Perroux définit la croissance comme une « augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d'un indicateur de dimension », le produit global net en termes réels pour une nation.
Bairoch (1997) définit la croissance comme un processus cumulatif d’interactions qui se traduit par la hausse continue de la productivité.
Expansion à court terme, croissance à long terme
★ À maîtriser
📐 Formule - Selon l’approche par la production, .
📐 Formule - Selon l’approche par les dépenses, .
📐 Formule - Le RNB vérifie .
Compléments
📐 Formule - Selon l’approche par les revenus, .
★ À maîtriser
Le PIB mesure bien la croissance, mais mal le développement, car il ne renseigne ni sur l’usage ni sur la répartition de la richesse.
Le PIB est uniquement quantitatif et ignore la production hors marché, notamment le travail domestique et les échanges gratuits, ainsi que l’économie souterraine, notamment le travail dissimulé et les activités illégales.
Le PIB sous-pondère la production publique et ignore les inégalités, la santé, l’éducation ainsi que les externalités négatives comme la pollution et le gaspillage.
Compléments
Les IHP et ISP sont d’autres indices de développement humain qui utilisent des pondérations différentes du bien-être.
Aucun indicateur complémentaire n’a supplanté le PIB ; le rapport Stiglitz date de 2009.
Le Happy Planet Index (HPI) est un indicateur de développement durable qui utilise l’empreinte écologique.
★ À maîtriser
La croissance durable est un phénomène récent, apparu au début du XIXe siècle avec l’industrialisation, rendue possible par la révolution agricole, qui a permis aux sociétés de déjouer la loi de Malthus.
Les cinq phases de Maddison, présentées par l’OCDE en 1995, donnent les taux annuels de croissance du PIB suivants : 1820–1870, Europe occidentale 1,7 %, pays neufs 4,3 % et monde 1 % ; 1870–1913, 2,1 %, 3,9 % et 2,1 % ; 1913–1950, 1,4 %, 2,8 % et 1,9 % ; 1950–1973, 4,7 %, 4 % et 4,9 % ; 1973–1992, 2,2 %, 2,4 % et 3 %.
Les Trente Glorieuses, période d’âge d’or associée à Fourastié (1979), affichent environ 5 % de croissance annuelle et constituent une exception plutôt que la règle.
La crise financière de 2008 devient une crise bancaire puis économique mondiale, ralentit fortement l’activité et maintient ensuite la croissance des PDEM à un faible niveau.
En 2020, les confinements et les mesures gouvernementales liés à la COVID-19 entraînent une chute d’environ 3 % du PIB mondial.
En 2021, les plans de relance monétaires et budgétaires entraînent un rebond d’environ 6 à 7 %, formant une courbe en V sur 2020–2021.
Les quatre faits stylisés sont :
Compléments
La tendance de fond de la croissance est d’environ 2 % par an.
Les phases de Maddison sont associées au capitalisme libéral et à la première révolution industrielle en Angleterre (1820–1870), à la deuxième révolution industrielle et au rattrapage de pays comme l’Allemagne (1870–1913), aux deux guerres mondiales et à la crise de 1929 (1913–1950), aux Trente Glorieuses (1950–1973), puis à la fin de celles-ci et au retour à la tendance (1973–1992).
Les Trente Glorieuses s’achèvent dans les années 1970 à la suite de deux chocs pétroliers, qui provoquent une crise d’offre pénalisant fortement les PDEM.
Les dragons asiatiques sont :
L’acronyme BRIC apparaît en 2001 pour désigner le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, puis devient BRICS avec l’ajout de l’Afrique du Sud.
La Chine connaît alors une croissance du PIB à deux chiffres et tend à devenir la deuxième puissance mondiale derrière les États-Unis.
Entre 2002 et 2008, la croissance de la zone euro, notamment celle de la France, se situe entre 1 et 2 %, en dessous de celle des États-Unis et du Royaume-Uni.
La croissance mondiale de 2022 à aujourd’hui est soutenue par la relance et la reprise post-Covid, mais le risque d’une inflation durable pourrait la limiter.
En 2018, le taux de croissance du PIB est de 1,8 % en Europe, de 2,9 % aux États-Unis et de 6,6 % en Chine ; en 2019, il est respectivement de 1 %, 2,3 % et 6,1 %, avec 1,2 % pour la France.
★ À maîtriser
L’argument classique en faveur de la croissance est qu’elle élève le niveau de vie, soutient l’emploi et finance la redistribution ainsi que les services publics.
Les trois déséquilibres liés à la croissance sont :
La courbe de Kuznets (1955) présente une relation en cloche entre développement et inégalités : les inégalités augmenteraient au début de l’industrialisation, puis diminueraient fortement avec le développement.
