QCM : Empathie et expérience littéraire (66 questions)

Questions et réponses du QCM

1. Dans une discussion sur la lecture littéraire, quelle combinaison rend compte des sens que peut prendre le concept d’empathie ?

La perception sensorielle, la déduction logique et l’identification narrative
L’imitation, la sympathie et la connaissance des normes sociales
La compassion, le jugement moral et la mémoire autobiographique
La contagion émotionnelle, la projection imaginative et l’intelligence émotionnelle

La contagion émotionnelle, la projection imaginative et l’intelligence émotionnelle

Explication

Le concept d’empathie est polysémique et multidisciplinaire : il peut désigner la contagion émotionnelle, la projection imaginative et l’intelligence émotionnelle. La compassion seule le réduit, l’imitation et la sympathie sont des notions associées mais distinctes, et la déduction logique ne figure pas dans cette caractérisation.

2. Un enfant éprouve une empathie primaire liée à une décentration, tandis qu’un adulte apprend à tenir compte des normes dans ses interactions quotidiennes. Quelle distinction décrit ces deux situations ?

Le stade du miroir repose sur l’apprentissage des normes, et le stade adulte sur la décentration
Le stade du miroir correspond à la compassion, et le stade adulte à la contagion émotionnelle
Le stade du miroir relève de l’empathie secondaire, et le stade social adulte de l’empathie primaire
Le stade du miroir relève de l’empathie primaire, et le stade social adulte de l’empathie secondaire

Le stade du miroir relève de l’empathie primaire, et le stade social adulte de l’empathie secondaire

Explication

Le stade du miroir est associé à une décentration empathique et à l’empathie primaire, alors que le stade social adulte correspond à l’apprentissage des normes et à l’empathie secondaire. Inverser les stades ou attribuer l’apprentissage des normes au miroir brouille cette distinction; compassion et contagion émotionnelle ne désignent pas ces stades.

3. Deux théories expliquent l’empathie : la première la considère comme une disposition présente dès la naissance, la seconde comme le résultat d’un apprentissage culturel. Comment nommer ces deux conceptions ?

Projection imaginative pour la disposition innée, contagion émotionnelle pour l’apprentissage culturel
Empathie primaire pour la disposition innée, empathie secondaire pour l’apprentissage culturel
Culturalité pour la disposition innée, naturalité pour l’apprentissage culturel
Naturalité pour la disposition innée, culturalité pour l’apprentissage culturel

Naturalité pour la disposition innée, culturalité pour l’apprentissage culturel

Explication

La naturalité renvoie à une disposition innée, tandis que la culturalité fait dépendre l’empathie d’un apprentissage culturel. La première conception ne signifie pas culturalité, et les stades primaire et secondaire ne sont pas les termes de cette opposition.

4. À la fin du XIXe siècle, une personne emploie « Einfühlung » pour décrire le fait de se projeter dans un objet ou de se mettre à la place d’autrui. Quelle interprétation respecte le sens alors acquis par le terme ?

Il désigne d’emblée la compassion ressentie envers tout être vivant
Il désigne la perception directe des sensations physiques d’un objet
Il désigne une projection dans autrui ou dans un objet, sans viser à l’origine l’empathie envers les êtres vivants
Il désigne l’obligation morale de respecter les normes sociales

Il désigne une projection dans autrui ou dans un objet, sans viser à l’origine l’empathie envers les êtres vivants

Explication

À la fin du XIXe siècle, Einfühlung prend le sens de se mettre à la place d’autrui ou d’un objet; il ne désigne pas initialement l’empathie envers d’autres êtres vivants. La compassion envers les êtres vivants projette ce sens plus tardif, tandis que la sensation physique et l’obligation morale ne correspondent pas à cette évolution.

5. Une étude retrace l’évolution d’Einfühlung : elle relève d’abord de l’esthétique, puis reçoit progressivement une signification psychologique à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Quelle conclusion en tirer ?

Le terme naît d’une réflexion morale avant de devenir une notion linguistique
Le terme naît d’une réflexion psychologique avant d’acquérir progressivement un sens esthétique
Le terme apparaît dans l’esthétique et prend aussitôt un sens psychologique stabilisé
Le terme naît d’une réflexion esthétique avant d’acquérir progressivement un sens psychologique

Le terme naît d’une réflexion esthétique avant d’acquérir progressivement un sens psychologique

Explication

L’origine d’Einfühlung relève d’abord d’une réflexion esthétique, puis le terme acquiert progressivement un sens psychologique à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle. Inverser les domaines renverse cette évolution, et le sens psychologique est décrit comme progressif plutôt qu’immédiat.

6. Une personne juge plus sévèrement le malheur d’un inconnu éloigné que celui d’un voisin touché par une situation comparable. Quelle idée de Hume aide à comprendre cette différence ?

La sympathie dépend de la proximité, qui fait naître l’émotion chez l’observateur.
La sympathie est spontanée et universelle, donc le jugement demeure impartial.
La sympathie est spontanée et universelle, mais la proximité peut biaiser le jugement.
La sympathie dépend de la ressemblance, qui éloigne le jugement de la personne proche.

La sympathie est spontanée et universelle, mais la proximité peut biaiser le jugement.

Explication

Chez Hume, la sympathie est spontanée et universelle, mais la contiguïté peut donner un poids excessif aux personnes proches. L’impartialité parfaite confond sympathie et absence de biais, tandis que l’absence de sympathie inverse le rôle de la proximité.

7. Une observatrice veut évaluer un conflit sans privilégier les personnes qui lui sont proches, tout en comprenant ce qu’elles vivent. Quelle posture correspond au spectateur impartial de Smith ?

Prendre un point de vue décentré et désintéressé, tout en comprenant la situation par sympathie.
Se détacher de toute émotion et considérer la situation avec indifférence.
Adopter le point de vue de la personne proche pour éprouver son intérêt comme le sien.
Privilégier les conséquences favorables à l’observatrice dans le conflit.

Prendre un point de vue décentré et désintéressé, tout en comprenant la situation par sympathie.

Explication

Le spectateur impartial se décentre et se désintéresse de son intérêt propre, mais conserve la sympathie qui lui permet de comprendre la situation. L’indifférence supprime à tort l’émotion, l’identification entretient le biais de proximité et l’intérêt personnel compromet le jugement désintéressé.

8. Dans La Connaissance de l’amour, quel enjeu central Nussbaum met-elle en avant dans sa critique du spectateur impartial de Smith ?

La spontanéité universelle de la sympathie et ses effets sur le jugement moral.
La place des émotions dans la connaissance et le rôle moral de la littérature.
Le plaisir littéraire comme finalité principale de la lecture des romans.
Le détachement émotionnel comme condition du jugement moral impartial.

La place des émotions dans la connaissance et le rôle moral de la littérature.

Explication

Nussbaum interroge la dimension cognitive des émotions et le rôle moral de la littérature dans sa critique du spectateur impartial. La spontanéité de la sympathie relève ici de l’analyse de Hume, tandis que la réduction au plaisir ou au détachement ne rend pas compte de son enjeu.

