📋 Plan du Cours
- Droit et systèmes juridiques
- Droit romain et codifications
- Royauté mérovingienne sacro-sainte
- Ministère royal et devoirs du roi
- Droit savant et universités
- Droit coutumier et reconquête juridique
- Reconquête par le droit royal
- Principe monarchique et souveraineté
- Souveraineté du roi hors du royaume
- Mythologie monarchique et roi sacré
- Gouvernement monarchique et institutions
- Pouvoir législatif et justice royale
📖 1. Droit et systèmes juridiques
🔑 Notions clés & Définitions
- Ubi societas ibi jus : Maxime latine selon laquelle toute société implique l’existence d’un droit applicable aux relations humaines.
- Loi positive : Type de loi édictée par une autorité ayant un pouvoir législatif, pour produire des règles reconnues par la communauté.
- Loi coutumière : Type de loi fondée sur des usages établis, considérés comme obligatoires au sein d’une société.
- Common Law : Système juridique où le droit se construit surtout par la jurisprudence, avec un rôle central du juge.
- Droit civil codifié : Système juridique caractérisé par l’existence de codes et par un droit formulé par le législateur.
📝 Points essentiels
- Le droit se définit comme universel, mais chaque société possède son droit propre, ce qui le rend à la fois absolu et relatif.
- La loi positive se distingue de la loi coutumière : la première émane d’une autorité législative, la seconde d’usages devenus normatifs.
- La loi exprime la volonté générale, mais elle ne devient concrète que si des institutions permettent son application.
- La compréhension du droit du présent exige de maîtriser l’histoire du droit, car le passé éclaire l’avenir.
- Dans le common law, le juge joue un rôle prééminent, tandis que dans le droit civil, l’existence d’un code encadre le droit du législateur.
- Le common law regroupe notamment l’Amérique du Nord, le Canada, la Grande-Bretagne et plusieurs anciennes possessions britanniques comme l’Australie, l’Inde et l’Afrique du Sud.
💡 Astuce mémo
Civil = Code écrit par le législateur ; Common = Juge décide par la jurisprudence.
📖 2. Droit romain et codifications
🔑 Notions clés & Définitions
- Leges sacræ : Ce sont des lois sacrées, considérées comme la volonté des dieux, appliquées par les prêtres dans les périodes anciennes de Rome.
- Ius civile : Ce droit civil correspond au droit nouveau né avec la République romaine, notamment sous l’autorité des institutions romaines.
- Corpus iuris civilis : C’est l’ensemble du droit civil issu de la codification justinienne, regroupant les grandes compilations romaines.
- Code Théodosien : C’est la codification du droit romain réalisée par l’empereur Théodose vers 430, destinée à s’appliquer sur les deux empires.
- Codification de Justinien : C’est la relance de la codification sous Justinien, qui produit un ensemble structuré de textes majeurs pour le droit romain.
📝 Points essentiels
- À partir du IIIe siècle après J.-C., l’empereur devient le seul producteur de normes dans l’empire romain.
- En 293, Dioclétien met en place la tétrarchie pour diviser l’empire en deux entités, l’une à l’Occident (Rome) et l’autre à l’Orient (Constantinople).
- En 430, Théodose codifie le droit romain dans le code Théodosien, appliqué aux deux empires.
- En 535, Justinien relance la codification avec quatre documents majeurs : code, nouvelles, digeste et Institutes.
- En 476, la chute de l’Empire d’Occident fait que les royaumes qui le remplacent ignorent le corpus justinien.
💡 Astuce mémo
Repères chronos : 293 tétrarchie, 430 code Théodose, 535 Justinien, 476 chute d’Occident.
📖 3. Royauté mérovingienne sacro-sainte
🔑 Notions clés & Définitions
- Dynastie mérovingienne : Dynastie royale franque issue de Clovis, qui fonde la légitimité de ses rois au début du VIe siècle.
- Omnia potestas a Deo : Principe chrétien selon lequel l’autorité politique tire sa source de Dieu, ce qui renforce la légitimité royale franque.
- Confusion patrimoniale : Principe mérovingien où le royaume public se confond avec le patrimoine familial privé, rendant la succession assimilable à un partage d’héritage.
- Onction du sacre : Rituel d’enduire le front du roi avec de l’huile sainte (chrême), présenté comme un acte par lequel Dieu investit le souverain.
- Roi thaumaturge : Figure sacrée du roi mérovingien, dont le pouvoir est décrit comme capable de guérir par la médiation de Dieu.
