★ À maîtriser
La culture a trois sens :
La notion grecque de paideia associe la formation par le savoir à un idéal d’humanité, auquel la littérature, notamment Homère, contribue.
Le latin cultura désigne d’abord l’agriculture, et Cicéron emploie dans les Tusculanes l’expression cultura animi, « culture de l’âme », pour comparer l’âme à un champ qui a besoin d’enseignement pour être productif.
Compléments
📌 La culture individuelle et la culture anthropologique sont liées par une tension : l’individu appartient à une culture tout en pouvant s’en démarquer.
Dans la culture grecque, l’opposition entre Grec et Barbare contribue à définir l’identité grecque, et Homère joue un rôle central dans la formation de son héritage.
La culture est présentée comme une nécessité touchant l’être entier, notamment sa dimension éthique, sa sensibilité et ses vertus, plutôt que comme un simple artifice ou une garantie de moralité.
Être cultivé s’oppose à l’ignorance ; avoir une culture s’oppose à l’absence d’appartenance.
★ À maîtriser
La Bible est dite « le Livre » parce que ses textes sont sacrés, qu’elle est associée à l’apparition du codex et qu’elle rassemble de nombreuses formes littéraires antiques, dont l’épopée, le mythe, le poème, le conte, le proverbe, la parabole et la lettre.
Le codex apparaît dès le IIe siècle et remplace progressivement le volumen, ou rouleau ; il permet de feuilleter et de naviguer dans une œuvre plutôt que de la lire uniquement en continu.
La Bible naît du peuple hébreu, présenté comme le premier peuple monothéiste lié à son Dieu par l’Alliance, et sa partie hébraïque constitue l’Ancien Testament.
Saint Thomas distingue quatre sens de l’Écriture :
📌 Les trois traditions religieuses du Livre placent un texte au cœur de la foi et de la culture : le judaïsme s’appuie sur la Torah et son commentaire, le Talmud, tandis que le christianisme et l’islam se réfèrent respectivement à la Bible et au Coran.
Compléments
Le mot Bible vient du grec biblion, « papier à écrire », par l’intermédiaire de Byblos.
La rédaction de la Bible s’étend sur environ dix siècles, du IXe siècle av. J.-C. au IIe siècle apr. J.-C.
Le Pentateuque comprend :
Le Nouveau Testament, constitué des quatre évangiles, des Actes des Apôtres, des épîtres et de l’Apocalypse, prend forme à la fin du IIe siècle ; les évangiles de Marc, Luc et Matthieu sont dits synoptiques, et Marc est le plus ancien.
Le canon chrétien se fixe tardivement lors des conciles de Carthage en 397 et de Trente de 1545 à 1563.
Les principales traductions anciennes mentionnées sont la Septante, en grec au IIIe siècle av. J.-C., et la Vulgate de saint Jérôme, en latin à la fin du IVe siècle, qui domine en Occident jusqu’au XXe siècle.
Torah signifie « enseignement » ou « loi » en hébreu et désigne les cinq premiers livres de la Bible, c’est-à-dire le Pentateuque.
Coran signifie « lecture », et le texte situe sa datation entre 610 et 632.
Les traditions du Livre font de la lecture une interprétation et de l’écriture un moyen de transmission.
La Bible comme une bibliothèque réunie dans un seul codex.
★ À maîtriser
La lecture peut ouvrir à l’altérité en transmettant l’expérience de personnes éloignées dans l’espace et le temps ou différentes de nous et en rendant sensibles à la diversité de leurs valeurs, selon Antoine Compagnon dans La littérature pour quoi faire ? (2007).
Se cultiver peut consister à savoir déchiffrer le monde, comprendre les situations et donner du sens aux comportements, en acquérant des repères issus de différentes cultures.
Montaigne valorise le voyage et la fréquentation d’autrui pour former le jugement, tout en estimant que l’étude doit rendre meilleur et plus sage plutôt que produire une simple accumulation de connaissances. - Essais
📌 Montaigne oppose la lecture savante, tournée vers l’érudition et l’accumulation, à une lecture existentielle et morale qui exerce le jugement et aide à mieux se connaître.