9. Un lecteur comprend les espoirs et les craintes d’un personnage amoureux, mais ne peut éprouver à sa place son amour singulier. Quelle distinction met en évidence Nussbaum ?

Le spectateur peut vivre leur amour singulier dès lors qu’il comprend leurs espoirs et leurs craintes.
Le spectateur ne peut comprendre ni les espoirs ni les craintes des amants.
Le spectateur peut ressentir l’amour des amants, mais il ne peut comprendre leurs espoirs et leurs craintes.
Le spectateur peut comprendre les espoirs et les craintes, mais l’amour lui-même lui reste inaccessible.

Le spectateur peut comprendre les espoirs et les craintes, mais l’amour lui-même lui reste inaccessible.

Explication

Nussbaum souligne que les espoirs et les craintes des amants peuvent être compris par le spectateur, alors que leur amour romantique demeure une expérience singulière inaccessible. Ressentir l’amour ne découle pas de sa compréhension, et l’inaccessibilité de l’amour n’empêche pas de saisir les autres émotions.

10. Dans l’interprétation de Nussbaum, quelle opposition structure les personnages de David Copperfield ?

Dora incarne la moralité, tandis qu’Agnès et Steerforth représentent l’imagination, l’amour et le romanesque
Agnès incarne la moralité, tandis que Steerforth et Dora représentent l’imagination, l’amour et le romanesque
Agnès et Dora incarnent la moralité, tandis que Steerforth représente l’imagination, l’amour et le romanesque
Steerforth incarne la moralité, tandis qu’Agnès et Dora représentent l’imagination, l’amour et le romanesque

Agnès incarne la moralité, tandis que Steerforth et Dora représentent l’imagination, l’amour et le romanesque

Explication

Nussbaum oppose le pôle moral incarné par Agnès au pôle de l’imagination, de l’amour et du romanesque, incarné positivement par Steerforth et négativement par Dora. Attribuer la moralité à Steerforth ou à Dora inverse les rôles, tandis que regrouper Dora avec Agnès efface la distinction.

11. Dans une lecture de Nussbaum, quelle attitude correspond à la dimension du cœur dans la moralité ?

Une disposition sensible aux émotions, prompte à condamner
Une disposition détachée des sentiments, attentive aux règles
Une disposition aimante et sensible, peu prompte à juger
Une disposition réglée par le jugement, peu sensible aux émotions

Une disposition aimante et sensible, peu prompte à juger

Explication

Chez Nussbaum, la moralité comprend aussi une posture du cœur aimante et sensible, moins prompte au jugement que le système de jugement associé à Agnès. Confondre cette posture avec le jugement d’Agnès, le détachement affectif ou la condamnation rapide manque cette distinction.

12. Une personne voit un ami bouleversé, ressent immédiatement une émotion semblable, puis prend le temps de comprendre ce que cette situation signifie pour lui en particulier. Quelle conception de l’empathie décrit cette démarche ?

Une évaluation morale générale sans attention au point de vue singulier
Une prise de perspective consciente sans contagion émotionnelle à la vue d’autrui
Une contagion émotionnelle automatique sans compréhension du point de vue singulier
L’alliance d’une contagion émotionnelle automatique et d’une prise de perspective consciente

L’alliance d’une contagion émotionnelle automatique et d’une prise de perspective consciente

Explication

Pour Samah Karaki, l’empathie associe la contagion émotionnelle primitive et automatique à une prise de perspective lente et consciente qui tient compte de la singularité d’autrui. La contagion seule, la perspective seule et l’évaluation générale omettent chacune un aspect essentiel.

13. Quand Jacques Hochmann parle d’« empathie sèche » et d’« empathie humide », quelle tension met-il en évidence ?

L’oscillation entre une empathie faible et une empathie intense
L’oscillation entre une empathie innée et une empathie acquise par l’expérience
L’oscillation entre une empathie morale et une empathie dépourvue de jugement
L’oscillation entre une conception intellectuelle et une conception émotionnelle de l’empathie

L’oscillation entre une conception intellectuelle et une conception émotionnelle de l’empathie

Explication

Les expressions de Hochmann résument l’oscillation entre les conceptions intellectuelle et émotionnelle de l’empathie. Les degrés d’intensité, le jugement moral et l’opposition entre inné et acquis sont d’autres distinctions, mais ne définissent pas ces deux expressions.

14. Dans un débat sur l’empathie, deux chercheurs s’opposent : l’un soutient qu’elle révèle un sens moral déjà présent, l’autre qu’elle forme ce sens par l’expérience de se décentrer. Quelle question centrale examinent-ils ?

La morale est-elle une prédisposition reconnue par l’empathie ou un acquis formé par l’expérience ?
L’empathie est-elle une réaction corporelle ou une perception des situations ?
La morale est-elle déterminée par le cerveau ou libérée de toute influence biologique ?
L’empathie est-elle une émotion faible ou une émotion intense ?

La morale est-elle une prédisposition reconnue par l’empathie ou un acquis formé par l’expérience ?

Explication

Le débat porte sur le statut de la morale — prédisposition ou acquis — et sur le fait que l’empathie permette un apprentissage moral ou la reconnaissance d’un sens déjà présent. L’intensité émotionnelle et le déterminisme neuronal ne résument pas cette question; l’opposition proposée exclut à tort l’une des possibilités.

15. Un philosophe affirme que l’éthique se construit par l’expérience et l’attention portée aux situations concrètes. Quelle conception exprime-t-il ?

La conception aristotélicienne de l’éthique comme science pratique liée à l’expérience et à la perception
Une conception de la morale comme prédisposition indépendante de l’expérience des situations
La conception platonicienne de la morale comme contenu fondé sur des Idées indépendantes de la perception
Une conception de l’éthique comme système abstrait séparé de l’expérience et des situations

La conception aristotélicienne de l’éthique comme science pratique liée à l’expérience et à la perception

Explication

Aristote conçoit l’éthique comme une science pratique liée à l’expérience et à la perception des situations, ce qui correspond à l’affirmation du philosophe. Les Idées indépendantes de la perception relèvent de Platon; l’abstraction séparée de l’expérience et la prédisposition innée ne décrivent pas la conception aristotélicienne.

16. Quel rôle Solange Chavel attribue-t-elle à l’imagination morale dans l’empathie ?

Un processus central qui aide à dépasser l’opposition entre empathie sèche et empathie humide
Un jugement moral indépendant qui évalue les actes d’autrui
Une prise de distance qui sépare l’empathie de l’expérience d’autrui
Une émotion qui remplace le raisonnement dans la compréhension d’autrui

Un processus central qui aide à dépasser l’opposition entre empathie sèche et empathie humide

Explication

Pour Solange Chavel, l’imagination morale joue un rôle central dans le fonctionnement de l’empathie et permet de dépasser l’opposition entre ses formes sèche et humide. La substitution de l’émotion au raisonnement, la prise de distance et le jugement indépendant ne rendent pas compte de cette fonction.