📝 Points essentiels
- La royauté mérovingienne est dite sacro-sainte car sa légitimité repose sur l’ancrage chrétien des rois francs et sur la tradition héréditaire de la dynastie.
- Chez les Mérovingiens, la succession royale traite le royaume comme un bien familial, si bien qu’un décès avec plusieurs fils entraîne une subdivision du royaume.
- Cette logique de partage conduit à l’affaiblissement de la dynastie royale jusqu’en 751.
- Avec Pépin le Bref, la légitimité d’origine est renforcée par un sacre mobilisant l’onction et l’appui du pape Zacharie pour sacrer les rois des Francs.
- À partir du sacre, le roi est présenté comme roi et prêtre (rex et sacerdos) et reçoit une dimension surnaturelle associée à des pouvoirs guérisseurs.
💡 Astuce mémo
Légitimité mérovingienne = Dieu + sang : sacré (chrême) pour être roi de Dieu, puis sang (hérédité) qui peut morceler le royaume.
📖 4. Ministère royal et devoirs du roi
🔑 Notions clés & Définitions
- Dei gratia : Formule selon laquelle le roi règne par la grâce de Dieu, manifestée au moment du sacre par l’onction.
- Rex et sacerdos : Qualification du roi franc qui le présente à la fois comme roi du pouvoir temporel et comme figure liée au spirituel.
- Rex thaumaturge : Idée selon laquelle le roi sacré possède des pouvoirs de guérison, résumée par l’expression « le roi touche, Dieu guérit ».
- Ministère royal : Charge attachée au roi, formulée comme une contrainte de gouverner selon des devoirs, et appelée ministerium régis.
📝 Points essentiels
- En 751, Pépin le Bref cherche une légitimité de pouvoir en affirmant qu’il gouverne pour le roi tout en s’appuyant sur le droit des Francs pour se faire désigner.
- En 752, Pépin fait venir le pape Zacharie pour sacrer le roi des Francs et fait sacrer aussi ses fils, afin de fonder la dynastie carolingienne.
- À l’assemblée de 829, le roi reçoit non seulement des pouvoirs de Dieu mais aussi une charge de devoirs : gouverner pour le bien du peuple, rendre justice, défendre les faibles, et protéger l’Église dans ses biens et privilèges.
- Le ministère royal devient un critère d’exercice du pouvoir : si le roi ne respecte pas ses devoirs, il est considéré comme un tyran.
- À partir de 829, la légitimité d’exercice (le respect des devoirs) tend à primer sur la légitimité d’origine (le sacre), tandis que le roi évolue vers une image de conservateur du droit plutôt que de législateur.
- Les capitulaires des rois carolingiens se divisent en capitulaires laïques (fiscalité et administration) et capitulaires ecclésiastiques (règles pour l’Église).
💡 Astuce mémo
Sacre = Dei gratia ; Ministère = devoirs : si devoirs bafoués, le roi devient tyran.
📖 5. Droit savant et universités
🔑 Notions clés & Définitions
- Droit savant : Droit savant : forme de droit reconstruite par l’étude savante, qui sert de base à la légitimité du pouvoir royal.
- École des glossateurs : École des glossateurs : école de Bologne née à la fin du XIe siècle, formant des maîtres grâce à l’étude commentée des textes juridiques romains.
- Glose marginale : Glose marginale : commentaire d’un texte juridique écrit par le maître, placé sur la marge du texte enseigné.
- Légistes : Légistes : spécialistes du droit formés par les écoles, qui se mettent progressivement au service du roi grâce à leur technicité romaine.
📝 Points essentiels
- Dans les années 1070, l’Occident redécouvre le Corpus Iuris Civilis de Justinien (notamment le Digeste), ce qui relance l’enseignement des concepts romains.
- Dès la fin du XIe siècle, l’école des glossateurs à Bologne enseigne par la glose, avec commentaire écrit sur le texte, en marge ou entre les lignes.
- Placentin forme une première école de droit en France vers 1020, et Vaccarius forme une première école en Angleterre vers 1140 à Oxford.
- Les coutumes orales locales sont d’abord fondées sur l’oralité, ce qui conduit à des enquêtes par turbes avec des attestations d’anciens de la communauté.
- À partir de la fin du XIIe siècle, les coutumes sont mises par écrit (en latin puis en langue vernaculaire au début du XIIIe), ce qui rationalise le droit et renforce la monarchie.
