Fiche de révision : Introduction au constructivisme social et genre

Plan du Cours

  1. Constructivisme social
  2. Dimensions du genre
  3. Relation social-relations
  4. Rapport de pouvoir
  5. Intersection rapports pouvoir
  6. Essentialisme vs constructivisme
  7. Sexe vs genre
  8. Principes de partition
  9. Théories psy du genre
  10. Contributions Mead et Mead
  11. Origines psychiatrie psychologie
  12. Conceptions genre Butler et Delphy

1. Constructivisme social

Notions clés & Définitions

  • Berger et Luckmann (1966) : Le constructivisme social postule que la réalité sociale, y compris le genre, est construite par les individus à travers leurs interactions quotidiennes, et se reproduit par des processus de socialisation. La société n’est pas une donnée naturelle, mais une création humaine perpétuellement renouvelée.

  • Le genre comme système social de différenciation et hiérarchisation (Bereni et al., 2020) : Le genre n’est pas une simple différence biologique, mais un ensemble de normes, rôles et représentations qui hiérarchisent et différencient les sexes, s’apprenant, se transmettant et évoluant tout au long de la vie.

  • Simone de Beauvoir (1949) : La célèbre citation "On ne naît pas femme, on le devient" souligne que le genre est une construction sociale, non une donnée biologique immuable, et qu’il s’apprend et se construit tout au long de la vie.

  • Distinction entre nature et culture dans la construction sociale du genre : La construction sociale du genre oppose la nature (biologique, innée) à la culture (apprise, socialement construite), affirmant que les rôles et normes liés au genre relèvent principalement de la culture, et non de la biologie.

Points essentiels

  • Le constructivisme social, selon Berger et Luckmann (1966), insiste sur le fait que la réalité sociale est produite par les acteurs sociaux eux-mêmes, à travers des interactions quotidiennes, et qu’elle se maintient par des processus de socialisation. Le genre, en tant que système social, est ainsi une construction collective plutôt qu’une donnée biologique.

  • Le genre est un système de différenciation et hiérarchisation (Bereni et al., 2020), qui organise la société en attribuant des rôles, des valeurs et des représentations spécifiques aux sexes, tout en étant appris, transmis et susceptible d’évoluer tout au long de la vie.

  • La citation de Simone de Beauvoir (1949) illustre que le genre ne naît pas avec le corps, mais qu’il se construit par des processus sociaux, culturels et individuels, remettant en question la naturalité supposée des différences de genre.

  • La distinction entre nature et culture dans la construction sociale du genre permet de comprendre que les différences de genre ne sont pas uniquement biologiques, mais largement façonnées par des normes, des pratiques et des représentations sociales.

À retenir

Le genre est une construction sociale, produite et reproduite par les interactions et la socialisation, qui hiérarchise et différencie les sexes selon des normes culturelles, remettant en cause l’idée d’une naturalité immuable.

2. Dimensions du genre

Notions clés & Définitions

  • Construction sociale : Processus par lequel les rôles, normes et représentations liés au genre sont créés, maintenus et transmis par la société, et non par la biologie. Selon Berger et Luckmann (1966), la réalité sociale est construite par l’interaction humaine, ce qui inclut le genre comme système de différenciation.
  • Relationnel : Le genre est un processus relationnel fondé sur l’opposition homme/femme, où les identités et rôles se construisent dans l’interaction et la différenciation entre sexes. E. Goffman (1977) parle de l’arrangement des sexes comme production quotidienne de catégorisations sociales.
  • Rapport de pouvoir : Le genre produit une hiérarchisation des sexes, valorisant certains traits ou rôles masculins ou féminins, et maintenant des rapports de domination. C. Delphy (2001) insiste sur le genre comme principe de partition hiérarchisée, structurant la société par des rapports de pouvoir.
  • Intersectionnalité : Le genre s’entrelace avec d’autres rapports de pouvoir comme la classe, la race ou l’âge, rendant impossible une compréhension isolée du genre. Cette dimension souligne la complexité des identités sociales et des inégalités croisées.

Point à retenir

Le genre n’est pas une simple différence biologique, mais un système social complexe qui organise la hiérarchisation, la différenciation et la relation de pouvoir entre sexes, en étant profondément ancré dans la société et ses multiples dimensions.

