Fiche de révision : Monarchie et crise de l’Ancien Régime

Plan du Cours

  1. Légitimité religieuse du roi
  2. Hérédité et masculinité successorales
  3. Stabilité juridique de la couronne
  4. Contestations monarchomaques du pouvoir royal
  5. Souveraineté de l’État selon Bodin
  6. Origine divine du pouvoir royal
  7. La doctrine du droit divin royal
  8. Lois fondamentales et catholicité
  9. Les freins moraux au pouvoir royal
  10. Le gouvernement par conseil
  11. Justice royale et tribunaux
  12. Justice royale et pluralisme juridique
  13. Pouvoir royal et élaboration des lois
  14. Coutumes sous l’autorité royale
  15. Noblesse et contre-pouvoir monarchique
  16. Parlements et contestation du pouvoir royal
  17. Lumières et nouvelles conceptions politiques
  18. Louis XVI face à la crise monarchique

Repères chronologiques

  1. 751Pépin le Bref est élu roi des Francs et consacré par des évêques.
  2. 754Pépin le Bref reçoit du pape un nouveau sacre et l’onction royale, qui manifeste que le roi est choisi par Dieu.
  3. 987Hugues Capet est élu et sacré roi.
  4. Noël 997Hugues Capet fait élire et sacrer par anticipation son fils Robert, associé au trône.
  5. 1316Louis X meurt sans fils ; après la mort de son fils posthume Jean, son frère Philippe V devient roi et l’assemblée affirme que les femmes ne peuvent succéder à la couronne.
  6. 1322Philippe V meurt sans fils et son frère Charles devient roi, tandis que ses filles sont écartées de la succession.
  7. 1328À la mort de Charles IV sans fils, Philippe de Valois est choisi contre Édouard d’Angleterre, notamment parce qu’il est relié aux derniers rois uniquement par des hommes.
  8. XVe siècleLa mort du roi n’entraîne plus la nullité de ses actes, ce qui assure la continuité de l’État et rend inutile le renouvellement systématique des actes et nominations.
  9. 1419Jean de Terrevermeille formule la théorie de l’indisponibilité de la couronne dans son Tractatus, en défendant les droits du dauphin Charles pendant les crises de Charles VI.
  10. 1420Le traité de Troyes désigne Henri V d’Angleterre comme successeur de Charles VI, mais les juristes français le déclarent nul parce qu’il viole les lois fondamentales.

1. Légitimité religieuse du roi

★ À maîtriser

  • Clovis, élu roi des Francs saliens en 481, se convertit au christianisme environ quinze ans plus tard.

  • Le roi s’engage à :

    • défendre la religion chrétienne et l’Église
    • procurer la paix à ses peuples
    • rendre justice à ses peuples
    • être source de miséricorde

Compléments

  • La conversion de Clovis lui vaut le soutien de l’Église et soutient sa prétention à régner sur l’ensemble des chrétiens.

  • Le sacre se déroule à Reims lors d’une messe, sous la conduite de l’archevêque de Reims.

  • Les regalia comprennent notamment :

    • l’anneau
    • l’épée
    • le sceptre ou la main de justice
    • les éperons
    • les habits royaux
    • la couronne
  • La légende de la Sainte Ampoule affirme que l’huile du sacre provient du flacon miraculeusement apporté à l’évêque de Reims par une colombe pour le baptême de Clovis.

  • Pendant la Révolution, les révolutionnaires brisent la Sainte Ampoule, alors vide et sèche, geste qui symbolise la fin de la royauté.

  • La tradition attribue au roi sacré un pouvoir thaumaturgique de guérison des écrouelles, formulé par « Le roi te touche, Dieu te guérit ».

Astuce mémo

Conversion de Clovis → sacre de Pépin → culte royal

2. Hérédité et masculinité successorales

★ À maîtriser

📌 Avant l’installation de l’hérédité, les Grands du royaume choisissent le roi ; cette élection désigne un choix politique et non un vote populaire.

  • L’hérédité s’impose progressivement à l’élection, puis la primogéniture établit la transmission de la couronne à l’aîné.