- Philippe de Beaumanoir soutient l’idée que, le roi étant « empereur en son royaume », il peut faire des lois comme il lui plaît.
💡 Astuce mémo
Glose = commentes le texte au choix sur la marge, entre les lignes ou directement sur le texte.
📖 6. Droit coutumier et reconquête juridique
🔑 Notions clés & Définitions
- Droit fédéral : Ensemble de règles de droit public qui permet au pouvoir royal de donner des ordres et de s’appuyer sur des agents locaux comme relais de ces normes.
- Déconcentration : Organisation administrative où l’autorité centrale confie l’exécution du droit à des représentants locaux, en conservant un lien juridique de subordination.
- Lien féodal : Rapport contractuel fondé sur la fidélité entre seigneur et vassal qui remplace progressivement le lien de droit public entre centre et agents locaux.
- Auxilium : Obligation féodale d’assistance du vassal au seigneur, notamment par le service militaire et par une aide financière en cas de capture du seigneur.
- Consilium : Obligation féodale de conseil du vassal au seigneur, incluant l’aide pour le gouvernement de sa seigneurie et pour rendre la justice locale.
📝 Points essentiels
- Entre 1180 et 1223, le roi renforce son contrôle grâce au droit fédéral en utilisant des agents locaux comme relais d’ordres royaux.
- La déconcentration fondée sur le droit public se rompt au profit du droit féodal, car le pouvoir central perd alors un contrôle direct des administrateurs locaux.
- Dans le système féodal, le vassal est tenu à l’auxilium (40 jours par an de service militaire et aide à la rançon en cas de capture).
- En contrepartie, le vassal doit aussi le consilium en aidant le seigneur au gouvernement et à la justice dans sa seigneurie.
- Pour superposer un nouveau droit public, le roi utilise la suzeraineté comme fiction : tous les seigneurs tiennent leurs terres du roi, directement ou indirectement.
💡 Astuce mémo
AUXILIUM = À l’aide (armée + rançon), CONSILIUM = au conseil (gouverner + juger).
📖 7. Reconquête par le droit royal
🔑 Notions clés & Définitions
- Paix royale de 10 ans : La paix royale ordonnée en 1155 impose une trêve générale à l’échelle du royaume pendant 10 ans, en interdisant la guerre entre les sujets.
- Ordonnance de 1254 : L’ordonnance de 1254, prise par le roi Saint Louis à son retour de croisade, vise à remettre le royaume en ordre par des règles applicables à tous.
- Status regni : La formule status regni désigne la “situation du royaume” et sert de fondement à l’idée que le roi peut restaurer l’ordre en légiférant.
- Remise de l’ordre administratif : La reconquête par le droit royal passe par la reprise en main de l’administration, avec des exigences imposées aux agents locaux envers le roi.
- Présomption d’innocence : La règle selon laquelle nul ne peut être privé de son droit sans déclaration de culpabilité affirme un traitement juridique avant toute atteinte aux droits.
📝 Points essentiels
- En 1155, Louis VII décrète une paix royale de 10 ans qui interdit à toute personne de se faire la guerre dans le royaume.
- La puissance législative du roi redevient une réalité au XIIIe siècle grâce aux ordonnances royales de Saint Louis.
- En 1254, à son retour de croisade, Saint Louis légifère pour restaurer l’état du royaume et encadrer l’action des agents locaux envers le roi.
- L’ordonnance de 1254 est diffusée en trois versions distinctes : latin, langues d’oïl et langues d’oc.
- L’ordonnance renforce aussi l’ordre moral en interdisant notamment les duels, les jeux de hasard et la prostitution.
- L’ordonnance pose la protection “nul ne peut être privé de son droit” sans avoir été déclaré coupable, ce qui revient à consacrer la présomption d’innocence.
💡 Astuce mémo
1155 = Paix 10 ans ; 1254 = Saint Louis “status regni” + présomption d’innocence + ordre moral (duels, hasard, prostitution).
📖 8. Principe monarchique et souveraineté
🔑 Notions clés & Définitions
- Souveraineté monarchique : La souveraineté monarchique est l’indépendance politique du roi, qui n’admet pas d’autorité terrestre supérieure pour gouverner son royaume.
- Théocratie pontificale : La théocratie pontificale est l’idée que le pape exerce un pouvoir directement fondé sur Dieu et revendique une autorité sur les rois.
- Excommunication : L’excommunication est une sanction ecclésiastique utilisée quand le roi refuse de se soumettre à une demande du pape, avec une alternative de rupture.