17. Quelle idée caractérise la critique de Martha Nussbaum concernant rationalité, objectivité, émotion et raison ?

Elle réduit les émotions à des réactions irrationnelles qui entravent la connaissance
Elle remet en cause le lien classique entre rationalité et objectivité et nuance la séparation entre émotion et raison
Elle identifie l’objectivité à une neutralité complète envers les valeurs
Elle maintient une séparation stricte entre émotion et raison pour préserver l’objectivité

Elle remet en cause le lien classique entre rationalité et objectivité et nuance la séparation entre émotion et raison

Explication

Nussbaum critique la conception classique de la rationalité et son association à l’objectivité, tout en nuançant la séparation entre émotion et raison. La séparation stricte, la neutralité absolue envers les valeurs et la réduction des émotions à l’irrationalité reproduisent les conceptions qu’elle remet en question.

18. Dans une scène de roman, un personnage aide un inconnu malgré un risque personnel. Comment exprimer une lecture éthique compatible avec la conception de Wittgenstein ?

Décrire un fait vérifiable qui exprime directement une proposition éthique
Montrer les valeurs en jeu à partir de cette situation concrète
Énoncer une règle morale générale qui vaut comme proposition vraie ou fausse
Rapporter une émotion du personnage sans l’associer aux valeurs

Montrer les valeurs en jeu à partir de cette situation concrète

Explication

Dans cette conception, les propositions décrivent des faits susceptibles d’être vrais ou faux, tandis que l’éthique porte sur les valeurs et se montre à partir d’une situation ou d’une expérience. Décrire un fait, énoncer une règle comme proposition ou isoler une émotion confond l’éthique avec autre chose que cette mise en évidence des valeurs.

19. Un lecteur raconte comment un récit l’a amené à éprouver une attitude nouvelle envers la vie quotidienne. Quelle interprétation rejoint Laugier et Diamond ?

La lecture informe sur des faits sans faire vivre d’expérience éthique
La lecture exige que le lecteur adopte les valeurs du personnage principal
La lecture peut faire éprouver l’éthique comme une attitude envers le monde et la vie
La lecture transmet l’éthique sous forme de règles théoriques à appliquer

La lecture peut faire éprouver l’éthique comme une attitude envers le monde et la vie

Explication

Pour Laugier et Diamond, l’éthique se vit au quotidien comme une attitude envers le monde et la vie, et la lecture littéraire peut en faire éprouver l’expérience. La réduire à des règles, à une transmission de faits ou à l’adoption des valeurs d’un personnage manque cette dimension vécue.

20. Après avoir lu un roman présentant des personnages aux valeurs opposées, quelle prise de conscience correspond au rôle de l’expérience littéraire ?

Les points de vue sont divers, mais les valeurs restent identiques et universelles
La pluralité des valeurs signifie qu’aucun personnage ne peut avoir de point de vue distinct
Les points de vue et les valeurs sont divers, et les valeurs ne sont pas monolithiques ni universelles
Une perspective particulière révèle la valeur qui s’impose à tous les autres points de vue

Les points de vue et les valeurs sont divers, et les valeurs ne sont pas monolithiques ni universelles

Explication

L’expérience littéraire fait percevoir la diversité des points de vue et la pluralité des valeurs, qui ne sont ni monolithiques ni universelles. L’uniformité des valeurs, l’imposition d’une valeur universelle ou l’effacement des points de vue contredisent cette pluralité.

21. Une lectrice applique à une décision réelle la solution morale d’un personnage confronté à une situation singulière. Quelle réserve la perspective de Nussbaum invite-t-elle à formuler ?

La décision peut être transposée sans examen, car les cas éthiques se répètent
La décision ne renseigne pas sur l’éthique, car une situation singulière n’a pas de portée morale
La décision doit être écartée, car la littérature ne permet pas de réfléchir aux choix éthiques
La décision doit être réexaminée, car elle ne se reproduit pas automatiquement dans un autre cas

La décision doit être réexaminée, car elle ne se reproduit pas automatiquement dans un autre cas

Explication

Pour Nussbaum, une situation littéraire singulière révèle que les décisions éthiques ne sont pas automatiquement reproductibles d’un cas à l’autre. La transposition sans examen généralise abusivement, tandis que nier toute portée morale à la singularité ou à la fiction va également à l’encontre de cette idée.

22. Dans quel ouvrage Wayne Booth soutient-il que la lecture engage éthiquement le lecteur, qui choisit de fréquenter une fiction et sa vision du monde ?

The Company We Keep: An Ethics of Fiction
The Rhetoric of Fiction
Éthique et littérature
Upheavals of Thought: The Intelligence of Emotions

The Company We Keep: An Ethics of Fiction

Explication

Booth développe cette thèse dans The Company We Keep: An Ethics of Fiction, paru en 1988 : lire implique un choix de fréquentation éthique. The Rhetoric of Fiction est l’ouvrage antérieur associé notamment à l’auteur implicite, Upheavals of Thought est de Nussbaum, et le dernier titre confond cette thèse avec une autre approche.

23. Une personne refuse d’imaginer ce que peut vivre un groupe éloigné de son expérience, alors qu’elle pourrait tenter de le faire. Comment Solange Chavel caractériserait-elle cette attitude ?

Une paresse de l’imagination, qui désigne un manque d’informations factuelles
Une impossibilité d’imaginer, qui découle du seul éloignement de l’expérience
Une impossibilité d’imaginer, qui relève d’une incapacité de conception
Une paresse de l’imagination, qui relève d’une posture morale

Une paresse de l’imagination, qui relève d’une posture morale

Explication

Chavel distingue le refus d’imaginer, qui relève d’une posture morale, de l’impossibilité d’imaginer, liée au désintérêt ou à l’incapacité de concevoir ce qui est trop éloigné de soi. Assimiler le refus à une incapacité, ou faire de l’éloignement la seule explication, efface cette distinction.

24. Une lectrice d’Emma imagine ses relations et son avenir à travers les modèles idéalisés de ses romans. Quel effet de ses lectures au couvent cette situation illustre-t-elle ?

Les romans lui offrent un divertissement sans modifier son regard.
La lecture la conduit à condamner explicitement l’adultère.
Le filtre romanesque déforme sa perception de la réalité.
Le récit impersonnel l’empêche de distinguer les personnages réels.

Le filtre romanesque déforme sa perception de la réalité.

Explication

Les lectures d’Emma au couvent interposent un filtre romanesque entre elle et le monde, contribuant à sa déformation de la réalité. L’impersonnalité concerne la posture de l’auteur, la condamnation de l’adultère est au cœur du reproche fait au roman, et l’idée d’un divertissement sans effet minimise le rôle de ces lectures.

25. En étudiant Emma, un lecteur remarque qu’elle incarne la lectrice influencée par les romans, mais qu’elle reflète aussi certains penchants romantiques de Flaubert. Quelle conclusion rend compte de cette double perspective ?

L’impersonnalité exclut toute projection de Flaubert dans le personnage d’Emma.
Emma est une lectrice sans rapport avec les penchants romantiques de son auteur.
L’identification est totale : Emma exprime directement toute la personnalité de Flaubert.
L’identification est ambivalente : Emma est lectrice et projection partielle de Flaubert.