📌 La succession par les hommes exclut les femmes de la couronne et écarte aussi les héritiers qui tiennent leur lien au roi par une femme.

Compléments

  • Au début du XIIIe siècle, le sacre anticipé n’est plus nécessaire, car l’hérédité et la primogéniture sont devenues des règles établies.

📌 Le principe « nemo dat quod non habet » signifie que personne ne peut transmettre ce qu’il ne possède pas et justifie l’exclusion des parents par les femmes de la succession au trône.

  • Au XVe siècle, des juristes rattachent la loi de masculinité à un article de la loi salique excluant les femmes de la succession en terre salique, bien que cet article ne porte pas sur la couronne.

3. Stabilité juridique de la couronne

Notions clés & Définitions

  • Instantanéité de la succession : Le successeur devient roi au moment même où le roi meurt, ce qui évite toute vacance du pouvoir.
  • Double corps du roi : Distinction entre le corps physique du monarque, qui naît, vit et meurt, et son corps mystique, la dignité royale éternelle qui se poursuit dans son successeur.
  • Indisponibilité de la couronne : Ni le roi ni personne d’autre ne peut modifier l’ordre de succession, fixé par des règles intangibles.
  • Inaliénabilité du domaine : Interdiction pour le roi de vendre ou de donner les biens et droits du domaine, dont il est le gardien et non le propriétaire.

★ À maîtriser

📌 La régence est un aménagement temporaire dans lequel le roi demeure roi, mais une autre personne ou institution exerce le pouvoir lorsqu’il est incapable de gouverner.

📌 Le roi devient juridiquement roi dès la mort de son prédécesseur, tandis que le sacre demeure politiquement essentiel pour affermir sa légitimité.

  • En 1566, l’édit de Moulins consacre l’inaliénabilité du domaine et demande aux tribunaux de refuser les ordres royaux qui aliènent le domaine.

Compléments

  • Les formules « Le royaume n’est jamais sans Roi » et « Le Roi est mort, vive le Roi » expriment la continuité de la royauté.

  • Le roi est considéré majeur à 14 ans et peut alors garder ou remplacer son régent, voire gouverner seul.

  • Les apanages accordent des territoires ou des droits à des princes, notamment aux fils cadets, ou à de grands serviteurs du royaume, afin de subvenir à leurs besoins et de favoriser leur fidélité.

📌 La clause de retour prévoit qu’un apanage revient au domaine de la couronne lorsque son détenteur n’a plus de fils directs.

  • À la fin du XIVe siècle, Charles V inscrit dans la promesse du sacre l’engagement de ne jamais aliéner ni céder les droits et prérogatives de la couronne.

  • En 1425, Charles VII interdit par la Constitution générale les aliénations du domaine de la couronne par lui-même et par ses successeurs.

4. Contestations monarchomaques du pouvoir royal

Notions clés & Définitions

  • Monarchomaques : Ceux qui combattent le monarque ou luttent contre le pouvoir d’un seul ; le mouvement comprend des protestants et des catholiques.

★ À maîtriser

  • Les théoriciens protestants soutiennent que le pouvoir passe par le peuple représenté par les magistrats, la noblesse et les assemblées, et que le roi et le peuple sont liés par un contrat.

  • Selon les monarchomaques protestants, si le roi ne respecte pas la vie, les biens, la liberté de conscience, les lois et les coutumes de ses sujets, ceux-ci ne lui doivent plus obéissance et peuvent se soulever.

  • Les monarchomaques distinguent le tyran d’origine, qui usurpe le pouvoir, du tyran d’exercice, qui devient tyrannique en exerçant un pouvoir légitimement acquis.

  • Pour les monarchomaques catholiques, le sacre forme le contrat entre le roi et le peuple ; si le roi cesse de défendre l’Église catholique, il devient tyran et peut être destitué, voire tué.

Compléments

  • Jean Calvin admet que les assemblées du royaume puissent résister à la tyrannie et que les puissances du royaume puissent empêcher la cruauté du roi, selon une résistance institutionnelle.

  • Les monarchomaques protestants présentent la révolte contre un monarque tyrannique comme une lutte politique légitime, notamment après les persécutions engagées dans les années 1560.