3. Relation social-relations

Notions clés & Définitions

  • Genre comme processus relationnel : Le genre est une dynamique d’opposition et d’interaction entre hommes et femmes, structurée par des relations sociales qui produisent et reproduisent ces catégorisations (source).
  • Arrangement des sexes (E. Goffman, 1977) : Manières dont les catégorisations hommes/femmes sont produites, reproduites ou contestées dans le quotidien, à travers des pratiques sociales et des interactions.
  • Relation sociale dans la production des catégorisations : La manière dont les interactions et rapports sociaux façonnent la perception et la classification des individus en catégories hommes ou femmes, en maintenant ou remettant en question ces distinctions (source).
  • Hiérarchie des sexes : La relation sociale qui valorise certains traits ou rôles selon le sexe, contribuant à la hiérarchisation et à la domination symbolique ou concrète des hommes sur les femmes (source).
  • Opposition homme/femme : La construction sociale basée sur une opposition binaire, qui fonde le système de genre et influence la distribution des rôles, des pouvoirs et des représentations dans la société (source).
  • Reproduction sociale du genre : Processus par lequel les relations sociales, notamment à travers la socialisation, maintiennent et transmettent les catégorisations homme/femme, consolidant ainsi la structure genrée (source).

Points essentiels

  • Le genre n’est pas une donnée innée mais une construction sociale qui se manifeste à travers des relations sociales quotidiennes, où l’opposition homme/femme est au cœur du processus (source).
  • Selon E. Goffman (1977), l’arrangement des sexes désigne les pratiques et interactions qui produisent, reproduisent ou contestent la catégorisation homme/femme dans la vie de tous les jours, illustrant la dimension relationnelle du genre.
  • La relation sociale joue un rôle central dans la production et la reproduction des catégorisations hommes/femmes, en maintenant des hiérarchies et en structurant les rapports de pouvoir, notamment à travers la valorisation ou dévalorisation de certains traits ou comportements (source).
  • La hiérarchie entre sexes, souvent invisible, est renforcée par des pratiques sociales qui valorisent certains rôles ou attributs selon le sexe, contribuant à la domination masculine et à la subordination féminine (source).
  • La socialisation de genre, en tant que processus d’apprentissage et d’incorporation, participe à la reproduction des relations sociales genrées, façonnant les comportements et perceptions dès l’enfance (source).

À retenir

Le genre est une relation sociale dynamique, où l’opposition homme/femme est constamment produite, reproduite et contestée à travers des interactions quotidiennes, contribuant à la hiérarchisation et à la structuration des rapports de pouvoir dans la société.

4. Rapport de pouvoir

Notions clés & Définitions

Patriarcat | C. Delphy (1998, 2001) | Système économique et social d’exploitation et de subordination des femmes, caractérisé par une hiérarchie où les hommes détiennent une position dominante sur les femmes, notamment via le travail domestique et la reproduction sociale.

Sexage | C. Guillaumin (1962) | Exploitation économique et symbolique des femmes par les hommes, comparable à des formes de servage ou d’esclavage, où le sexe féminin est considéré comme une ressource exploitée dans une logique de domination.

Domination masculine | P. Bourdieu (2000) | Système symbolique hiérarchisant masculin et féminin, où la domination masculine s’inscrit souvent comme un pouvoir invisible, accepté socialement, valorisant certains traits masculins tout en dévalorisant les traits féminins.

Valence différentielle des sexes | F. Héritier (1996) | Différence symbolique universelle valorisant certains attributs ou rôles selon le sexe, renforçant la hiérarchie et la hiérarchisation des sexes dans la société.

Le genre comme système de pouvoir hiérarchisant et valorisant certains traits | Bereni et al. (2020) | Le genre n’est pas seulement une différenciation, mais un système qui organise, hiérarchise et valorise certains traits ou comportements, instituant une hiérarchie entre sexes et renforçant des rapports de pouvoir.

Points essentiels

  • Le genre est un système social de différenciation et de hiérarchisation des sexes, produisant des rapports de pouvoir structurés selon des principes de domination et de valorisation (Bereni et al., 2020).
  • Patriarcat désigne un système global d’exploitation et de subordination des femmes, où la domination masculine est souvent invisible mais acceptée socialement (Delphy, 1998, 2001).
  • La domination masculine s’inscrit dans un système symbolique qui valorise certains traits masculins (force, autorité) et dévalorise les traits féminins (dépendance, douceur), contribuant à la hiérarchisation des sexes (Bourdieu, 2000).
  • La valence différentielle des sexes montre que certains attributs ou rôles sont socialement valorisés ou dévalorisés selon le sexe, renforçant la hiérarchie sociale (Héritier, 1996).
  • La société construit et maintient ces rapports de pouvoir à travers le système de genre, qui hiérarchise et valorise certains traits, principes qui se reproduisent dans diverses sphères sociales et culturelles.