L’identification est ambivalente : Emma est lectrice et projection partielle de Flaubert.

Explication

Emma est à la fois un personnage de lectrice et une projection partielle de Flaubert, notamment de ses penchants romantiques : le rapport d’identification est donc ambivalent. L’identification totale exagère cette projection, tandis que les deux autres erreurs effacent l’un de ses aspects.

26. Dans une scène où Charles admire le dessin et le jeu au piano d’Emma, le récit ne révèle pas directement ce qu’elle pense. Sur quoi le lecteur s’appuie-t-il pour deviner son intériorité ?

Sur les pensées d’Emma, livrées directement par le narrateur.
Sur un jugement explicite du narrateur qui réfute l’admiration de Charles.
Sur les conclusions de Charles, qui révèlent fidèlement l’intériorité d’Emma.
Sur les connotations ironiques de la description, plutôt que sur un accès direct à Emma.

Sur les connotations ironiques de la description, plutôt que sur un accès direct à Emma.

Explication

Le récit donne accès à l’admiration de Charles, tandis que l’intériorité d’Emma se devine à travers les connotations ironiques de la description. La confondre avec les pensées directement rapportées ou avec l’interprétation de Charles revient à négliger cette médiation ironique.

27. Un lecteur rapproche les cordes du piano qui « frisent » des pots de confiture qu’Emma renverse. Quel effet ces détails produisent-ils sur les qualités artistiques et domestiques qu’elle s’attribue ?

Ils confirment la maîtrise artistique et domestique qu’Emma revendique.
Ils prouvent que l’admiration de Charles repose sur une sensibilité raffinée.
Ils relativisent ironiquement les qualités qu’Emma s’attribue.
Ils condamnent la pratique de la musique comme activité sans valeur.

Ils relativisent ironiquement les qualités qu’Emma s’attribue.

Explication

Les cordes qui « frisent » et les maladresses ménagères relativisent ironiquement les qualités artistiques et domestiques qu’Emma s’attribue. Les interpréter comme des preuves de maîtrise ou comme une condamnation générale de la musique détourne le rôle de ces détails.

28. Une lectrice découvre dans un roman un idéal de vie désirable, puis cherche à conformer sa propre existence à cet idéal. Quel phénomène cette conduite illustre-t-elle ?

Le bovarysme essentiel comme stylisation volontaire de l’existence
Le bovarysme pathologique comme perturbation du rapport au réel
L’émotion personnelle comme jugement fondé sur les valeurs du lecteur
Le bovarysme comme identification aux modèles des œuvres

Le bovarysme comme identification aux modèles des œuvres

Explication

Le bovarysme désigne d’abord une identification empathique par laquelle le lecteur forme un idéal de vie à partir des œuvres et tend à s’y conformer. La perturbation du rapport au réel relève du sens pathologique, la stylisation volontaire du bovarysme essentiel, et le jugement fondé sur les valeurs du lecteur d’un autre phénomène.

29. Une personne choisit délibérément de se concevoir autrement qu’elle n’est et théâtralise son quotidien pour lui donner une forme esthétique. Quel sens du bovarysme correspond le mieux à cette attitude ?

Le bovarysme médical marqué par une fuite dans l’imaginaire
Le bovarysme pathologique marqué par une illusion subie
Le bovarysme littéraire fondé sur l’identification aux personnages
Le bovarysme essentiel fondé sur un pragmatisme esthétique

Le bovarysme essentiel fondé sur un pragmatisme esthétique

Explication

Jules de Gaultier associe le bovarysme essentiel à une attitude romanesque choisie, qui consiste à se concevoir autrement et à styliser sa conduite. L’illusion subie et la fuite dans l’imaginaire caractérisent plutôt le sens pathologique, tandis que l’identification aux personnages correspond au sens littéraire initial.

30. Un lecteur déduit la tristesse d’un personnage à partir de ses gestes et éprouve de la compassion pour lui. Quel type d’émotion fictionnelle décrit cette réaction ?

Une émotion fictionnelle empathique inférée à partir du personnage
Une émotion textuelle empathique induite par la structure narrative
Une émotion fictionnelle personnelle guidée par les valeurs du lecteur
Une émotion textuelle personnelle liée aux valeurs attribuées à l’auteur

Une émotion fictionnelle empathique inférée à partir du personnage

Explication

Les émotions fictionnelles empathiques sont inférées à partir des émotions des personnages, même lorsque celles-ci ne sont pas explicitement exprimées. Une émotion personnelle dépend davantage des valeurs du lecteur, tandis que les émotions textuelles sont liées à la structure et aux stratégies d’écriture ou aux valeurs attribuées à l’auteur.

31. Après avoir terminé un récit, une lectrice prend du recul et ressent plus vivement une émotion provoquée par la construction du texte; elle réfléchit aussi aux valeurs morales qu’elle attribue à l’auteur. Comment classer ces deux réactions ?

Une émotion textuelle personnelle, puis une émotion textuelle empathique
Une émotion textuelle empathique, puis une émotion textuelle personnelle
Une émotion fictionnelle empathique, puis une émotion fictionnelle personnelle
Une émotion fictionnelle personnelle, puis une émotion fictionnelle empathique

Une émotion textuelle empathique, puis une émotion textuelle personnelle

Explication

L’émotion textuelle empathique est induite par la structure et les stratégies d’écriture, et peut gagner en intensité après la lecture. L’émotion textuelle personnelle dépend du système de valeurs du lecteur face aux valeurs qu’il attribue à l’auteur; les émotions fictionnelles, elles, concernent la relation aux personnages.

32. Une lectrice prend part aux émotions d’un personnage, puis examine avec recul les valeurs que le récit semble proposer. Quelle interprétation de cette démarche est la plus juste ?

Elle articule empathie et distance, que leur opposition ne suffit pas à départager dans la lecture du roman.
Elle relève de l’ironie, qui repose sur la participation au vécu fictionnel.
Elle montre que la lecture du roman se réduit au choix entre ironie et empathie.
Elle relève de l’empathie, qui suspend le jugement de valeur par la distance.

Elle articule empathie et distance, que leur opposition ne suffit pas à départager dans la lecture du roman.

Explication

L’empathie implique une participation au vécu fictionnel, tandis que l’ironie maintient une distance et peut suspendre le jugement de valeur ; cette opposition ne suffit toutefois pas à rendre compte de toute la lecture. La « participation » confond empathie et ironie, la « suspension du jugement » attribue à l’empathie un trait de l’ironie, et le « choix entre ironie et empathie » simplifie leur articulation.

33. Quelle formule de Flaubert exprime la superposition d’une implication affective et d’une prise de distance, notamment dans l’image de celui qui s’observe en pleurant ?

La préface sur l’ordre et la correction, conçue pour rendre la raillerie incertaine.
Le « comique arrivé à l’extrême », compris comme une émotion sans recul.
Le « point de vue d’une blague supérieure », associé au regard d’en haut.
Le « lyrisme dans la blague », associé au « comique arrivé à l’extrême ».

