie.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1995Loi Barnier : l’environnement est défini comme patrimoine commun de la nation
2014Interdiction des sacs plastiques à usage unique par l’Assemblée nationale
1972Conférence de Stockholm et publication du Rapport Meadows : l’environnement devient un problème public international

Tableaux de synthèse

Processus de construction d’un problème public

ÉtapeButRésultat attendu
NamingQualifier et rendre visibleLe problème devient identifiable dans le débat public
BlamingDénoncer et désigner des coupablesLe problème est jugé inacceptable et moralement/politiquement mobilisateur
ClaimingRéclamer des solutionsDes propositions négociables entrent à l’agenda politique et mènent à une action publique

Instruments d’action publique climatique

InstrumentMécanismeLogique
RéglementationNormes d’émissions/rejets, de procédé, de produits, de qualitéImposer des contraintes pour rapprocher la production de Q**
TaxationPrix par unité polluanteInternaliser les externalités via un signal-prix pour atteindre l’équilibre P**,Q**
QuotasDroits à polluer échangeables sur un marchéFixer un cadre d’émissions et laisser le marché déterminer le prix de la pollution

Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre problème privé et problème public : un problème devient public seulement s’il gagne en visibilité dans l’opinion et déclenche un débat.
  2. Inverser les étapes naming/blaming/claiming : naming qualifie, blaming désigne des responsables, claiming réclame des solutions.
  3. Croire que tous les problèmes environnementaux atteignent l’agenda politique au même rythme : bruit et dégradation des paysages restent moins présents que climat/pollution de l’air.
  4. Mélanger biens communs et biens communs universels au sens économique : l’Amazonie est décrite comme excluable et rivale (droits de propriété), contrairement à l’air pur/climat tempéré/biodiversité.
  5. Confondre ineffectivité, inefficacité et inefficience : ineffectivité = pas d’entrée en vigueur, inefficacité = mesures sans résultats, inefficience = coûts prohibitifs.
  6. Penser que réglementation, taxe et quotas ont le même rôle : la réglementation impose, la taxe/quotas internalisent via un signal (prix ou marché des droits).
  7. Oublier la logique externalités : sans prise en compte, on produit trop (Q*>Q**) car le coût marginal privé est inférieur au coût marginal social (O*<O**).

Checklist Examen

  1. Expliquer pourquoi l’environnement (patrimoine commun) ne s’inscrit pas automatiquement à l’agenda politique malgré l’existence d’intérêts divergents.
  2. Décrire le passage privé → public → agenda à l’aide des trois opérations : naming, blaming, claiming, et donner l’exemple des sacs plastiques jusqu’à l’action publique.
  3. Citer les entrepreneurs de cause et préciser comment ils mobilisent un répertoire d’action (manifestations, expertises, procès, médiatisation, lobbying) pour cadrer le problème.
  4. Expliquer le rôle des médias comme « boîte de résonance » et celui des experts (notamment via le GIEC) pour évaluer les risques et fournir des recommandations réutilisables.
  5. Présenter comment les entreprises peuvent agir (volontairement ou sous pression) et définir le greenwashing avec l’exemple de la ligne « éco responsable ».
  6. Montrer comment le réseau relationnel étendu et l’expertise (ex. Daniel Pauly) renforcent la crédibilité et la capacité de publicisation d’une cause.
  7. Analyser coopération/conflit : donner au moins un exemple de conflit (glyphosate) et un exemple de coopération inattendue (Sea Shepherd et Pernod Ricard).
  8. Expliquer pourquoi les problèmes environnementaux créent des arbitrages court terme/long terme (ex. déforestation de l’Amazonie) et comment cela alimente conflits et coopérations.
  9. Justifier l’échelle mondiale : définir le bien commun universel et expliquer pourquoi l’air pur, la biodiversité et un climat tempéré appellent un traitement mondial.
  10. Relier les accords multilatéraux et les COP : rappeler le rôle de Stockholm/Meadows, puis COP 3, COP 21, COP 24, et conclure sur le caractère non contraignant et la hausse des émissions.
  11. Comparer approche descendante et approche ascendante : expliquer la logique Kyoto (traduction en objectifs européens puis nationaux) et la logique après Copenhague/Accord de Paris (contributions nationales puis objectif)
  12. Expliquer l’action nationale et locale : citer au moins deux indicateurs de résultats (pesticides/particules/GES) et au moins deux exemples d’actions locales (transports, Crit’Air/péages/circulation alternée, bâtiments).
  13. Décrire les trois instruments de lutte contre le changement climatique (réglementation, taxation, quotas) et relier chacun à l’objectif de réduction des externalités négatives (Q**).
  14. Distinguer normes d’émissions/rejets, normes de procédé, normes de produits et normes de qualité, avec au moins un exemple pour chaque type (ex. Euro, chauffage fioul/charbon, ISO 14062/14064, seuils de polluants).

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Construction des enjeux environnementaux publics avec 12 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Pourquoi l’environnement peut-il devenir un problème public et entrer sur l’agenda politique ?

2. Que désigne l’enchaînement naming, blaming, claiming dans la mise à l’agenda d’un problème environnemental ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Construction des enjeux environnementaux publics avec 24 flashcards interactives.

Environnement comme problème public

Perçu dans l’opinion, sujet d’agenda politique

Processus de mise à l’agenda

Naming, blaming, claiming

Acteurs entrepreneurs de cause

Médias, experts, ONG, partis, entreprises

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