Compléments
📌 La lecture ouvre à l’altérité, mais le roman peut aussi détourner de la réalité et aliéner le lecteur, comme l’illustrent Don Quichotte de Cervantès et Madame Bovary de Flaubert.
On peut aussi lire :
Dans Le voyageur et la tour. Le lecteur comme métaphore (2013), Alberto Manguel décrit la tendance à chercher un sens dans le monde en employant le vocabulaire du livre, jusqu’à concevoir la nature comme une écriture divine à déchiffrer.
Pour Montaigne, savoir par cœur ne suffit pas : savoir, c’est pouvoir disposer réellement de ce qu’on a appris sans avoir besoin de regarder le modèle. - Essais
Montaigne affirme que « la fréquentation des hommes est extrêmement favorable à la formation du jugement » et recommande de « frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui ». - Essais
Montaigne s’inscrit dans la Renaissance et critique un enseignement scolastique formaliste reposant largement sur les auteurs anciens, l’héritage chrétien et la rhétorique.
Aller vers le monde → ajuster son jugement → mieux se connaître.
★ À maîtriser
Après la mort d’Alexandre le Grand et le partage de son empire, Ptolémée Ier crée la bibliothèque d’Alexandrie pour rassembler les savoirs du monde antique.
La bibliothèque d’Alexandrie incarne l’idéal d’une culture totalisante, l’importance de l’écrit pour conserver la mémoire de l’humanité et la nécessité d’organiser les savoirs par des catalogues.
Dans le récit biblique de la Genèse, les hommes construisent une tour par orgueil, puis Dieu les disperse et brouille leurs langues, donnant à Babel une association avec la confusion.
Dans la nouvelle « La Bibliothèque de Babel », publiée dans Fictions en 1944, Jorge Luis Borges imagine une bibliothèque contenant tous les livres possibles, inspirée notamment de l’alphabet hébreu de 22 lettres.
📌 Chez Borges, l’ordre apparent de la bibliothèque engendre la confusion : l’excès de classement et l’infinité des livres empêchent le lecteur de trouver un sens et transforment l’idéal totalisant en espace menaçant et absurde. - Jorge Luis Borges, La Bibliothèque de Babel
Compléments
La bibliothèque d’Alexandrie, appelée aussi Mouséion, est à la fois un temple des Muses, un centre d’étude et de recherche, et un lieu où l’on venait écrire.
La disparition de la bibliothèque d’Alexandrie est décrite comme une érosion progressive plutôt que comme un incendie unique, ce qui illustre la fragilité de la culture face au feu et à la négligence.
Dans La Cité de Dieu, saint Augustin interprète Babel comme la cité de l’homme fondée sur l’orgueil et l’oppose à la cité de Dieu, Jérusalem ; il associe aussi Babel à Babylone, ville du péché.
La diversité des langues peut être interprétée non seulement comme une punition, mais aussi comme une possibilité d’unité qui n’efface pas les différences, en écho au récit de la Pentecôte où les apôtres parlent des langues étrangères pour être compris.
La bibliothèque de Babel de Borges peut être lue comme une déconstruction de l’idéal totalisant associé à Alexandrie, car elle écrase l’homme dans un univers infini et met en scène une crise de l’humanisme. - Jorge Luis Borges
Alexandrie rassemble les savoirs ; Babel les rend inaccessibles par leur excès.
★ À maîtriser
Dans Pantagruel, Rabelais associe le savoir à la conscience en reprenant la formule « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Le projet encyclopédique des Lumières cherche à protéger le savoir contre l’oubli afin que l’humanité ne perde pas la mémoire de ses connaissances accumulées.
📌 Le passage du monde clos d’Aristote et de Ptolémée à l’univers infini défendu par Giordano Bruno transforme le rapport au savoir en faisant de celui-ci une exploration et une recherche dynamiques.
Dans De la dignité de l’homme (1486-1487), Pic de la Mirandole présente l’homme comme libre de se définir lui-même parce qu’il ne reçoit ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier.