- Mythologie monarchique : La mythologie monarchique est l’ensemble des images et symboles qui donnent au roi un statut exceptionnel et nourrissent l’adhésion populaire.
- Lois fondamentales de royaume : Les lois fondamentales de royaume sont des règles constitutionnelles qui encadrent l’accès à la couronne et limitent l’action du roi.
📝 Points essentiels
- Dans le conflit avec l’empereur, le roi répond qu’il n’a aucun supérieur sauf Dieu et qu’il est empereur en son royaume, marquant une indépendance politique.
- La théocratie pontificale justifie l’intervention du pape via le droit, car les rois restent des hommes susceptibles d’être jugés pour le péché.
- Au début du XIIIe siècle, Jean sans Terre accepte de devenir vassal du pape en se soumettant à son autorité pontificale.
- En 1401, Boniface VIII ordonne au roi de se présenter à Rome pour être jugé, et le refus conduit à une procédure de condamnation du pape.
- Le sacre à Reims, avec des emblèmes comme la couronne, le sceptre et la main de justice, sert à confirmer le droit du roi.
- Dès le XIVe siècle, la succession est encadrée par des lois fondamentales comme la primogéniture et la masculinité, et la couronne est dite indisponible par le roi.
💡 Astuce mémo
Théocratie = pape juge par le droit ; Monarchie = roi souverain + sacre + lois fondamentales.
📖 9. Souveraineté du roi hors du royaume
🔑 Notions clés & Définitions
- Sainte Ampoule : La Sainte Ampoule est l’élément légendaire du sacre de Clovis, présenté comme apporté par une colombe avec une huile sainte pour l’onction du roi.
- Corps mystique de la monarchie : Le corps mystique de la monarchie désigne l’idée que l’institution royale survit à la mort du souverain individuel, assurant la continuité du pouvoir.
📝 Points essentiels
- Le sacre se déroule à Reims et se présente comme une cérémonie publique où le peuple voit la prise des symboles du pouvoir royal.
- Au sacre, le roi reçoit l’anneau, la couronne, le sceptre, l’épée et la main de justice, qui diffusent l’idée d’une puissance à la fois politique, militaire et judiciaire.
- Dès le XIIe siècle, les rois de France sont enterrés à Saint-Denis, et à partir du XIVe siècle les funérailles prennent un rituel public avec la formule « le roi est mort, vive le roi ».
- À partir du XIVe siècle, apparaissent progressivement les « lois fondamentales de royaume » (5 à 7), qui encadrent l’accès à la couronne et la succession tout en étant traitées comme constitutionnelles.
- La succession royale suit la primogéniture, exclut l’accès des femmes à la couronne et interdit au roi d’intervenir dans la succession (indisponibilité de la couronne), le roi devant aussi promettre de conserver l’intégralité des terres du royaume dès 1360 lors du sacre.
💡 Astuce mémo
Reims pour voir les emblèmes du roi ; Saint-Denis pour entendre « le roi est mort, vive le roi » : sacré et continu.
📖 10. Mythologie monarchique et roi sacré
🔑 Notions clés & Définitions
- Louis IX : Le roi Louis IX devient sacré après sa canonisation, ce qui transforme l’image du souverain en incarnation d’une justice à caractère divin.
- Justice divine royale : La justice du roi est présentée comme l’émanation de la justice de Dieu, appliquée au royaume avec la même autorité que dans le ciel.
- Pierre Jacobi : Pierre Jacobi est le légiste qui commente l’autorité judiciaire du roi dans un ouvrage rattaché à l’époque de Philippe le Bel.
- Le Traité des Actions : L’ouvrage « Le Traité des Actions » associe la monarchie à une théorie de la justice où le roi détient le pouvoir judiciaire du royaume.
📝 Points essentiels
- Après la canonisation de Saint Louis IX, l’autorité judiciaire du roi est renforcée en apparaissant comme une justice calquée sur la justice divine.
- Saint Louis est décrit comme un juge à la fois sévère et miséricordieux, ce couple punir/pardonner nourrit le modèle du roi sacré.
- Dans « Le Traité des Actions », Pierre Jacobi affirme que le roi de France détient tout le pouvoir justicier du royaume, après Dieu.
- Pierre Jacobi présente une répartition en trois niveaux de justice : Merum Imperium, Mixtum Imperium et Bassa Jurisdictio.
