Fiche de révision : Nation et construction nationale

Plan du Cours

  1. Définir l’État-nation et ses difficultés
  2. Histoire des mots nation et nationalisme
  3. Sentiment national et représentations historiques
  4. Construction nationale et langue en France
  5. Nation et unité révolutionnaires
  6. Francisation sous la IIIe République
  7. Résistances à l’assimilation nationale
  8. Nation politique et nation culturelle allemandes

Repères chronologiques

  1. 1539L’ordonnance de Villers-Cotterêts impose le français dans les documents administratifs, notamment les actes juridiques et législatifs.
  2. 1789Avec la Révolution, la nation devient une entité politique identifiée au tiers état et au peuple révolutionnaire.
  3. 1798Le mot « nationalisme » apparaît et se confond d’abord avec la conscience nationale révolutionnaire, dans une acception plutôt valorisée.
  4. 1860La Savoie est rattachée à la France à l’issue d’un référendum.
  5. Entre 1870 et 1914« Nationalisme » se fixe dans son acception contemporaine d’attitude de défense patriotique, souvent associée au conservatisme politique.

1. Définir l’État-nation et ses difficultés

Notions clés & Définitions

  • État-nation : Coïncidence entre une ou plusieurs populations partageant des traits culturels communs, objectivement ou subjectivement, et rassemblées sous une même autorité institutionnelle détenant plusieurs monopoles, dont celui de l’exercice de la violence légitime.

★ À maîtriser

📌 L’État-nation associe deux processus distincts : l’émergence et l’extension de l’État, d’une part, et la construction d’une identité nationale, d’autre part.

  • Les termes « nation » et « nationalisme » ont une histoire pluriséculaire marquée par un empilement de significations et d’appropriations politiques et scientifiques.

📌 « Nation » et « nationalisme » sont à la fois des catégories analytiques savantes et des étiquettes politiques employées dans des luttes partisanes ou des conflits armés.

Compléments

  • D. Fabre écrit que les mots comme « nation », « patrie », « ethnie » et « peuple » « d’un même mouvement, découpent le réel et le font exister » (1996 : 99).

  • J. Austin appelle « acte de langage » le fait qu’une énonciation puisse contribuer à faire exister ce qu’elle nomme, comme une nation ou un peuple.

  • L’analyse de la nation s’appuie sur la comparaison dans l’espace et dans le temps ainsi que sur la démarche historique.

2. Histoire des mots nation et nationalisme

★ À maîtriser

  • Le mot « nation » existe depuis le Moyen Âge, mais la notion moderne de nation émerge véritablement au XVIIIe siècle.

Compléments

  • Sous l’Ancien Régime, « nation » désignait de manière assez floue des populations ayant des caractéristiques culturelles ou religieuses communes, vivant dans une même contrée ou appartenant à un même État. - A.-M. Thiesse, article « Nation », Encyclopédie Universalis

  • Un arrêté du 23 juillet 1789 définit la nation comme une « personne juridique constituée par l’ensemble des individus composant l’État ».

  • Au milieu du XIXe siècle, « nationalisme » prend le sens d’une aspiration à l’indépendance politique et économique d’une communauté opprimée.

Astuce mémo

Nation médiévale, nation politique en 1789, nationalisme au sens actuel vers 1900.

3. Sentiment national et représentations historiques

★ À maîtriser

  • Avant le XIXe siècle, en Europe, les appartenances au village, à la ville, à la région et à la religion précédaient souvent l’appartenance nationale, les identités religieuses pouvant se superposer aux autres.

  • La question nationale se pose en Europe à partir de la Révolution française et occupe les élites intellectuelles et politiques occidentales au XIXe siècle.

  • L’étude historique du sentiment national porte sur la manière dont une population, sur un territoire donné, le :

    • façonne
    • perçoit
    • revendique
    • promeut
    • défend

Compléments

  • Les Grecs du Ve siècle avant J.-C. partageaient une langue, une religion, des lieux oraculaires comme Delphes et des événements comme les jeux olympiques, malgré les guerres entre cités indépendantes comme Athènes et Sparte.

  • Selon Joseph Strayer, au Moyen Âge, l’échelle des allégeances de la plupart des hommes plaçait d’abord le christianisme, puis l’appartenance régionale, et enfin l’appartenance française.

  • Après 1945, les mouvements de décolonisation réactualisent la question nationale, puis l’éclatement du bloc soviétique à partir de 1989 la remet également à l’ordre du jour.

Astuce mémo

Allégeances locales et religieuses avant le XIXe siècle, identité nationale construite ensuite.

4. Construction nationale et langue en France

★ À maîtriser

  • Selon A.-M. Thiesse, « la véritable naissance d’une nation, c’est le moment où une poignée d’individus déclare qu’elle existe et entend le prouver » (La construction des identités nationales, p. 11).

  • L’idée nationale est une construction historique dans laquelle les États ont souvent joué un rôle déterminant.

  • La langue est l’un des principaux vecteurs symboliques de la nationalisation des consciences, alors que nombre de langues européennes officielles n’existaient pas avant le XIXe siècle ou n’étaient parlées que par une minorité.