À retenir

Le genre n’est pas seulement une différenciation, mais un système de pouvoir qui hiérarchise et valorise certains traits, renforçant la domination masculine et la subordination des femmes dans une structure patriarcale.

5. Intersection rapports pouvoir

Notions clés & Définitions

  • Intersectionnalité : Concept selon lequel les rapports de pouvoir liés au genre, à la race, à la classe sociale, à l’âge, etc., sont croisés et ne peuvent être analysés séparément. Elle souligne que ces rapports s’entrelacent pour produire des formes spécifiques d’oppression ou de domination (approche critique des rapports sociaux croisés dans l’analyse du genre).

  • Rapports de pouvoir : Relations sociales structurantes qui hiérarchisent les individus ou groupes selon des critères sociaux, notamment dans le contexte du genre, de la race, de la classe, etc. Ces rapports produisent des inégalités et des dominations (voir section 3).

  • Approche critique des rapports sociaux croisés : Perspective qui remet en question l’analyse séparée des rapports de pouvoir, en insistant sur leur interaction et leur influence mutuelle. Elle critique la vision segmentée qui pourrait masquer la complexité des oppressions croisées.

  • Genre comme système social : Selon Laure Bereni et al. (2020), le genre n’est pas une simple catégorie mais un système de différenciation et hiérarchisation, qui s’entrelace avec d’autres rapports sociaux pour produire des inégalités multiples.

  • Hiérarchie sociale : Organisation des rapports sociaux selon laquelle certains groupes ou individus occupent des positions privilégiées, valorisées ou dominantes, en fonction de critères comme le sexe, la race, la classe ou l’âge (voir rapport de pouvoir).

Points essentiels

  • Le genre ne peut être compris isolément des autres rapports de pouvoir tels que la classe sociale, l’âge ou la race, car ils s’entrelacent pour produire des formes spécifiques d’inégalités et de domination (approche intersectionnelle).

  • La notion d’intersectionnalité insiste sur la complexité des oppressions croisées, en soulignant que les rapports sociaux ne se superposent pas simplement mais s’interpénètrent, créant des configurations uniques pour chaque individu ou groupe.

  • La critique des rapports sociaux croisés remet en question une analyse segmentée qui pourrait réduire la compréhension des inégalités à un seul rapport de pouvoir, en privilégiant une approche holistique et dynamique.

  • La hiérarchie sociale, produite par ces rapports de pouvoir, valorise certains traits ou positions sociales tout en dévalorisant d’autres, renforçant ainsi des systèmes de domination multiples.

  • La compréhension de ces rapports croisés permet de mieux saisir la complexité des oppressions et de penser des stratégies de lutte plus inclusives et efficaces.

À retenir

L’intersectionnalité met en lumière que les rapports de pouvoir liés au genre, à la race, à la classe ou à l’âge sont indissociables, et qu’une analyse critique doit considérer leur interaction pour comprendre la production des inégalités sociales.

6. Essentialisme vs constructivisme

Notions clés & Définitions

  • Vision essentialiste : Approche qui considère que l’individu est défini principalement par ses caractéristiques biologiques, notamment son sexe, comme une donnée naturelle et immuable. Selon cette perspective, le sexe détermine en grande partie la nature et le comportement de la personne.
  • Vision constructiviste / sociologique : Approche qui voit le genre comme un processus social et culturel, construit à travers les interactions, les normes et les représentations sociales. Elle insiste sur le fait que le genre s’apprend, se transmet et peut évoluer tout au long de la vie. Bereni et al (2020) : “Le genre est un système de bicatégorisation hiérarchisée entre les sexes (hommes/femmes) et les valeurs et représentations qui leur sont associées (masculin/féminin).”
  • Critique du rapport nature/culture : Argument selon lequel la distinction entre nature (biologique) et culture (sociale) est artificielle ou problématique. Delphy (2001) : “Le singulier permet de déplacer l’accent des parties divisées vers les principes de partition lui-même,” soulignant que le genre structure le sexe socialement, plutôt que l’inverse.
  • Le genre précède le sexe : Hypothèse selon laquelle le genre, en tant que système social, organise la compréhension et la hiérarchisation des sexes, qui ne seraient alors que des marqueurs sociaux. Butler (1990, réédition 2006) : “Le genre n’est pas seulement un rôle social lié au sexe, mais toute l’opération par laquelle la différence entre les sexes est instituée et hiérarchisée.”
  • Critiques du naturalisme et du cognitivisme : Arguments qui rejettent l’idée que les différences de genre soient uniquement naturelles ou biologiques, insistant sur leur construction sociale et leur interprétation culturelle. Butler et Delphy (1998, 2001) : ils contestent la naturalisation des différences de genre et soulignent que le sexe biologique est lui-même socialement interprété.