💡 Astuce mémo
Saint Louis = justice de Dieu au sol : sévérité + miséricorde.
📖 11. Gouvernement monarchique et institutions
🔑 Notions clés & Définitions
- Lettre de jussion : Acte royal solennel utilisé pour contraindre le parlement à enregistrer un ordre malgré des remontrances.
- Curia Consilio : Petite section créée au sein de la cour du roi où le souverain prend conseil de ses légistes.
- Conseil du roi : Organe central du gouvernement monarchique né du détachement de la Curia Consilio et structuré autour des légistes.
- Curia In Compotis : Petite section formée par des légistes à partir du trésor récupéré, avant d’être à l’origine de la Cour des comptes.
- Quitus : Validation des comptes délivrée après analyse par la Cour des comptes, à l’occasion des remises semestrielles.
📝 Points essentiels
- Quand le roi reçoit des remontrances, il peut refuser d’en tenir compte puis contraindre le parlement à enregistrer l’acte royal par une Lettre de jussion.
- À la fin du XIIIe siècle, la Curia Consilio se détache de la cour féodale pour constituer le Conseil du roi, principal organe du gouvernement monarchique.
- Le Conseil du roi évince les vassaux, mais leur présence persiste selon un rapport de forces : monarchie forte = légistes majoritaires, monarchie faible = vassaux majoritaires.
- En 1307, l’arrestation des Templiers ordonnée par Philippe le Bel entraîne la disparition de l’ordre et permet la récupération du trésor confié à des maîtres du trésor.
- Ces maîtres forment la Curia In Compotis, puis la Cour des comptes apparaît et prend en charge toute la comptabilité du royaume à partir des années 1320.
- Deux fois par an à Noël et à Pâques, les gestionnaires (prévôts) remettent leurs registres à la Cour des comptes qui délivre un quitus pour valider les comptes.
💡 Astuce mémo
Jussion = forcer l’enregistrement ; Compotis/Cour des comptes = compter et valider (Noël + Pâques).
📖 12. Pouvoir législatif et justice royale
🔑 Notions clés & Définitions
- Justice royale : La justice royale est une justice rendue au nom du roi, présentée comme l’image de la justice divine appliquée au royaume.
- Canonisation de Saint Louis IX : La canonisation de Louis IX renforce l’idée que le roi incarne une justice divine, mêlant sévérité et miséricorde.
- Merum Imperium : Merum Imperium désigne la justice retenue par le roi, exercée en personne dans les cas qui touchent directement sa personne ou ses intérêts.
- Mixtum Imperium : Mixtum Imperium correspond à une justice déléguée par le roi à ses magistrats, organisant le haut de la pyramide judiciaire.
- Bassa Jurisdictio : Bassa Jurisdictio désigne des juridictions concurrentes non royales, présentées comme subordonnées par fiction à la justice royale.
📝 Points essentiels
- Pierre Jacobi affirme que le roi de France détient dans sa main tout le pouvoir justicier du royaume, ce qui place le roi au sommet après Dieu.
- Les cas royaux de Merum Imperium ne peuvent être jugés que dans le cadre de la justice retenue et concernent notamment l’atteinte à la personne, à l’honneur ou aux intérêts de l’État du roi.
- À partir du milieu du XIVe siècle, la justice retenue rendue dans le conseil du roi se spécialise par la subdivision du conseil, avec émergence de plusieurs niveaux de conseil dédiés à la justice.
- Mixtum Imperium est incarné principalement par le Parlement, placé au sommet d’une pyramide de justice déléguée à des magistrats du roi.
- Les justices concurrentes de Bassa Jurisdictio sont la justice ecclésiastique, seigneuriale et municipale, et leur subordination à la justice royale est établie par une fiction juridique.
- La justice ecclésiastique relève d’un privilège du for et se répartit selon les personnes, les lieux et la matière, mais un cas royal prime sur ce privilège à partir du XIVe siècle.
💡 Astuce mémo
Merum = “roi en personne”, Mixtum = “roi délègue”, Bassa = “non-royal mais rangé par fiction”.