Compléments

  • Jusqu’au XVIIIe siècle, la grande masse de la population des pays européens était analphabète et, dans de nombreux pays, les langues n’avaient pas de retranscription formalisée comprenant grammaire, orthographe et dictionnaires.

  • À la fin de l’Ancien Régime, 40 % de la population française savait écrire son nom.

  • Ronsard et du Bellay, auteur de la Défense et illustration de la langue française (1549), contribuent à autonomiser le français du latin et à lui donner une légitimité artistique.

  • En 1634, l’Académie française est créée, puis son dictionnaire est rédigé en 1694.

  • Sous l’Ancien Régime, le français classique était surtout parlé par :

    • la noblesse, notamment la noblesse de cour
    • la bourgeoisie des grandes villes
    • le haut clergé
  • Selon A. Dieckhoff, les Bourbons promouvaient le français comme langue de l’appareil d’État et de haute culture sans chercher à uniformiser autoritairement le pays.

Astuce mémo

Centralisation royale → diffusion précoce du français officiel, sans uniformisation de la population.

5. Nation et unité révolutionnaires

Notions clés & Définitions

  • Nation : L’abbé Sieyès définit la nation comme « un corps d’associés vivant sous une loi commune et représentée par une même législature ».

★ À maîtriser

  • Les divisions que les révolutionnaires cherchent à effacer sont :
    • politiques
    • sociales
    • religieuses
    • régionales
    • linguistiques

📌 La politique linguistique révolutionnaire poursuit un objectif fonctionnel, faciliter la diffusion des idées révolutionnaires, et un objectif politique, créer et consolider le sentiment d’appartenance à une communauté nationale.

Compléments

  • Selon A. Dieckhoff, les révolutionnaires déclarent une « guerre impitoyable aux langues locales au nom de la consolidation de l’État national ».

Astuce mémo

Souveraineté du peuple → effacement des divisions pour rendre la République « une et indivisible »

6. Francisation sous la IIIe République

★ À maîtriser

  • Sous la IIIe République, le réseau d’écoles primaires et le service militaire contribuent à forger le sentiment national.

  • À l’école primaire, les enfants de 6 à 13 ans inclus reçoivent en français un enseignement comprenant l’éducation civique et morale, la géographie et l’histoire de France, les mathématiques et les sciences.

Compléments

  • Les régimes qui suivent la Révolution ne cherchent pas à uniformiser la langue sur le territoire, car le projet révolutionnaire implique des bouleversements trop profonds pour être imposés par décret.

  • Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la France demeure marquée par une forte diversité linguistique, perçue comme contraire à l’objectif universaliste de la République naissante.

7. Résistances à l’assimilation nationale

Points essentiels

📌 L’homogénéisation nationale menée par l’État produit un sentiment national au détriment d’autres communautés, auxquelles elle impose une assimilation contestée.

  • Les Bretonnes et les Savoyardes résistent parfois activement au processus d’assimilation nationale, sans parvenir à créer des structures nationalistes alternatives au centralisme de l’État républicain.

8. Nation politique et nation culturelle allemandes

Notions clés & Définitions

  • Nation culturelle : Discours à la nation allemande, 1807 - Chez Herder et Schiller, la nation est culturelle et préexiste à l’État, contrairement à la nation politique française fondée sur la volonté de faire nation.
  • Communauté imaginée : Pour B. Anderson, la nation est une communauté imaginée, fondée sur la perception subjective d’une différence entre soi et les autres plutôt que sur un ou plusieurs traits objectifs.

★ À maîtriser

📌 À partir de la fin du XIXe siècle, une vision politique de la nation, fondée sur la volonté du peuple de faire nation, se diffuse parmi les élites républicaines françaises, notamment après la défaite face à l’Allemagne.

Compléments

  • Ernest Renan défend la conception politique de la nation dans la conférence « Qu'est-ce qu'une nation ? », prononcée en 1882.

  • Selon Max Weber, des dispositions semblables transmissibles par l’hérédité ne créent une communauté que si elles sont ressenties subjectivement comme une caractéristique commune.

📌 Dans sa version idéal-typique, l’État-nation français privilégie une identité nationale englobante au détriment des appartenances à des groupes sociaux tels que la famille, la région ou le groupe professionnel et religieux.

Astuce mémo

En France, la volonté du peuple fait la nation ; chez Herder et Schiller, la culture précède l’État

Tableaux de synthèse

Conceptions politique et culturelle de la nation

DimensionConception politiqueConception culturelle
FondementVolonté du peuple de faire nationCulture et caractéristiques présentées comme préexistantes
Rapport à l’ÉtatLa volonté collective fonde la nationLa nation précède l’État
Repères du coursVision des élites républicaines françaises ; RenanHerder et Schiller

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1. Quelle définition décrit le mieux un État-nation ?

2. Dans un territoire, l’État étend son administration à de nouvelles régions, mais les habitants ne construisent pas encore une identité nationale commune. Quelle interprétation convient ?

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Qu’est-ce qu’un État-nation ?

La coïncidence entre une ou plusieurs populations partageant des traits culturels et une même autorité institutionnelle.

Quel monopole institutionnel est inclus dans la définition de l’État-nation ?

Le monopole de l’exercice de la violence légitime.

Quels deux processus l’État-nation associe-t-il ?

L’émergence et l’extension de l’État, et la construction d’une identité nationale.

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