Points essentiels

  • La vision essentialiste voit le sexe comme une donnée biologique fixe, déterminant en grande partie le comportement et la nature de l’individu. Elle repose sur une conception naturaliste qui justifie la hiérarchie entre sexes.
  • La perspective constructiviste insiste sur le fait que le genre est un système social, appris et transmis par des pratiques, des normes et des représentations. Elle considère que le genre précède et organise la compréhension du sexe biologique, qui devient alors un marqueur social.
  • Selon Delphy (2001), le genre est un principe de partition qui hiérarchise et classe les individus, en déplaçant l’attention des parties (sexe biologique) vers les principes de division eux-mêmes.
  • Butler (1990, 2006) critique la distinction entre sexe et genre en montrant que le sexe est lui-même une construction sociale, produite par des opérations discursives. Elle affirme que le genre ne se limite pas à des rôles, mais organise la différence et la hiérarchie des sexes.
  • La critique du naturalisme et du cognitivisme met en évidence que les différences biologiques ne sont pas simplement naturelles, mais interprétées et valorisées socialement, ce qui remet en question leur rôle dans la hiérarchisation sociale.

À retenir

Le rapport entre sexe et genre est socialement construit : le genre précède et organise la perception du sexe, qui n’est pas une donnée biologique immuable mais une catégorie interprétée et hiérarchisée par la société.

7. Sexe vs genre

Notions clés & Définitions

  • Sexe : Variable biologique désignant les différences physiques et génétiques entre individus, telles que les chromosomes, hormones, organes reproducteurs. Selon Fausto-Sterling (2000), le sexe ne peut être réduit à une simple bicatégorisation en raison de la complexité biologique et des variations intersexes.
  • Genre : Système social de différenciation et de hiérarchisation des sexes, produit par la société, qui englobe les rôles, normes, valeurs et représentations associées aux hommes et aux femmes. Bereni et al. (2020) le définissent comme “un système de bicatégorisation hiérarchisée entre les sexes et les valeurs qui leur sont associées”.
  • Usage correct/incorrect du terme 'genré.e' :
    • Correct : désigner tout ce qui découle du système de genre, par exemple la division genrée du travail.
    • Incorrect : utiliser “statistiques genrées” pour désigner des données statistiques sur le genre, car le genre n’est pas une catégorie statistique mais un système social.

Points essentiels

  • La distinction entre sexe et genre repose sur leur origine : le sexe est biologique, tandis que le genre est une construction sociale et culturelle. Delphy (2001) souligne que “le genre est un principe de partition, qui permet de comprendre comment les individus ont été hiérarchisés et selon quels critères”.
  • La relation entre sexe et genre n’est pas nécessairement cohérente : Butler (2006) critique l’idée que le genre viendrait après le sexe, affirmant que le genre organise la compréhension même du sexe, et que cette organisation produit la hiérarchisation et la valorisation des traits selon le sexe.
  • La société construit et interprète les caractéristiques biologiques : même les indicateurs biologiques (chromosomes, hormones) sont socialement sélectionnés et valorisés, ce qui remet en question leur naturalité. La hiérarchie entre sexes précède la division, et cette hiérarchie est socialement valorisée.
  • La notion de “genre” permet de dépasser l’idée d’une différence naturelle et immuable, en soulignant que ces différences sont socialement construites et modifiables. La socialisation, dès la naissance, inculque des rôles et comportements genrés, souvent de manière inconsciente.
  • La critique du naturalisme (qui voit le sexe comme antérieur et déterminant du genre) et du cognitivisme (qui voit le genre comme une simple opposition mentale) est centrale dans la réflexion contemporaine, notamment chez Butler et Delphy.