Le « lyrisme dans la blague », associé au « comique arrivé à l’extrême ».

Explication

Flaubert associe le dédoublement de celui qui s’observe en pleurant au « comique arrivé à l’extrême » et au « lyrisme dans la blague », qui conjuguent émotion et distance. Le « point de vue d’en haut » renvoie à une autre formule, le « comique sans recul » efface la mise à distance, et la « préface » concerne un projet distinct.

34. Après s’être laissé attirer par un roman, une lectrice reprend son expérience avec distance et l’évalue à l’aide de critères éthiques. Quel modèle de lecture décrit cette démarche ?

La lecture anesthésique, qui maintient une distance dès le début.
La lecture naïve, qui remplace l’expérience affective par une analyse savante.
L’abandon sans esprit critique, qui consiste à suivre ce qui attire.
La lecture en deux temps, qui combine abandon initial et réévaluation critique.

La lecture en deux temps, qui combine abandon initial et réévaluation critique.

Explication

Le modèle de Booth combine un premier abandon à ce qui attire et un second temps de distance critique, susceptible de corriger ou d’affiner l’expérience. L’« abandon sans esprit critique » ne comprend pas cette reprise, la « lecture anesthésique » désigne le moment distancié plutôt que le modèle entier, et l’opposition « naïve/savante » n’est pas la définition de cette séquence.

35. Dans sa lettre à Louise Colet du 7 octobre 1852, quel point de vue Flaubert imagine-t-il pour écrire les faits comme s’ils étaient vus d’en haut ?

Le point de vue d’une préface sur l’ordre et la correction.
Le « lyrisme dans la blague ».
Le point de vue d’une lecture empathique.
Le « point de vue d’une blague supérieure ».

Le « point de vue d’une blague supérieure ».

Explication

Flaubert imagine écrire les faits « au point de vue d’une blague supérieure », comme le bon Dieu qui les voit d’en haut. Le « lyrisme dans la blague » superpose implication et distance, la « lecture empathique » n’est pas la formule de cette lettre, et la « préface » relève de son échange avec Bouilhet.

36. Un romancier ajoute à la description d’une situation sociale son indignation personnelle, qui modifie la présentation des faits. Quelle objection Zola formulerait-il dans *Le Naturalisme au théâtre* ?

L’indignation révèle surtout les erreurs des personnages représentés dans le récit.
L’indignation rend les documents plus fidèles en explicitant leur portée morale.
L’indignation retravaille les documents selon les préjugés et les erreurs de l’écrivain.
L’indignation permet au lecteur de comprendre directement le point de vue des personnages.

L’indignation retravaille les documents selon les préjugés et les erreurs de l’écrivain.

Explication

Pour Zola, l’émotion de l’écrivain transforme les documents et risque de les soumettre à ses préjugés et à ses erreurs. L’idée d’une fidélité accrue confond émotion et exactitude, celle de l’accès au point de vue des personnages confond auteur et lecteur, et celle des erreurs des personnages déplace la critique.

37. Pour rendre une pièce plus agréable au public, un dramaturge adoucit des héros révoltés et leur donne une conduite exemplaire. Quelle critique Zola adresserait-il à ce choix ?

Il remplace l’enjeu éthique par une observation clinique des spectateurs.
Il édulcore les héros pour plaire et détourne l’enjeu éthique de se mettre à la place d’autrui.
Il rend les héros plus révoltés afin de privilégier l’intérêt du public.
Il préserve les héros de toute transformation et renforce l’enjeu éthique de la pièce.

Il édulcore les héros pour plaire et détourne l’enjeu éthique de se mettre à la place d’autrui.

Explication

Zola critique les personnages rendus sympathiques pour satisfaire le public : l’édulcoration détourne l’attention de la mise à la place d’autrui vers l’intérêt du lecteur. Préserver les héros contredit l’idée de les tailler et de les rogner, tandis que renforcer leur révolte ou observer les spectateurs ne décrit pas cette critique.

38. Une romancière met en scène la souffrance d’un personnage afin que l’émotion éprouvée par les lecteurs transforme leur regard et puisse infléchir leurs choix. Quelle stratégie mobilise-t-elle ?

Une écriture satirique fondée sur le ridicule et orientée vers le divertissement du lectorat.
Une écriture documentaire fondée sur l’observation et orientée vers une démonstration factuelle.
Une écriture de l’émotion fondée sur le pathos et orientée vers une pédagogie éthique.
Une écriture introspective fondée sur l’analyse et orientée vers la transformation du personnage.

Une écriture de l’émotion fondée sur le pathos et orientée vers une pédagogie éthique.

Explication

Dans le roman sentimental, le pathos sert une pédagogie éthique : l’empathie vise à faire évoluer la perception des lecteurs et éventuellement leurs décisions. Le divertissement réduit cette visée, la démonstration factuelle confond pathos et argument documentaire, et la transformation du personnage déplace l’effet recherché.

39. Dans *La Famille noire* de Sophie Doin, quelle fonction le destin de la famille représentée remplit-il dans la démonstration contre la traite ?

Susciter l’empathie afin de montrer l’inanité de la traite.
Établir juridiquement la responsabilité des négociants impliqués dans la traite.
Justifier la colonisation en présentant les effets bienfaisants de la traite.
Raconter l’expérience personnelle de Sophie Doin au sein d’une famille noire.

Susciter l’empathie afin de montrer l’inanité de la traite.

Explication

Doin fait porter à une famille noire la démonstration de l’inanité de la traite en suscitant l’empathie pour son destin. Le plaidoyer juridique et l’expérience personnelle attribuent au récit des fonctions qui ne sont pas indiquées, tandis que la justification de la colonisation inverse son orientation antiesclavagiste.

40. Quelle situation narrative caractérise *Ourika*, le court roman de Claire de Duras ?

Un médecin raconte à une jeune religieuse noire le malheur de sa vie.
Une jeune religieuse blanche confie à un médecin l’histoire de Sophie Doin.
Une famille noire raconte à un juge les effets de la traite.
Une jeune religieuse noire confie au médecin le malheur de sa vie.

Une jeune religieuse noire confie au médecin le malheur de sa vie.

Explication

Dans *Ourika*, une jeune religieuse noire confie au médecin le malheur de sa vie. La famille noire renvoie à la démonstration de Sophie Doin, l’héroïne n’est pas décrite comme blanche, et c’est elle — non le médecin — qui confie son histoire.

41. Le succès du roman *Ourika* révèle que la sympathie pour son héroïne s’étendait à quel public ?

À des milieux dépassant les cercles abolitionnistes
Aux seuls adeptes de la mode Ourika
Aux seuls cercles abolitionnistes organisés
Aux seuls spectateurs des vaudevilles adaptés

À des milieux dépassant les cercles abolitionnistes

Explication

Le succès témoigne d’une sympathie pour Ourika qui dépasse les milieux abolitionnistes. La restriction aux cercles abolitionnistes réduit cette portée, tandis que les vaudevilles et la mode sont des manifestations du succès, non les limites de son public.