  • Parmi les écrits monarchomaques protestants figurent Franco-gallia de François Hotman (1573), Du droit des magistrats sur leurs sujets de Théodore de Bèze (1574) et Vindiciae contra tyrannos (1581).

  • La Sainte Ligue catholique devient un mouvement monarchomaque dans les années 1580, notamment lorsque la succession annoncée d’Henri de Navarre, protestant, accentue son opposition au pouvoir royal.

  • En 1589, après l’assassinat d’Henri III, Jean Boucher publie De la juste abdication d’Henri III.

Astuce mémo

Protestants : résistance institutionnelle ; ligueurs catholiques : défense de l’Église

5. Souveraineté de l’État selon Bodin

Notions clés & Définitions

  • État selon Bodin : Les six livres de la République - Pour Jean Bodin, la République est un droit gouvernement de plusieurs ménages et de ce qui leur est commun, avec une puissance souveraine.
  • Souveraineté : Jean Bodin, Les six livres de la République - La puissance absolue et perpétuelle d’une République.

★ À maîtriser

📌 La souveraineté est perpétuelle parce qu’elle appartient à l’État durable plutôt qu’à la personne du roi, et elle est absolue parce qu’aucune puissance intérieure ne lui est supérieure. - Jean Bodin, Les six livres de la République

  • La souveraineté est indivisible : celui qui la détient exerce tous les pouvoirs de l’État, n’a pas de supérieur et s’impose à toute autorité de son territoire. - Jean Bodin, Les six livres de la République

  • La théorie absolutiste fait du roi le détenteur de la puissance souveraine et rend les termes « roi » et « souverain » synonymes.

  • Au XVIIe siècle, le principe de l’absolutisme monarchique est largement admis, même si les formes d’exercice du pouvoir restent discutées.

Compléments

  • Pour Bodin, la société est composée de groupes humains distincts, tels que les familles, les villages et les corporations, réunis par un intérêt commun appelé commun profit. - Jean Bodin, Les six livres de la République

  • Dans le royaume, les autres puissances, notamment la noblesse et l’Église, sont soumises à la puissance souveraine ; à l’extérieur, les souverains sont des puissances égales qui négocient entre elles. - Jean Bodin, Les six livres de la République

  • Les marques de souveraineté comprennent (Jean Bodin) :

    • faire et casser la loi
    • nommer aux emplois publics
    • frapper la monnaie
    • rendre la justice
    • décider de la guerre ou de la paix
  • Sous Henri IV, Coquille affirme dans Institution au droit des français que le roi est monarque et n’a pas de compagnon dans sa majesté royale.

  • En 1632, Cardin Le Bret écrit que « la souveraineté n’est plus divisible que le point en géométrie » et la présente comme inséparable de la royauté. - De la souveraineté du roi

6. Origine divine du pouvoir royal

Notions clés & Définitions

  • Droit divin des rois : Le roi tient son pouvoir directement et exclusivement de Dieu, sans intermédiaire humain.

★ À maîtriser

  • Selon la théorie du droit divin, le roi ne dépend ni du peuple ni du clergé et ne rend compte de son pouvoir qu’à Dieu.

  • La théorie du droit divin présente le pouvoir royal comme infaillible et incontestable : contester une décision du roi revient à contester Dieu et constitue un péché.

  • Après les régicides d’Henri III et d’Henri IV, la théorie affirme que le roi est irresponsable devant les hommes et ne doit rendre de comptes qu’à Dieu.

  • En 1614, aux États généraux réunis par Marie de Médicis pendant la minorité de Louis XIII, le tiers état demande la consécration officielle du droit divin des rois, mais le clergé et la noblesse s’y opposent et la régente renonce.

Compléments

  • La théorie du droit divin répond aux mouvements monarchomaques en défendant l’irresponsabilité du roi dans l’origine et l’exercice de son pouvoir.

📌 Au XVIIe siècle, le tiers état défend particulièrement le pouvoir absolu du roi, tandis que les opposants les plus virulents à cette théorie se trouvent dans la noblesse et, dans une moindre mesure, dans le clergé.

