★ À maîtriser
Dans une perspective sociolinguistique, la langue est un objet culturel façonné par des communautés, associé à des cultures, variable selon l’histoire, la géographie et la société, et investi de sens par ses membres.
La langue est humaine, sociale parce qu’elle est propre à des groupes sociaux, et liée à l’identité parce que les locuteurs l’utilisent pour accomplir des actes définissant leur identité.
Compléments
La langue comme vêtement choisi pour afficher une appartenance
★ À maîtriser
Des tests de perception montrent que les auditeurs identifient avec une grande précision l’identité sociale d’une personne à partir de sa voix.
La langue agit passivement comme un signe d’identité qui permet d’assigner un locuteur à un groupe social, même sans intention de sa part.
Dans une étude auprès de lycéens canadiens, la langue parlée (français ou anglais) distingue les personnes jugées proches ou éloignées plus fortement que la culture ou la géographie.
Compléments
Lambert et al. (1960) et Macaulay (1973) montrent que les auditeurs identifient avec précision la classe sociale d’un locuteur, tandis que Tucker and Lambert (1969) étudient l’identification de son appartenance ethnique.
Un Canadien francophone vivant à l’autre bout du pays est perçu comme plus semblable qu’un Canadien anglophone vivant dans la ville du participant.
L’accent révèle passivement ; le choix linguistique revendique activement
★ À maîtriser
Dans l’étude d’apprenants britanniques du gallois, les apprenants intégratifs, motivés par l’histoire et la culture galloises, augmentent le degré de « galloisité » de leur parole après avoir entendu le gallois décrit comme une langue mourante.
Dans cette même étude, les apprenants instrumentaux, motivés par des raisons professionnelles, diminuent le degré de « galloisité » de leur parole après l’enregistrement.
Compléments
La convergence et la divergence sont généralement des processus largement inconscients.
La langue peut servir à revendiquer l’appartenance à un endogroupe et à souligner la frontière avec un exogroupe.
Converger rapproche les façons de parler ; diverger les éloigne
★ À maîtriser
Compléments
Dans le récit biblique des Éphraïmites et des Galaadites, la prononciation de « shibboleth » permettait de distinguer les groupes : les Galaadites prononçaient [ʃɪ] et les Éphraïmites [sɪ].
Les prononciations de « car » comme [kɑː] en anglais britannique et comme « car » en anglais américain sont présentées comme un exemple de shibboleth.
Le choix entre « Derry » et « Londonderry » peut signaler une position politique en Irlande.
Un mot de passe oral qui ouvre ou ferme la frontière du groupe
★ À maîtriser
Les différences linguistiques arbitraires entre groupes sociaux sont souvent interprétées comme le signe d’une différence fondamentale entre les locuteurs.
L’idée selon laquelle une langue incarne l’âme ou l’essence d’un peuple associe la langue à une population et à une nation supposées indivisibles.
Cette représentation suppose :
Dans une étude sur l’évaluation d’assistants d’enseignement anglophones, des étudiants ayant entendu la même voix associée à la photo d’une femme asiatique l’ont plus souvent jugée étrangère et difficile à comprendre que ceux ayant vu la photo d’une femme blanche.
Compléments
Yaakov Nakht affirme en 1908 que l’hébreu « émerge de la même fournaise ardente que l’âme du peuple ».
La Convention constitutionnelle nationale du Paraguay présente en 1967 le guaraní comme « l’indice de notre nationalité et de l’individualité distinctive du peuple paraguayen ». - National Constitutional Convention
Dans cette étude, l’apparence a déclenché des préjugés qui ont conduit les étudiants à projeter une différence linguistique sur la locutrice, plutôt qu’à utiliser la langue comme simple symbole d’identité.
★ À maîtriser
L’association étroite entre langue et population s’est développée relativement récemment, au XIXe siècle, avec l’effondrement d’anciens régimes et la montée du nationalisme européen.
Le nationalisme linguistique utilise une langue commune pour favoriser le sentiment d’appartenance à un endogroupe et définir l’essence d’une nation.
Au XIXe siècle, une langue partagée a servi à justifier l’unification et l’annexion de territoires, en la présentant comme le signe d’une culture et d’une ascendance communes.
Compléments
Dans son Discours à la nation allemande (1808), Johann Gottlieb Fichte présente la langue commune et une manière de penser commune comme des liens naturels qui unissent les Allemands en un tout inséparable. - Address to the German Nation
En 1860, Bismarck justifie en partie l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine en les décrivant comme une région d’origine allemande placée sous une langue étrangère et un gouvernement peu bienveillant.
La langue commune ne correspondait pas à tous les habitants des territoires revendiqués : des populations germanophones vivaient hors d’Allemagne, tandis que des Polonais et environ 500 000 Juifs en Allemagne ne parlaient pas allemand en 1900.
Langue commune → sentiment d’appartenance → revendication nationale
★ À maîtriser
À la fin du XVIIIe siècle, la France était une mosaïque de pratiques linguistiques et environ 10 % de la population parlait français, tandis que 25 % n’en avaient jamais connu l’existence.
Les révolutionnaires ont présenté le français comme une langue nationale moderne, démocratique et raffinée, et les idiomes locaux comme des vestiges féodaux à faire disparaître pour créer l’unité nationale.
Compléments
Depuis 1539, le français était la langue officielle des lois et la langue de la cour, tout en étant une langue vernaculaire qui était aussi celle des élites.
