La connaissance est une composante directe et indirecte de la puissance d’un État, c’est-à-dire de sa capacité « de faire, de faire faire, d’empêcher de faire et de refuser de faire ». - Serge Sur, Relations internationales, Précis Domat, LGDJ, 2000
Les communautés scientifiques partagent en théorie les valeurs suivantes :
📌 Deux logiques coexistent : la connaissance recherchée pour elle-même et la connaissance mise au service d’un objectif ou d’un pouvoir.
★ À maîtriser
📌 Deux modèles éducatifs coexistent : l’éducation morale et religieuse visant l’accès aux textes sacrés, et l’accès à la culture permettant de participer à la vie politique et culturelle.
Compléments
L’Humanisme développe l’idée d’une formation complète, mais son application reste socialement limitée.
Les États considèrent l’alphabétisation comme un facteur de stabilité et de développement, et certains la renforcent rapidement par décision politique, comme au Japon et en URSS.
★ À maîtriser
📌 L’universalité religieuse élargit l’accès à la connaissance sans instaurer l’égalité entre les sexes, car la conception genrée des rôles demeure.
Compléments
★ À maîtriser
📌 L'alphabétisation des femmes est souvent promue au nom des rôles maternel et domestique qui leur sont attribués, alors que ces rôles légitiment aussi des dynamiques d'exclusion.
Compléments
★ À maîtriser
Compléments
La découverte de la radioactivité déclenche des recherches sur de nouvelles substances radioactives, notamment par Pierre et Marie Curie, dans une dynamique de découvertes en cascade.
Le radium est utilisé dans :
Découverte imprévue → recherches en cascade → usages commerciaux
★ À maîtriser
Compléments
La recherche est financée par l'État et par des mécènes, dont Ernest Solvay et la fondation Rockefeller.
En 1937, Frédéric Joliot sollicite la fondation Rockefeller pour construire un cyclotron dans son laboratoire au Collège de France.
Pendant la Première Guerre mondiale, de nombreux scientifiques participent à l'effort de guerre.
Marie Curie crée un service de radiologie aux armées, équipé de véhicules spéciaux surnommés « petites Curies » par sa fille Ève en 1938.
Des scientifiques d'Europe de l'Est et d'Allemagne, notamment Leó Szilárd et Albert Einstein, émigrent vers les États-Unis pour fuir le nazisme, contribuant au déplacement des recherches nucléaires vers l'autre côté de l'Atlantique.
En 1935, Irène Joliot-Curie exprime des inquiétudes sur la radioactivité dans son discours à Stockholm pour la remise du prix Nobel.
Coopérer entre chercheurs, tout en servant son pays en guerre
★ À maîtriser
En 1938, des physiciens allemands découvrent que l'uranium est fissile.
Joliot et ses collaborateurs mettent en évidence la production de neutrons lors de la fission de l'uranium et démontrent la possibilité d'une réaction en chaîne susceptible de fournir une quantité considérable d'énergie.
À l'été 1942, les États-Unis lancent le projet Manhattan sous la direction du physicien Robert Oppenheimer et du général Leslie Groves.
Le 16 juillet 1945, le premier essai nucléaire, nommé Trinity, rend possible l'emploi militaire de la bombe atomique.
Le 6 août 1945, la bombe nucléaire est employée à Hiroshima.
L'arme nucléaire rend possible la dissuasion nucléaire, qui demeure fondamentale dans les relations internationales.
Marie Curie fut la première femme à recevoir un prix Nobel et la seule à l’avoir obtenu dans deux disciplines scientifiques différentes.
Marie Curie reçut le prix Nobel de physique en 1903 pour ses travaux sur la radioactivité, puis le prix Nobel de chimie en 1911 pour ses recherches sur le radium.
Compléments
En février 1939, Leó Szilárd demande à ses collègues de cesser de publier, mais sa demande n'est pas réellement suivie.
En août 1939, Leó Szilárd convainc Albert Einstein d'alerter Franklin D. Roosevelt sur les progrès de la physique nucléaire et leurs possibles conséquences militaires, notamment si l'Allemagne les exploite.
En mars 1940, la France intervient en Norvège pour récupérer et rapatrier les stocks d'eau lourde de Norsk Hydro avant l'invasion du pays, ouvrant la « bataille de l'eau lourde » autour de cette ressource stratégique.
Le rapport Franck et la pétition Szilárd expriment les débats sur l'emploi de la bombe atomique contre le Japon.
Le 9 août 1945, la bombe nucléaire est employée à Nagasaki.
En 1946, Albert Einstein et Leó Szilárd créent le Comité d'urgence des scientifiques atomistes afin de sensibiliser l'humanité aux dangers de l'arme nucléaire et de promouvoir la paix.