Astuce mémo

Le roi tient son pouvoir de Dieu seul, non du peuple ni du clergé

7. La doctrine du droit divin royal

★ À maîtriser

  • Bossuet, évêque de Meaux et conseiller proche de Louis XIV, expose le droit divin dans La politique tirée des paroles de l’Écriture Sainte.

  • Pour Bossuet, la monarchie est le meilleur régime politique parce qu’elle ressemble au monde initial gouverné par Dieu.

📌 Pour Bossuet, puisque Dieu crée les royaumes et désigne les rois, l’obéissance des sujets au monarque est un devoir sacré et la désobéissance constitue un péché mortel.

  • En 1682, l’assemblée des évêques de France adopte la Déclaration des quatre articles, rédigée par Bossuet à la demande de Louis XIV dans son conflit avec le pape. - La déclaration des 4 articles

  • La Déclaration des quatre articles distingue le pouvoir du roi de celui du pape et affirme que le roi n’est soumis à aucune puissance ecclésiastique.

Compléments

  • Pour Bossuet, le monde a d’abord été gouverné par Dieu seul et constitue le modèle parfait dont les régimes politiques doivent se rapprocher.

  • La Déclaration des quatre articles affirme que les sujets doivent fidélité et obéissance au roi et qu’aucune décision ne peut les délier de ces devoirs.

  • La Déclaration des quatre articles, d’abord adoptée dans le clergé, est reprise comme loi royale et devient la doctrine officielle en France, dont la contestation est illégale.

8. Lois fondamentales et catholicité

Notions clés & Définitions

  • Lois fondamentales : Les lois fondamentales sont des normes supérieures, formées progressivement comme des coutumes, qui s’imposent à tous, y compris au roi, et encadrent notamment la succession au trône.

★ À maîtriser

📌 Si le roi contrevient à une loi fondamentale, l’acte est juridiquement nul.

  • La loi de catholicité exige que le roi soit catholique et l’exclut du trône s’il ne l’est pas.

  • En juillet 1588, Henri III adopte l’édit d’Union, qui affirme que l’héritier ne peut devenir roi s’il n’est pas catholique.

📌 L’arrêt Lemaître affirme que les lois fondamentales ont la même valeur et s’imposent toutes au roi, tout en excluant que la couronne de France tombe en des mains étrangères.

  • En 1593, Henri IV se convertit au catholicisme, ce qui permet son sacre en 1594 conformément à la loi de catholicité.

  • En 1717, l’édit de Marly est annulé au motif qu’aucun roi ne peut aliéner la couronne ni en disposer, car les lois fondamentales l’en empêchent.

Compléments

  • À partir du XVIe siècle, l’usage se répand d’appeler « lois fondamentales » les règles du royaume qui s’imposent au roi.

  • En 1588, les États généraux réunis à Blois consacrent l’édit d’Union et imposent son respect.

📌 Selon les juristes français, le roi ne peut abdiquer de son vivant, car la volonté humaine ne peut contredire la volonté divine et la royauté dure jusqu’à la mort.

  • Les juristes défenseurs de la dynastie des Bourbons considèrent invalide la renonciation au trône de France faite par le petit-fils de Louis XIV appelé au trône d’Espagne.

  • En 1714, Louis XIV édicte le texte de Marly qui reconnaît ses fils illégitimes comme princes de sang et les fait entrer dans l’ordre de succession.

9. Les freins moraux au pouvoir royal

★ À maîtriser

📌 Le roi absolu reste tenu par les lois fondamentales et des freins moraux, religieux et politiques, tandis que le tyran ne respecte aucun cadre.

📌 Le roi doit gouverner pour le bien commun et la sauvegarde de l’État, tandis que le tyran gouverne pour lui-même.

Compléments

  • La conscience religieuse du roi doit guider sa manière de gouverner, puisqu’il ne rend de comptes qu’à Dieu.

📌 Le roi doit respecter les lois positives qu’il édicte ou modifie, même s’il peut ensuite les changer.

📌 Le roi est tenu par les lois divines et naturelles, que Baudin présente comme s’imposant à tous les princes de la terre.