À retenir

Le genre n’est pas une simple expression des différences biologiques, mais un système social hiérarchisé qui organise, valorise ou dévalorise les traits selon le sexe, et qui précède souvent la perception du sexe lui-même.

8. Principes de partition

Notions clés & Définitions

  • Principe de partition (C. Delphy, 2001) : Le genre comme principe de division qui hiérarchise et classe les individus selon des critères sociaux, permettant de structurer la société en catégories supérieures et inférieures.
  • Genre comme critère de classement social : Le genre sert à organiser et à hiérarchiser les individus dans la société, en attribuant des positions sociales valorisées ou dévalorisées selon leur appartenance à une catégorie de genre.
  • Singulier du genre (C. Delphy, 2001) : La notion de genre au singulier permet de déplacer l’attention des différences biologiques ou sociales vers le principe même de la hiérarchie et de la division qu’il instaure.
  • Hiérarchisation des individus : Processus par lequel le genre établit une hiérarchie sociale, valorisant certains groupes (ex : masculins) et dévalorisant d’autres (ex : féminins), selon des critères sociaux et symboliques.
  • Critère de classement : Le genre constitue un critère de différenciation et de hiérarchisation, qui organise la société en catégories sociales inégales, en fonction de normes et de représentations sociales.

Points essentiels

  • Le genre n’est pas une simple différence entre sexes biologiques, mais un principe de partition qui hiérarchise et classe socialement les individus (C. Delphy, 2001).
  • La notion de principe de partition permet de comprendre comment la hiérarchie entre les sexes est construite et maintenue à travers des critères sociaux, symboliques et culturels.
  • La hiérarchisation des individus par le genre précède souvent la division biologique, et elle est renforcée par des normes sociales qui valorisent certains traits ou comportements (ex : masculinité valorisée, féminité dévalorisée).
  • La critique du naturalisme et du cognitivisme (voir section 6) souligne que ces hiérarchies ne sont pas naturelles, mais socialement construites et modifiables.
  • La notion de genre comme principe de partition permet de déplacer l’attention des différences biologiques vers les principes de classement et de hiérarchie, soulignant leur dimension sociale et symbolique.

À retenir

Le genre fonctionne comme un principe de division et de hiérarchisation sociale, structurant la société en catégories inégales selon des critères symboliques et culturels, plutôt que biologiques.

9. Théories psy du genre

Notions clés & Définitions

  • John Money (1955) : Introduit la notion de "gender roles" pour désigner la construction psychologique d’être homme ou femme, soulignant que face à l’ambiguïté du sexe biologique, le rôle de genre se développe socialement et psychologiquement. Il avance que le rôle de genre peut être modifié jusqu’à 18 mois sans perturber l’enfant.

  • Robert Stoller (1968) : Introduit la notion de "gender identity" pour différencier l’identité de genre, expérience personnelle et subjective de soi, de l’orientation sexuelle. Il insiste sur la dimension psychique de l’identité de genre, distincte de l’orientation sexuelle.

  • Ann Oakley (1972) : En sociologie, distingue le sexe (naturel) du genre (psychologique, culturel), établissant un lien entre psychologie, culture et société. Elle contribue à faire du genre un processus social, modifiable et construit.

  • Féministes et critiques (Butler, 1990/2006 ; Delphy, 1998) : Contestent la distinction entre sexe et genre, affirmant que le genre ne vient pas après le sexe mais l’organise, en tant qu’opération instituant la différence et la hiérarchie des sexes. Selon Butler, le genre est une opération de pouvoir qui hiérarchise et valorise certains traits selon le sexe.

Points essentiels

  • Le concept de genre apparaît dans les années 1950-60, notamment dans la psychiatrie et la psychologie, pour analyser la différenciation entre sexe biologique et identité psychologique. John Money (1955) propose que la construction psychologique du genre, ou "gender roles", se développe socialement face à l’ambiguïté du sexe biologique, avec une capacité de modification jusqu’à 18 mois.

  • Robert Stoller (1968) distingue l’"identity de genre", expérience subjective de soi, de l’orientation sexuelle, dans un contexte où la psychiatrie cherche à différencier ces notions, notamment pour différencier homosexualité et inversion des caractéristiques sexuelles.