Giordano Bruno affirme dans De l’infini, de l’univers et des mondes (1584) que l’esprit humain aspire nécessairement à l’infini et que la philosophie consiste en une quête ininterrompue des causes, des êtres et des mondes.
📌 Le savoir vise la connaissance du vrai, tandis que la sagesse ajoute la question morale du bien et interroge les limites de la recherche.
Compléments
L’idéal encyclopédique s’affirme à la Renaissance avec l’humanisme et associe la totalité du savoir à la nature de l’homme.
Dans Pantagruel (1532), Rabelais fait exhorter Pantagruel par Gargantua à apprendre les langues grecque, latine, hébraïque, chaldéenne et arabe, ainsi que les arts libéraux, l’astronomie, le droit, l’histoire naturelle, la médecine et les saintes Lettres.
Le Dictionnaire universel de Trévoux paraît en 1704, avant le projet de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.
📌 Pour Pic de la Mirandole, l’homme peut se dégrader vers les formes animales ou s’élever vers les formes supérieures et divines, selon l’usage qu’il fait de sa liberté.
Le savoir vise le vrai ; la sagesse ajoute l’exigence du bien.
★ À maîtriser
📌 L’opposition traditionnelle présente le philosophe comme cherchant la vérité et le sophiste comme associé au mensonge et à l’apparence, même si les sophistes historiques étaient des intellectuels et des professeurs prestigieux.
📌 Dans les dialogues de Platon, Hippias défend une position nominaliste centrée sur des choses singulières, tandis que Socrate recherche une définition universelle du beau. - Hippias mineur
Compléments
La sophistique devient importante dans la démocratie grecque parce que les citoyens doivent être éduqués à persuader et à expliquer.
Hippias est présenté comme un sophiste historique renommé, associé au savoir encyclopédique et à une grande assurance intellectuelle.
Les dialogues Hippias se terminent sur une impasse, ou aporie, qui laisse la question sans thèse concluante et met en valeur le questionnement philosophique. - Platon
La philosophie platonicienne soutient que la recherche de la vérité est possible grâce à la théorie des idées et que connaître consiste à se souvenir grâce à une âme immortelle, selon la théorie de la réminiscence. - Platon
Socrate affirme qu’« une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue ».
Après le Ier siècle av. J.-C., la philosophie devient davantage un discours de lecture et de commentaire des textes.
Hippias affirme son savoir ; Socrate questionne et met à l’épreuve.
★ À maîtriser
Les Femmes savantes de Molière, jouées en 1672 par la troupe du roi, satirisent les pédants et les femmes savantes pédantes par une esthétique du ridicule associée à une éthique de l’honnêteté.
La règle classique des trois unités porte sur :
La galanterie est un mouvement culturel du XVIIe siècle qui valorise les plaisirs, l’agrément et une manière raffinée de se conduire en société.
Au XVIIe siècle, la galanterie fait du plaisir un idéal de civilisation et de vie mondaine.
Les femmes deviennent des modèles de raffinement et jouent un rôle moteur dans l’idéal de la galanterie.
Compléments
Sous Louis XIV, la monarchie absolue centralise le pouvoir autour du roi après les troubles de la Fronde, qui suivent la régence d’Anne d’Autriche et de Mazarin commencée en 1643.
Le mécénat d’État soutient le développement des arts sous Louis XIV, tandis que Richelieu fonde l’Académie française en 1635, première manifestation d’une autorité littéraire institutionnelle.
L’ordonnance de Villers-Cotterêts, prise en 1539 sous François Ier, fait du français la langue officielle plutôt que du latin et participe à la naissance de l’état civil.
Sous Louis XIV, la cour devient galante et la galanterie s’associe à l’hédonisme, c’est-à-dire à la recherche des plaisirs.
Autour des femmes se rassemblent de petites sociétés où apparaît la préciosité, nouveauté provocante et critiquée qui constitue une forme féminine de la galanterie.
Mme de Scudéry est présentée comme une femme précieuse.