  • Les lois divines et naturelles impliquent notamment :
    • l’action raisonnable
    • l’action honnête et juste
    • le respect des coutumes
    • le respect de la famille
    • le respect des sujets
    • le respect des privilèges

📌 Le roi peut écarter ponctuellement les lois naturelles pour une cause supérieure, au nom de la justice, du bien commun ou de la sauvegarde de l’État.

  • Les absolutistes rejettent la pensée politique de Machiavel selon laquelle un bon prince sait dépasser les règles morales.

10. Le gouvernement par conseil

★ À maîtriser

📌 Le roi absolu doit gouverner par conseil : il consulte avant de décider, mais les avis reçus ne le contraignent pas.

  • Louis XIV organise les conseils de gouvernement en trois instances :
    • le Conseil d’en haut
    • le Conseil des dépêches
    • le Conseil des finances

📌 À l’époque moderne, le Conseil du roi sert au gouvernement et à l’expertise technique, mais ne constitue pas un lieu de contestation du pouvoir royal.

Compléments

  • À la fin du XIVe siècle, Charles V affirme que le roi et ses prédécesseurs gouvernent par le conseil de sages hommes, clercs et laïques.

  • À la fin du Moyen Âge, la curia regis se divise notamment entre la curia in parlamento, chargée des procès, et la curia in concilio, consacrée au conseil politique.

  • À l’époque moderne, le Conseil du roi reste théoriquement une unité et les décisions sont réputées prises en son nom, même lorsque le roi est absent.

  • Sous Louis XIV, le Conseil d’en haut traite les décisions les plus importantes et fixe la politique du royaume en présence du roi.

  • Le Conseil des dépêches reçoit les correspondances administratives des différentes parties du royaume.

  • Louis XIV assiste peu au Conseil des finances et en confie la présence à Colbert.

11. Justice royale et tribunaux

Notions clés & Définitions

  • Lettres de cachet : Les lettres de cachet sont des lettres fermées par le sceau royal qui ordonnent l’arrestation et l’emprisonnement d’une personne sans jugement ni motif exposé.
  • Cours souveraines : Les cours souveraines sont les juridictions qui jugent en dernier ressort et rendent des décisions définitives.

★ À maîtriser

  • La justice est présentée comme une mission centrale du roi, décrit par les adages comme la « fontaine de justice », la « source de toute justice » et le « grand débiteur de la justice ».

  • Le Conseil du roi peut intervenir dans un procès avant son jugement ou après la procédure, notamment en cassant un arrêt d’une cour souveraine ou en tranchant entre juridictions.

Compléments

  • Les placets permettent aux sujets de remettre directement des demandes au roi, qui les examine avec son Conseil ou son secrétaire d’État.

📌 Les lettres de grâce permettent au roi d’intervenir après un procès pour supprimer une peine, les lettres de rémission justifient un homicide involontaire ou de légitime défense, et les lettres d’absolution retirent la peine dans les autres cas.

  • Les lettres de cachet sont souvent demandées par les familles pour faire emprisonner discrètement un proche sans procès, malgré leur réputation de servir surtout des motifs politiques ou personnels.

  • Les tribunaux royaux critiquent les lettres de grâce, qu’ils considèrent comme une intervention anormale du roi dans la justice et une atteinte à l’indépendance judiciaire.

  • Sous l’Ancien Régime, les juridictions anciennes sont maintenues tandis que de nouvelles sont superposées, avec des circonscriptions qui ne coïncident pas toujours.

  • À partir du XVe siècle, les cours souveraines se multiplient à mesure que le royaume s’agrandit.

12. Justice royale et pluralisme juridique

★ À maîtriser

📌 Toute justice émane du Roi, puisque toutes les juridictions procèdent de son pouvoir et que même les plus importantes peuvent être modifiées par lui.

📌 À l’époque moderne, les droits savants comprennent le droit canonique, issu de l’Église, et le droit romain, qui ne s’applique plus directement mais inspire les autres sources et sert à former les juristes.

Compléments

  • Le Conseil du Roi tranche les conflits de compétence entre juridictions, prémices d’un tribunal des conflits.