Piketty (2005) critique l’idée que la baisse des inégalités soit mécaniquement liée à la hausse du PIB par habitant, à partir de données françaises et américaines.
Compléments
Dostaler et Marris, dans Capitalisme et pulsion de mort (2009), soutiennent qu’il n’existe pas de relation nécessaire entre croissance et bien-être ou bonheur et que la croissance peut même leur être contraire.
É. Laurent, dans Sortir de la croissance (2019), et D. Méda défendent l’idée que la croissance est une illusion ou une mystification et qu’il faut viser le bien-être, la résilience et la soutenabilité.
La décroissance se heurte à un problème de faisabilité politique, faute de consensus, et une telle dynamique serait contraire à la complexification du monde.
En attendant un éventuel changement de société, la recherche de la croissance demeure la réalité institutionnelle et l’objectif principal des systèmes économiques.
La thèse de Kuznets implique que les inégalités se résorberaient d’elles-mêmes, de façon endogène, avec le développement.
La courbe de Kuznets est critiquée parce qu’elle repose sur des données croisées entre pays plutôt que sur le suivi d’un même pays dans le temps, et parce qu’elle sous-estime le poids de l’histoire propre à chaque pays.
Selon Piketty, la baisse historique des inégalités vient surtout des chocs sur le capital — guerre, inflation et catastrophes — et de la redistribution par l’impôt, notamment sur le revenu.
L’enjeu posé par la courbe de Kuznets est de choisir entre des mécanismes de redistribution par l’impôt et l’attente d’une résorption spontanée des inégalités.
Le biais probable de Kuznets tient au fait qu’il écrit dans les années 1950, alors que les gains de productivité des Trente Glorieuses sont très élevés, ce qui favorise son optimisme.
★ À maîtriser
📌 La tendance est la croissance de fond de long terme liée à l’offre, tandis que le cycle désigne les variations de court terme autour de cette tendance liées à la demande.
📐 Formule - L’écart de production vérifie ; il est positif en cas d’excès de demande et négatif en cas de déficit de demande.
Compléments
La distinction entre tendance et cycle s’impose avec les Trente Glorieuses et les travaux de Solow (1956).
Le cycle est moins ample depuis les années 1980, période appelée Grande Modération par Bernanke (2004).
📌 La croissance effective est celle qui est réellement mesurée par l’Insee chaque trimestre et présentée en bilan annuel dans les Comptes de la Nation.
Un output gap prolongé modifie la croissance potentielle parce que les moyens de production s’ajustent.
À moyen et long terme, la croissance effective est approximativement égale à la croissance potentielle, hors ajustement budgétaire ou relance par le déficit.
La tendance relève de l’offre ; le cycle fluctue avec la demande.
★ À maîtriser
À court terme, les variations de production dépendent de la demande globale, comme l’analyse Keynes (1936).
Smith (1776) soutient que la division du travail permet une hausse continue de la production, illustrée par la fabrique d’épingles.
Schumpeter (1912, 1939) explique la croissance par le progrès technique, les grappes d’innovations et la destruction créatrice portée par l’entrepreneur.
La synthèse de Schumpeter distingue trois cycles :
Compléments
À moyen terme, la production dépend de la demande et de l’offre globales selon les prix, notamment dans la courbe de Phillips et le modèle AS-AD (OG-DG).
À long terme, la production dépend de l’offre et des caractéristiques du système productif, étudiées par les modèles de croissance comme celui de Solow.
Ricardo (1817) juge l’état stationnaire inévitable en raison des rendements marginaux décroissants, les terres les plus fertiles étant cultivées d’abord.
Malthus (1799) oppose une production progressant à rythme arithmétique à une population progressant à rythme géométrique, ce qui conduirait à la réduction de la population selon sa loi, déjouée par la Révolution industrielle.
Young (1928) décrit une croissance auto-entretenue par la spécialisation, l’investissement, les rendements d’échelle internes et externes et l’élargissement des marchés, formant un cercle vertueux.
Harrod (1939, 1948) et Domar (1946-47) décrivent une croissance probablement déséquilibrée et instable, car l’investissement agit sur la demande et l’offre, qui se coordonnent peu.
Le modèle de Solow (1956) est le modèle de référence de la croissance de long terme.
📌 Smith, Ricardo et Malthus raisonnent dans une économie agricole, tandis que la Révolution industrielle substitue le capital matériel au capital naturel et permet des rendements constants, voire croissants.
★ À maîtriser
📌 Un choc de demande, causé par la chute de la demande globale (consommation, investissement, G ou X − M), réduit la production et tend à faire baisser les prix, tandis qu’un choc d’offre dégrade le coût ou la disponibilité des facteurs, réduit la production et fait monter les prix, produisant une stagflation.