Le mot « classicisme » n’existait pas au XVIIe siècle, et le mouvement s’est constitué en réaction au baroque.
★ À maîtriser
📌 Le plaisir de l’honnête homme ne se limite pas à celui qu’il éprouve : il comprend aussi celui qu’il donne, et devient un lien qui facilite les échanges entre individus.
Compléments
L’honnête homme est désintéressé : il ne cherche pas le profit et se rend plaisant sans faire du plaisir un simple moyen.
Dans l’expression « commerce agréable », le commerce désigne d’abord la relation avec autrui et non un échange économique.
📌 L’honnête homme cherche à se faire aimer sans flatter : il est agréable par goût de l’agrément, non pour produire une apparence avantageuse.
★ À maîtriser
L’idéal humaniste de l’honnête homme associe savoir et civilisation : la culture doit fonder une éthique et le savoir ne se sépare pas du savoir-vivre.
L’honnête homme privilégie la largeur de vue et le choix de quelques bons livres plutôt qu’un savoir encyclopédique exhaustif.
Dans Les Femmes savantes, Molière ridiculise le pédantisme et valorise l’honnêteté comme idéal humain et mondain, au-delà du simple effet comique.
📌 Molière critique le désir de paraître savant, et non le savoir ni l’instruction des femmes en eux-mêmes.
Compléments
Le modèle du courtisan italien, exposé par Castiglione dans Le Livre du courtisan (1528), exerce une forte influence sur la cour de Louis XIV et valorise l’homme universel, accompli dans le corps comme dans l’esprit.
Clitandre associe paradoxalement science et savoir à la sottise, car l’ignorance n’est pas nécessairement de la sottise.
L’honnête homme se distingue du héros par sa sociabilité et sa mesure : il privilégie la maîtrise de soi et l’intégration harmonieuse plutôt que l’extraordinaire et la conquête.
Dans la scène 3 de l’acte III des Femmes savantes, Trissotin et Vadius passent de louanges peu sincères à une dispute grotesque sur leur mérite.
Henriette incarne le rapport juste au savoir : elle refuse l’ostentation et représente la grâce et les valeurs de la galanterie.
Selon Montaigne, il est préférable d’avoir « la tête bien faite que bien pleine ».
Henriette incarne le savoir mesuré ; les femmes savantes, le savoir ostentatoire.
★ À maîtriser
L’honnête homme est un être social qui aime converser, s’ouvrir à autrui par l’amitié et le voyage, et exercer son esprit critique dans l’échange.
L’honnête homme défend son opinion tout en restant tolérant, s’adapte à son entourage et sait converser avec chacun sans dédain ni affectation.
L’honnêteté valorise un naturel sincère et modéré, qui concilie authenticité intérieure et usages mondains sans s’opposer aux règles de bienséance et de vraisemblance.
📌 Les cartésiens distinguent la substance matérielle du corps et la substance pensante de l’âme, tandis que les disciples de Gassendi défendent une nature commune à l’âme et au corps, composés d’atomes.
Henriette et Clitandre incarnent un accord entre le corps, l’esprit, le plaisir et la règle, tandis qu’Armande caricature le rejet du corps et Bélise l’aveuglement passionnel.
Le pédantisme des femmes savantes constitue un ridicule social et moral, car l’orgueil, la rigidité et la mise en avant de soi empêchent l’harmonie collective.
📌 L’idéal de l’honnêteté concilie le plaisir et la règle sociale : l’individu suit les normes pour son plaisir et celui des autres, plutôt que de vivre ces exigences comme incompatibles.
Compléments
📌 Dans Les Femmes savantes, le ridicule tient moins au fait d’être savant qu’au fait de se croire savant et de prétendre ainsi dominer autrui.
Patrick Dandrey décrit dans Molière ou l’esthétique du ridicule une dramaturgie où s’affrontent une image déformée du moi et une image élaborée selon le naturel et l’authenticité.
Le libertinage érudit, inspiré notamment du scepticisme et de l’épicurisme antiques, défend des positions matérialistes, une critique des religions et une grande liberté morale.