  • Les coutumes et les lois du Roi figurent parmi les sources de droit inspirées par les droits savants.

13. Pouvoir royal et élaboration des lois

Notions clés & Définitions

  • Lettre patente : La lettre patente est une lettre ouverte du Roi destinée à toute la population et constituant la forme la plus ancienne de loi royale.
  • Remontrances : Les remontrances sont les demandes adressées par les parlements au Roi pour qu’il réexamine un texte lorsqu’ils y relèvent des difficultés, avant son application.
  • Lex animata : Le roi est la lex animata, c’est-à-dire la loi vivante, selon la conception médiévale du pouvoir royal.

★ À maîtriser

📌 Au Moyen Âge, le Roi peut faire des lois, mais ne doit le faire que rarement et pour le bien commun, en justifiant leur nécessité pour le bien public et une meilleure justice dans le royaume.

  • Pour Bodin, le pouvoir de faire et de casser la loi est la première marque de souveraineté.

📌 À l’époque moderne, la loi se définit par son auteur plutôt que par son objet : une volonté du Roi exprimée par écrit prend rang de loi quel que soit son contenu.

  • 🔄 La préparation d’une loi royale suit ces étapes : le Conseil du Roi ou une section spécialisée prépare le texte, les grandes ordonnances peuvent faire l’objet de consultations et d’enquêtes, le Conseil vérifie définitivement le texte, le chancelier appose le sceau

📌 À partir du XVIe siècle, une loi ne s’applique dans le ressort d’un parlement qu’après son enregistrement par le parlement local.

📌 Après les remontrances, le Roi peut ordonner l’enregistrement définitif par une lettre de jussion ; les parlements peuvent alors présenter des itératives remontrances, mais le Roi peut passer outre et imposer l’enregistrement.

Compléments

  • Les lois royales restent rares jusqu’à la Révolution, car la société d’Ancien Régime est conservatrice et les rois présentent souvent leurs innovations comme la restauration d’un état ancien.

  • Une lettre patente comprend : une adresse royale, un préambule justificatif terminé par « à ces causes », un dispositif souvent divisé en articles, une formule exécutoire, les signatures du Roi et du secrétaire d’État, le sceau royal

📌 Les grandes lettres patentes — ordonnances, édits et déclarations — s’appliquent à l’ensemble du royaume, tandis que les petites lettres patentes concernent des dispositions particulières et ne s’appliquent pas partout.

📌 Les lettres closes, signées par le Roi et un secrétaire d’État, s’adressent à un interlocuteur précis et servent notamment aux lettres de cachet et aux correspondances royales avec les souverains étrangers ou les ambassadeurs.

  • Lors d’un lit de justice, séance de parlement tenue en présence du Roi, celui-ci peut ordonner l’enregistrement direct d’une loi sans avoir écouté les remontrances.

Astuce mémo

Adresse, préambule, dispositif, exécution : le parcours d’une lettre patente.

14. Coutumes sous l’autorité royale

Notions clés & Définitions

  • Coutume : La coutume est une règle locale construite au fil du temps et considérée comme une liberté des citoyens.

★ À maîtriser

📌 Le Roi est à la fois gardien des coutumes, qu’il doit préserver, et censeur, puisqu’il peut écarter celles qu’il juge mauvaises au nom du bien commun et d’une bonne justice.

  • En 1454, l’ordonnance de Montils-lès-Tours prévoit la mise par écrit des coutumes afin d’assurer une bonne justice.

  • Au XVIIIe siècle, la coutume demeure la principale source du droit français, tandis que les lois royales interviennent peu.

Compléments

  • La rédaction des coutumes commence au début du XVIe siècle sous l’autorité royale, avec une forte influence des agents royaux, puis les textes rédigés doivent être enregistrés.

  • À partir de la fin du XVIe siècle, des réformations modernisent les coutumes écrites, qui ne reflètent plus toujours les pratiques locales évolutives.

Astuce mémo

Le roi protège les coutumes, mais peut écarter les « mauvaises coutumes ».

15. Noblesse et contre-pouvoir monarchique

★ À maîtriser

  • À partir de la mort d’Henri IV, les révoltes de la haute noblesse se multiplient, notamment durant les régences de Marie de Médicis en 1610 et d’Anne d’Autriche en 1643.