  • Ann Oakley (1972) établit une distinction claire entre sexe et genre, en insistant sur le fait que le genre est un processus social, culturel et psychologique, qui s’apprend et se transmet, remettant en cause la naturalisation des différences.

  • La critique principale, notamment par Judith Butler (1990/2006), remet en question la distinction entre sexe et genre, arguant que le genre n’est pas simplement un rôle social, mais une opération qui organise la différence et la hiérarchie des sexes, en insistant sur la dimension de pouvoir et de construction sociale.

  • La conception dominante des années 1970 considère le sexe comme biologique et le genre comme culturel, modifiable, ce qui permet aux féministes de critiquer la naturalisation des inégalités et d’envisager des transformations sociales.

À retenir

Les théories psy du genre, développées dans les années 1950-60, ont permis de conceptualiser le genre comme une construction psychologique, sociale et culturelle, remettant en question la naturalité du sexe biologique et soulignant le rôle du pouvoir dans la hiérarchisation des sexes.

10. Contributions Mead et Mead

Notions clés & Définitions

  • Études de Margaret Mead (1928, publié en 1963) : Recherches anthropologiques comparant les tempéraments masculins et féminins dans trois sociétés de Nouvelle-Guinée (Arapesh, Mundugomor, Chambuli), visant à analyser la variabilité culturelle des traits liés au sexe.
  • Rôles sexuels (sex roles) : Concepts introduits par Mead pour désigner les comportements, tempéraments et attentes socialement attribués à chaque sexe dans une société donnée, sans lien nécessaire avec la biologie.
  • Critique des théories freudiennes : Mead remet en question l’universalité des stades de développement freudiens, soulignant que les traits liés au sexe sont culturellement construits et variables selon les sociétés.
  • Variabilité culturelle des traits liés aux sexes : Observation que les caractéristiques associées au féminin ou au masculin diffèrent selon les sociétés, illustrant que ces traits ne sont pas biologiquement déterminés mais socialement construits.
  • Notion de rôles sociaux liés au sexe : Mead ne parle pas explicitement de genre, mais insiste sur la production sociale des comportements et attentes liés au sexe, qui façonnent la manière dont les individus sont socialisés dans chaque société.

Points essentiels

  • Margaret Mead a mené des études comparatives dans trois sociétés de Nouvelle-Guinée pour observer comment les traits de tempérament et comportements associés au sexe varient culturellement. Elle montre que ce qui est considéré comme féminin ou masculin n’est pas universel, mais dépend fortement du contexte social.
  • Son travail forge la notion de “rôles sexuels” (sex roles), soulignant que ces rôles sont attribués socialement, non biologiquement, et peuvent évoluer selon la société.
  • Mead critique les théories freudiennes en soulignant leur prétendue universalité, en insistant sur la variabilité culturelle et sociale des traits liés au sexe. Elle insiste sur le fait que ces traits ne sont pas innés mais appris et socialement construits.
  • La recherche de Mead contribue à dénaturaliser les différences de genre, en montrant que les tempéraments et comportements masculins ou féminins sont façonnés par la culture, et non par la biologie.
  • Bien que Mead ne parle pas explicitement de genre en tant que concept, ses travaux posent les bases pour comprendre que les rôles sociaux liés au sexe sont modulables et culturellement spécifiques.

À retenir

Les études de Margaret Mead démontrent que les traits associés au féminin et au masculin sont socialement construits et variables selon les sociétés, remettant en question l’idée d’une détermination biologique universelle.

11. Origines psychiatrie psychologie

Notions clés & Définitions

  • John Money (1955) : introduit le concept de "gender roles" pour désigner la construction psychologique de ce que signifie être homme ou femme, soulignant que face à l’ambiguïté du sexe biologique, le rôle de genre se développe socialement et psychologiquement. Il distingue aussi l’"identité de genre" comme expérience subjective de soi (Money & Ehrhardt, 1972).

  • Robert Stoller (1968) : psychiatre et psychanalyste, il introduit la notion de "gender identity" pour différencier l’identité de genre, qui est la perception subjective de soi en tant qu’homme ou femme, de l’orientation sexuelle. Il insiste sur la dimension psychologique du genre, distincte du sexe biologique.