Après la Seconde Guerre mondiale, la course à l'armement nucléaire se développe pendant la guerre froide, tandis que le nucléaire est aussi utilisé à des fins civiles dans le domaine médical et pour produire de l'énergie atomique.
Après les États-Unis en 1945, l'URSS obtient l'arme nucléaire en 1949, le Royaume-Uni en 1952, la France en 1960 et la Chine en 1964.
La bombe est employée → les scientifiques alertent sur ses dangers
★ À maîtriser
La connaissance constitue un enjeu politique et stratégique pour les États, en plus de ses dimensions économiques et culturelles, et elle peut éclairer leurs décisions.
Le renseignement collecte, vérifie et analyse des informations afin de produire une connaissance susceptible d’éclairer une décision.
Au XIXe siècle, le nationalisme et le militarisme accompagnent en France l’essor d’un appareil moderne de renseignement destiné à maintenir l’ordre intérieur et à projeter la puissance, notamment dans l’expansion coloniale.
En 1874, le Deuxième bureau de l’État-major est chargé de synthétiser et d’exploiter les renseignements recueillis ; il est présenté comme l’ancêtre de la DGSE.
Compléments
📌 Le renseignement peut être intérieur, pour assurer la sécurité ou surveiller la société, ou extérieur, sur des pays rivaux ou alliés.
📌 Le renseignement peut provenir de sources ouvertes légales ou d’activités illégales d’espionnage qui violent la souveraineté d’un État.
Les pratiques de renseignement peuvent susciter des débats moraux et politiques, particulièrement dans les démocraties, où la vie politique est plus transparente.
Dans l’Antiquité, les vastes empires collectaient des taxes et des informations, notamment pour s’assurer de la loyauté de leurs sujets.
Le renseignement peut orienter la guerre et la sécurisation des messages stratégiques, et il est souvent associé à une organisation politique importante disposant de moyens suffisants.
La défaite française de 1870-1871 renforce le besoin de connaissances dans un contexte de rivalités accrues.
De 1894 à 1906, l’affaire Dreyfus cristallise une profonde méfiance entre les dirigeants politiques et l’opinion publique envers les services de renseignement.
La Première Guerre mondiale accélère l’institutionnalisation du renseignement militaire européen et diversifie ses pratiques.
Pendant la Première Guerre mondiale, l’interception des messages et la cryptographie sont utilisées pour décrypter les communications allemandes.
Les États développent des centrales de renseignement, comme la DGSE en France.
L’interception britannique du télégramme Zimmermann illustre l’importance stratégique des réseaux de communication par câbles pendant la Première Guerre mondiale.
Rivalités accrues → besoin de connaissances et de services organisés
★ À maîtriser
Après la révolution soviétique de 1917, l’idéologie et l’adhésion à une cause s’ajoutent aux rivalités politiques classiques dans les activités de renseignement.
Le KGB, actif de 1954 à 1991, s’inscrit dans la continuité de la Tcheka, regroupe plusieurs services et travaille avec les services de renseignement des États soviétiques, comme la Stasi.
En 1929, Henry Stimson, ministre des Affaires étrangères, aurait déclaré : « Les gentlemen ne lisent pas le courrier des autres », illustrant les débats moraux sur l’espionnage comme moyen d’acquérir des connaissances.
En décembre 1941, l’attaque japonaise de Pearl Harbor révèle le mauvais usage des informations disponibles, faute de coordination.
William Joseph Donovan fonde l’OSS (Office of Strategic Services) américain en 1942, et cette organisation inspire la création de la CIA en 1947.
En 1974, le Watergate provoque un regain d’intérêt pour les missions de la CIA et entraîne un renforcement du contrôle du Congrès sur les services de renseignement.
Compléments
La Tcheka, dirigée par Félix Dzerjinski, lutte dès 1917 contre les oppositions contre-révolutionnaires et surveille à l’étranger les Russes opposés au régime ; elle est l’ancêtre du KGB.
Staline rejeta les avertissements de ses services extérieurs sur l’attaque allemande, notamment ceux de Richard Sorge à Tokyo, de sorte que les informations disponibles ne furent pas exploitées en connaissance utile.
À partir des années 1930, des personnes séduites par l’expérience communiste en Occident fournirent des renseignements aux services soviétiques, notamment les Cinq de Cambridge, actifs des années 1930 aux années 1960.
Kim Philby fut un agent soviétique de 1934 à 1963 et appartenait aux Cinq de Cambridge.
Dans les années 1960-1970, la répression et les failles du système soviétique réduisent son attrait pour les intellectuels et favorisent la rupture de certains agents avec le régime.