Pour Molière, l’honnête homme corrige les mœurs sans prétendre réformer la nature humaine, qu’il accepte telle qu’elle est afin de rendre possible la vie sociale.
Paul Bénichou décrit cette compatibilité comme une « concordance du désir et des choses » dans Morales du grand siècle (1948).
La philosophie moliéresque réhabilite le corps, le désir et le plaisir, et présente la nature humaine avec un optimisme qui ne repose pas sur la crainte du péché.
Accord du désir et des règles sociales → harmonie de la vie commune.
★ À maîtriser
Bouvard et Pécuchet, roman inachevé de Flaubert publié à titre posthume en 1881, prend la forme d’une farce philosophique liée au modèle encyclopédique.
Le positivisme, courant philosophique et épistémologique fondé par Auguste Comte au XIXe siècle, privilégie l’observation et la méthode scientifique, rejette les spéculations métaphysiques et théologiques, et croit au progrès du savoir.
Dans le Cours de philosophie positive (1830-1842), Auguste Comte expose la loi des trois états : théologique, métaphysique et positif.
Flaubert veut observer la nature telle qu’elle est, en montrer le dessus et le dessous, et associe recherche documentaire, rigueur scientifique et travail du style.
Compléments
Le positivisme de Comte constitue aussi un projet politique de réforme sociale, notamment à travers son projet de « religion de l’Humanité ».
Au XIXe siècle, le développement des sciences s’accompagne de la diversification des recherches et de l’enseignement, de la multiplication des lieux de savoir et des revues, et de l’essor des sciences sociales.
Dans une lettre à Louise Colet du 31 mars 1853, Flaubert souhaite étudier l’homme sans préjugés moraux ou religieux, avec des méthodes de naturaliste.
En 1852, Flaubert écrit : « Plus il ira, plus l’Art sera scientifique » et imagine un style rythmé comme le vers et précis comme le langage des sciences.
Parmi les entreprises encyclopédiques du XIXe siècle figurent :
Flaubert considère le savoir comme désirable mais toujours difficile à saisir, et associe cette tension à une aspiration encyclopédique et au goût de l’étude et du travail.
★ À maîtriser
Flaubert nourrit une aspiration encyclopédique et un goût insatiable pour l’érudition, qui alimentent son étude et son travail.
Le 24 janvier 1880, Flaubert affirme avoir lu plus de 1 500 volumes pour écrire Bouvard et Pécuchet.
📌 Flaubert se rattache au positivisme de son époque, mais son scepticisme, son culte de l’art et sa satire des savants empêchent de l’enfermer dans ce courant.
Compléments
Pour préparer Bouvard et Pécuchet, Flaubert effectue des voyages afin de trouver un paysage adapté aux promenades géologiques et archéologiques de ses personnages, notamment sur un plateau entre Caen et Falaise.
En mai 1874, Flaubert va à Clamart ouvrir des cadavres pour préparer l’épisode anatomique de Bouvard et Pécuchet.
Pour écrire Bouvard et Pécuchet, Flaubert expérimente consciencieusement les actions de ses personnages, jusqu’à se promener la nuit avec une chandelle dans un potager.
Dans une lettre à Louise Colet du 2 juillet 1853, Flaubert qualifie La Philosophie positive d’Auguste Comte d’ouvrage profondément farce et recommande d’en lire l’introduction pour son potentiel comique.
★ À maîtriser
📌 Flaubert critique les sciences lorsqu’elles négligent l’observation ou prétendent expliquer ce qui les dépasse, mais il admire la méthode scientifique fondée sur l’enquête et la remise en question.
Flaubert adapte au roman deux procédures scientifiques : exposer le réel de façon réaliste et le soumettre à une critique ironique et polémique.
Flaubert affirme que « la bêtise consiste à vouloir conclure » et construit un roman ironique dont le sens reste instable et ouvert à plusieurs interprétations.
Pour Flaubert, l’homme cultivé associe le questionnement du philosophe, la sociabilité de l’honnête homme et l’acceptation du mystère propre au poète.