42. Une adaptation scénique d’*Ourika* suscite moins d’empathie que le roman chez des spectateurs pourtant sensibles au récit. Quelle explication rend compte de ce contraste ?

La faiblesse littéraire des adaptations explique à elle seule la réaction du public
Le roman supprime le préjugé de couleur, tandis que la scène le fait disparaître
La narration romanesque rend Ourika visible, tandis que la scène efface son apparence
L’incarnation visible ravive le préjugé de couleur, tandis que le récit sensible permet de s’en détacher

L’incarnation visible ravive le préjugé de couleur, tandis que le récit sensible permet de s’en détacher

Explication

La présence visible d’Ourika sur scène peut raviver le préjugé de couleur et faire obstacle à l’empathie, alors que le discours sensible du roman aide le lecteur à s’en détacher. L’effacement de l’apparence sur scène inverse le contraste, et la qualité des adaptations ne suffit pas à expliquer le problème.

43. Dans une lecture postcoloniale d’*Ourika*, un lecteur blanc se dit ému par l’héroïne parce qu’il reconnaît dans son isolement une expérience familière. Comment caractériser cette empathie ?

Une absence d’empathie envers la situation d’Ourika
Une connaissance véritable de l’expérience de l’Autre
Une adhésion politique qui définit toute empathie postcoloniale
Une reconnaissance, à travers Ourika, d’une situation familière au lecteur

Une reconnaissance, à travers Ourika, d’une situation familière au lecteur

Explication

L’analyse distingue la connaissance véritable de l’Autre de la reconnaissance, à travers lui, d’une situation familière au lecteur blanc. Confondre ces deux formes transforme la reconnaissance en connaissance de l’Autre, tandis que l’adhésion abolitionniste ne définit pas l’empathie.

44. Une spectatrice éprouve de la pitié pour un personnage tragique, mais demeure assise et n’est pas directement confrontée à une situation vécue. Quelle caractéristique distingue ici son émotion esthétique d’une émotion ordinaire ?

Elle est éprouvée dans la distance, sans implication personnelle directe
Elle est nécessairement moins intense qu’une émotion ordinaire
Elle est directement liée à une situation réelle vécue par la spectatrice
Elle déclenche une action dans la situation représentée

Elle est éprouvée dans la distance, sans implication personnelle directe

Explication

L’émotion esthétique se distingue de l’émotion ordinaire par la distance et l’absence d’implication personnelle directe, non par une intensité forcément moindre. L’action et le vécu réel caractérisent plutôt une émotion liée directement à une situation vécue.

45. Un romancier et ses lecteurs savent qu’un récit est inventé, mais les lecteurs s’immergent dans son univers. Comment Schaeffer qualifie-t-il ce cadre de fiction ?

Une analogie vécue qui exclut l’immersion dans un monde fictif
Une feintise ludique partagée, reconnue comme fiction
Un leurre qui fait prendre l’invention pour la réalité
Une expérience réelle dont le cadre fictionnel est ignoré

Une feintise ludique partagée, reconnue comme fiction

Explication

Pour Schaeffer, l’immersion fictionnelle relève d’une feintise ludique partagée : producteur et récepteur savent que l’activité est fictive. Le leurre, contrairement à cette feintise, induit en erreur; l’immersion ne prouve pas que le récit soit réel.

46. Dans une œuvre, une scène reprend une expérience quotidienne familière afin que le public établisse un rapprochement avec sa propre vie. À quel type d’amorce mimétique cela correspond-il chez Schaeffer ?

À un marqueur fictionnel signalant la feintise ludique
À un mimème plongeant dans un monde sans référent vécu direct
À une réaction portant sur l’émotion d’un personnage
À une amorce établissant une relation analogique avec l’expérience vécue

À une amorce établissant une relation analogique avec l’expérience vécue

Explication

Parmi les trois types d’amorces mimétiques, l’une établit une relation analogique avec l’expérience vécue; c’est le cas décrit. Le mimème immerge dans un monde sans référent vécu direct, tandis que le marqueur indique le cadre fictionnel.

47. Un lecteur est ému par la tristesse d’un personnage sans éprouver exactement la tristesse de celui-ci. Quelle notion décrit cette réaction selon Schaeffer ?

Une absence d’émotion résultant de la distance fictionnelle
Une émotion de second ordre à propos de l’émotion du personnage
Une émotion ordinaire directement causée par un événement vécu
La même émotion que celle du personnage, éprouvée à l’identique

Une émotion de second ordre à propos de l’émotion du personnage

Explication

Selon Schaeffer, le lecteur éprouve une émotion de second ordre à propos de l’émotion du personnage, et non cette émotion même. L’émotion identique confond les deux niveaux, tandis que la distance fictionnelle n’implique pas une absence d’émotion.

48. Dans un récit, un lecteur est bouleversé par la mort d’un personnage, puis admire la manière dont la narration organise les images et le rythme. À quels types d’émotions correspondent ces deux réactions, dans cet ordre ?

Deux émotions situationnelles
Une émotion situationnelle, puis une émotion esthétique
Une émotion esthétique, puis une émotion situationnelle
Deux émotions esthétiques

Une émotion situationnelle, puis une émotion esthétique

Explication

L’émotion suscitée par la mort représentée est situationnelle, tandis que l’admiration de la forme du récit est esthétique. Inverser les types confond leur source ; attribuer les deux réactions à la forme ou à la situation efface la distinction de Jouve.

49. Une lectrice utilise un roman pour réfléchir à ses choix de vie et, dans une autre lecture, y trouve un plaisir qui la console de ses difficultés. Quelle interprétation distingue ces deux usages bibliothérapeutiques ?

Les deux relèvent du guide de vie et des émotions situationnelles
Le premier relève du guide de vie, le second d’une consolation esthétique
Le premier relève de la consolation esthétique, le second du guide de vie
Les deux relèvent du plaisir esthétique compensatoire

Le premier relève du guide de vie, le second d’une consolation esthétique

Explication

La bibliothérapie peut mobiliser les émotions situationnelles pour faire de la littérature un guide de vie, ou procurer une consolation par un plaisir esthétique compensatoire. Confondre ces fonctions inverse leurs rôles ; réduire les deux à un seul type d’émotion néglige leur distinction.

50. Quelle démarche caractérise la médecine narrative proposée par Rita Charon ?

Reconnaître, absorber, interpréter et éprouver les histoires des patients
Maîtriser le savoir théorique sur la maladie et établir un diagnostic
Analyser la forme littéraire et les émotions esthétiques des récits
Prescrire des comportements aux patients à partir de leurs récits

Reconnaître, absorber, interpréter et éprouver les histoires des patients

Explication

La médecine narrative implique de reconnaître, d’absorber, d’interpréter et d’être ému par les histoires des patients. L’analyse formelle relève d’un autre objet, le savoir médical théorique n’épuise pas cette démarche, et elle ne se réduit pas à prescrire une conduite.