Dans les années 1960, des Soviétiques en rupture avec leur société, comme Dimitri Poliakov, deviennent des espions importants ; l’affaire Farewell illustre ce phénomène au début des années 1980.
En 1991, le KGB est dissous après avoir été dépassé, comme les services américains, par les événements de 1989-1991.
Le FSB et le SVR figurent parmi les successeurs du KGB et conservent une continuité dans ses traditions opérationnelles et ses moyens d’action.
Dans les années 1920, le contre-espionnage occidental est en retard dans la recherche des réseaux communistes et dans la pratique de l’espionnage, particulièrement aux États-Unis.
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, les missions de renseignement américaines ciblent immédiatement les Soviétiques.
Adhésion idéologique soviétique, débats moraux sur l’espionnage en démocratie
★ À maîtriser
Les services de renseignement de la guerre froide collectent des informations sur les rivaux, les partenaires et alliés potentiels, et parfois sur leurs propres sociétés.
Pendant la guerre froide, les résultats de l’espionnage sont très inégaux et certaines des crises les plus graves ne sont ni prévues ni prévenues par la collecte de renseignement.
Compléments
Les exemples de collecte et de surveillance pendant la guerre froide comprennent le décryptage, l’écoute, la surveillance aérienne avant les satellites, les agents illégaux et les transfuges.
Les services de renseignement de la guerre froide agissent notamment en soutenant des mouvements politiques ou indépendantistes, en menant des assassinats, en diffusant de la propagande et des produits culturels, et en soutenant des opposants.
Ni la CIA ni le KGB n’influent réellement sur le déroulement de la guerre froide.
Collecter pour connaître, agir pour influencer
★ À maîtriser
Le programme ARPANET, lancé par le département de la Défense américain dans les années 1960, est mis en service en 1969 et constitue l’ancêtre d’Internet.
Près de 99 % du trafic de données intercontinental passe par des lignes sous-marines, dont la redondance permet de contourner une coupure malgré leur vulnérabilité.
Le cyberespace permet des actions à distance parce que les objets informatiques sont modifiables à distance et reliés en réseau, tandis que son opacité rend difficile l’attribution certaine d’une action informatique.
Compléments
Internet se diffuse mondialement avec le développement du World Wide Web au début des années 1990.
Le cyberespace repose sur des infrastructures matérielles de réseaux physiques interconnectés par des câbles, dont les serveurs et les data centers sont les nœuds.
Les États-Unis dominent largement les secteurs des data centers et des câbles numériques, tandis que la possession des infrastructures et le contrôle des données sensibles constituent des enjeux de souveraineté.
Les actions dans le cyberespace peuvent obtenir du renseignement et agir sur des infrastructures physiques, par exemple en provoquant une coupure de courant ou de réseau.
Le numérique joue un rôle important dans le fonctionnement des armées, et les cybercapacités sont relativement moins coûteuses pour une puissance moyenne.
La posture défensive ne paraît pas suffisante dans le cyberespace, où la capacité d’attaquer est présentée comme nécessaire pour se défendre.
Réseaux interconnectés → actions à distance
★ À maîtriser
📌 Le cyberespace oppose l’idéal de liberté, qui facilite la circulation des informations et échappe au contrôle gouvernemental, aux États qui cherchent à y affirmer leur souveraineté malgré l’absence de frontières.
📌 La souveraineté numérique est aussi économique : elle concerne les GAFAM américains, les BATX chinois et l’exploitation économique ou politique des données personnelles.
Compléments
La « déclaration d’indépendance du cyberespace » de John Perry Barlow, en 1996, symbolise l’utopie d’un cyberespace conçu comme un lieu de liberté.
Les opposants politiques utilisent le cyberespace comme espace de liberté, notamment dans les régimes autoritaires.
RSF (Reporters sans frontières) a créé une journée internationale pour la liberté d’expression sur Internet, célébrée le 12 mars depuis 2008.
Les États-Unis s’appuient sur la NSA, créée en 1952 pour le renseignement, et sur l’USCYBERCOM, créé en 2010 pour coordonner les actions dans le cyberespace.
Le Livre blanc français sur la défense de 2008 place la sécurisation du cyberespace au premier rang des sujets de défense.
Depuis 2015, la France ne limite plus sa politique cyber à la défense et envisage la Lutte informatique offensive (LIO), qui désigne les cyberattaques dans la terminologie des armées françaises.
La France a créé le commandement de la cyberdéfense (COMCYBER) au début de 2017.
En Russie, en Chine et en Iran, les États accordent une priorité au contrôle et à la régulation des contenus du cyberespace.
Le scandale Facebook-Cambridge Analytica, révélé en 2018, illustre les enjeux liés à l’exploitation des données personnelles.