  • Le duc de Saint-Simon et le comte de Saint-Saire défendent le partage du pouvoir entre le Roi et les Grands du royaume au nom d’un droit historique et des lois fondamentales de la monarchie.

  • Dans L’Esprit des lois (1748), Montesquieu défend le non-cumul des fonctions de l’État et une balance des pouvoirs destinée à garantir la liberté.

Compléments

  • La haute noblesse constitue une menace pour la monarchie grâce à ses territoires, ses richesses, ses réseaux capables de mobiliser des armées et ses soutiens étrangers.

  • Après les troubles de la Fronde, le règne de Louis XIV vise notamment à réduire le pouvoir de la noblesse et à attribuer des pouvoirs non véritables aux Cours.

  • En 1715, Philippe d’Orléans cherche à rendre à la noblesse des pouvoirs supprimés sous Louis XIV, mais cette tentative échoue et les ambitions nobiliaires persistent sous Louis XV.

  • Montesquieu considère la noblesse comme un contre-pouvoir nécessaire et inclut dans celle-ci la noblesse de robe, composée des magistrats, en plus de la noblesse d’épée.

16. Parlements et contestation du pouvoir royal

Notions clés & Définitions

  • Théorie des classes : La théorie des classes présente les parlements comme un ensemble unique composé de subdivisions, de sorte qu’une attaque contre l’un d’eux atteint les autres et appelle leur solidarité.

★ À maîtriser

  • Dès le règne d’Henri IV, les cours souveraines contestent l’absolutisme en utilisant les remontrances et en tentant de bloquer l’enregistrement de certaines lois royales.

  • En 1648, les parlements lancent la Fronde et réclament le droit de contrôler les lois fiscales ; Mazarin parvient à maîtriser cette révolte.

  • Adrien Le Paige soutient dans Lettres historiques sur les fonctions essentielles du Parlement que le Parlement est aussi ancien que la monarchie et que l’enregistrement des lois est une procédure ancienne dont il peut librement décider.

  • Le 3 mars 1766, lors de la séance dite de la flagellation au Parlement de Paris, Louis XV rejette la théorie des classes et affirme que le Roi fait seul la loi, « sans dépendance et sans partage ».

📌 Au XVIIIe siècle, le constitutionnalisme propose de remplacer les règles traditionnelles par un texte écrit organisant les pouvoirs publics, notamment selon la séparation des pouvoirs.

Compléments

  • L’édit de Saint-Germain, sous Louis XIII, affirme que les parlements sont des cours de justice et leur interdit de présenter des remontrances sur le gouvernement de l’État.

  • L’ordonnance de 1667 et la déclaration de 1673 interdisent aux cours de se dire souveraines, suppriment les itératives remontrances et reportent les remontrances après l’enregistrement des lois.

  • En 1715, Philippe d’Orléans rétablit les droits intégraux de remontrances des parlements afin d’obtenir le libre exercice de la régence.

  • En janvier et février 1771, la réforme Maupeou exile les parlementaires parisiens, les remplace par des membres du Conseil du Roi et réduit les pouvoirs des parlements.

  • En mai 1788, le Parlement établit sa propre liste de « vraies » lois fondamentales afin de limiter le pouvoir royal au nom de la tradition et de la constitution historique du royaume.

Astuce mémo

Remontrances et refus d’enregistrement → conflit avec la monarchie.

17. Lumières et nouvelles conceptions politiques

Notions clés & Définitions

  • État de nature : L’état de nature est une situation sans institutions politiques où les êtres humains sont libres, égaux, raisonnables et sans pouvoir établi entre eux.
  • Contrat social : Le contrat social est l’accord par lequel les individus quittent l’état de nature pour créer une société politique et des institutions destinées à protéger leur liberté naturelle.

★ À maîtriser

  • Les Lumières valorisent la raison et la nouveauté contre la tradition, qui justifie la conservation d’institutions anciennes même lorsqu’elles paraissent inutiles.