51. Dans une consultation, la médecin mobilise ses connaissances médicales, prend des décisions pratiques et écoute l’expérience vécue par la personne malade. Comment ces trois formes de savoir s’organisent-elles dans le triangle hippocratique ?

Maladie : savoir théorique ; médecin : savoir pratique ; malade : savoir éprouvé
Maladie : savoir éprouvé ; médecin : savoir pratique ; malade : savoir théorique
Maladie : savoir pratique ; médecin : savoir théorique ; malade : savoir éprouvé
Maladie : savoir théorique ; médecin : savoir éprouvé ; malade : savoir pratique

Maladie : savoir théorique ; médecin : savoir pratique ; malade : savoir éprouvé

Explication

Le triangle associe le savoir théorique à la maladie, le savoir pratique au médecin et le savoir éprouvé au malade. Les autres répartitions déplacent ces savoirs en confondant notamment théorie, pratique et expérience vécue.

52. Une étudiante affirme qu’un personnage de roman existe exactement comme une personne physiquement présente. Quelle réponse correspond à l’approche sémiotique d’Umberto Eco ?

Le personnage existe comme objet biographique, identique à son auteur
Le personnage existe comme objet physique, identique à une personne réelle
Le personnage existe comme objet sémiotique, distinct d’un objet physique
Le personnage n’a aucune forme d’existence, même sémiotique

Le personnage existe comme objet sémiotique, distinct d’un objet physique

Explication

Pour Eco, le personnage de fiction possède une certaine forme d’existence en tant qu’objet sémiotique, mais n’est pas un objet physiquement existant. L’assimilation au réel physique confond ces statuts, tandis que nier toute existence ou identifier le personnage à son auteur ne correspond pas à cette analyse.

53. Une équipe étudie comment le point de vue et la voix narrative suscitent l’empathie, puis affirme que cette lecture rendra nécessairement les lecteurs meilleurs et les poussera à agir. Quelle appréciation rejoint la position de Suzanne Keen ?

Écarter ces stratégies, car la narration ne contribue pas à l’empathie
Étudier ces stratégies, car elles garantissent une amélioration morale des lecteurs
Étudier ces stratégies, tout en restant prudente sur les effets moraux et l’action
Affirmer que l’empathie produite conduit nécessairement les lecteurs à agir

Étudier ces stratégies, tout en restant prudente sur les effets moraux et l’action

Explication

Keen analyse des stratégies narratives génératrices d’empathie, notamment le point de vue et la voix, mais reste prudente sur leurs effets moraux et leur capacité à entraîner l’action. Garantir ces effets transforme une possibilité incertaine en certitude ; écarter ces stratégies contredit son analyse.

54. En lisant un roman, Malik comprend qu’un personnage croit être trahi, alors que lui-même connaît un élément qui rend cette croyance erronée. Quelle capacité cognitive lui permet de saisir cet écart entre leurs perspectives mentales ?

L’empathie narrative
La théorie de l’esprit
La simulation motrice
Le jugement moral

La théorie de l’esprit

Explication

La théorie de l’esprit permet de comprendre que d’autres ont des pensées, des croyances, des émotions et des intentions différentes des nôtres. La simulation motrice concerne les actions, l’empathie narrative l’expérience affective du récit, et le jugement moral évalue les conduites plutôt que les perspectives mentales.

55. Quelle conception du rapport entre histoire littéraire et évolution humaine caractérise le darwinisme littéraire associé à Joseph Carroll ?

L’histoire littéraire concrétise l’adaptation et l’évolution biologiques de l’humanité.
L’histoire littéraire témoigne d’un progrès moral continu de l’humanité.
L’histoire littéraire retrace l’évolution autonome des genres et des styles.
L’histoire littéraire répond principalement au besoin humain de divertissement.

L’histoire littéraire concrétise l’adaptation et l’évolution biologiques de l’humanité.

Explication

Pour Joseph Carroll, les productions littéraires sont le signe et la concrétisation de l’adaptation et de l’évolution biologiques de l’humanité. L’évolution autonome des genres néglige cette dimension biologique, le progrès moral est une autre thèse, et le divertissement ne résume pas cette conception.

56. Une lectrice suit le parcours d’un personnage confronté à des choix difficiles et réfléchit aux stratégies qu’elle pourrait mobiliser face à des problèmes comparables dans la vie réelle. Quelle fonction de la fiction cette situation illustre-t-elle ?

Une simulation cognitive des problèmes d’adaptation de la vie réelle.
Une transmission de valeurs qui remplace l’analyse des problèmes.
Une évasion imaginaire qui éloigne des problèmes de la vie réelle.
Une imitation exacte des gestes du personnage dans la vie réelle.

Une simulation cognitive des problèmes d’adaptation de la vie réelle.

Explication

La fiction peut simuler des problèmes d’adaptation et permettre au lecteur de s’y entraîner mentalement. L’évasion, la transmission de valeurs et l’imitation exacte ne correspondent pas à cette fonction de simulation.

57. Dans un récit, une conseillère trompe un prince en lui faisant croire qu’un rival ignore son projet, alors que le rival connaît déjà ce projet. Quelle capacité ce type de scène exerce-t-il chez le lecteur ?

Mémoriser les événements sans reconstruire les croyances des personnages.
Partager les émotions du prince sans examiner les intentions de la conseillère.
Prédire le dénouement à partir des indices sans attribuer de croyances.
Inférer les croyances des personnages et ce qu’ils pensent que les autres croient.

Inférer les croyances des personnages et ce qu’ils pensent que les autres croient.

Explication

Les récits machiavéliques entraînent le lecteur à inférer ce que les personnages croient et ce qu’ils pensent que les autres croient. Mémoriser les faits, partager une émotion ou prédire le dénouement ne saisit pas ce travail d’attribution des croyances.

58. Comment Maria Scott décrit-elle le mouvement propre à la fiction littéraire ?

Un partage émotionnel qui prend la place de la lecture des pensées.
Une identification affective qui écarte le détachement et la compréhension.
Un mouvement dialectique entre identification et détachement, sympathie et compréhension.
Une suspicion rationnelle qui met fin à la séduction du récit.

Un mouvement dialectique entre identification et détachement, sympathie et compréhension.

Explication

Maria Scott conçoit la fiction comme un mouvement dialectique reliant des pôles complémentaires, tels que l’identification et le détachement. Séparer ces pôles, substituer l’émotion à la lecture des pensées ou laisser la suspicion annuler la séduction manque cette interdépendance.

59. Une lectrice ressent la détresse d’un personnage tout en gardant conscience qu’elle ne vit pas exactement la même expérience et en cherchant à la comprendre. Quelle notion décrit le mieux cette démarche ?

L’identification simple, qui exclut toute prise de distance.
L’équivalence émotionnelle, qui suppose de ressentir la même chose.
La traduction affective, qui associe identification et détachement.
L’indifférence affective, qui maintient une distance sans compréhension.

La traduction affective, qui associe identification et détachement.