  • Contexte scientifique : développement de l’endocrinologie, qui montre que tous les corps produisent des hormones masculines et féminines, relativisant ainsi la dimension strictement biologique du sexe, et favorisant une approche psychologique et sociale du genre.

  • Ann Oakley (1972) : sociologue qui établit une distinction claire entre sexe (naturel) et genre (psychologique, culturel), en insistant sur le fait que le genre est un processus social, appris et transmis, permettant de relier psychologie, culture et sociologie dans l’étude du genre.

  • Conception dominante des années 1970 : le sexe est considéré comme une donnée biologique immuable, tandis que le genre est vu comme une construction sociale et psychologique, modifiable et variable, permettant aux féministes de critiquer la naturalisation des inégalités et d’envisager des changements sociaux.

Points essentiels

  • Le concept de genre apparaît dans la psychiatrie et la psychologie dans les années 1950-1960, notamment dans le contexte de l’intersexuation et de la transidentité, avec John Money qui introduit en 1955 la notion de "gender roles" pour désigner la construction psychologique liée au sexe biologique.

  • Money distingue entre "rôles de genre" (comportements et interactions publics) et "identité de genre" (expérience subjective de soi), cette dernière étant une perception personnelle qui peut diverger du sexe biologique.

  • Robert Stoller, en 1968, insiste sur la "gender identity" pour différencier cette perception interne de l’identité sexuelle biologique, notamment pour distinguer identité de genre et orientation sexuelle.

  • La science endocrinologique montre que tous les corps produisent hormones masculines et féminines, ce qui relativise la rigidité du sexe biologique et ouvre la voie à une conception plus flexible et psychologique du genre.

  • Ann Oakley (1972) établit une distinction fondamentale entre sexe et genre, en insistant sur le fait que le genre est un processus social, appris et transmis, ce qui permet de relier la psychologie individuelle à la construction sociale.

  • La conception dominante des années 1970 repose sur l’idée que le sexe relève de la biologie, alors que le genre est une construction sociale et psychologique, ce qui permet aux mouvements féministes de critiquer la naturalisation des inégalités et d’envisager des transformations sociales.

À retenir

Le concept de genre s’est développé dans les années 1950-1960 à partir des sciences psychiatriques et psychologiques, notamment par John Money et Robert Stoller, en insistant sur sa dimension psychologique et sociale, et en relativisant la rigidité du sexe biologique grâce aux avancées en endocrinologie.

12. Conceptions genre Butler et Delphy

Notions clés & Définitions

  • Judith Butler (1990, 2006) : Le genre n’est pas simplement un rôle social ou une identité, mais une opération par laquelle la différence entre les sexes est instituée, hiérarchisée et naturalisée. Elle critique la distinction entre sexe (biologique) et genre (social), affirmant que le sexe lui-même est produit socialement, et que la naturalité du sexe est une construction sociale. Le genre organise la compréhension du sexe, ne venant pas après lui, mais le façonnant en permanence.

  • Christine Delphy (1998, 2001) : Le genre est un principe de partition qui structure le sexe socialement et hiérarchise les individus. Selon elle, c’est la hiérarchie sociale qui crée la division sexuelle, et non la biologie. Le genre permet de déplacer l’attention des catégories vers les principes de partition eux-mêmes, impliquant une hiérarchie et une domination, notamment via le travail domestique et la subordination des femmes.

  • Rapport nature/culture (Delphy) : La distinction entre sexe (naturel, biologique) et genre (culturel, social) est problématique car le genre structure le sexe socialement. Le genre ne découle pas du sexe biologique, mais le construit et le hiérarchise, remettant en cause la naturalité supposée des différences biologiques.

Points essentiels

  • Judith Butler (1990, 2006) remet en question la conception essentialiste en affirmant que le genre ne se limite pas à un rôle ou une identité, mais qu’il constitue une opération qui institue la différence et la hiérarchie entre les sexes. Elle critique la séparation entre sexe et genre, montrant que le sexe biologique est lui-même socialement construit, interprété et valorisé selon des critères sociaux, ce qui rend la distinction entre naturel et social problématique.

  • Selon Butler, le genre ne vient pas après le sexe, mais l’organise en tant que système de pouvoir et de hiérarchie. La société produit des corps et des différences considérés comme naturels, alors qu’ils sont en réalité socialement construits, interprétés et hiérarchisés.