Compléments
Flaubert rejette la philosophie positiviste d’Auguste Comte lorsqu’elle érige la science en dogme et présente l’âge positiviste comme le stade final de l’humanité.
Dans Bouvard et Pécuchet, les deux personnages veulent fixer les découvertes en dogmes, arrêter la recherche et transformer les lois en modes d’emploi pour agir sur le monde.
Flaubert valorise une attitude scientifique et poétique qui supporte la contradiction, cultive le doute et accepte l’illimité du réel.
Dans sa lettre à Mlle Leroyer de Chantepie, Flaubert conseille d’aimer les faits pour eux-mêmes et de les étudier comme les naturalistes étudient les mouches.
Le véritable savant et le véritable poète observent le monde et résistent à son caractère mystérieux, tandis que Bouvard et Pécuchet recherchent des théories pour le contrôler.
Après que Bouvard évoque une « matière ondoyante et fugace », Pécuchet contemple la nature sans chercher à en percer les mystères, dans une brève échappée poétique du roman.
Flaubert écrit dès 1845 : « Ce qui n’a pas de sens a un sens supérieur à ce qui en a ».
Bouvard et Pécuchet veulent maîtriser le réel ; Flaubert valorise l’observation qui accepte son mystère.
★ À maîtriser
📌 Contrairement au travail, la culture ne relève ni du besoin ni de la nécessité et échappe donc à l’utilitarisme.
Dans La vita activa et l’âge moderne, inclus dans Condition de l’homme moderne (1958), Hannah Arendt décrit le travail comme un asservissement à la nécessité et au besoin.
Dans la conception antique présentée par Hannah Arendt, l’homme s’accomplit comme animal rationale par l’usage libre de sa raison plutôt que comme animal laborans par le travail.
📌 Dans l’Antiquité, le loisir, ou scholè, n’est pas l’oisiveté : il est un temps libre consacré à la pensée, à la culture et à la liberté.
📌 Dans le Théétète, Platon oppose les philosophes, associés à l’otium ou scholè, aux hommes pratiques, associés au negotium, c’est-à-dire aux affaires et à l’affairement. - Théétète ou sur la science
Compléments
Pour Hannah Arendt, l’animal laborans est soumis à la nécessité de la vie et le travail suit une répétition obligatoire liée au cycle vital. - Condition de l’homme moderne, 1958
Le travail, pris dans le mouvement cyclique du processus vital corporel, n’a ni commencement ni fin. - Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, 1958
📌 Le dialogue socratique est inachevé et aporétique, tandis que les hommes pratiques sont pressés et soumis à un temps découpé et calculé.
Travail : nécessité et répétition ; loisir : liberté et exercice de la raison.
| Sens | Échelle | Opposition |
|---|---|---|
| Classique | Individu | Ignorance |
| Anthropologique | Société | Absence d’appartenance |
| Ontologique | Humanité | Nature |
| Dimension | Alexandrie | Babel chez Borges |
|---|---|---|
| Projet | Rassembler les savoirs antiques | Contenir tous les livres possibles |
| Rapport à l’ordre | Cataloguer et organiser les connaissances | L’ordre apparent engendre la confusion |
| Effet | Préserver la mémoire culturelle | Écraser l’homme dans un univers absurde |
Teste tes connaissances sur Culture, savoir et figures du cultivé avec 40 questions à choix multiples et corrections détaillées.
1. Un individu appartient à une société tout en prenant ses distances avec ses normes. Concernant les sens de la culture, cochez la (les) proposition(s) exacte(s) :
2. Un enseignant compare une âme sans formation à un champ laissé sans culture. À propos de la cultura animi chez Cicéron, quelles sont les réponses exactes ?
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Quels sont les trois sens de la culture ?
Individuel, anthropologique et ontologique.
Quel idéal la paideia grecque associe-t-elle à la formation par le savoir ?
Un idéal d’humanité.
Quel rôle la littérature, notamment Homère, joue-t-elle dans la paideia grecque ?
Elle contribue à la formation de l’idéal d’humanité.
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