Explication

La traduction affective est une forme d’empathie qui unit identification et détachement sans se réduire à une équivalence émotionnelle. L’équivalence suppose une identité des émotions, l’indifférence écarte la compréhension, et l’identification simple omet la distance.

60. Dans un roman, une voyageuse révèle au lecteur des éléments essentiels sur un milieu social, mais ses motivations demeurent difficiles à saisir. Quel rôle de la figure de l’étranger cette situation illustre-t-elle dans l’analyse de Maria Scott ?

Elle signale une menace sans participer à la médiation du savoir.
Elle rend la connaissance entièrement transparente et dissipe toute étrangeté.
Elle bloque la connaissance et empêche toute familiarité avec le récit.
Elle médiatise la connaissance tout en y résistant, maintenant familiarité et étrangeté.

Elle médiatise la connaissance tout en y résistant, maintenant familiarité et étrangeté.

Explication

Pour Maria Scott, l’étranger médiatise la connaissance tout en lui résistant, ce qui figure à la fois la familiarité et l’étrangeté de la fiction. La transparence complète efface la résistance, le blocage total supprime la médiation, et la menace seule ne rend pas compte de son rôle cognitif.

61. Une lectrice porte attention à la forme d’un objet et éprouve un plaisir qu’elle souhaite retrouver dans d’autres expériences artistiques. Quelle analyse distingue correctement les approches de Genette et de Schaeffer ?

Genette définit une activité de plaisir, Schaeffer une attention à la seule forme.
Genette met l’accent sur le plaisir reconductible, Schaeffer sur le regard et la forme.
Genette met l’accent sur le regard et la forme, Schaeffer sur le plaisir reconductible.
Genette et Schaeffer font tous deux dépendre la relation du sujet représenté.

Genette met l’accent sur le regard et la forme, Schaeffer sur le plaisir reconductible.

Explication

Genette relie la relation esthétique au regard porté sur l’objet et à son attention formelle, tandis que Schaeffer la conçoit comme une activité plaisante susceptible d’être reconduite. Attribuer le plaisir reconductible à Genette inverse leurs approches, réduire Schaeffer à la forme néglige le plaisir, et centrer les deux sur le sujet représenté déplace la distinction.

62. Un lecteur commence un récit, mais n’éprouve aucun plaisir à sa lecture. Quelle conséquence découle de la conception de Schaeffer ?

L’immersion fictionnelle reste possible, mais l’expérience esthétique est exclue.
L’immersion et l’expérience esthétique restent possibles si le récit est émouvant.
L’immersion fictionnelle et l’expérience esthétique ne peuvent alors se réaliser.
L’expérience esthétique reste possible, mais l’immersion fictionnelle est exclue.

L’immersion fictionnelle et l’expérience esthétique ne peuvent alors se réaliser.

Explication

Pour Schaeffer, le plaisir est un prérequis à la fois de l’immersion fictionnelle et de l’expérience esthétique. Le traiter comme un simple résultat inverse la relation, le remplacer par l’attention formelle confond les approches, et le limiter à l’émotion ne rend pas compte de son rôle préalable.

63. Une fiction bouleverse un lecteur, mais il la juge peu importante comme œuvre. Quelle distinction de Jouve permet de comprendre ce cas ?

L’intérêt correspond à la curiosité agréable et exclut la valeur de l’œuvre.
L’intérêt se mesure à l’intensité de l’émotion ressentie devant l’œuvre.
L’intérêt et l’émotion désignent deux aspects équivalents de la lecture.
L’intérêt peut concerner la valeur ou l’importance et dépasser l’émotion.

L’intérêt peut concerner la valeur ou l’importance et dépasser l’émotion.

Explication

Chez Jouve, l’intéressant est plus vaste que l’émouvant, car il peut aussi relever de la valeur ou de l’importance d’une œuvre. Confondre importance et émotion, ramener l’intérêt à la seule curiosité ou assimiler intérêt et émotion efface cette distinction.

64. Pour analyser une fiction, une chercheuse veut distinguer la curiosité suscitée par l’intrigue, l’envie d’en interpréter le sens et la réaction affective. Quels intérêts de lecture retient la typologie de Jouve ?

L’intérêt narratif, l’identification au personnage et la valeur esthétique.
L’attention formelle, l’intérêt herméneutique et la force émotionnelle.
L’intérêt narratif, la curiosité documentaire et le jugement moral.
L’intérêt narratif, l’intérêt herméneutique et la force émotionnelle.

L’intérêt narratif, l’intérêt herméneutique et la force émotionnelle.

Explication

Jouve distingue l’intérêt narratif, l’intérêt herméneutique et la force émotionnelle comme trois intérêts mobilisés par la lecture d’une fiction. L’identification, la valeur esthétique, l’attention formelle et le jugement moral ne remplacent pas ces trois catégories dans cette typologie.

65. Une lectrice est touchée par un personnage tout en gardant conscience que son expérience diffère irréductiblement de la sienne. Que permet ce recul dans sa lecture empathique ?

Il empêche la compréhension en maintenant une différence entre lecteur et personnage.
Il efface la distance et rend l’expérience du personnage identique à la sienne.
Il articule l’émotion à la distance et permet de comprendre l’autre comme autre.
Il supprime l’émotion et transforme la lecture en jugement extérieur.

Il articule l’émotion à la distance et permet de comprendre l’autre comme autre.

Explication

L’empathie dépasse la simple force émotionnelle lorsqu’un recul maintient la différence irréductible entre le lecteur et l’autre représenté. Assimiler ce recul à la suppression de l’émotion, à l’identification complète ou à un obstacle à la compréhension manque son rôle de maintien de l’altérité.

66. Un lecteur interprète les choix d’un personnage en supposant qu’ils reflètent ses propres habitudes et sentiments familiers. Quel risque cette identification comporte-t-elle ?

Transformer la compréhension du personnage en une enquête sur la forme du récit.
Préserver l’altérité du personnage en maintenant une distance irréductible.
Réduire l’autre au même et remplacer sa connaissance par la reconnaissance du familier.
Approfondir la connaissance du personnage en écartant toute ressemblance avec soi.

Réduire l’autre au même et remplacer sa connaissance par la reconnaissance du familier.

Explication

L’identification empathique peut ramener l’autre au même et substituer la reconnaissance de traits familiers à sa connaissance. La distance préservée relève plutôt du maintien de l’altérité, tandis qu’écarter toute ressemblance ou examiner la forme du récit ne décrit pas ce risque.

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les réponses avec 95 flashcards sur Empathie et expérience littéraire.

Quels sens peut désigner le concept polysémique d’empathie ?

La contagion émotionnelle, la projection imaginative ou l’intelligence émotionnelle.

Quelles formes d’empathie distinguent le stade du miroir et le stade social adulte ?

Le stade du miroir relève de l’empathie primaire, le stade social adulte de l’empathie secondaire.

Comment la naturalité et la culturalité expliquent-elles l’empathie ?

La naturalité la considère innée, tandis que la culturalité la fait dépendre d’un apprentissage culturel.

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Consultez la fiche de révision complète sur Empathie et expérience littéraire.

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