  • Christine Delphy (1998, 2001) insiste sur le fait que le genre est un principe de partition qui hiérarchise les sexes, et que cette hiérarchie est socialement créée, notamment par le travail domestique et la domination masculine. Elle critique la vision naturaliste qui considère le sexe comme antérieur au genre, affirmant que c’est le genre qui structure le sexe socialement.

  • La critique du rapport nature/culture par Delphy souligne que le genre ne doit pas être réduit à une simple différence biologique, mais qu’il doit être compris comme un système social et symbolique qui organise et hiérarchise les corps et les rôles.

À retenir

Le genre n’est pas une simple identité ou un rôle social, mais une opération sociale et symbolique qui institue la différence et la hiérarchie entre les sexes, en structurant le sexe lui-même comme construit social, selon Judith Butler et Christine Delphy.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1949Publication de "Le Deuxième Sexe" de Simone de Beauvoir
1966Berger et Luckmann publient "La construction sociale de la réalité"
1977Goffman introduit la notion d'"arrangement des sexes"
2001Delphy insiste sur le genre comme principe de partition hiérarchisée

Tableaux de Synthèse

ThèmeNotions clésAuteur(s)
Constructivisme socialLa réalité sociale, y compris le genre, est construite par interactions et socialisationBerger et Luckmann (1966)
Dimensions du genreLe genre comme système de différenciation, hiérarchisation, relationnel, intersectionnelBereni et al. (2020), Delphy (2001), Goffman (1977)
Relation social-relationsGenre comme processus relationnel basé sur opposition, reproduction des catégorisationsGoffman (1977)
Rapport de pouvoirPatriarcat, domination masculine, exploitation symbolique et économiqueDelphy (1998, 2001), Guillaumin (1962), Bourdieu (2000)

Pièges & Confusions Fréquentes

  1. Confondre essentialisme et constructivisme : l’essentialisme voit le genre comme inné, le constructivisme comme socialement construit.
  2. Confusion entre sexe (biologique) et genre (social/culturel) : ne pas utiliser indifféremment ces termes.
  3. Croire que la hiérarchie de genre est naturelle : elle est socialement produite et reproduite.
  4. Omettre la dimension intersectionnelle : le genre ne peut pas être compris isolément des autres rapports de pouvoir.
  5. Confondre rapport de pouvoir et simple différenciation : le rapport de pouvoir implique hiérarchie et domination.
  6. Limiter la relation social-relations à l’opposition homme/femme : elle inclut aussi la reproduction et la contestation.
  7. Négliger l’aspect dynamique du genre : il évolue à travers le temps et les pratiques sociales.

Checklist Examen

  1. Connaître la définition du constructivisme social selon Berger et Luckmann (1966).
  2. Expliquer la distinction entre nature et culture dans la construction sociale du genre, en s’appuyant sur Simone de Beauvoir (1949).
  3. Définir la dimension relationnelle du genre selon Goffman (1977).
  4. Identifier les éléments clés de la hiérarchisation des sexes selon Delphy (2001).
  5. Comprendre la notion d’intersectionnalité et son importance dans l’analyse du genre.
  6. Décrire le concept d’"arrangement des sexes" de Goffman (1977).
  7. Expliquer le rapport de pouvoir dans le cadre du patriarcat selon Delphy (1998, 2001).
  8. Maîtriser la différence entre sexe et genre, en citant les auteurs clés.
  9. Connaître la notion de domination masculine selon Bourdieu (2000).
  10. Savoir ce qu’est le patriarcat et ses caractéristiques principales.
  11. Connaître la contribution de Simone de Beauvoir à la théorie du genre.
  12. Revoir la chronologie des dates clés : Beauvoir (1949), Berger & Luckmann (1966), Goffman (1977), Delphy (2001).

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Introduction au constructivisme social et genre avec 12 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Selon Berger et Luckmann (1966), qu'est-ce que le constructivisme social concernant la réalité sociale et le genre ?

2. En quelle année Berger et Luckmann ont-ils publié 'La construction sociale de la réalité', qui insiste sur la construction sociale du genre?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Introduction au constructivisme social et genre avec 24 flashcards interactives.

Constructivisme social — définition ?

La réalité sociale, y compris le genre, est construite par les interactions.

Genre — système social ?

Un système de différenciation, hiérarchisation et normes culturelles.

Relation social-relations — rôle ?

Produire et reproduire les catégorisations homme/femme.

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