📌 Les Lumières opposent à la société des trois ordres l’égalité civile, selon laquelle tous les civils doivent disposer des mêmes droits et des mêmes libertés.

  • La contestation des dogmes et de l’Église fragilise la monarchie de droit divin, dont la légitimité repose sur la religion et l’autorité de l’Église.

Compléments

  • Diderot résume l’exigence critique du philosophe ainsi : « Le philosophe n’admet rien sans preuve ; il n’acquiesce point à des notions trompeuses ; il pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux ».

📌 Les philosophes des Lumières ne sont pas nécessairement athées : la plupart sont chrétiens, tandis que les non-chrétiens sont plutôt déistes et croient en une divinité sans adhérer au christianisme.

  • Le contractualisme considère que les individus peuvent modifier leur contrat et changer l’organisation politique, qui demeure souvent monarchique au XVIIIe siècle sans tirer son pouvoir d’un ordre naturel.

Astuce mémo

Privilèges et tradition s’opposent à l’égalité civile et à la raison.

18. Louis XVI face à la crise monarchique

★ À maîtriser

  • En 1774, Louis XVI monte sur le trône, renvoie Maupeou et rétablit le Parlement de Paris dans sa forme antérieure.

  • Turgot tente de concilier libéralisme économique et absolutisme en libéralisant les prix, en supprimant les corporations et en proposant un impôt unique fondé sur les revenus ; ses réformes suscitent des émeutes et l’opposition des parlements.

  • En 1788, Louis XVI tente une réforme des parlements proposée par Lamoignon, mais l’opposition des parlementaires, de la haute noblesse, du haut clergé, d’institutions juridiques, d’officiers et de villes conduit à la démission de Lamoignon et à l’abandon de la réforme.

  • Louis XVI convoque les États généraux pour contourner les parlements et obtenir une consultation plus large sur les réformes économiques.

  • Durant la campagne des États généraux, le Tiers état réclame le doublement de ses députés et le vote par tête plutôt que par ordre.

  • En mai 1789, les États généraux sont convoqués.

Compléments

  • En 1776, Louis XVI demande à Turgot de démissionner après l’opposition rencontrée par ses réformes.

  • De 1776 à 1788, les ministres qui succèdent à Turgot tentent de nouvelles réformes, mais se heurtent à la résistance des parlements.

  • Après l’échec de la réforme Lamoignon, Necker rétablit les pouvoirs des parlements afin d’apaiser la situation, tandis que Louis XVI espère qu’il aidera à imposer une réforme fiscale.

📌 Lors des débats précédant les États généraux, les aristocrates défendent leurs privilèges, tandis que les patriotes soutiennent les revendications du Tiers état.

  • En décembre 1788, Louis XVI annonce le doublement des députés du Tiers état, sans préciser le mode de vote, et convoque les États généraux pour l’année suivante.

  • Les Français rédigent des cahiers de doléances et élisent des députés chargés de les porter aux États généraux.

Tableaux de synthèse

Principes de stabilité de la couronne

PrincipeRègleEffet
InstantanéitéLe successeur devient roi à la mort du précédentÉvite la vacance du pouvoir
IndisponibilitéPersonne ne modifie l’ordre de successionProtège les règles successorales
InaliénabilitéLe roi ne peut vendre ni donner le domainePréserve le patrimoine de la couronne

Positions monarchomaques

CourantContratRésistance
ProtestantLe roi respecte les droits et libertés des sujetsLe peuple peut cesser d’obéir et se soulever
CatholiqueLe roi protège l’Église catholique lors du sacreLe roi tyrannique peut être destitué

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Teste tes connaissances sur Monarchie et crise de l’Ancien Régime avec 66 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quel changement survient dans la trajectoire de Clovis après son élection comme roi des Francs saliens en 481 ?

2. Quel événement a lieu en 751 dans l’accession de Pépin le Bref au pouvoir royal ?

Faire le QCM →

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En quelle année Clovis est-il élu roi des Francs saliens ?

En 481.

En quelle année Pépin le Bref est-il élu et consacré roi par des évêques ?

En 751.

Qu’accorde le pape à Pépin le Bref en 754 ?

Un nouveau sacre et l’onction royale.

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