Liberté des flux contre contrôle souverain
★ À maîtriser
Le cyberespace permet l’espionnage et la captation d’informations ; les écoutes de la NSA révélées par Edward Snowden en 2013 en sont un exemple.
Les cyberactions peuvent déstabiliser un État, influencer sa vie politique, menacer ses infrastructures critiques ou perturber sa capacité d’action.
Le droit international ne fait pas consensus quant à son applicabilité au cyberespace, et le Conseil de sécurité de l’ONU ne reconnaît le droit à des contre-mesures de légitime défense que si une cyberattaque est considérée comme une agression armée.
Compléments
Des cyberactions attribuées à la Russie ont visé l’Estonie en 2007 et la Géorgie en 2008.
L’influence russe sur la campagne présidentielle étasunienne de 2016 illustre l’ingérence politique dans le cyberespace.
En France, l’ANSSI a enregistré 1 366 incidents critiques en 2025, contre 1 361 en 2024.
📌 La guerre entre la Russie et l’Ukraine, commencée en 2022, illustre à la fois l’existence de la cyberguerre et ses limites, la guerre traditionnelle pouvant dominer la guerre hybride.
L’ENISA, créée en 2004, est l’Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l’information.
Le Cybersecurity Act de 2019 établit le cadre européen de certification de cybersécurité.
Le RGPD a été adopté en 2016 et est entré en vigueur en 2018.
Les Five Eyes réunissent les services de renseignement de :
La coopération cybernétique nécessite la coordination des acteurs au sein d’un État et entre les secteurs public et privé, mais cette coordination est longue à mettre en place.
Dans L’Ours et le Renard, Histoire immédiate de la guerre en Ukraine (2023), Michel Goya et Jean Lopez estiment que la cyberguerre a produit des effets limités face à la guerre traditionnelle.
Anthony Namor affirme que le combat cyberélectronique ne peut pas, à lui seul, faire gagner la guerre, mais qu’une mauvaise maîtrise peut faire perdre la victoire. - « Le combat cyberélectronique russe en Ukraine », 8 juillet 2022
Le cyberespace sert à la fois l’affrontement et la coopération
★ À maîtriser
Depuis l’indépendance de l’Inde en 1947, la formation vise notamment à soutenir le développement économique et à réduire la dépendance à une économie tournée vers l’agriculture.
L’Inde cherche à passer d’une économie de services à bas coût, comme les centres d’appels, à une économie haut de gamme fondée notamment sur l’IA, les biotechnologies et l’aérospatial.
Compléments
Après l’ouverture à la mondialisation accentuée dans les années 1990, l’Inde a eu besoin d’une population formée pour travailler dans des domaines économiques clés.
Dans la concurrence économique et géopolitique, notamment avec la Chine, la connaissance aide l’Inde à attirer des IDE et à exercer son influence dans les secteurs médical, des vaccins et des technologies vertes.
Le développement de secteurs stratégiques fondés sur la connaissance permet à l’Inde de soutenir ses ambitions régionales et mondiales ainsi que sa puissance militaire.
Former, monter en gamme, rayonner
★ À maîtriser
📌 L’Inde cherche à passer du « brain drain » au « brain gain » en encourageant le retour de ses étudiants, dont la mobilité contribue aussi au rayonnement du pays.
La scolarisation et l’enseignement supérieur progressent en Inde, ce qui améliore la formation de la main-d’œuvre, mais le système éducatif reste très inégalitaire, notamment au détriment des femmes.
L’Inde bénéficie de transferts de technologie et cherche à encourager le « Make in India » ainsi qu’à investir dans l’innovation, notamment dans les secteurs stratégiques.
Compléments
Brain drain contre brain gain
Teste tes connaissances sur Femmes, savoir et radioactivité avec 39 questions à choix multiples et corrections détaillées.
1. Une action informatique modifie à distance un équipement relié au réseau, mais son auteur reste incertain. Concernant les capacités du cyberespace, quelles sont les réponses exactes ?
2. Parmi les repères historiques relatifs à l’égalité scolaire, quelle(s) proposition(s) est(sont) exacte(s) ?
Mémorisez les concepts clés de Femmes, savoir et radioactivité avec 96 flashcards interactives.
Dans quel ouvrage Serge Sur décrit-il la connaissance comme une composante de la puissance étatique ?
Relations internationales, Précis Domat, LGDJ, 2000.
Quelles valeurs caractérisent en théorie les communautés scientifiques ?
L’universalisme, le travail collectif, le désintéressement et l’esprit critique.
De quoi les communautés scientifiques peuvent-elles dépendre ?
Des motivations de leurs soutiens.
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