📌 La politique budgétaire peut soutenir la demande en augmentant la consommation et l’investissement publics, avec l’espoir d’un effet multiplicateur sur le PIB ; cette action relève de la fonction de stabilisation de l’État définie par Musgrave (1959).
Compléments
Autour d’une tendance d’environ 2 % par an, l’expansion correspond à une croissance effective supérieure à la croissance potentielle, un output gap qui tend à devenir positif, une demande forte, un investissement dynamique et un emploi en hausse.
Lors du retournement, l’output gap atteint son maximum et la croissance bascule sous l’effet d’une chute brutale de la demande ou de l’investissement, d’un choc d’offre ou de l’éclatement possible d’une bulle.
Lors de la reprise, la croissance effective redevient positive et l’output gap se referme à mesure que l’activité revient vers le PIB potentiel.
La crise de 2008, marquée par l’effondrement du crédit et de l’investissement, et la crise de 1929 illustrent des chocs de demande.
Les chocs pétroliers des années 1970 sont des chocs d’offre qui ont renchéri les coûts de production et provoqué de la stagflation.
En 1929, le krach boursier, les faillites bancaires, la déflation et le chômage de masse provoquent une crise financière de demande ; avec les deux guerres mondiales, elle explique le ralentissement de 1913–1950, période où la croissance atteint 1,4 % en Europe et 1,9 % dans le monde.
La crise de 1929 inspire la Théorie générale de Keynes (1936), qui fait de la demande le moteur du court terme.
Les chocs pétroliers des années 1970 font flamber le prix du pétrole, renchérissent les coûts de production, pénalisent fortement les PDEM et mettent en défaut les politiques de relance par la demande.
La fin des Trente Glorieuses correspond à une croissance de 2,2 % en Europe et de 3 % dans le monde sur la période 1973–1992, également interprétée comme un retour à la normale après l’âge d’or.
La bulle Internet de 2000–2001 éclate au début de 2000 après la surévaluation des valeurs technologiques de la « nouvelle économie » de la fin des années 1990, puis les PDEM reviennent à une croissance d’environ 2 %.
🔄 La crise de 2008 se propage selon les étapes suivantes :
En 2020, les gouvernements imposent des confinements stricts pour protéger les populations de la pandémie de COVID-19, et le PIB mondial recule d’environ 3 %.
Expansion → retournement → récession → reprise.
★ À maîtriser
📐 Formule - La demande globale s’écrit .
📌 Selon les néoclassiques, notamment Solow, l’investissement égale l’épargne parce que celle-ci est toujours placée, tandis que Keynes et les post-keynésiens admettent que l’investissement peut différer de l’épargne en raison de la thésaurisation et de décisions prises par des agents différents, ce qui peut entraîner surépargne, sous-investissement et stagnation séculaire évoquée par L. Summers.
Compléments
📐 Formule - En économie fermée, l’équilibre ressources-emplois s’écrit .
📐 Formule - En économie ouverte, l’équilibre ressources-emplois s’écrit .
La consommation des ménages est la plus grande composante de la demande globale et reste relativement stable, mais son poids rend importantes ses variations.
L’investissement privé représente environ 20 % des dépenses, ou environ 30 % en incluant l’investissement public, et il est plus volatil que les autres composantes de la demande.
L’investissement détermine aussi la croissance de long terme par l’accumulation du capital et le progrès technique ; les dépenses d’équipement portent sur des biens durables de plus d’un an, contrairement aux consommations intermédiaires.
Les importations ne sont pas incluses dans le PIB national et contribuent au PIB du pays exportateur.
Importer plus qu’on n’exporte n’est pas mauvais en soi, mais suppose d’attirer des capitaux étrangers et crée une dépendance au financement extérieur.
Certaines importations, notamment l’énergie et les produits intermédiaires, sont nécessaires à la production nationale.
Notions de croissance
| Notion | Horizon | Sens |
|---|---|---|
| Croissance | Long terme | Hausse durable de la production |
| Expansion | Court terme | Hausse conjoncturelle de la production |
| Récession | Au moins deux trimestres | Croissance négative consécutive |
| Développement | Long terme | Transformations sociales et environnementales |
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1. Dans un pays, la production augmente de façon durable sur plusieurs années, tandis que les variations de la demande font fluctuer l’activité d’une année à l’autre. Quel phénomène décrit cette hausse durable ?
2. La croissance d’un pays est négative pendant deux trimestres consécutifs. Quelle phase économique cette situation caractérise-t-elle ?
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Qu’est-ce que la croissance économique à long terme ?
Une hausse durable de la production.
Comment mesure-t-on la croissance économique ?
Par le taux de croissance du PIB réel, exprimé en volume.
Qui a proposé le PIB et en quelle année ?
Simon Kuznets, en 1934.
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