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| 750 avant J-C | Naissance de Rome, droit perçu comme volonté des dieux |
| 509 avant J-C | Révolution : apparition de la République romaine |
| 451 AVANT J-C | Loi des tables |
| 27 avant J-C | Auguste reçoit le titre d’Octave (auctoritas) |
| 3eme siècle après J-C | Empereur seul producteur des normes dans l’empire |
| 293 | 293 : tétrarchie (diviser l’empire en deux) |
| 430 | 430 : Théodose codifie le droit (code Théodosien) |
| 535 | 535 : Justinien relance la codification (code, nouvelles, digeste, Institutes) |
| 476 | 476 : chute de l’Empire d’Occident |
| 26 août 1789 | Déclaration des droits : ancrage de l’isonomie (égalité devant la loi) |
📊 Tableaux de synthèse
Deux systèmes juridiques principaux
| Système | Base | Rôle du juge |
|---|
| Common Law | Droit jurisprudentiel | Juge prééminent |
| Droit civil | Droit codifié par le législateur (existence d’un code) | Juge moins central que dans le common law |
Trois niveaux de justice (Pierre Jacobi)
| Notion | Caractéristique | Exemples de cas |
|---|
| Merum Imperium | Justice retenue par le roi (roi en personne) | Atteintes à la personne/à l’honneur/aux intérêts de l’État du roi |
| Mixtum Imperium | Justice déléguée par le roi à ses magistrats | Parlement au sommet d’une pyramide judiciaire |
| Bassa Jurisdictio | Juridictions concurrentes non royales (subordination par fiction) | Justices ecclésiastique, seigneuriale, municipales |
⚠️ Pièges & confusions fréquents
- Confondre loi positive et loi coutumière : la première émane d’une autorité législative, la seconde d’usages consacrés par le temps.
- Croire que les coutumes sont d’abord écrites : elles sont d’abord orales, avec preuves par turbes, puis mise par écrit à la fin du XIIe siècle.
- Mélanger légitimité d’origine et légitimité d’exercice : le sacre fonde la première, le ministère royal la seconde.
- Prendre la justice du roi pour une justice unique : elle se décline en Merum/Mixtum/Bassa avec des compétences différentes.
- Penser que la suzeraineté et la souveraineté sont la même chose : la suzeraineté repose sur une pyramide féodale, la souveraineté sur une pleine puissance royale (IUS DICERE).
- Croire que l’Église prime toujours en justice : à partir du XIVe siècle, un cas royal prime sur le privilège du for.
- Faire l’erreur inverse sur la codification de Justinien : les “nouvelles” sont des lois impériales postérieures (entre 430 et 530) et le “digeste” est un recueil de doctrine.
✅ Checklist Examen
- Définir Ubi societas ibi jus, la loi positive et la loi coutumière, puis expliquer pourquoi le droit est universel tout en restant relatif aux sociétés.
- Comparer common law et droit civil (rôle du juge et présence d’un code) et citer les zones d’implantation mentionnées.
- Expliquer LEGES SACRAE et la République (509 avant J-C) : légitimité religieuse puis naissance d’un droit civil (ius civile).
- Rappeler les étapes de la codification romaine : 293 tétrarchie, 430 code Théodosien, 535 Justinien et les 4 documents du corpus iuris civilis, puis 476 et l’ignorance du corpus justinien.
- Décrire la royauté mérovingienne : OMNIA POTESTAS A DEO, confusion patrimoniale, et le sacre (chrême) ; puis expliquer l’affaiblissement jusqu’en 751.
- Exposer le ministère royal : le roi reçoit des devoirs (gouverner pour le bien du peuple, rendre justice, défendre les faibles, protéger l’Église) et la notion de tyran en cas de non-respect.
- Retracer la lente reconquête juridique du XIIIe siècle : 1155 paix royale de 10 ans, puis 1254 (STATUS REGNI, ordre moral, interdiction des duels/hasard/prostitution, et “nul ne peut être privé de son droit sans avoir été déclaré coupable”).
- Présenter le principe monarchique : souveraineté (indépendance face à empereur/pape) et encadrement par les lois fondamentales (primogéniture, masculinité, indisponibilité de la couronne, promesse de conserver les terres dès 1360 au sacre).
- Expliquer le gouvernement monarchique : Curia Consilio/Conseil du roi et Curia In Compotis/Cour des comptes, ainsi que les deux remises (Noël et Pâques) et le quitus.
- Maîtriser les compétences judiciaires : Merum Imperium (justice retenue), Mixtum Imperium (justice déléguée par le Parlement) et Bassa Jurisdictio (justices concurrentes par fiction).
- Comprendre la logique des finances et de l’armée : recettes ordinaires du domaine royal, impôts extraordinaires via consentement (jusqu’à la présomption en 1439-1440), et passage à une armée royale de métier (réforme de 1445).
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