Dans son rapport sur l’instruction publique, présenté en septembre 1791, Charles Maurice de Tayllerand propose que les écoles primaires enseignent à tous la langue de la Constitution et des lois afin de faire disparaître les dialectes. - Rapport sur l'instruction publique, fait au nom du Comité de Constitution à l'Assemblée nationale, 10, 11 et 19 septemb
★ À maîtriser
Compléments
Elle est généralement soutenue par :
Aux XIXe et au début du XXe siècle, les écoles utilisaient des signum linguae pour humilier les élèves surpris à parler une langue vernaculaire et les inciter à dénoncer leurs camarades.
Selon Bourdieu (2001), la norme linguistique s’impose particulièrement sur le marché scolaire et dans les situations officielles où le verbalisme et la verbosité sont valorisés.
Dans un échange symbolique déséquilibré, Trimaille et Vernet (2021) expliquent que le locuteur dominé peut s’aligner sur le modèle dominant, au risque de l’autocensure, de l’hypercorrection ou du silence. - Trimaille & Vernet
École et institutions imposent une norme → les variétés locales sont dévalorisées
★ À maîtriser
Les variétés linguistiques ne sont pas aléatoires : même dans une ville, elles varient de façon systématique selon la classe sociale.
Les locuteurs des classes dominantes convergent moins vers les façons de parler des classes dominées, tandis que les locuteurs de la classe ouvrière imitent davantage les pratiques dominantes, notamment dans les contextes formels.
Bourdieu décrit la domination de la norme comme une « amnésie de sa genèse sociale » : son origine sociale arbitraire est oubliée et elle paraît naturelle, neutre et correcte.
Compléments
Le terme « dialecte » porte souvent des connotations de subordination et de simplification, tandis que le terme « langue » est socialement valorisé.
Matsuda (1991) observe que dans une relation de domination, la façon de parler des dominants est perçue comme normale et sans accent, tandis que les autres façons de parler sont marquées comme ayant un accent.
La norme paraît neutre ; les variétés dominées sont marquées comme différentes
★ À maîtriser
Compléments
Prestige ouvert pour le standard ; prestige caché pour la solidarité locale
★ À maîtriser
L’interprétation forte de l’hypothèse Sapir-Whorf est généralement rejetée, car les preuves d’une différence cognitive profonde entre locuteurs de langues différentes sont faibles.
La diglossie ne vient pas d’une supériorité linguistique intrinsèque, mais de facteurs externes tels que les conquêtes, la domination et le colonialisme.
Compléments
E. Sapir décrit la langue comme une structure qui constitue intérieurement le moule de la pensée.
L’absence d’un mot dans une langue n’empêche pas ses locuteurs de concevoir le concept, et les mots peuvent être empruntés à d’autres langues.
La répartition diglossique peut opposer : l’éducation et le travail à la famille et aux amis, l’extérieur à l’intérieur, l’écrit à l’oral, le sacré au profane
Une langue associée à l’aristocratie est souvent jugée noble et raffinée, tandis qu’une langue associée aux classes populaires est jugée vulgaire ou inadaptée aux arts et aux sciences.
Variété haute dans les domaines formels ; variété basse dans les usages intimes
★ À maîtriser
Compléments
★ À maîtriser
Dans un continuum dialectal, l’intercompréhension diminue généralement à mesure que la distance géographique augmente.
Dans les Balkans, les frontières politiques nouvellement formées ne coïncident pas nécessairement avec les isoglosses du continuum dialectal sud-slave.
Compléments
Dans le continuum sud-slave, le serbe est associé à l’alphabet cyrillique et à une population majoritairement orthodoxe, tandis que le croate est associé à l’alphabet romain et à une population majoritairement catholique.
Les locuteurs bosniens occupent une position intermédiaire dans le continuum, sont majoritairement musulmans avec des minorités orthodoxes et catholiques, et utilisent les alphabets cyrillique et romain.
Des différences graduelles entre voisins qui s’accumulent à distance
★ À maîtriser
Après la fragmentation de la Yougoslavie, des variétés situées aux deux pôles du continuum ont été perçues comme des langues opposées et distinctes, bien que le continuum linguistique n’ait pas changé.
L’isolement géographique, social ou lié à l’exclusion peut accroître les différences linguistiques entre populations.
Les locuteurs peuvent aussi accentuer leurs différences linguistiques pour prendre leurs distances avec un exogroupe perçu.
Les langues n’ont pas de frontières hermétiques et les nations n’ont pas chacune une seule langue, pas plus qu’une langue n’appartient à une seule nation.
Compléments
Le nettoyage ethnique dans les Balkans s’est accompagné de purisme linguistique, voire de nettoyage linguistique visant à écarter des éléments associés à d’autres pays.
Snjezana Kordic explique que le nationalisme promeut le purisme linguistique à l’école et dans les médias en associant le « bon » choix de mots à sa propre nation et le « mauvais » aux autres nations.
Une frontière politique crée un exogroupe → les locuteurs accentuent la différence linguistique
Prestige des formes linguistiques
| Dimension | Prestige ouvert | Prestige caché |
|---|---|---|
| Formes valorisées | Formes standard | Formes non standard |
| Ancrage social | Classes socioéconomiquement dominantes | Groupe local ou populaire |
| Usages | Contextes formels | Usages limités et localisés |
| Rôle possible | Marquer le statut | Marquer la solidarité intragroupe |
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1. Que met en évidence la métaphore du vêtement lorsqu’elle est appliquée à la langue ?
2. Une personne se sent émotionnellement attachée à un groupe et le désigne comme « nous » : comment appelle-t-on ce groupe ?
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Comment la langue est-elle façonnée dans une perspective sociolinguistique ?
Par des communautés.
Pourquoi la langue est-elle liée à l’identité des locuteurs ?
Parce qu’ils l’utilisent pour accomplir des actes définissant leur identité.
Que révèlent les tests de perception sur l’identité sociale et la voix ?
Les auditeurs identifient avec précision l’identité sociale d’une personne à partir de sa voix.
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